‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 57 sur 121 · LX. Écorce d’Asmonich · texte numérisé non relu

LX. Écorce d’Asmonich

Cinchona rosea KR. P.; lasionema rosea Don. Arbre d'une grande élévation , très touffu , devenant fort beau au temps de sa floraison. Les fleurs sont roses, petites, à tube légèrement renflé et recourbé; le limbe est très ouvert, à 5 dents obtuses, un peu velues sur le bord. L’écorce se trouve chez M. Delessert (lettre G) et au Muséebritannique, n° 8 des écorces. Elle est mince, dure, compacte, cassante, d'une couleur de chocolat à l'intérieur ; couverte d'un épiderme gri-

172 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sâtre et uni. Elle ne présente qu'une saveur peu marquée. D'après

Ruiz, cette écorce est peu amère , mais très astringente. Elle est nulle sous le rapport médical.

LXI, Quinquina Piton ou de Sainte-Lucie.

Exostemma floribundum Rœw. et Schult. Arbre de 10 à 13 mètres, découvert en 1742, par Desportes, à Saint-Domingue. Il croît également sur les montagnes des autres Antilles ; et comme dans ces îles le sommet des montagnes se nomme pfon , l'écorce en a pris le nom de quinquina piton (1).

A. Cette écorce, telle que je l'ai trouvée anciennement dans le commerce, est roulée, cylindrique, grosse comme le doigt, recouverte d’un épiderme variable : tantôt cet épiderme est d’un gris foncé, très mince, ridé longitudinalement ; tantôt il est recouvert de plaques cryptogamiques , blanches et tuberculeuses, et marquées de légères fissures transversales ; d’autres fois, enfin, il est épais, fongueux, crevassé , blanchâtre à l'extérieur, jaunâtre à l’intérieur. Dans tous les cas l’écorce elle-même est mince, légère, très fibreuse , sans ténacité, facile à déchirer ou à fendre dans le sens de sa longueur. Sa cassure est d’un gris jaunâtre , mais sa surface interne est d’une couleur plus ou moins noire, entremêlée de fibres blanches longitudinales :

son odeur, quoique faible, est nauséeuse ; sa saveur est exces-

1) Exostemma floribundum (fig.

286). Feuilles courtement pétiolées, toutes glabres, très ouvertes, longues de 14 à 16 centimetres, elliptiques lancéolées ; stipules oblongues, obtuses, engainantes ; panicule terminale très étendue, à rameaux glabres, comprimés ; calice à dents subulées très petites.

Corolle glabre. Tube long de 27 centimètres ; limbe à 5 divisions longues et linéaires. Filets et style capillaires, aussi longs que les divisions du limbe ; stigmate

- ové , indivis. Capsule obovée.

glabre.

RUBIACÉES. 1

sivement amère et désagréable; elle donne une poudre d'un brun terne ; elle possède une propriété vomitive.

B. Je dois à M. Robinet un autre échantillon de quinquina piton

dont les caractères physiques sont assez différents de ceux qui viennent d'être exposés, et qui paraît être celui dont il est question dans le Journal de pharmacie, &. XI, p. 508. Ce quinquina se compose de deux sortes d’écorces, Les unes, qui ont appartenu aux rameaux supérieurs de l'arbre , sont presque aussi minces que du papier et néanmoins très larges , ayant une surface presque unie ou faiblement chagrinée, d’un gris sombre et un peu rougeûtre ; la surface intérieure est brunûtre, unie , et offre la même apparence fibreuse que la précédente. La poudre est d’un brun pâle ou blanchâtre ; du reste cette écorce jouit des mêmes propriétés chimiques et médicales que la précédente. (©. Les secondes écorces de l'échantillon de M. Robinet paraissent avoir appartenu au tronc de l’arbre, sont épaisses de 2 ou 3 millimètres, et sont recouvertes d’un épiderme jaunâtre, peu épais, un peu spongieux et friable. Le liber est compacte , offre une cassure fibreuse à l'intérieur, mais donne sous la scie une coupe polie et orangée. La surface intérieure est striée, jaunâtre et noirâtre par places. Toutes ces écorces paraissent avoir une grande tendance à la moisissure, et il est rare que l’intérieur n’en offre pas des traces plus ou moins évidentes.

Le quinquina piton donne, par la macération dans l’eau, un liquide rouge très foncé , très amer, ne rougissant pas le tournesol, et paraissant plutôt alcalin qu’acide. Fourcrov en a fait le sujet d’une fort belle analyse que l’on trouve dans les Annales de chimie , t. VIII, p. 1143. Pelletier et M. Caventou l’oni aussi soumis à quelques essais, dans la vue d’y chercher la quinine ou la cinchonine , qu’ils n’y ont pas rencontrées.

EXII. Quinquina Caraïbe.

Exostemma caribæum (fig. 286). Arbuste de 3 ou 4 mètres d’élévation , trouvé à la Jamaïque , à Cuba, à Saint-Domingue et à la Guadeloupe ; ses rameaux sont d’un brun pourpre et parsemés de points cendrés; son bois est d’un jaune foncé, très dur, et a reçu par dérision le nom de fendre en gomme. D’après Murray, l'écorce sèche du tronc est en fragments un peu convexes, d’une ligne et demie d’épaisseur, composée d’un épiderme profondément gercé, jaunâtre, spongieux et friable, et d’un liber plus pesant, dur, fibreux, d’un brun verdâtre. L’écorce des branches est également brune et couverte d’un épiderme mince, grisâtre , recouvert de lichens.

Je n’ai que deux faibles échantillons de quinquina caraïbe dont je

474 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sois certain : l'un m'a été donné anciennement par M. Cap, et l'autre par Pelletier.

L'échantillon (A) donné par M. Cap, se compose de fragments d’écorces plates qui n’offrent que des restes d’une croûte blanche, quelquefois épaisse de 2 à 5 millimètres, dure et profondément crevassée, mais ordinairement mince et offrant à sa surface une quantité considérable de petits cryptogames noirs et tuberculeux, entre autres le verrucaria tropica Ach. Le liber est épais de 2 millimètres, formé de libres plates qui se séparent facilement Les unes des autres par plaques minces. Sa couleur naturelle paraît être le jaune foncé , mais par la dessiccation ou par l’action prolongée de l’air, la plupart des morceaux ont pris une teinte rouge ou brune noirâtre ; l’amertume en est très forte et désagréable, la salive est colorée en jaune orangé ; la poudre ressemble à celle du quinquina jaune.

Cette écorce, malgré son caractère fibreux, est très pesante, et semble avoir été plongée dans une dissolution saline et séchée ensuite ; d'autant plus qu’elle offre à la loupe, et même à la simple vue, des points brillants dont plusieurs ont une forme cristalline bien prononcée. Pour m'assurer si ce caractère n'était pas effectivement accidentel , j'ai lavé une écorce dans de l’eau froide, qui n’a offert ensuite aucun indice de chlorure ou de sulfate ; je pense donc que les cristaux doivent être attribués à quelque principe inhérent à l'écorce.

L'échantillon (B) donné par Pelletier est en écorces plus jeunes que les précédentes , très minces , cintrées ou à demi roulées, couvertes d’un épiderme blanc jaunâtre ; leur texture est très fine; /eur cassure est nette, non fibreuse, d'un jaune orangé foncé ; la surface interne est irès unie et d’un brun noirâtre. La saveur et la coloration de la salive sont semblables à celles du premier échantillon.

LXHI. Écorce d’Exostémma du Pérou.

Cette écorce à été trouvée chez André Thouin , professeur au Jardin du Roi, sous le nom de qguinqguina du Pérou. En la comparant aux

RUBIACÉES. 175 deux précédentes , on reconnaît facilement qu'elle appartient à un exostemma , et comme elle possède d’ailleurs tous les caractères de l'écorce de l’exostemma peruvianum , arbrisseau de 3 ou 4 mètres, décrit dans les Plantes équinoxiales de Humboldt et Bonpland , je ne doute pas qu’elle ne soit produite par cette cinchonée.

Gette écorce provient des jeunes branches , et a presque l’apparence de celle du cerisier. Elle est ou lisse, luisante, d'un gris sombre et parsemée de petits tubercules blancs, ou couverte d’un épiderme mince et cendré, sur lequel se dessinent de petits cryptogames noirs, linéaires (opegrapha comma, peruviana, elc., Fée ), et quelques verrucaria.

Le liber est mince, fibreux, naturellement vert, mais prenant une teinte noire par son exposition à l'air; l’intérieur de l'écorce conserve souvent une couleur verte livide. La poudre est verdâtre; la saveur est très amère, un peu sucrée ; l'odeur, nauséabonde,

Page 1