MYRTACÉES
et comme cendré à la surface , gros, bien nourri, obscurément quadrangulaire, obtus, pesant, d’une saveur âcre et brûlante. 2° Le girofle de Bourbon , qui diffère peu de celui des Moluques ; cependant il est un peu plus petit. 3° Le girofle de Cayenne, qui est grêle, aigu, sec, noirâtre, moins aromatique et moins estimé.
Le girofle fournit à la distillation une huile volatile plus pesante que l'eau (1), d’une consistance oléagineuse, d’une saveur caustique, incolore lorsqu'elle vient d’être préparée, mais se colorant fortement avec le temps , lorsqu'elle a le contact de l'air et de la lumière. Cette huile rougit instantanément par l'acide nitrique et jouit de la propriété de former des combinaisons cristallisables avec les alcalis (Bonastre). Pour l’extraire des girofles, on ajoute du sel marin à l’eau de l’alambic, dans le but d'élever la température à laquelle ce liquide entre en ébullition, et l’on recohobe plusieurs fois l’eau distillée sur les mêmes girofles , afin de les épuiser, L'huile de girofle du commerce se prépare en Hollande, où elle est très souvent falsifiée ; c’est un devoir pour les pharmaciens de préparer eux-mêmes celle qu’ils emploient.
Il résulte de l'analyse faite par Trommsdorff, que les girofles contiennent , sur 100 parties : huile volatile 18, matière extractive et astringente 147, gomme 13, résine 6, fibre végétale 28, eau 18 (Journal de pharmacie, ann. 1815, p. 304).
Plus récemment Lodibert a découvert dans le girofle des Moluques un principe peu soluble à froid dans l'alcool , et facile à faire cristalliser en aiguilles rayonnées, très déliées. Ce principe, qui est sans saveur et sans odeur lorsqu'il est bien privé d’huile volatile, a reçu le nom de caryophylline. Le girofle de Bourbon a offert la même substance à M. Bonastre, mais en très petite quantité, et le girofle de Cayenne ne lui en a pas donné du tout { Journal de pharmacie, t. XI, p. 101).
L’essence de girofle, d’après les recherches de M. Ettling, est un mélange de deux huiles dont l’une, peu abondante, est neutre et formée de C2H16, de même que les essences de térébenthine et de dryobalanops camphora ; Vautre essence, qui est acide, et qui forme des sels cristallisables avec les alcalis, ainsi que l’avait vu M. Bonastre, a reçu le nom d’acide eugénique. Pour l'obtenir, on combine l’essence de girofle avec la potasse ; on traite par l’eau, qui ne dissout pas sen-
(4) L’essence de girofle pèse 1,0635, à la température de 20 degrés. Il arrive souvent , lorsqu'on la distille, qu’une huile plus légère s’en sépare et vient nager à la surface de l’eau du récipient, tandis qu’elle est chaude. A froid, cette essence dite légère est plus dense que l’eau : elle pèse 1,0033 à 20 d. c.
292 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
siblement l'huile neutre; on filtre et l’on fait bouillir pour chasser la portion d’essence dissoute. On décompose alors l’eugénate de potasse par un acide et l’on distille dans une cornue. L’acide eugénique est liquide ; il rougit le tournesol, possède une saveur brûlante, pèse 1,079 et bout à 243 degrés. Il est formé, d’après M. Dumas, de C2H #05, et d’après M. Ettling, de C2 1120 à l’état de combinaison avec les bases. La caryophylline est composée, suivant M. Dumas, de C2H1602, Elle a la même composition que le camphre des laurinées et peut être considérée comme un oxide de l'essence de girofle indifférente (C2°H16),
On rencontre quelquefois dans le commerce le fruit du giroflier, provenant des fleurs qui ont été laissées sur l’arbre; on le nomme antofle OU mère de girofle, et on le trouve sous deux formes. Tantôt il a été récolté à une époque plus on moins éloignée de sa maturité, et alors il est plus ou moins tubuleux, cylindrique, terminé par les quatre pointes du calice, et sans aucune apparence de la corolle et des élamines qui sont tombées. Il possède une très forte odeur de girofle et contient d'autant plus d'huile volatile qu’il est plus jeune. D’autres fois il est complétement mur : alors il est ovoïde, toujours terminé par les dents du calice qui se sont recourbées en dedans, formé d’une pulpe sèche à l’extérieur et d’une-semence dure, marquée d’une rainure longitudinale, ondulée. Ce fruit mûr est beaucoup moins aromatique que le girofle et mérite peu d’être employé.
On à également introduit dans le commerce les pédoncules brisés du girofle, sous le nom de griffes de girofle. Cette substance est sous la forme de petites branches menues et grisâtres, d’un goût et d’une odeur assez marqués. Les distillateurs l’emploient en place de girofle.
On emploie au Brésil, sous le nom de craveiro da terra, où de girofle indigène, les boutons de fleurs da calyptranthes aromatica St.-Hil., et les jeunes fruits de l’eugenia pseudocaryophyllus DC.
Piment de la Jamaïque.
Dit aussi amomi, piment des Anglais, toute-épice, poivre de la Jamaique. On a donné ces différents noms aux fruits, desséchés avant leur maturité, d’un arbre nommé par Linné muyrtus pimenta (fig. 316). Cet arbre est cultivé avec soin à la Jamaïque, où il forme des promenades agréables par son feuillage qui dure toute l’année. Toutes les parties en sont aromatiques, et sont usitées dans le pays; mais nous n’en recevons que le fruit. Ce fruit récent est une baie biloculaire : tel que nous l'avons, il est sec, gros comme un petit pois, presque rond, d’un gris rougeâtre, très rugueux à sa surface , ou mieux tout convert de petites glandes tuberculeuses , et couronné par le limbe du calice. La couronne
MYRTACÉES. 253 est petite et presque toujours réduite à l'état d'un simple bourrelet blanckâtre , par le frottement réciproque des fruits ; mais lorsqu'elle est entière, elle présente toujours un limbe à 4 parties recourbées en dedans. La baie sèche est formée d’une coque demi-ligneuse , partagée intérieurement en 2 loges dont chacune renferme une semence noirâtre, à peu près hémisphérique, c’est-à-dire bombée du côté externe, et aplatie sur la face interne; mais en outre celle semence est réniforme et placée de manière que la convexité du rein regarde le bas de la loge, et la partie échancrée le haut; et c’est à cette partie échancrée que se trouve le point d'attache par lequel la semence est suspendue à la partie supérieure de la loge et de la cloison, ainsi que l’a décrit Gærtner. L’embryon est courbé en spirale et tout couvert de glandes oléifères ; la radicule est ascendante ou supère, beaucoup plus grande que les cotylédons, qui sont petits, complétement soudés, figurant un seul cotylédon cylindrique.
Le piment de la Jamaïque possède, surtout dans son péricarpe, une odeur très forte et très agréable qui tient à la fois du girofle et de la cannelle ; aussi jui a-t-on donné le nom de foute-épice. I fournit, à la distillation, une huile pesante qui jouit des mêmes propriétés que l'essence de girofle.
Observations. En attribuant le piment de la Jamaïque au #yrtus primenta L., qui est lemuyrtus arborea foliis laurinis, aromatica, de Sloane (Hist. of Jam., tab. 191, fig. 1) (4), j'ai suivi le sentiment de tous les botanistes, fondé sur l’autorité de Sloane, qui nomme cet arbre piment dela Jamaïque. Cependant Clusius (£xot., p. 17) et Plukenet (tab. 155, fig. 3) ont décrit un autre arbre à feuilles elliptiques (ryrtus acris Willd.), que Plukenet donne aussi comme étant celui qui produit le
Fig. 316.
(4) C’est également le caryophyllus aromaticus americanus , lauri acuminatis foliis, fructu orbiculari, de Plukenet (tab. 155, fig. 4) et le piper jamaicense de Blackwell, tab, 355.
254 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
piment de la Jamaïque. Et il est vrai de dire que si ces deux arbres diffèrent beaucoup quant à la forme de leurs feuilles, leurs fruits sont entièrement semblables ; de sorte que l’un et l’autre peuvent en réalité fournir le piment de la Jamaïque. Cependant de Candolle, dans son Prodromus, nomme le myrtus pimenta L., eugenia pimenta, et le myrtus acris Willd., myreia acris , les séparant ainsi dans deux genres différents ; de plus il décrit le fruit du premier comme étant une baie mounosperme, dont, suivant lui, l'embryon arrondi et à cotylédons soudés, non distincts, différerait complétement de la figure de Gærtner. On serait tenté de croire, d’après cela, que de Candolle a pris quelque autre fruit pour le piment de la Jamaïque; car, indépendamment de l'exactitude de la figure et de la description de Gærtner, tous les botanistes, sans exception, ont décrit les fruits des deux piments comme formant également une baie à 2 loges, dont chacune contient une semence hémisphérique. J'ajoute qu'il m’a fallu ouvrir un très grand nombre de fruits de piment de la Jamaïque pour en trouver un à une seule loge et un autre à 3 loges monospermes.
Piment Tabago. Ce fruit est tout à fait semblable au piment de la Jamaïque, pour sa forme sphérique, son ombilic, ses 2 loges et ses 2 semences réniformes; mais il est plus gros, d’une couleur grisâtre à l'extérieur et beaucoup moins rugueux, ce qui tient au peu de développement des glandes oléifères de la surface. Sa couronne est beaucoup plus petite, et c’est à peine si l’on peut y découvrir un vestige des lobes du calice ; mais quand il en reste, ils paraissent être au nombre de quatre seulement, comme dans le piment de la Jamaïque. La substance du péricarpe est plus sèche et moins aromatique ; les semences et leur embryon sont entièrement semblables, sauf leur volume plus considérable.
Je ne saurais dire si ce fruit est produit plus spécialement par le myrtus acris ; dans tous les cas, il paraît avoir été cueilli dans un état de maturité complète , et cette circonstance suflirait pour expliquer son odeur plus faible, Enfin quelques auteurs un peu anciens font mention d'un piment de Tabasco au Mexique, et ne parlent pas de pement tabago : serait-ce donc par une fausse locution que le fruit actuel porterait ce dernier nom ?
Piment couronné Qu poivre de Thevet, Ce fruit, mentionné par Pomet, Chomel et Murray, avait complétement disparu du commerce, lorsqu'il en est arrivé, il y a un certain nombre d’années, et depuis je ne l'ai plus revu. Il vient des Antilles et principalement de l'ile Saint-Vincent, où il est produit par le myrtus pimentoides de Nces d'Esenbeck (myreia pimentoides DC.). Get arbre (fig. 317) res-
MYKTACÉES. 295
semble complétement au myrtus acris, par ses feuilles ovales-obtuses ou elliptiques, coriaces , fortement veinées, toutes couvertes de points glanduleux, et par la disposition de ses fleurs en panicules trichotomes ; mais il en diffère par ses fruits, dont voici les caractères :
Baies sèches, ovales, rougeûtres, tuberculeuses , très aromatiques, terminées par une large couronne un peu évasée en entonnoir, et offrant les vestiges des 5 dents du calice. Intérieurement on y trouve le plus souvent 2 loges, avec indice d'une 3° avortée ; assez souvent 3 loges, très rarement une seule, et chaque loge contient 2 semences brunes et luisantes (1), qui sont d’autant plus petites et plus irrégulières qu'elles sont plus nombreuses. Dans leur complet développement , elles sont un peu réniformes et offrent un embryon recourbé, qui m'a paru semblable à celui du #1yrtus prmenta; de sorte que je partage l’avis de M. Tb. Fr. L. Nees d’Esenbeck, qui réunit tous les piments aromatiques dans une section du genre myrtus, nommée pimenta, caractérisée par une radicule extérieure très développée et roulée en spirale autour des deux cotylédons qui sont beaucoup plus courts, charnus et soudés en un petit corps cylindrique. Je pense que c’est la dernière espèce, le myrtus pimentoides , qui a été désignée par Plukenet, sous le nom de caryophyllus aromaticus americanus, folio et fructu oblongo, polypyrene , acènis angulosis uvarum vinaceis similibus. Sweet bay barbadensis dicta (Phytogr., tab. 155, fig. 2).
J'ai décrit précédemment (tome If, p. 467) les piments non aro-
Fig. 317.
(4) J'ai trouvé une seule fois 1 loge et 2 semences ; très souvent 2 loges avec 4 semences; assez souvent 3 loges et 4 semences; une fois 3 loges et 6 semences ; une autre fois 3 loges et 7 semences ; une fois 2 loges et 4 semences, plus 2 vestiges de loges dont une complétement oblitérée , et dont l’autre présentait 2 semences atrophiées , fixées à la partie supérieure de l'angle interne des cloisons.
256 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
matiques, produits par le genre capsicum, de la famille des solanacées.
Huile de Cajeput.
Cette huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un arbuste des îles Moluques , nommé caju-puti, c'est-à-dire arbre blanc : ce nom lui a été donné à cause de l'écorce blanche dont il est revêtu. Cet arbre appartient à
la famille des myrta-
cées, el Rumphius l’a
décrit sous le nom
d'arbor alba minor, - pour le distinguer d’autres espèces voisines, nommées aussi Cajupufi, mais qui ne pa-
raissent pas servir à
l'extraction de l’huile.
Linné a réuni ces diffé-
rents arbres en une
seule espèce , sous le
nom de #elaleuca leu-
cadendron ; mais au-
jourd’hui on les sépare
de nouveau , et celui qui nous occupe porte, dans le Prodromus de de Candolle , le nom de melaleuca minor (fig. 318 ).
L'huile de cajeput, telle qu’on pourrait l'obtenir par la distillation des feuilles récentes de cet arbre, doit être verte; car j’ai distillé anciennement les feuilles de plusieurs melaleuca , metrosideros et eucalyptus, cultivés au Jardin-des Plantes , et toutes m'ont fourni des huiles volatiles d’une belle couleur verte. Mais soit que celte couleur disparaisse avec le temps , ou qu’elle se trouve détruite par le mode vicieux de préparation décrit par Rumphius (par la distillation des feuilles fermentées, desséchées, puis macérées dans l’eau), il est certain que l'huile de cajeput du commerce doit sa couleur verte à de l’oxide de cuivre qu’elle tient en dissolution. J'ai déterminé la quantité de cet oxide pour une huile très verte, et je l’ai trouvée de 05,137 pour 500 grammes , ou de 0,00274 par gramme. La dose est ordinairement plus petite et ne nuit pas à l'administration de l'huile de cajeput. Il est d’ailleurs facile de l'en priver, soit en la distillant avec de l’eau, soit en
Fig. 318.
GRANATÉES. 257 l’agitant seulement avec un soluté de cyanure ferroso-potassique, qui en sépare à l'instant même le cuivre sous forme d’un précipité rouge (Journ. de chim. méd., t. VX, p. 586).
L'huile de cajeput est liquide, très mobile, verte, transparente et d’une odeur forte et très agréable, qui tient à la fois de la térébenthine, du camphre, de la menthe poivrée et de Ja rose. C’est cette dernière odeur qui domine lorsque l'huile est en partie évaporée spontanément. Elle est entièrement soluble dans l'alcool ; sa pesanteur spécifique varie de 0,916 à 0,919. D'après MM. Blanchet et Sell, sa composition répond à CH90,
FAMILLE DES GRANATÉES.
La famille des myrtacées comprenait d’abord un arbrisseau connu sous le noi de grenadier (punica granatum L.), qui s'en rapproche par son calice soudé avec l'ovaire , persistant et formant l'enveloppe extérieure du fruit, par ses étamines indéfinies et par sa forme générale.
Mais, d’un autre côté, cet arbuste diffère des myrtacées, et plus spécialement des leptospermées et des myrlées, par ses feuilles non ponctuées, par la structure interne de son fruit et par ses cotylédons foliacés qui se recouvrent l’un l’autre en se tournant en spirale : aussi la plupart des botanistes en formentils aujourd’hui une petite famille séparée, celle des | granatées.
Le grenadier (fig. 319) est originaire d'Afrique, et principalement des environs de Carthage, ce qui lui a fait donner le nom de punica ; et il a recu celui de granatum, à cause de la grande quantité de semences ou de grains contenus dans son fruit, Il croît très bien en pleine
258 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
terre, dans tout le midi de l'Europe, et supporte même les hivers ordinaires de notre climat, étant mis en espaliers abrités du Nord , et il y porte fruit. IL a les feuilles simples, oblongues, entières, caduques , le plus souvent opposées, mais quelquefois aussi ternées, verticillées ou éparses. Les fleurs sont rassemblées en petit nombre vers l'extrémité des rameaux ; le calice est turbiné, épais, charnu , lisse et d’une belle couleur rouge, partagé à son bord en 5 lobes. La corolle est à 5 pétales souvent doublés par la culture, et d’un rouge éclatant ; les étamines sont très nombreuses et libres ; l'ovaire est infère, surmonté d’un style simple et d’un stigmate en tête. On nous apporte les fleurs de grenadier sèches du midi de la France, et l’on peut également faire sécher soi-même celles des arbustes cultivés à Paris. Elles doivent être d’un rouge vif et nullement noirâtre, et d’une saveur très astringente ; leur infusion précipite fortement le fer en bleu noirâtre. On les employait autrefois sous le nom de balaustes.
Le fruit du grenadier, que l’on nomme grenade, est une grosse baie sphérique, offrant souvent six angles saillants arrondis , et recouverte d’une écorce dure, coriace, rougeâtre à l'extérieur, d’un beau jaune à l’intérieur, très astringente et propre à tanner le cujr. Cette écorce se nomme en latin #alicoritum (cuir de pomme ). A l'intérieur, le fruit se trouve divisé en deux grandes cellules inégales par une membrane transversale. La cellule inférieure, plus petite, est elle-même divisée en 4 ou 5 loges irrégulières, et la cellule supérieure, qui est plus grande, forme 6 loges régulières ( quelquefois 7 ou 8). Vers la partie médiane de chaque loge , contre l’écorce, se trouve un placenta spongieux, jaune, ramifié, portant un grand nombre de grains qui remplissent entièrement la loge. Chaque grain est composé d’une vésicule mince , remplie d’un suc aqueux, aigrelet, sucré, rouge, et contient au centre une semence triangulaire allongée. Ce suc , qui contient de l'acide gallique, comme tout le reste de l'arbre, est très rafraichissant et antibilieux. On en fait un sirop jouissant des mêmes propriétés.
La racine de grenadier, employée par les anciens pour détruire le ténia (1), était tombée dans un oubli total, lorsque de nouveaux essais faits dans l'Inde, il y a une vingtaine d'années, firent retrouver dans cette substance un remède presque certain contre le plus dangereux parasite du corps humain (2).
La racine de grenadier est ligneuse, noueuse, dure , pesante, d’une couleur jaune, d’une saveur astringente. De même que dans le plus
(4) Dioscoride , liv. 1, chap. 127. — Pline, liv. xxurr, chap. 6.
2) Voyez F.-V. Mérat, Du tœænia ou ver solitaire, et de sa cure radicale par l'écorce de racine de grenadier, Paris, 1832, in-8.
COMBRÉTACÉES. 259
grand nombre de racines, l'écorce est plus active que le bois , et c’est elle exclusivement que l’on emploie en médecine ; elle est d’un gris jaunâtre ou d’un gris cendré au dehors, jaune au dedans, cassante, non fibreuse, et d’une saveur astringente non amère, ce qui serl surtout à la distinguer de l'écorce du buis, qui est très amère. Humectée avec un peu d’eau et passée sur un papier, elle y laisse une trace jaune qui devient d’un bleu foncé par le contact du sulfate de fer.
Il paraît que l'écorce de racine de grenadier est quelquefois falsifiée dans le commerce avéc celle de la racine de berberis ou d’épine-vinette, que les maroquiniers de Paris tirent toute fraîche d'Alsace pour teindre les peaux en jaune. L'écorce d'épine-vinette desséchée est très mince, grise au dehors, d’un jaune très foncé en dedans , formée de fibres très courtes; elle colore très fortement la salive en jaune, développe une saveur amère, et offre une odeur de racine de patience.
Les deux écorces, traitées par l’eau, présentent les résultats sul-
vants :
ÉPINE-VINEITE. GRENADIER.
Couleur du macéré. Jaune pur. Brun foncé.
Gélatine. Action nulle. Précipité trésabondant. Acétate de plomb. Loucheet précipité peu|Précipité jaune, très sensible. abondant et cohérent ;| liqueur entièrement
décolorée.
Sulfate de fer. Action nulle. Couleur noire très intense. |
FAMILLE DES COMBRÉTACÉES.
Petit groupe formé de genres séparés des élæagnées et des onagraires de Jussieu, et que l’on divise en deux tribus qui conservent leurs premières affinités avec ces deux familles. Ainsi la tribu des TERMINALIÉES, qui doit son nom au genre {erminalia, séparé des élæagnées, est caractérisée par un calice à 5 lobes caducs, sans corolle et portant 40 étamines sur deux séries; par un ovaire infère, uniloculaire, à plusieurs ovules pendants ; par un fruit drupacé, uniloculaire , monosperme et indéhiscent, souvent ailé ; enfin par un embryon cylindrique
260 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
où ellipsoïde , privé d’endosperme , à cotylédons foliacés, tournés en spirale.
La tribu des COMBRÉTÉES, dont le principal genre est le G. combretum, retiré des onagraires, présente un calice à 4 ou 5 lobes ; une corolle à 4 ou 5 pétales; 8 à 10 étamines en deux séries; un fruit infère souvent ailé, 2 cotylédons épais , irrégulièrement plissés.
Les arbres de cette famille se recommandent généralement par leur bois dur et très compacte, par leurs écorces astringentes, propres au tannage et à la teinture, et par leurs fruits astringents et à amande douce et huileuse, dont plusieurs sont connus depuis très longtemps - sous le nom de myÿrobalans ou, par corruption, myrabolans el myroholans (1), mais dont l’origine n’est peut-être pas exactement déterminée.
On connaît dans le commerce cinq fruits du nom de #yrobalans , qui sont distingués par les surnoms de cifrins, chébules, indiens , bellerics et emblics. Ces derniers, très différents des autres, appartiennent à la famille des euphorbiacées et ont été décrits tome IT, p. 340. Les autres appartiennent à la section du genre ferminalia, dont les fruits sont dépourvus d'ailes, ou au genre myrobalanus de Gærtner.
Myrobalan eitrin, Ce fruit se présente sous trois formes principales :
1° Jaune et ovoïde anguleux (fig. 320). Drupe desséché , d’une
Fig. 320.
forme ovoïde, également aminci en pointe mousse à ses deux extré-
(1) Ce nom est dérivé de poov, onguent ou parfum, et de Bi2v04, gland ou fruit, soit que les myrobalans , de même que les baies de myrte , les noix de cypres et d’autres astringents aient été usités autrefois pour la composition de pommades cosmétiques ; soit que ce nom leur ait été donné à cause de la confusion qui a pu exister entre eux et la noix de ben. Pline, en effet (lib. x1r, cap. 21), paraît comprendre sous la même dénomination myrobalanus . la semence de ben et les myrobalans.
COMBRÉTACÉES. 261 wités. Il est ordinairement marqué de 5 arêtes saillantes, longitudinales, entre lesquelles paraissent 5 côtes arrondies plus ou moins marquées ; il varie en longueur de 2,5 à 3,5 centimètres , très rarement 4, et en diamètre de 1,5 à 2 centimètres ; il est luisant à sa surface et d’une couleur qui varie du jaune pâle et verdâtre au jaune brunâtre. A l'intérieur, il est formé d’une chair desséchée, le plus souvent caverneuse, d’une couleur verdâtre et d’une saveur très astringente. Au centre se trouve un noyau ovoïde , plus ou moins pentagone, ligneux et tellement épais, que la loge où se trouve l’amande a tout au plus 3 millimètres de diamètre, et souvent moins. L’amande est presque linéaire, recouverte d’une pellicule rouge, blanche à l’intérieur, et formée de 2 cotylédons roulés autour de la radicule, Ils ont une saveur huileuse , un peu âpre, finissant par devenir amère. La substance du noyau présente une grande quantité de très petites cellules rondes, qui sont remplies d’un suc jaune et transparent comme du succin.
2° Verdôûtre et piriforme (fig. 321), myrobalanus citrina Gærin., tab. 97. Ces myrobalans sont allongés en poire par l'extrémité pédonculaire ; ils ont une Fig. 391.
couleur plutôt verte que jaune; une chair verdâtre plus dure, plus compacte et beaucoup moins caverneuse que dans la première variété; enfin leurs 5 côtes intermédiaires sont souvent aussi anguleuses et aussi proéminentes que les autres ; le noyau et l’amande sont semblables. Ces myrobalans ressemblent par leur forme aux chébules ; ils en diffèrent par leur couleur verdâtre et par leur volume qui est moins considérable : cependant j'en possède un long de 45 millimètres et épais de 24, qu’on prendrait, sauf sa couleur, pour un myrobalan chébule.
3° Brunûtre ef ovoide-arrondi (fig. 322). Ces myrobalans sont ovoïdes , plus ou moins arrondis, plus ou moins atténués en pointe aux deux extrémités, sans angles bien marqués (1). Il est possible qu'ils aient été primitivement jaunes; mais ils sont actuellement d’un brun
(1) Voici quelques unes de leurs dimensions : arrondis, 19". sur 21, 24" sur 28, 27" sur 35; allongés. 18" sur 32, 22" sur 40.
262 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
très foncé, et quelques uns paraissent noirs. A l'intérieur, leur chair est très brune, presque noire , quelquefois dure; compacte et luisante,
Fig. 322.
le plus souvent très caverneuse. Le noyau et l’amande sont semblables à ceux des précédents.
Dans le commerce, ces myrobalans sont vendus comme bellerics ou comme chébules, suivant leur forme : ils sont bien différents des premiers, et ont plus d’analogie avec les citrins qu'avec les chébules.
Myrobalan chébule (fig. 323), myrobalanus chebula Gærtn. Ces inyrobalans sont longs de 30 à A0 centimètres, épais de 18 à 20, presque toujours allongés en poire, d'une manière très marquée, par l'extrémité pédonculaire; ils sont souvent manifestement pentagones, d’autres fois à 10 angles aigus presqueréguliers, mais toujours très rugueux, rudes au toucher , et d’une couleur brune rarement un peu À jaunûtre, le plus souvent noirâtre. Ils sont très pesants et formés d’une chair desséchée, noirâtre, dure, compacte , à cassure luisante et comme résineuse : ils sont pourvus d’une saveur astringente moins forte que celle des myrobalans citrins, Le novau ligneux et l'amande ont les -
Fig. 393.
COMBRÉTACÉES. 263 mêmes dimensions relatives que dans celui-ci ; l’amande m'a paru plus douce.
Myrobalan indien (fig. 324). Ce myrobalan est beaucoup plus petit que les précédents, car sa plus forte grosseur est celle d’une olive; il a la forme d’une poire comme le myrobalan chébule ; il est tout à fait noir, ridé, très dur, brillant et compacte dans sa cassure ; on voit au milieu une ébauche du noyau, et la place de l’amande est vide; sa saveur est astringente et aigrelette. Par la ressemblance frappante de ce myrobalan avec le précédent, il est évident que ce n’est que le même fruit cueilli bien avant sa maturité, et différant du myrobalan chébule, comme, par exemple , le cerneau diffère de la noix.
Myrobalan bellerie (fig. 325 ), myrobalanus bellerica Gærtn. Cette espèce de myrobalan a la grosseur d’une muscade, plus ou moins. Il est ovale ou presque rond, sphérique ou légèrement pentagone ; mais alors même on le distingue des autres myrobalans en ce que ses angles sont arrondis et que sa surface n'est pas rugueuse ; toujours aussi il se termine d'un côté en une pointe très courte qui se confond avec le pédoncule. Il n’est pas luisant, et est, au contraire, d’un gris rougeâtre ( mat et cendré ; à l'intérieur sa chair est brunâtre , légère, poreuse et friable. La coque ligneuse qui est dessous est bien moins épaisse que dans les autres myrobalans, et son amande, qui est arrondie ou pentagone , selon la forme du novau et du fruit, a un goût de noisette assez agréable.
Le myrobalan belleric a des caractères tellement tranchés qu'il a été facile d’en déterminer Porigine. L'arbre qui le produit est le ant de Rheede (Wal. 1V, tab. 10), et le ferminalia bellerica de Roxburgh (Corom plant. 11, tab. 198). Ses feuilles sont pétiolées, ovales, entières, fermes, unies, longues de 16 centimètres, ramassées vers l’extrémité des branches, de même que dans les autres espèces du genre. Les fleurs sont petites, d’une odeur très désagréable, disposées en épis axillaires simples, ne portant que des fleurs mâles , avec une seule fleur femelle par le bas. Le fruit n’est nullement usité en médecine , mais les
Fig. 325.
264 DICOLYLÉDONES CALICIFLORES.
semences sont mangées comme des noisettes. L’écorce de l'arbre, étant incisée, laisse découler une grande quantité d’une gomme insipide, semblable à la gomme arabique et complétement soluble dans l’eau.
Quant aux myrobalans citrin et chébule, on se tromperait fort si l'on croyait pouvoir attribuer toutes les variétés du premier, qui sont peut-être des espèces distinctes, au fermènalia citrina de Roxburgh , et le dernier au ferminalia chebula ; le contraire serait, en partie au moins, plus près de la vérité.
M. Gonfreville, qui avait été envoyé dans l’Inde pour y étudier les procédés de teinture et les matières tinctoriales , a rapporté avec lui, sous les noms de :
Tanikar, des myrobalans bellerics ;
Kadoukai , des myrobalans citrins (première sorte };
Kadukai-poo, des galles de myrobalan citrin ;
Myrablumse, des myrobalans chébules.
Secondement , dans la belle collection de Matière médicale de l'Inde que je dois à M. Théodore Lefèvre, droguiste à Paris, que j'ai déjà citée pour l’assa-fœtida , se trouvent, sous les noms de :
Nellie kai, des myrobalans emblics ;
Tantikai, des myrobalans bellerics ;
Kadukai , des myrobalans citrins de la première sorte, très bel
échantillon ;
Kaduka pou, des galles de myrobalan citrin.
On n’y trouve ni chébules, ni myrobalans indiens qui ne paraissent pas être originaires de l'Inde proprement dite, et dont l'arbre est inconnu jusqu'à présent. Quant aux myrobalans citrins de la première sorte, qui ont toujours été considérés comme les vrais citrins, et qui sont les plus communs dans l’Inde , l'arbre qui les produit est celui qui a été nommé à tort, par Roxburgh, ferminalia chebula , et tout ce qu'il rapporte de cette espèce doit leur être attribué. D’après la ressemblance des fruits, je présume que les myrobalans citrins de la troisième sorte peuvent être attribués au ferminalia citrèna Roxb., et ceux de la deuxième sorte au ferminalia gangetica ; mais ce ne sont que des présomptions.
Galle de myrobalan citrin (fig. 326). Par suite de l'erreur commise par Roxburgh dans le nom de l'arbre au myrobalan citrin, la galle dont il est ici question est supposée produite par le même arbre que celui qui donne le myrobalan chébule (1); mais elle appartient
(1) Les myrobalans chébules rapportés par M. Gonfreville sont en dehors de la nonenclature de cent substances de l'Inde, publiée dans le Recueil de la Société libre d'émulation de Rouen (1834). Ils n’ont d’ailleurs pas de nom indien. :
COMBRÉTACÉES. 265 véritablement au myrobalan citrin , au milieu duquel on la trouve dans le commerce, et comme l’indiquent leurs noms indiens Æadukaï et kadukai poo (fleur de kadukai). Cette galle a été décrite par Samuel Dale et par Geoffroy, sous le nom de fève du Bengale, et Dale a pensé que ce pouvait être le myrobalan citrin lui-même devenu monstrueux par suite de la piqûre d’un insecte ; mais il paraît qu’elle croît sur les
Fig. 326.
feuilles de l'arbre, et sa forme de vessie creuse , semblable à celle des galles de l'orme et du térébinthe , indique qu’elle est produite par des pucerons. Telle que nous la voyons , elle est simple ou didyme, longue de 25 à 35 millimètres , généralement ovoïde , aplatie et ridée longitudinalement par la dessiccation ; d’une couleur jaune verdâtre de myrobalan citrin à l'extérieur, tuberculeuse et brunâtre à l’intérieur, toujours vide et privée d'insectes. Elle est fortement astringente et aussi bonne que la noix de galle, pour la teinture en noir ( Roxb.).
Plusieurs fruits plus ou moins analogues par leur forme et leur structure intérieure ont reçu le nom de myrobalans. Tel est d’abord le myrobalan d'Amérique OU prune d'Amérique, produit par le chrysobalanus icaro L., de la famille des rosacées , et qui présente en effet beaucoup de ressemblance avec le myrobalan citrin par son brou desséché et jaunâtre recouvrant un noyau décagone, uniloculaire et monosperme. Un autre fruit encore assez semblable est le myrobalan monbin, spondias lutea, de la famille des anacardiacées ; un troisième est le myrobalan d'Égypte ou datte du désert, balanites ægyptiaca Del., dont la classification est incertaine. Ce fruit , que l’on trouve souvent mêlé à la gomme arabique et à celle du Sénégal , à presque la forme et la figure d’une datte ; sa chair, qui est d’abord âcre, très amère et purgative, devient douce et mangeable en mûrissant. L'amande fournit une huile grasse usitée en Nigritie.
266 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.