‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 47 sur 121 · XLV. Quinquina payama de Loxa · texte numérisé non relu

XLV. Quinquina payama de Loxa

Écorce filandreuse , rougeûtre, de saveur nulle, tantôt revêtue d’un épiderme gris , fortement chagriné comme celui des quinquinas gris, tantôt recouverte d’un épiderme lisse, feuilleté et d’une teinte rosée. Il présente un grand nombre de lichens blancs foliacés, mélangés du bel hypocnus rubro-cinctus, observé aussi sur le quinquina gris de Lima et sur le quinquina rouge. Cette écorce, dont la valeur est tout à fait nulle, se trouve chez M. Delessert sous le nom de cascarilla cresprlla con hojas rugosas de Loja, cinchona parabolica (lettre J). Le Musée britannique la possède également sous le nom de éinchona de hojas rugosas de Loxa (écorce n° 9). |

Examen chimique des quinquinas jaunes à épiderme blanc. La composition chimique de ces quinquinas ne me paraît pas parfaitement connue, À la vérité, plusieurs chimistes ont annoncé avoir retiré de quelques uns d’entre eux un alcaloïde différent de ceux précédemment connus, ct cela n'aurait rien qui pût surprendre; seulement je ne trouve pas que la nature particulière de ces alcalis soit encore suffisamment prouvée.

Je commencerai par l'aricine trouvée par Pelletier dans l'écorce d’A-

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rica (XLI), et dont voici, d’après lui, les caractères et la composition. L'aricine est une substance blanche, cristallisée en aiguilles rigides comme la cinchonine, fusible à une chaleur inférieure à celle qui détermine sa décomposition, mais non volatile comme la cinchonine ; elle est insoluble dans l’eau, presque insipide d’abord , puis chaude et acerbe ; elle devient très amère par sa dissolution dans les acides. Elle forme avec Pacide sulfurique un sel neutre qui, dissous dans l’eau bouillante en proportion convenable, se prend, en refroidissant, en une masse gélatineuse opaque. Ce sulfate dissous dans l’alcool cristallise au contraire en aiguilles soyeuses, semblables à celles du sulfate de quinine ; il est insoluble dans l’éther, qui dissout l’aricine.

L'acide nitrique concentré dissout l’aricine en la décomposant et en manifestant une couleur verte des plus intenses (1): si l’acide est affaibli, la couleur verte est plus claire; s’il est très étendu d’eau , l’aricine se dissout sans coloration ; alors elle n’est pas altérée et peut en être précipitée par un alcali. Voilà les seules propriétés données par Pelletier et par M. Corriol à l’aricine, dans le Journ. pharm., t. XV, p. 564. Plus tard, Pelletier a remarqué que le sulfate d’aricine ne jouissait des propriétés indiquées ci-dessus que lorsque le sel était complétement neutre, peut-être avec excès de base, et que, lorsqu'on y ajoutait un excès d'acide , il cristallisait à la manière du sulfate de cinchonine. Pelletier a d’ailleurs représenté de la manière suivante la composition de l’aricine, comparée à celles de la cinchonine et de la quinine.

Cinchonine. . ,, — C*H!24z + O.

Ouinme Tr. uses me HP Ar EL) OË Aricine. . . . , . — ‘CH£2Az + Of.

Il a regardé en conséquence l’aricine comme le troisième degré d’oxidation d’un radical dont les deux premiers sont la cinchonine et la quinine ; il a même cru pouvoir expliquer par là pourquoi l’aricine exigeail plus d’acide pour sa saturation que les deux autres bases (Ann, chim., phys., & LI, p. 187), tandis qu'il avait annoncé dans son premier mémoire (page 568) que la capacité de saturation de l’aricine était beaucoup plus faible que celle des deux autres.

Quant à moi, ayant été sollicité de faire l'analyse du même quinquina, mais portant à Bordeaux le nom de quinquina de Cusco, landis que Pelletier avait désigné le sien sous le nom d’Arica, je n’y ai trouvé que de la cinchonine, avec toutes ses propriétés et ne se colorant pas en vert par l'acide azotique (Journ. de chim. méd., 1830, p. 353). L'écorce

(1) D’après Pelletier, l'écorce d’arica, touchée par l'acide nitrique concentré, éprouve la même coloration.

RUBIAGÉES. 161 même, analysée par Pelletier, ne se colore pas davantage par le même acide , et je puis dire aujourd’hui que Pelletier, m'ayant redemandé la plus grande partie de l’écorce d’Arica qu’il m'avait anciennement donnée, afin de vérifier les caractères qu'il ne retrouvait plus sur celle qui lui restait, n’est arrivé lui-même qu’à des résultats négatifs, qui lui ont laissé beaucoup de doute sur la nature particulière de l’aricine.

M. Manzini a soumis à l'analyse une autre variété de quinquina blanc, que j'ai désignée sous le nom de #anc fibreux de Jaen, où pour mieux dire, le quinquina qu’il a analysé et qui provenait de celui qui avait été refusé à la Pharmacie centrale des hôpitaux, en 1839, était un mélange de gris pâle ancien et de blanc fibreux de Jaen. M. Manzini a retiré de ce quinquina un alcali cristallisé qui lui a paru différent de ceux précédemment connus, et il lui a donné le nom de cénchovatine. N'ayant pas cherché à vérifier ces résultats, je ne puis les taxer d’inexactitude. Je ferai seulement remarquer qu’il n’y a aucune des propriétés attribuées à la cinchovatine (Journ. de pharm. et de chim., t. 11, p. 96 et 97) qui ne puisse très bien s'appliquer à la cinchonine. Reste donc l'analyse élémentafre qui indique pour la composition de la cinchovatine les nombres C#°H27 Az20$, et tend à faire admettre dans cet alcaloïde une plus . grande quantité d’oxigène que dans les trois autres. Sans vouloir suspecter en rien l’habileté de M. Manzini, je me bornerai à rappeler que dans les premières analyses de la morphine , la quantité d’oxigène a varié de 15 à 20 ; dans la strychnine, de 6 à 11 ; dans la brucine, de 11 à 17; dans la narcotine, de 18 à 27; de sorte que j'attendrai que les analyses de M. Manzini aient été confirmées par d’autres chimistes pour admettre définitivement Ja nature particulière de la cinchovatine, Je ferai remarquer que le professeur Pfaff a retiré du quinquina jaune de Carthagène, qui a de si grands rapports avec celui de Jaen, de fa cinchonine et de la quinine. Pelletier et M. Caventou ont aussi retiré de la cinchonine du quinquina de Carthagène ; mais, dans le cas présent, je ne puis tenir compte de ce résultat, parce que le petit échantillon que Pelletier m'a remis, comme reste de celui qu’il avait analysé, est du carthagène brun marron (espèce xXV1), et que ce quinquina est beaucoup plus rapproché par sa nature des quinquinas officinaux que le jaune de Carthagène.

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