MYRTACÉES
uniloculaire ; mais il présente le plus souvent de 2 à 6 loges à ovules fixés à l'angle central et pendants. Le style est simple. Le fruit varie suivant les tribus de la famille ; mais il est le plus souvent pluriloculaire et polysperme. Les graines sont dépourvues d’endosperme.
M. de Candolle a divisé les myrtacées en cinq tribus :
4'e tribu, CHAMÆLAUCIÉES : Calice à 5 lobes; corolle à 5 pétales ; 20 étamines libres ou polyadelphes, le plus souvent en partie stériles. Fruit sec, uniloculaire, monosperme, indéhiscent ou incomplétement bivalve, Arbrisseaux de l’Australie, offrant le port de bruvères, ayant peu d'intérêt pour nous.
2 tribu, LEPTOSPERMÉES : Étamines indéfinies, libres ou polyadelphes. Fruit sec, pluriloculaire, à déhiscence loculicide ou septicide. Cette tribu nous offre les melaleuca, les eucalyptus , les metrosideros et les Zeptospermum , arbres ou arbrisseaux de l’Australie ou des îles environnantes , à feuilles étroites, ponctuées et aromatiques ; l’eucalyptus resinifera fournit en outre un suc rouge , très astringent, qui est une des espèces de kino du commerce. Mais la description en sera réunie à celle des sucs astringents dus à la famille des légumineuses.
3° tribu, MYRTÉES : Étamines indéfinies, libres. Fruit charnu à 2 ou plusieurs loges souvent monospermes par avortement. Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées et ponctuées, répandus dans toutes les régions chaudes du globe, où ils produisent, tantôt des fruits alimentaires très estimés, à cause de leur saveur très parfumée , acidule et sucrée , tels que les goyaves (psidium), les jamboses (jambosa), les nèfles des îles Maurice (7ossinia); d’autres fois des fruits très aromatiques, connus sous le nom de prment, très usités comme épices. C’est également à cette tribu qu’appartient le gireftier dont les fleurs non développées sont si généralement connues sous le nom de girofles ou de clous de girofle.
L° tribu , BARRINGTONIÉES : Étamines nombreuses, souvent monadelphes. Fruit charnu , à épicarpe coriace, à une ou plusieurs loges , mono- ou oligospermes. Feuilles alternes, non ponctuées. Arbres croissant en Asie et en Amérique, entre les tropiques. Les genres barringtona, Stravadium ; qustavia, fœtidia, appartiennent à cette tribu.
5° tribu, LÉCYTHIDÉES : Anthères très nombreuses, monadelphes , formant d’une part un urcéole très raccourci, à anthères fertiles , et de l’autre une lame pétaloïde portant des anthères stériles et recouvrant le pistil. L’ovaire est demi-infère, pluriloculaire et pluri-ovulé. Le fruit est sec ou charnu, indéhiscent ou s’ouvrant par un opercule. Arbres de l'Amérique , à feuilles alternes, non ponctuées, à stipules nulles ou caduques, remarquables par la grosseur ou la forme de leurs fruits, que je vais décrire succinctement, afin de n’y plus revenir,
218 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,
Couroupita de la Guyane, couroupita quianensis ( Aublet , t, I, p- 708; de Tussac, #/ore des Antill., t. IX, p. 45, fig. 40 et 11). Arbre très élevé des forêts de la Guyane, dont les fleurs sont grandes, à 6 pétales dont 2 plus grands, d’une belle couleur rose et d’une odeur très suave, Le fruit, nommé vulgairement boulet de canon, est sphérique , de la grosseur de la tête d’un enfant , quelquefois du poids de 5 kilogrammes : il présente, vers les deux tiers de sa hauteür, un rebord circulaire qui marque l'endroit où le tube du calice cessait d’être soudé à l'ovaire ; mais il est indéhiscent. Le péricarpe est peu épais, formé d’un épicarpe ligneux , d’un mésocarpe pulpeux et d’un endocarpe mince et osseux, divisé intérieurement en 6 loges qui sont remplies d’une pulpe acidule, non désagréable, mais qui, dans son état sauvage, ne paraît pas être recherchée comme aliment. Les semences sont remplies par un embryon dont la radicule, très grosse et courbée en cercle, entoure 2 cotylédons foliacés et chiffonnés ; elles ne sont d'aucun usage, de sorte que jusqu’à présent cet arbre, qui est un des plus beaux de l'Amérique, offre peu d’utilité.
Quatelé de la Guyane, marmite de singe, Lecythis grandiflora d’Aublet, pareillement son /ecythis zabucajo et le lecythis ollaria X.., qui paraît être le zabucajo de Pison (Bras., p. 65). Ces différents arbres portent des fleurs semblables à celles du couroupita ; mais leurs fruits consistent en une capsule ligneuse, très épaisse, en forme d’urne pourvue, vers le milieu de la hauteur, d’un bourrelet plus ou moins proéminent et à six angles plus ou moins marqués ; au-dessus de ce bourrelet, la capsule se rétrécit brusquement, puis s'ouvre par une fissure circulaire, et se termine par un opercule ligneux, arrondi en forme de calotte en dessus, mais prolongé en dessous en un axe copique quadrangulaire, et marqué de quatre cavités qui répondent aux quatre loges du fruit. C’est à la base de cet axe que sont fixées les semences qui sont peu nombreuses et quelquefois solitaires dans chaque loge, enveloppées d’une membrane charnue, et pourvues d’une amande huileuse , bonne à manger et usitée comme aliment et pour l’extraction de l'huile , au Brésil et dans la Guyane. On trouve dans les cabinets des curieux un assez grand nombre d'espèces de ces fruits, variables par leur forme et leur grosseur.
Châtaignier du Brésil, nommé juvia sur les bords de l'Orénoque et touka à Cayenne; bertholletia excelsa H. B. Très grand arbre du Brésil et des forêts de l’Orénoque, dont M. de Humboldt n'avait pas vu les fleurs, ce qui l’a empêché d’en reconnaître les affinités naturelles ; mais que la structure de sa fleur, observée par M. Poitcau à Cayenne, et celle de son fruit, placent tout auprès des /ecythis. La structure des fleurs est exactement celle des /ecythis et des couroupita ; et quant
MYRTACÉES. 249 au fruit, que M. de Humboldt avait cru supère , il est au contraire presque complétement infère, et le limbe du calice, en tombant , n°y laisse presque aucune trace. Ce fruit, d’après M. de Humboldt, est sphérique et peut acquérir le volume de Ja tête d’un enfant; mais ceux cultivés à Cayenne n’ont guère que 10 à 12 centimètres de diamètre et sont sensiblement déprimés sur leur hauteur. Ge fruit, à l'état récent, est formé d’un brou vert, uni et luisant, peu épais, sous lequel se trouve une coque ligneuse assez épaisse, très raboteuse à sa surface. L'intérieur est divisé en 4 loges contenant chacune 6 ou 8 semences fixées à un axe central, ligneux, quadrangulaire, s’épaississant vers l'extrémité et se terminant par un bouton qui servait de base au style. Ce bouton se détache par la dessiccation du péricarpe, et y forme une ouverture circulaire fort petite, à travers laquelle les semences et l'axe ligneux lui-même ne peuvent sortir. Les semences sont trigones , longues de 3 ou 4 centimètres, épaisses de 2 ou 3, formées d’un test osseux, de couleur cannelle, très raboteux à sa surface, et d’une amande blanche, très bonne à manger, dont on peut retirer par expression une huile propre à remplacer celle d'olive, soit pour l’usage de la table, soit pour la fabrication du savon (/ourn. pharm., t. X, p. 61; Journ. pharm. et chim., t VI, p. 132).
Myrte commun.
Myrtus convmunis L. Car. gén. : Calice à tube globuleux soudé avec l'ovaire, à limbe libre à 5 parties, rarement à 4. Pétales en nombre égal aux divisions du calice ; étamines nombreuses, libres. Baie globuleuse, à 2 ou 3 loges, couronnée par le limbe du calice; plusieurs semences (très rarement une seule) dans chaque loge, réniformes , à test souvent osseux. Embryon arqué, à cotylédons très courts, demicylindriques , à radicule deux fois plus longue que les cotylédons.
Le myrte commun n’est qu’un arbrisseau très élégant dans nos jardins ; mais dans le midi de l’Europe et dans le Levant, c’est un arbre à tige droite, divisée en nombreux rameaux. Les feuilles sont opposées, presque sessiles , assez petites, ovales-lancéolées , très entières, lisses, d’un vert foncé , fermes, persistantes, parsemées de points glanduleux translucides, et douées d’une odeur forte et très agréable lorsqu'on les froisse. Les fleurs sont blanches, solitaires dans l’aisselle des feuilles. Le fruit est une petite baie globuleuse, d’un bleu noirâtre, douée d’une odeur aromatique assez forte également. On préparait autrefois avec les feuilles de cet arbuste, qui était consacré à Vénus, une eau distillée aromatique très recherchée pour la toilette, et les baies faisaient partie de compositions astringentes qui jouissaient aussi d’une grande réputation.
250 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Giroflier et Girofles.
Caryophyllus aromaticus L. (fig. 315). Le giroflier est un arbre originaire des îles Moluques, d’où il a passé dans l’île Bourbon en 1770, deux ans plus tard à Cayenne, et de là dans nos autres colonics. Il a les feuilles opposées, coriaces, ponctuées, oblongues, rétrécies en pointe aux deux extrémités. Les fleurs sont disposées en cymes terminales, ou en corymbes partant de l’aisselle des rameaux ; elles sont composées d’un calice tubuleux , cylindracé , divisé supérieurement en 4 lobes; d'une corolle à 4 pétales insérés au haut du tube du calice , adhérents par leur sommet et se séparant du calice, sous forme de coiffe, lors de l’anthèse. Les étamines sont insérées sur un anneau charnu, tétragone ; elles sont libres, mais disposées en 4 phalanges qui s'écartent en rayonnant du centre de la fleur. L’ovaire est infère et à 2 loges, contenant chacune 20 ovules ; mais le fruit est une baie à 1 ou 2 loges qui ne contiennent qu’une seule semence ovoïde ou demiovoïde, suivant qu’elle est solitaire ou double. Les cotylédons sont épais et charnus, convexes en dessus , sinués sur la face interne ; la radicule naît du centre des cotylédons et s'élève perpendiculairement entre eux.
Le girofle du commerce, qui porte le nom vulgaire de clou de gurofle, est la fleur du giroflier cueillie avant que la corolle se soit détachée, et lorsque les pétales , encore soudés, forment comme une tête ronde au-dessus du calice. On le fait sécher au soleil, et non, comme quelques uns l’ont dit, à la fumée; car le bon girofle ne présente d'autre couleur brune que celle que peut prendre à la dessiccation un corps éminemment huileux , et dont l'huile possède spécialement la propriété de brunir à l’air et à la lumière.
On distingue dans le commerce trois principales sortes de girofle : 1° le girofle des Moluques, dit aussi girofle anglais , parce que c’est la Compagnie des Indes qui en fait le commerce. Il est d’un brun clair
Fig. 345.