‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 74 sur 121 · CUCURBITACÉES · texte numérisé non relu

CUCURBITACÉES

partie moyenne, d’un bourrelet circulaire , linéaire, indiquant la limite de l’adhérence du calice, et portant, sur l’étendue du bourrelet, 5 vestiges des lobes du calice. Les semences sont peu nombreuses, comprimées, fixées à la base des loges ; elles sont privées d’endosperime et sont coinposées en entier d’un embryon droit, à cotylédons épais et huileux , à radicule très courte et infère.

Les /evillea se distinguent des autres cucurbitacées par leurs étawines libres, par leurs styles distincts, par la disposition de l'embryon, par le petit nombre et l'insertion des semences ; enfin par leurs vrilles qui sortent de l’aisselle même des feuilles, au lieu de naître sur le côté. Aussi plusieurs botanistes en forment-ils une petite famille séparée, sous le nom de nhandirobées. L'espèce dont il est ici question, le fevillea cordifolia (fig. 313), croît dans les Antilles, où elle porte les noms d'avila et de noix de serpent. Les feuilles sont dépourvues de points glanduleux ; elles sont cordiformes , acuminées , sous-dentées et quelquefois sous-trilobées. Le fruit entier a la forme d’une Fig. 313.

grosse coloquinte de 11 ou 12 centimètres de diamètre. L’épicarpe est mince, peu consistant, présentant sous l’épiderme un tissu marqueté, ou comme formé de petites pièces hexagones, ombiliquées, serrées les unes contre les autres.

Bourrelet linéaire situé audessous de la moitié du fruit ; l'intérieur du fruit est charnu, plein au centre, à 3 loges étroites rapprochées de la circonférence. Les semences sont au nombre de deux seulement (?) dans chaque loge ; elles sont larges de 5 ou 6 centimètres, irrégulièrement lenticulaires, amincies sur le bord.

L'épisperme est épais, coriace, uni et comme velouté à sa surface ; il est d’une couleur fauve ordinairement plus foncée à la circonférence, où ce changement de couleur simule une marge qui n’est pas distincte, en réalité, du reste du tégument. L'amande, formée par les deux lobes cotylédonaires , est plate, jaunâtre, huileuse, amère, fortement purgative. L'huile

2h DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

exprimée est amère, purgative, et, en raison de son abondance, usitée pour l'éclairage, en Amérique, La semence récente, brovée avec de l’eau, paraît être un remède éprouvé contre la morsure des serpents venimeux et contre l’empoisonnement par le mancenillier. C’est une des substances les plus utiles de la matière médicale américaine.

On trouve au Brésil plusieurs espèces de fevillea dont les semences y sont nommées feéves de Saint-Ignace, d'après Martius, sans doute à cause de leur forte amertume. La plus intéressante à connaître est celle qui a été décrite par Marcgraff, sous le nom de ghandiroba où nhandiroba (Hist, bras., p. 46); mais elle a été mal connue jusqu'ici des botanistes qui , tantôt lui donnant le nom de fevéllea trèlobata (Linné), tantôt celui de fevillea hederacea (Poiret) (1), ont eu le tort de s’attacher aux caractères variables des feuilles plutôt qu’à ceux du fruit et des semences. Ayant recu ces dernières de M. le docteur Ambrosioni, de Fernanbouc, j'ai pu vérifier l'exactitude de la description de Marcgraff, et en tirer un meilleur caractère spécifique. |

Fevillea Marcgravii. Fruit ovoïde, obscurément triangulaire, à 3 loges, contenant chacune 4 semences. Semences irrégulièrement lenticulaires ( fig. 314), larges de 2,5 à 3,5 centimètres, dont le tégument, assez mince, est formé de trois couches distinctes. La première

Fig. 314.

couche est jaunâtre , tendre , spongieuse, facile à détruire par le frottement ; la couche mitoyenne est noirâtre, dure, très mince, cassante, paraissant formée de fibres très courtes, agglutinées , perpendiculaires à sa surface, ou rayonnant du centre de la graine à sa circonférence. Cette couche moyenne est en outre parsemée à l'extérieur de tubercules de même nature, qui viennent affleurer la surface de la première couche et y forment des taches ou des aspérités noirâtres. Ces tuber-

(4) Non le fevillea hederacea de l’atlas de Turpin , où l’on trouve figuré le fevillea cordifolia de Poiret,

CUCURBITACGÉES. 245 cules persistent après la destruction de la première enveloppe, et comme ils sont plus développés vers la circonférence qu’au centre, ils forment tout autour de la semence deux rangs de tubercules disposés comme les dents d’une roue. Ces deux rangées de tubercules sont séparées, sur l’arête de la semence, par une lame blanchâtre qui était également contenue sous la première enveloppe, et qui persiste plus ou moins après sa destruction , simulant alors une aile membraneuse tout autour de la semence. Cette lame blanchâtre pénètre, par l’arête, dans l’intérieur de la semence, séparant complétement en deux parties le test noirâtre , et l’on voit alors qu’elle n’est qu’une continuation de l’enveloppe intérieure, qui est blanchâtre et fongueuse comme celle de l'extérieur ; et cette matière fongueuse, non seulement remplit tout l'intervalle du test noirâtre à l’amande, mais elle paraît aussi pénétrer entre les deux cotylédons, qui sont épais, huileux et d’un jaune foncé. Cette amande est plus épaisse et plus volumineuse à proportion que dans la première espèce, les différentes enveloppes dont je viens de parler étant au total fort minces, tandis que l’épisperme du nhandirobe des Antilles est au contraire très épais.

On trouve auprès des cucurbitacées trois familles qui offrent avec elles de trop grands rapports pour qu’on puisse beaucoup les en séparer.

La première est celle des PASSIFLORÉES dont le port et les feuilles palmatilobées rappellent les cucurbitacées, mais qui en diffère par la présence de 2 stipules à la base des pétioles; par leurs vrilles axillaires ; par leurs fleurs hermaphrodites dont la corolle est souvent accompagnée de lamelles étroites, très nombreuses et plurisériées; par leurs étamines dont les filets sont réunis en un tube soudé avec le support de l'ovaire, qui est libre et supère, à une seule loge, portant 3 ou 5 trophospermes pariétaux ; enfin par leurs graines pourvues d’un endosperme charnu.

Les passiflorées, dont les espèces innombrables habitent les forêts de l'Amérique intertropicale, sont recommandables par la beauté de leurs fleurs, et plusieurs par la bonté de leurs fruits (passiflora coccinea , maliformis, quadrangularis, etc. ). Un assez grand nombre également recèlent dans leurs racines, dans leurs tiges ou dans leurs feuilles, des principes émétiques purgatifs ou narcotiques, mais sur la nature desquels on n’est pas suffisamment éclairé.

Les PAPAYACÉES s’éloignent des végétaux précédents par leur tronc droit, cylindrique et pourvu de feuilles seulement au sommet, ce qui leur donne l’apparence de palmiers, tandis que leurs feuilles palmatifides et leur suc laiteux les rapprochent des figuiers et des artocarpus. Leurs fleurs sont moncïques où dioïques, pourvues d’un calice très petit. Les fleurs mâles ont une corolle gamopétale, longuement tubu-

2h46 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

leuse, pourvue à la gorge de 10 étamines placées sur deux rangs. Les fleurs femelles présentent 5 pétales distincts et 1 ovaire libre, uniloculaire, à 5 trophospermes pariétaux chargés d’un grand nombre d'ovules. Le fruit mûr est une baie uniloculaire , contenant des graines nombreuses pourvues d’endosperme.

L'espèce la plus connue de cette famille est le papayer commun, carica papaya L., arbre des îles Moluques qui s’est propagé dans l’Inde, aux îles Maurice et de là aux Antilles. Son fruit se mange cru ou cuit. Le suc laiteux de la tige est amer, dépourvu d’âcreté, chargé d’une si grande quantité d’albumine et de fibrine, que Vauquelin l’a comparé à du sang privé de matière colorante ( Ann. chim., t. XLIIT, p. 271). Suivant ce que rapporte M. Endlicher, quelques gouttes de ce suc ajoutées à l’eau attendrissent en quelques minutes la chair des animaux récemment tués ou trop âgés, et le même effet peut être produit en enveloppant pendant une seule nuit la chair dans une feuille de papayer commun. Une autre espèce de papayer, carica digitata, arbre élevé de 16 à 20 mètres , observé par le docteur Pæppig, proche des rives de l’Amazone, jouit, comme poison caustique, d’une réputation égale à celle de l’upas des Javanais.

Les LOASÉES sont des plantes droites ou grimpantes, à feuilles alternes, ou opposées , dépourvues de stipules, souvent palmatilobées et couvertes de poils rudes, ce qui leur donne une assez grande ressemblance avec les cacurbitacées. La piqûre des poils est brûlante comme celle des orties. Les fleurs sont hermaphrodites ; l'ovaire est infère. Le fruit est une capsule couronnée par le limbe du calice ou à demi nue, uniloculaire , rarement charnue et indéhiscente , le plus souvent à 3 ou 5 valves portant chacune un trophosperme. Les semences sont endospermées. Ces plantes sont peu répandues et inusitées.

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