‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 8 sur 121 · TRIBU DES CHICORACÉES · texte numérisé non relu

TRIBU DES CHICORACÉES

Laitues.

Genre lactuca : capitules pauciflores , liguliflores ; involucre cylindrique formé de deux à quatre rangs de squames imbriquées , les extérieures plus courtes; réceptacle plane et nu ; achaines comprimés, striés longitudinalement, surmontés d’un col filiforme terminé par une aigrette. f

Laitue officinale , lactuca capitata DC., lactuca sativa capitata X,. Plante herbacée , annuelle, entièrement glabre et sans épines , dont la patrie est inconnue et qu’on suppose avoir pu être produite par la culture de quelque espèce voisine. Elle offre dans son jeune âge une large toufle de feuilles arrondies, concaves, ondulées, bosselées, très succu-

SYNANTHÉRÉES — CHICORACÉES. 15 lentes , pressées les unes contre les autres et formant ensemble une tête arrondie ; c’est à cet état qu’elle est usitée comme aliment , en salade ou cuite. Lorsqu'on la laisse croître, elle produit une tige haute de 65 centimètres, munie de feuilles embrassantes de plus en plus petites , terminée par un corymbe irrégulier de fleurs d’un jaune pâle. La tige présente, dans son écorce fibreuse, un grand nombre de vaisseaux remplis d’un suc laiteux, blanc, d'une saveur très amère et d’ure odeur vireuse analogue à celle de l’opium , ce qui a conduit le docteur Coxe de Philadelphie, André Duncan d'Édimbourg et le docteur Bidault de Villiers à Paris, à la proposer comme succédanée de l’opium. Ce suc , obtenu par des incisions transversales faites à la tige, a reçu le nom de Zactucarium ; tel qu’il a été préparé pour être livré au comwmerce, par M. Aubergier, pharmacien à Clermont, il se présente sous forme de pains orbiculaires aplatis , de 3 à 6 centimètres de diamètre et du poids de 410 à 30 grammes ; il possède une odeur fortement vireuse et une saveur très amère ; il est complétement sec, d’une couleur brune terne ; il se recouvre souvent d’une efflorescence blanchâtre qui est de la mannite. Il contient, suivant l'analyse de M. Aubergier (Bulletin de l'Académie de médecine, t. VIT, p. 259) :

Une matière amère cristallisable ;

De la mannite ;

De l’asparagine ;

Un acide libre ;

Une matière colorante brune ;

Une résine mélangée de cérine et de myricine ;

De l’albumine et de la gomme;

Du nitrate de potasse et du chlorure de potassium ;

Des phosphates de chaux et de magnésie.

Suivant d’autres observateurs, le lactucarium contiendrait une quantité plus ou moins considérable de caoutchouc (Pharmacopée raisonnée, p. 144).

La matière amère que M. Aubergier regarde comme le principe actif de la laitue , est peu soluble dans l’eau froide , facilement soluble dans l’eau bouillante et dans l'alcool fort ou dilué ; insoluble dans l’éther, ni acide ni alcaline.

Indépendamment du /actucarium, on emploie très souvent comme calmants un extrait de laitue préparé avec le suc de l'écorce de la tige, connu sous le nom de éhridace , et l’eau distillée de la plante. Les semences de laitue faisaient également partie autrefois des quatre petites semences froides. On les a importées d'Égypte à Marseille il y a quelques années , Comme semences oléagineuses. Elles ont à peu près la grosseur el l’aspect des graines de carvi, mais elles sont inodores ; elles sont

d’un gris brunâtre, aplaties, ovoides-allongées, atténuées en pointe à la base, glabres et striées longitudinalement , d’une saveur grasse.

Laïitue romaine, lactuca sativa DC. Cette espèce, exclusivement réservée pour l’usage de la table , a les feuilles allongées, rétrécies à la base, élargies au contraire, arrondies et concaves au sommet , non bosselées ni ondulées , dressées les unes contre les autres et formant un assemblage oblong , obovoïde.

Laitue sauvage, lactuca sylvestris Lamk ; lactuca scariola L. Tige haute de 60 à 100 centimètres, ramifiée supérieurement ; feuilles alternes, sessiles, embrassantes , allongées , sagittées à la base , aiguës au sommet, souvent pinnatifides, glabres , mais garnies en dessous d’une rangée d’épines sur la nervure médiane ; les feuilles inférieures sont dirigées verticalement. Cette plante habite les lieux incultes et pierreux.

Laïitue vireuse, /actuca virosa L. Plante annuelle ou bisannuelle, très analogue à la précédente, dont elle diffère cependant par ses feuilles beaucoup moins découpées, obtuses au sommet ; les inférieures, non lobées et seulement sinuées et dentelées, conservent toujours la position horizontale. Elle habite les mêmes lieux que la précédente, mais possède des propriétés plus énergiques. Son suc laiteux est âcre , très amer, d’une odeur fortement vireuse et paraît être très narcotique. Il est certain que si l’on veut chercher parmi les laitues une succédanée de l'opium , c’est cette espèce qui devrait être préférée.

Scorzonère d'Espagne. salsifis noir d'Espagne; sc07zonera hispanica L. Cette plante croît naturellement dans les pâturages des montagnes, en Espagne , en Italie, dans le midi de la France, et est cultivée très abondamment dans nos contrées, à cause de sa racine fusiforme, charnue , noire au dehors, blanche en dedans, remplie d’un suc doux et laiteux , qui est très usitée comme aliment. Sa tige est haute de 60 à 100 centimètres, munie de feuilles alternes, amplexicaules , lancéoléesacuminées, ondulées sur le bord; les capitules sont solitaires, portés sur de longs pédoncules fistuleux; linvolucre est oblong , formé d’écailles scarieuses , imbriquées ; le réceptacle est nu ; les demi-fleurons sont jaunes, tous hermaphrodites , suivis d’achaines étroits , allongés, cannelés, surmontés d’une aigrette plumeuse,

Cette plante ne doit pas être confondue avec le véritable salsifis ({ragopogon pratensis L.), qui croît naturellement dans nos prés et dont la racine est aussi usitée comme aliment ; non plus qu'avec le salsifis blane ({ragopogon porrifolius). Ces deux plantes ont les feuilles sessiles, longues, étroites, aiguës, très glabres, creusées en gouttière à la base; les capitules sont solitaires à l'extrémité d’un long pédoncule, pourvus d’un involucre composé d’un seul rang de folioles très longues et aiguës. Les corolles sont d’un jaune foncé dans la pre-

SYNANTHÉRÉES — CHICORACÉES. 15 mière espèce, d’un pourpre violet dans la seconde ; les achaines sont sessiles, surmontés d'un rostre allongé terminé par une aigrette plumeuse, L'ensemble des aigrettes complétement épanouies, forme une sphère volumineuse et d’un bel effet.

Pissenlit.

Toraxzacum dens-leonis Desf., leontodon taraxzacum L. Petite plante sans tige dont les feuilles, toutes radicales , sont sessiles , glabres, allongées , élargies au sommet et terminées par une grande partie de limbe triangulaire, un peu incisée à la partie inférieure. Le reste de la feuille est profondément pinnatifide et formé de découpures de plus en plus petites en descendant vers la racine, elles-mêmes laciniées et recourbées en crochet vers le bas {feuilles runcinées). Du milieu des feuilles s’élève une hampe simple terminée par un capitule à double involucre , à réceptacle nu, à demi-fleurons jaunes, tous hermaphrodites ; les achaines sont oblongs, striés, entourés de côtes épineuses et surmontés d’un rostre allongé terminé par une aigrette très blanche. De même que dans les salsifis, lorsque les achaines approchent de la maturité, l'involucre se renverse, le réceptacle Fig. 234.

prend une forme convexe, les aigrettes s’écartent en rayonnant et forment une tête globuleuse que le vent disperse bientôt par parties dans les airs, en laissant le réceptacle dépouillé de sa légère parure.

Chicorée sauvage (fig. 254 ).

Cinchorium intybus L. Car. gén. .

Capitule multiflore; involucre double : l’extérieur court, à 5 folioles, l'intérieur à 8 ou 40 folioles longues, dressées ; réceptacle nu ou garni de quelques poils épars ; achaines obovés, un peu comprimés, striés, glabres, couronnés par deux séries de squamelles très courtes.—Car. spéc. :

Feuilles inférieures runcinées , munies de poils rudes sur la côte du milieu ; feuilles supérieures oblongues, sous-entières ; capitules axillaires presque sessiles , ordinairement géminés. Cette plante croît partout le

16 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES

long des chemins; sa tige est haute de 40 à 60 centimètres , très rameuse ; les rameaux sont très ouverts et hispides. Les corolles sont d’une belle couleur bleue , quelquefois roses ou blanches. Les feuilles adultes sont très amères, inodores, et fournissent cependant à la distillation un hydrolat odorant et doué d’une amertume très marquée. Les feuilles très jeunes sont d’une amertume moins prononcée , tendres , et sont alors mangées en salade ou cuites. Cette même plante, élevée dans les caves, à l’abri de la lumière, s’étiole complétement, devient maigre et effilée , sans perdre son amertume, et est usitée en salade sous le nom de barbe de capucin.

La racine de chicorée est longue, blanche, grosse comme le doigt, et fait partie, ainsi que les feuilles, du sirop de chicorée ou de rhubarbe composé. Cette même racine séchée et torréfiée a été proposée, lors du blocus continental, comme succédanée du café, et depuis cette époque on n’a pas cessé d’en consommer des quantités très considérables pour cet usage. Elle forme cependant, à elle seule, un breuvage fort désagréable, laxatif, et sans aucune autre analogie de propriétés avec le café, que sa couleur noire.

Uhicorée endive, cichorium endivia L. Espèce supposée par les uns originaire de l'Inde, supposée par les autres être une simple variété de la chicorée sauvage. Cette espèce présente d’ailleurs deux variétés cultivées, fort différentes par la forme et le goût. L’une est la seariole (Blackw., t. 378), dont les feuilles sont larges, oblongues, un peu charnues, ondulées, crépues sur le bord, d’une amertume peu sensible ; l’autre est la chicorée erépue , dont les feuilles sont arrondies, mais très profondément divisées et crépues, et dont l’amertume est très prononcée; toutes deux sont très usitées en salade.

TRIBU DES CYNARÉES. Bardane.

Genre lappa : capitules homogames (1), multiflores, égaliflores. Involucres globuleux formés d’écailles coriaces, imbriquées, pressées les unes contre les autres, ensuite subulées , enfin terminées par une pointe cornée recourbée en crochet. Réceptacle sous-charnu , plane,

(4) Homogames (mariages semblables }, c’est-à-dire ne contenant que des fleurs semblables par rapport à la présence simultanée des étamines et du pistil, et à la fertilité de l'ovaire ; toutes les fleurs sont donc hermaphrodites fertiles ; cette disposition noud : à la syngénésie polygamie égale de Linné.

Multiflores , pauciflores, égaliflores, ete.; ces mots n’ont pas besoin d’explication.

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 17 garni de fibrilles roides et subulées; corolles quinquéfides, régulières, dont le tube présente 10 nervures; filets des étamimes couverts de papilles ; anthères terminées en appendices filiformes , pourvues à la base d’appendices subulés ; stigmates séparés, divergents , recourbés en dehors; achaine oblong, comprimé latéralement, glabre, à rugosités transversales ; aigrette courte formée de plusieurs rangs de poils rudes, caducs.

“lrois espèces de lappa, comprises par Linné sous la seule dénomination d’arctium lappa , fournissent la racine de bardane employée en pharmacie. La première, nommée grande bardane Où /appa major (fig. 235), croît à la hauteur de 1 mètre à 1",30. Ses feuilles radicales sont très grandes, pétiolées, cordiformes, vertes-brunes en dessus ,

blanchâtres et un peu cotonneuses en dessous; celles de la tige sont successivement moins grandes et ovales. Les capitules sont terminaux, solitaires, rougeàtres, analogues à ceux des chardons , reconnaissables à leur involucre globulcux qui, en raison des crochets dont il est armé, s'attache à la toison des troupeaux ou aux habits des passants. Sa racine est pivotante, longue, grosse, charnue, noire au dehors, blanche en dedans, d’une saveur douccâtre, austère, nauséeuse et d’une odeur désagréable qui devient encore plus caractérisée par la dessicea- Te 2

tion. Cette plante croît sur les chemins, dans les haies et dans *$ bois un peu humides.

La deuxième espèce , /appa minor, croît dans les lieux pierreux et au bord des routes. Elle est plus petite que la précédente, et ses fleurs, qui sont grosses, au plus, comme des noiseltes , naissent cinq ou six ensemble sur un pédoncule.

La troisième espèce , /appa tomentosa , diffère des deux premières par un duvet cotonneux semblable à une toile d’araignée , qui recouvre les écailles de ses involucres globuleux. Du reste elle jouit des mêmes propriétés.

La racine de bardane est employée avec succès à l’intérieur, dans les maladies chroniques de la peau et dans les affections syphilitiques et rhumatismales. Elle contient une grande quantité d’énuline , comme je lai reconnu en 1811. Les feuilles de bardane jouissent de propriétés encore plus actives et ne sont usitées qu’à l'extérieur.

Artichaut cultivé.

Cynara scolymus L. Car. gén. : capitule homogame, multiflore , égaliflore ; squames de l’involucre très nombreuses , imbriquées , larges et charnues à la base , coriaces au milieu , se terminant en une pointe épineuse. Réceptacle charnu, plane, garni de paillettes ; corolles à limbe épaissi à la base , égal en :ongueur à la moitié du tube, à 5 divisions très inégales ; filets des étamines couverts de papilles ; anthères terminées par un appendice très obtus; stigmates épaissis et rapprochés ; achaines obovés, comprimés, tétragones, durs, glabres, à aréole large, sous-oblique ; aigrette plumeuse , plurisériée. L’artichaut commun croît naturellement dans le midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins; sa racine est longue , épaisse , fusiforme ; elle produit une tige droite, cannelée , cotonneuse , garnie de quelques rameaux , haute de 60 à 400 centimètres ; ses feuilles sont très grandes , blanchâtres, profondément découpées, presque pinnées, à découpures pinvatifides et épineuses. Ce sont les capitules non épañouis de cette plante que l'on sert sur les tables sous le nom d’arfichauts. La racine d’artichaut passe pour diurétique ; les tiges sont très amères et contiennent probablement un principe actif dont la médecine pourrait tirer parti. Les fleurons mäcérés dans l’eau lui donnent la propriété de coaguler le lait. Ï

Artichaut-cardon, Cynara cardunculus L. Gette espèce est originaire des contrées méridionales de l'Europe , et est très commune également en Algérie. Sa tige est droite, cotonneuse, haute de 1",30 à 2 mètres; ses feuilles sont plus longues que celles de l’artichaut commun, pinnatifides, munies d’une longue épine à Pextrémité de chacnne

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 19 de leurs découpures : elles sont vertes en dessus, très blanches et cotonneuses en dessous ; les capitules sont moins gros que ceux de l’artichaut , formés d’écailles peu charnues terminées par une épine aiguë ; les fleurons sont bleus et jouissent d’une manière très marquée de la propriété de faire cailler le lait; ce sont eux principalement qui sont employés pour cet usage sous le nom de fleurs de chardonnette. Le principal mérite de cette plante consiste dans la côte longue et charnue de ses feuilles qui , attendrie par l’étiolement , forme un mets agréable et facile à digérer. On les sert sur les tables sous le nom de cardons.

Chardon aux ânes, on0pordon acanthium. Plante commune aux environs de Paris, haute de 60 à 100 centimètres, à feuilles décurrentes, sinuées-dentées , épineuses. Les réceptacles sont charnus et pourraient être mangés comme les artichauts, si on prenait la peine d’en augmenter le volume par la culture. Les semences, qui sont perdues, devraient être récoltées et soumises à l'expression pour en retirer l'huile. D’après Murray, ue seul pied d’onopordon peut fournir 12 livres de graines, dont on retirerait 3 livres d’huile.

Un pharmacien m'a communiqué anciennement deux échantillons de fleurs vendues comme fleurs de chardonnette, dont un était de la fleur d’onopordon acanthium. Y\ me prévenait que cette fleur formait avec l'eau un infusé d’une saveur très amère, qui ne jouissait pas de la propriété de coaguler le lait. Ces fleurs se distinguaient d’ailleurs de celles de chardonnette par leur couleur blanche, leur odeur peu agréable, leur longueur qui ne dépassait pas à centimètres; enfin par leurs achaines mélés, qui étaient oblongs, obovés, tétragones, couronnés par une aigrelte courte. Les véritables fleurs de chardonnette sont longues de h à 6 centimètres, d’une couleur violacée, souvent entourées à la base par une couronne de poils forts longs; celles possèdent une odeur très marquée, agréable, semblable à celle du carthame. Elles sont moins amères que les précédentes , et ont la propriété de coaguler le lait.

Cha2rdon-marie ; s/ybum marianum Gærln., carduus marianus L. Plante haute de 60 à 100 centimètres , dont la tige épaisse et rameuse par le haut porte des feuilles fort grandes, larges, sinuées, épineuses, parsemées sur un fond d’un beau vert, de grandes taches blanches. Les capitules sont terminaux , entourés d’un involucre ventru dont les squames extérieures sont dilatées en un appendice renversé, ové et denté, terminé par une longue pointe; les squames intérieures sont lancéolées, très entières. Le réceptacle est charnu, garni de paillettes; les corolles sont inégalement quinquéfides; l’achaine est surmonté d’une aigrette plurisériée, caduque , portée sur un anneau corné,

On à attribué à cette plante de grandes propriétés qui n’ont pas été confirmées par l'expérience ; mais ses jeunes feuilles, débarrassées de

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leurs épines, ses tiges cuites, ses réceptacles charnus, penvent être employés comme aliment.

Carthame des teinturiers où Safranum (fig. 256 ).

Carthamus tinctorius L. Car. gén. : capitule homogame, multiflore, égaliflore ; squames extérieures de l’involucre foliacées , ouvertes ; celles du milieu dressées, élargies en un appendice ové, légèrement épineux à la marge ; les plus intérieures oblongues, entières, terminées par une pointe piquante. Réceptacle pourvu de paillettes linéaires ; corolles à 5 divisions presque régulières, glabres, dont le tube dépasse l’invo-

lucre ; filaments des étamines gla-

Fig. 236. briuscules ; anthères terminées par

un appendice obtus ; stigmates à

peine distincts; achaines ovés-tétra-

gones, glabres, très lisses ; aigrette nulle.

Le carthame est une plante annuelle de l'Inde et de l'Égypte, cultivée en France et en Allemagne à cause de sa fleur qui est usitée dans la teinture. Sa tige est simple par le bas, rameuse par le haut, garnie de feuilles ovées-lancéolées , plus ou moins dentées-épineuses , et teriminée par plusieurs capitules globuleux, surmontés par des fleurons nombreux, d’un beau rouge orangé, plus longs que l'involucre, serrés et rapprochés par l'ouverture rétrécie de l’involucre, mais épanouis en une

7 b tête globuleuse à l'extrémité. Ces

| fleurons, que l’on fait sécher seuls,

sont composés d’un tube rouge, divisé supéricurement en cinq parties et

contenant encore les organes sexuels. Ils ont une odeur assez marquée,

qui n’est pas désagréable , et une certaine ressemblance extérieure avec

le safran, ce qui est cause qu’on le mêle souvent à ce dernier dans le

commerce. J'ai indiqué précédemment le moyen de reconnaître cette fraude (tome II, p. 195).

Le carthame conlient deux matières colorantes : l’une jaune , soluble dans l’eau, en est séparée et est rejetée comme inutile ; l’autre ronge, qui ne se dissout qu’à l’aide d’un alcali, en est extraite par ce moyen, et est ensuite précipitée par un acide végétal, ou sur là soie, qu'elle teint

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 21 en rose, ou sous forme d’une laque nommée communément rouge végétal, dont les dames se servent pour se peindre le visage.

Cette couleur rose est une des plus belles que l’on puisse voir, mais

c’est aussi une des plus fugaces. On la trouve encore sous deux autres formes : l’une est une laque rouge, dure et compacte, préparée en Égypte ; l’autre est un petit carton, recouvert, en Chine, d’une couche de matière colorante pure. Ce qu’il y à de singulier, c'est que cette couche desséchée offre la couleur verte dorée et l'éclat des élvtres de cantharides ; la couleur rose paraît aussitôt qu’on la touche avec de l'eau.

On trouve dans les Annales de chimie, t. XLVIIF, p. 283, une bonne analyse des fleurs de carthame, par Dufour, pharmacien. {Voir également t. L, p. 73.)

Les semences de carthame sont dépourvues d’aigrette, blanches, oblongues, lisses ct quadrangulaires ; elles sont émulsives, et fournissent par expression une huile qui est employée en Égypte, mais non en France. Elles entrent dans les tablettes déacarthami, auxquelles elles ont donné leur nom.

Chardon bénit (fig. 257

Cnicus benedictus Gært. Plante annuelle, croissant naturellement dans le midi de l'Europe et cul-

tivée dans nos contrées; sa tige Fig. 237.

est droite, haute de 50 centimètres, rameuse , laineuse, garnie de feuilles demi-décurrentes, oblongues, sinuées ou dentées et un peu épineuses. Les capitules sont solitaires et terminaux, entourés de bractées foliformes ; l'involucre propre est ové, composé d’écailles appliquées, coriaces, prolongées en un long appendice dur et épineux, pourvu d’épines latérales pinnées et distancées; le réceptacle est pourvu de paillettes. Les fleurs sont nombreuses, presque régulières , hermaphrodites fertiles, excepté celles de la série la plus extérieure, qui sont stériles. L'achaine est glabre , régalièrement et Jongitudinalement strié, surmonté d'un bourrelet extérieur très

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court et d’une double couronne formée chacune de 10 soies , les extérieures plus longues que les intérieures.

On lit dans plusieurs ouvrages que le ehardon bénit des Parisiens est le carthamus lanatus V. (kentrophyllum lanatum DC. ; Blackwell , t. 468). Je ne sais sur quoi cette assertion est fondée ; mais le chardon bénit de nos officines est bien le cnicus benedictus de Gærtner, t. 162, et le carduus benedictus de Blackwell, t. 476. On en trouve une analyse, faite par M. Morin, de Rouen, dans le Journal de chimie médicale, année 1827, p. 105.

Centaurées.

Genre très nombreux de la tribu des cynarées, dont l'involucre est formé de squames variées; les fleurons de la circonférence sont presque toujours stériles et pourvus d’une corolle accrue et rayonnante; les achaines sont comprimés, à hile latéral antérieur ; laigrette est formée de soies rudes, multisériées, celles de la série intérieure étant plus petites et conniventes , plus rarement égaies aux autres ou plus grandes. Ce genre avait été divisé par plusieurs botanistes en un grand nombre d’autres qui n'ont été considérés par de Candolle que comme de simples sections du même genre. Plusieurs des plantes qui le composent ont été employées en médecine, mais sont presque inusitées aujourd'hui.

Grande centaurée, centaurea centaurium L. Tige droite, rameuse, haute de 1 mètre à 1,5; feuilles grandes , alternes, embrassantes , profondément pinnatifides, à lobes dentés en scie ; involucres globuleux à écailles ovales, appliquées, obtuses et privées d’épines ; corolles purpurines. Cette plante croît en Italie.

Jacée des prés, centaurea jacea L. Plante herbacée, haute de 35 à 50 centimètres , munie de feuilles rudes au toucher, éparses , lancéolées , les inférieures découpées sur le bord , les supérieures entières. Les capitules sont formés de fleurs purpurines , quelquefois blanches , dont les extérieures sont stériles et plus grandes que celles du disque. Les achaines sont absolument dépourvus d’aigrette.

Bluet Où barbeau, cenfaurea cyanus L. Tige droite, rameuse , cotonneuse ; feuilles alternes , cotonneuses , sessiles, linéaires, très entières, les inférieures plus larges, pinnatifides ou dentées ; capituies entourés de bractées ; involucre ovale ou sous-globuleux , composé de squames ceintes jusqu'au sommet d’une marge membraneuse, dentée et ciliée. Les corolles de la circonférence sont beaucoup plus grandes que celles du disque ; les stigmates sont libres ; le fruit présente un ombilic nu et une aigrette plus courte que l’achaine. Cette plante croit spon-

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 23 tanément au milieu de nos moissons qui se parent, au mois de juin, de ses fleurs d’un bleu céleste, rarement rouges ou blanches, mélangées à celles des coquelicots. La fleur de bluet est peu odorante et fournit peu de principes à la distillation. On en préparait cependant autrefois une eau distillée à laquelle on a attribué de si grandes propriétés contre diverses maladies des yeux que la plante en a pris le nom de cassel'unette.

Chardon étoilé où chausse-trappe, cenfaurea calcitrapa L. Tige très rameuse, diffuse, poilue, munie de feuilles sessiles, pinnatilobées ; capitules ovés, sessiles entre les feuilles extrêmes sous-indivises ; squames extérieures de linvolucre terminées en une longue épine ouverte, avec 2 ou 3 spinules à la base ; squames intérieures scarieuses, obtuses au sommet; achaines dépourvus d’aigrette. Cette plante croît en France sur le bord des chemins et des fossés ; elle est amère et a été vantée comme fébrifuge; on a employé dans ce but les différentes parties de la plante, racines, fleurs ou feuilles.

Bchen blane, centaurea beher L. La racine de cette plante, observée par plusieurs voyageurs dans la Perse , en Cappadoce et au pied du mont Liban , en Syrie, est employée par les Arabes comme tonique et pour réparer les forces viriles. Elle ressemble à la racine de réglisse par sa forme et sa grosseur, mais elle est blanche en dedans , d’un goût un peu amer ; suivant d’autres elle serait âcre et odorante. Cette racine à d’ailleurs été toujours tellement rare en Europe qu’on lui substituait celle de quelques plantes caryophyllées de notre pays; telles que celles du si/ene énflata Smith (cucubalus behen L.), du silene armertia L. et du silene behen L. Aujourd’hui les unes et les autres sont oubliées.

Pour le behen rouge, voyez t. IE, p. 416.

Carlines et Chamæléons.

Car. gén. : capitule homogame, multiflore, égaliflore ; squames extérieures de l'involucre ouvertes, foliacées, dentées - épineuses : squames intérieures allongées, rayonnantes , scarieuses , colorées ; réceptacle plane ; paillettes soudées à la base en forme d’alvéoles , inégalement multifides au sommet ; corolles glabres, quinquéfides; anthères longuement appendiculées au sommet, à double queue plumeuse à la base ; filets glabres ; achaines cylindriques, couverts de poils soyeux, appliqués, bi-apiculés ; aigrette formée de lamelles plumeuses , unisériées, soudées inférieurement par 3 ou 4.

La carline oflicinale, corlina subacaulis DC., paraît avoir été connue des anciens sous les noms d’xine où de helxine. Elle a pris son nom moderne de celui de Charlemagne, sous le règne duquel on dit

2h DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

qu’elle fut employée avec succès contre la peste. On en connaît deux espèces que les botanistes considèrent comme deux variétés de la même plante. La première est le carlina subacaulis acaulis DC., le carlinu acaulos magno flore albo de G. Baubin, le chameæleon albus de Clusius, la carline ou le chamcæleon blanc de Lemerv. Cette plante (fig. 238) pousse de sa racine des feuilles grandes , longues, larges, profondément découpées, garnies de pointes rudes et piquantes, comme celles des artichauts. Ces feuilles sont étendues à terre, et il sort du milieu d’elles, sans aucune apparence de tige, un capitule fort large, orbiculaire , entouré d’un double involucre épineux , dont l’intérieur est formé de squames simples , linéaires , rayonnantes, blanches ou purpurines, qui

Fig. 238.

donnent au capitule l'apparence d’une grande fleur radiée. La racine de cette plante est droite, pivotante, longue de 60 centimètres, grosse comme le pouce, de couleur obscure au dehors, blanche en dedans, d’une odeur forte et aromatique, d’un goût âcre, aromatique, non désagréable. Au dire de Geoffroy, la surface en est ordinairement comme rongée et percée. Cetle variété est fort rare, et ne fournit probablement pas la racine de carline du commerce. k L'autre est beaucoup plus commune. C’est le carlina subacaulis caulescens DC. , le carlina elatior où chameæleon albus vulgaris de Clusius; la carline ou le chameæléon noir de Lemerv. Elle diffère de la première en ce que son capitule est moins volumineux, et porté seul à l'extrémité d’une tige qui s'élève d’entre les feuilles, à la hauteur de

SYNANTHÈRÉES — CYNARÉES. 25 30 centimètres environ. Sa racine est ordinairement à demi ouverte , dit Lemerv, et ce caractère doit être remarqué, car on le retrouve dans plusieurs racines de la même famille, et c’est lui qui wa servi pour trouver Ja véritable origine de la racine de costus.

La racine de carline , telle que le commerce la fournit, est longue de 13 à 46 centimètres, grosse comme le petit doigt, d’une couleur grise, toujours ouverte longitudinalement , ou comme rongée d’un côté, d’une odeur et d’une saveur mixtes d'aunée et de bardane, que quelques personnes comparent à celles du champignon comestible.

On vient de voir que la carline acaule à été nommée par Clusius et Lemery chameæléon blanc, et la carline à tige, par Lemerv, chameæléon noir. Cette synonvmie, admise par beaucoup d'auteurs, était fondée sur ce que ces auteurs croyaient que leurs racines étaient celles que les anciens nommaient chameæléons ; mais c’est une erreur qui a été reconnue par Pierre Bélon. Ce botaniste a trouvé, en effet, dans l’île de Crète, le vrai ehamæléen blane des anciens, qui laisse découler du collet de sa racine une gomme-résine que les femmes mâchent, comme on le fait du mastic à Scio, et de la gomme-résine de chondrille à Lemnos. Cette plante, dont la racine est grosse comme la cuisse, et exhale, lorsqu'elle est sèche, une forte odeur de violette, est le carlina qummifera de Lesson , l’'acarna qummifera de Wildenow, l’afractylis qummifera de Linné, le enicus carlinæfolio, acaulos, quinmufer, aculeatus de Tournefort. Le vrai chamæléon noir à été trouvé par le même voyageur dans l’île de Lemnos ; c’est le cardopatium corymbosum J., le brotera corymbosa W., le carthamus corymbosus X., le chamæleon niger, umbel!atus, flore cæruleo hyacinthino de G. Baubin. Cette plante, dont la tige est droite et haute de 33 centimètres, porte près de sa base de grandes feuilles étalées, pinnaüfides , épineuses , et forme au sommet un corymbe très serré de capitules nombreux , sessiles, composés de fleurs bleues. Sa racine renferme un suc très âcre et caustique, et Dioscoride la décrit comme étant à demi rongée ; elle ressemble donc par ce singulier caractère aux deux racines de carline ; wais elle en diffère par sa causticité.

Racine de Costus.

Les anciens auteurs grecs et iatins ont parlé du costus , et en ont distingué plusieurs sortes. Dioscoride, par exemple, en reconnaît trois, à savoir : l’arabique , qui est blanc, léger, et d’une grande suavité d’odeur ; l’indien, moins estimé, qui est léger, plein, noir comme une férule; enfin le syriaque, qui est pesant, d’une couleur de buis et d'une odeur fatigante. Dioscoride ajoute qu'on sophistique le costus

26 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

en y mélant la racine d’une espèce d’aunée qui croît en Comagène ; mais que cette tromperie est facile à reconnaître, l’aunée n'étant pas brûlante au goût, et n'ayant pas une odeur aussi forte et qui porte à la tête.

Au total, d’après Dioscoride, le costus est une racine qui doit avoir de la ressemblance avec celle de l’aunée, et qui doit être blanchâtre, d’une odeur forte et pénétrante et d’une saveur brûlante.

Pline ne dit rien autre chose du costus, si ce n’est qu'il a une saveur brûlante et une excellente odeur, et que tout le reste de la plante est inutile. Il ajoute cependant que dans l’île Patale, à l'embouchure de: l'Indus , le costus est de deux sortes : l’une notre et l'autre banchätre , qui est la meilleure. D’autres auteurs distinguenc le costus en doux et amer ; mais, suivant Galien , tout le costus est amer : il semble , d’après cela, qu’on peut ajouter l’amertume au nombre des caractères propres au coslus des anciens.

Suivant Bontius et Garcias ab horto, deux médecins qui ont longtemps séjourné dans l'Inde, 2/ n'y a qu'une seule espèce de costus, douée d’une odeur très forte et qui n’est ni douce ni amère au goût lorsqu'elle est récente; car alors elle est très âcre; mais elle devient amère en vieillissant. Garcias dit s'être informé de commerçants arabes , turcs et persans, s’il naissait chez eux quelque autre espèce de costus que celle tirée de l'Inde, et que tous lui ont répondu ne connaître que le costns de l'Inde.

On trouve à la vérité dans les ouvrages de plusieurs botanistes , tels que Gaspard Baubhin, Jean Baubin et Chabræus, des figures de costus qui semblent en indiquer plusieurs espèces ; mais c’est parce que ces botanistes voulant retrouver les sortes de costus mentionnées par les anciens , en donnaient le nom à quelques racines aromatiques que ces anciens n'avaient pas décrites ailleurs, et que l’on pouvait supposer, par cela seul, avoir été comprises par eux dans les costus : telles étaient le gingembre sauvage et la zédoaire. Mais si lon consulte les auteurs contemporains qui ont écrit sur la droguerie et la pharmacie pratiques, coinme Pomet, de Meuve, Lemery, de Renou , Charas, on reconnaîtra qu'ils n’ont tous vu qu'une seule et même espèce de costus, qui est celle que nous avons.

Je suis entré dans ces détails, afin de montrer qu'il n'existe véritablement qu'un seul costus ( nommé par les Arabes cast ou cost), dont la patrie paraît être une contrée presque inculte et inconnue, comprise entre la presqu'île de Guzurate, le royaume de Delhi et le cours de indus. Ce costus à été tiré par Clusius de Portugal, alors que cette puissance dominait seule en Asie et en faisait le commerce exclusif; et la figure qu’il en à laissée, ainsi que la description, se rapportent exac-

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 27 tement à notre costus actuel. De plus, il faut bien reconnaître que ce costus s'accorde assez bien avec la descripuüion de Dioscoride ; ce qui, joint à la tradition nominale, m’autorise à conclure que c’est le même. En voici maintenant les caractères :

Le costus des officines (fig. 259) est une racine qui, lorsqu'elle est entière, paraît napiforme , non articulée ni fibreuse, assez pesante ; elle est terminée supérieurement par une tige qui est fibreuse à l'extérieur, et entièrement remplie par une moelle blanche.

La grosseur de cette racine varie depuis celle du petit doigt jusqu'à 54 centimètres de diamètre. Elle est grise à l’extérieur, blanchâtre à l'intérieur, d’une odeur analogue à celle de liris; mais il s'y mêle une odeur de bouc, qui donne à la première beaucoup de force et de ténacité. Sa saveur est assez fortement amère et un peu àcre.

La racine de costus est rarement entière ; ordinairement elle est brisée en tronçons irréguliers devenus aussi gris à l’intérieur qu’à l'extérieur, et qui offrent dans leur cassure un grand nombre de cellules remplies d’une substance rouge transparente, probablement de nature gommo-résineuse. La substance même de la racine est criblée d’une infinité de pores visibles à la loupe, surtout après avoir dissous, par l’eau et l’alcoo!, la matière soluble qui les remplit (1). Ce caractère est commun à la racine de turbith, à laquelle d’ailleurs le costus ressemble beaucoup; mais le turbith est inodore, et le costus possède, comme je l'ai dit, une forte odeur d'iris et de bouc mêlés.

Enfin la racine de costus offre un caractère remarquable, qui doit nous mettre sur la voie de son origine botanique : la plupart des morceaux sont à moitié ouverts sur le côté, et sont souvent comme rongés

Fig. 239.

(1) Le costus communique à l’éther, à l'alcool et à l’eau une couleur jaune foncée ; le macéré aqueux est très amer, l'alcoolique l’est beaucoup moins.

28 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Jusqu'au centre. Ceux des morceaux qui n’offrent pas encore cette solution de continuité , sont au moins déprimés d’un côté, ce qui indique un caractère non accidentel et qui tient à l'organisation même du végétal. Si l’on ouvre la plupart des auteurs, on y voit que la racine de costus sentant l'iris, costus tridem redolens, costus indicus violæ marfis odore, est produite par le ésjana-hua de Van Rhcede, qui est le costus arabicus de Linné, ou mieux le costus speciosus de Willdenow, le costus arabicus KL. se rapportant plutôt à une espèce américaine ; mais la racine du cosfus speciosus est noueuse et articulée, comme presque toutes celles de la famille des amomées, et elle est entourée d’un grand nombre de fibres. De plus, elle a une saveur presque nulle et une odeur peu marquée. Enfin j'ai examiné avec soin tous les genres et toutes les espèces de la famille de scitaminées que l’on trouve dans les magnifiques ouvrages de Roxburgh et de Roscoë, et je puis dire que notre racine de costus n'appartient à aucune plante de cette famille. J'ai prié M. Pereira, professeur de matière médicale à Londres, de soumettre cetle question au docteur Wallich, directeur du jardin de botanique de Calcutta. Ce savant a répondu, comme je l'avais fait, que le costus officinal n’appartenait ni au genre costus, ni à aucun genre de la famille des scitaminées. Cette racine Jui était même tout à fait inconnue, ce qui tient à ce qu’elle est étrangère au Bengale, et qu’elle ne doit provenir, ainsi que je l'ai dit, que des contrées situées entre la Perse et la presqu'île occidentale de l'Inde.

Quant à la plante qui produit la racine de costus officinal, rien ne me paraît encore contredire l'opinion que j'ai émise dans le Journal de chimie médicale, t. VIT, p. 666, que cette plante est voisine des carlines et des chamæléons. On peut voir en effet à l’article carline et chamuæléon, qui a précédé, que les racines de ces plantes sont toutes ouvertes et comme à demi rongées sur le côté. J’v ài rappelé que le chamæléon blanc, trouvé par Belon dans l’île de Crète, produisait une racine si odorante que la pièce où on la conserve en contracte une odeur de violette capable d’entêter. Je dois ajouter qu’en comparant la racine de carline du commerce au costus, on trouve des morceaux tellement semblables entre eux qu’on les dirait produits par la même plante. Je crois pouvoir en conclure encore que le costus officinal provient d’une plante voisine des carlines et des chamæléons , qui diffère de la carline par l'odeur, l’amertume , l’âcreté et le volume plus considérable de sa” racine; du chamæléon blanc, parce qu’elle est à son tour plus petite que lui, et qu’elle porte une tige, tandis que le chamæléon blanc-en est dépourvu ; da chamaæléon noir, parce que celui-ci est âcre et caustique, ce qui ne présente pas la racine de costus, au moins dans l’état

SYNANTHÉRÉES — CYNARÉES. 29 où nous la connaissons ; enfin de l'agriocynara de Belon, en ce que celui-ci a la racine noire à l’intérieur comme à l'extérieur,

J'ai transcrit littéralement ici l’article cosfus de ma précédente 6dition, qui n’est que le résumé de deux articles sur le même sujet publiés dans le Journal de chimie médicale, en 1831 ct 1832; parce que je tiens à honneur de montrer que c’est moi qui, en nraidant des seuls caractères physiques de la racine et en repoussant l’opinion généralement admise que cette racine était produite par une plante scitaminée , suis arrivé le premier à en découvrir la véritable origine. M. Falconer, surintendant du Jardin botanique de Saharunpore, en trouvant dans un voyage au Cachenire la plante qui produit le costus, n’a fait que confirmer toutes les données précédentes (1).

Cette plante croît en grande abondance sur les pentes découvertes des montagnes qui entourent la vallée de Cachemire, à une élévation de 8 à 9000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa racine, nommée koot, forme un article important de commerce, et on en récolte annuellement environ 2 millions de livres pesant, dont la plus grande partie est importée en Chine, où elle est tenue en grande réputation comme aphrodisiaque. On l’emploie également comme vermifuge chez les enfants, et pour préserver les ballois de châles de l'attaque des teignes. La plante est regardée par M. Falconer comme formant le type d’un nouveau genre de cynarées, voisin des szussurea, auquel il a donné le nom de auklandia, en l'honneur de lord Aukland, gouverneur général de l'Inde, et lui a imposé le nom spécifique de auklandia costus. Voici les caractères qu’il en donne :

Capitule homogame , multiflore ; involucre ové-globuleux , imbriqué multisérié ; squames oblongues, appliquées, avec un sommet endurci, écarté, terminé en soie; réceptacle convexe couvert de squamelles formant alvéoles par le bas. Corolles égales, quinquéfides, à tube grêle, allongé , sous-dilaté à la base , renflé à la gorge , à lobes linéaires égaux ; anihères courtement appendiculées au sommet , terminées à la base par 2 queues plumeuses ; filets glabres ; styles à 2 rameaux allongés, libres, divergents; achaines glabres, obovés , épais; paillettes de l’aigrette égales, bisériées ; soies plumeuses cohérentes à la base par 3 ou 4, réunies-en un anneau caduc.

Herbe haute d’une toise, vivace ; racine épaisse, sous-fusiforme , rameuse , très aromatique ; tige simple , droite, striée, feuillue ; feuilles

(4) Le Mémoire de M. Falconer, communiqué le 17 novembre 1840 , par M. Royle, à la Société linnéenne de Londres , a été imprimé par extrait en 1841, dans les Annals and magazine of natural history (t. VE, p. 475) et in extenso dans les Transactions of the linnean Society (1845), t. XIX, p:23.

30 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

alternes, très amples , sous-lyrées, à lobe terminal très grand , hastécordé, inégalement denté, à dents terminées par une soie; capitules terminaux sessiles, réunis au nombre de 5 à 8; fleurs d’un pourpre noiratre.

Cette même plante, si bien décrite par M. Falconer, avait été trouvée avant lui, en 1831, par Victor Jacquemont, sur les montagnes du Cachemire, à une hauteur de 2600 à 3000 mètres , et a été décrite par M. Decaisne (1) sous le nom de aplotaxis lappa. Le seul caractère différentiel qu'on y trouve c’est que, dans l’aplotaxis lappa (fig. 240), l'aigrette de l'ovaire est unisériée, tandis qu'elle présente deux séries de soies dans l’auklandia. Mais si l’on veut bien remarquer que M. Falconer reproche à de Candolle d’avoir séparé son genre aplotaxis du genre saussurea, Sur ce seul caractère que l’aigrette des aplo- Laxis présente une seule série de soies, tandis que, d’après l’observation de M. M.-P. Edgeworth , le plus grand nombre des aplotaxis de l'Himalaya possède réellement un rang extérieur de soies très caduques, qui disparaissent fréquemment dans les échantillons desséchés, on sera convaincu de l'identité des deux plantes. Voici ma conclusion dernière : si la plante possède deux séries de soies à l’aigrette, elle appartient au genre saururea, dont elle ne se distingue par aucun caractère essentiel, et son nom doit être saururea costus ; si l’aigrette est véritablement unisériée, comme l’a vue M. Decaisne, c’est un haplotaxis (2), et je pense que le nom haplotaxis costus, qui rappelle son produit le plus essentiel , doit lui être appliqué préférablement à celui d'aplotaxis lappa.

La racine de costus, comme toutes les substances aphrodisiaques, était autrefois très usitée dans les parfums et les pommades odoriférantes. Elle n'entre plus guère aujourd’hui que dans la thériaque. Il y à un certain nombre d'années qu’un droguiste de Paris, se trouvant à

(4) Voyage dans l'Inde , t. IV, p. 96; atlas, pl. 104. (2) Ce nom étant dérivé de &rds0: simple et de raër série , doit s’écrire haplotaæis et non aplotanis.

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 31 Londres, à une vente de la Compagnie des Indes, en à acheté une assez forte partie, sous le nom de racine d'iris, et à vil prix. C’est cette racine qu'on a trouvée pendant quelque temps dans le commerce, à Paris. Malheureusement beaucoup de personnes ne la connaissant pas, la plus grande partie a été employée comme racine de turbith et a été perdue pour la pharmacie. Elle est devenue aujourd’hui presque aussi introuvable qu'auparavant.

Souci des jardins.

Calendula officinalis L. Cette plante et ses congénères, quoique comprises encore dans la tribu des cynaréces, en diffèrent beaucoup par leur port et par leurs capitules hétérogames, dont les fleurs de la circonférence sont ligulées , radiées, femelles et fertiles , tandis que celles du disque sont tubulées, à 5 dents, hermaphrodites mais stériles par l'avortement du pistil, ou mâles ; le réceptacle est nu; l'involucre est formé de un ou deux rangs de folioles égales, lancéolées ; les achaines sont courbés en arc, épineux sur le dos, privés d’aigrette ; les feuilles son! parsemées de points transparents et pourvues d’une odeur désagréable.

Le souci officinal croît naturellement dans les champs du midi de l'Europe et est cultivé dans les jardins à cause de ses fleurs d'un jaune foncé , radiées et d’un assez bel effet ; ses feuil'es sont pubescentes, les inférieures entières et spatulées , les supérieures cordées-amplexicaules, lancéolées , un peu dentées. Cette plante a été très employée autrefois, dans un grand nombre de maladies diverses ; elle est inusitée aujourd'hui. Il en est de même du souci des champs (calendula arvensis), qui est assez semblable au précédent, si ce n’est qu'il est plus petit dans toutes ses parties.

TRIBU DES SÉNÉCIONIDÉES.

Arnica de montagne (fig. 241).

Arnica montana L. Car. gén. : capitule multiflore hétérogame ; fleurs du rayon unisériées, femelles, ligulées, présentant parfois des étamines rudimentaires, tube velu ; fleurs du disque hermaphrodites , tubuleuses, à 5 dents; involucre campanulé formé de deux séries de squames linéaires-lancéolées, égaies. Réceptacle couvert de soies fines ; styles du disque à rameaux longs, couverts d’un duvet descendant très bas, tronqués par le haut ou surmontés d’un cône court; achaines sous- cylindriques , atténués à chaque extrémité , à côtes peu marquées,

32 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

un peu velus ; aigrette unisériée, à poils ramassés, un peu rigides, couverts de petites barbes rudes.

L’arnica croît en Ailemagne, en Suisse et dans les Vosges. Il pousse

Lie, fi. de sa racine plusieurs feuilles ohovées, enüères , à 5 nervures, d’entre lesquelles s'élève une tige haute de 35 centimètres, qui porte une ou deux paires d’autres feuilles plus petites, opposées, plus étroites, et qui se termine par une belle fleur jaune radiée, accompagnée plus tard de une ou deux fleurs latérales, portées sur de longs pédoncules sortis de l’aisselle des deux feuilles supérieures. La racine, la feuille et la fleur de l'arnica sont usitées, et en France c’est Ja fleur qui l’est le plus. La racine est brune ou rougeâtre à l'extérieur, blanchâtre à lintérieur, menue , fibreuse, d’une odeur forte et âcre, d’une saveur également âcre, aromaincl non désagréable. Elle est excitante, antiseptique, résolutive et quelquefois vomitive. La feuille est employée en poudre comme sternutatoire; quant à la fleur, qu'il est facile de reconnaître à ses demi-fleurons d’un jaune doré et aux semences noires couronnées d’une aigrette gris-de-lin qu’elle renferme toujours, elle a une odeur forie , agréable, et jouit à un très haut degré de la propriété sternutatoire ; il suffit même pour éprouver de violents éternuments de remuer les fleurs avec les mains, ce qui est dû à des parties soyeuses extrêmement fines qui s’introduisent dans les narines et les irritent fortement.

La fleur d’arnica prise en infusion est excitante, sudorifique et utile dans les affections rhumatismales et la paralvsie. Elle est émétique à trop haute dose, ce qu’il faut éviter. M. Mercier, médecin de Rochefort, avait cru devoir attribuer ce dernier effet à des larves d'insectes qui se trouvent souvent dans la fleur d’arnica ( Ann. de chim., tu. LXXVIT, p. 137); mais d’après une observation rapportée par MM. Chevallier et Lassaigne , il paraît certain que la fleur d’arnica jouit par elle-même de la propriété vomitive. s

Ces mêmes chimistes ont analysé la fleur d’arnica et en ont retiré une résine jaune ayant l'odeur de l’arnica , une matière nauséabonde à laquelle ils attribuent la propriété vomitive, de l'acide gallique , urie matière colorante jaune, de l’albumine , de la gomme , du chlorure de potassium, du phosphate de potasse, un sel à base de chaux, des traces de sulfate et de silice (Journ. pharm., LV, p. 248).

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 33

On trouve sur les montagnes, en Europe, un genre de plantes qui à été longtemps confondu avec les arnicas , auquel il ressemble beaucoup par le port et peut-être aussi par les propriétés. Ce sont les doronies (doronicum pardalianches, austriacum , scorpioides, plantagineum , etc.), dont les feuilles sont généralement assez grandes, cordiformes ou ovales, dentées sur le bord ; les fleurs sont grandes également, jaunes et radiées; le réceptacle est nu, alvéolé, un peu convexe; les styles du disque ont les rameaux tronqués, couverts de duvet au sommet seulement; les achaines sont turbinés, creusés de sillons longitudinaux ; ceux du rayon sont chauves ; ceux du disque sont pourvus d’une aigrette soyeuse plurisériée.

Pendant longtemps les racines de doronic ont passé pour très vénéneuses , sur l'opinion que les anciens s’en servaient pour empoisonner les animaux féroces et principalement les loups et les panthères. On peut croire en effet que le doronicum pardalianches de Linné est l’aconilum pardalianches (4) qui, suivant Dioscoride et Pline, servait à cet usage ; mais l’assimilation même que font ces deux auteurs du pardalianches avec l'aconit permet de croire que c'était plutôt un véritable aconit qui servait à la destruction des animaux sauvages qu’une racine de doronic. Un certain nombre de médecins modernes ont employé la racine de doronic contre plusieurs maladies, telles que les vertiges et l’épilepsie ; elle est aujourd’hui tout à fait inusitée.

Fieur de Pied-de-Chat,

Antennaria dioica Gærtn., gnaphalium dioicum Y.. Caractères du genre antennaria : capitules multiflores, dioïques ou sous-dioïques ; involucre formé de squames imbriquées, rudes, coloriées au sommet ; réceptacle convexe, pourvu d’alvéoles à bord denticulé ; corolles tubuleuses à 5 dents égales ; les fleurs mâles ou hermaphrodites ont les anthères semi-exsertes, pourvues de deux soies à la base, et un ovaire non fertile (?) surmonté d’un style simple au sommet ou à peine bifide, et couronné d’une aigrette unisériée, formée de soies barbues, élargies au sommet. Les fleurs femelles sont filiformes , à limbe très petit, sans rudiments d’étamines , pourvues d’un style à sommet bifide, et d’une aigrette unisériée à soies filiforimes ; l’achaine est sous-cylindrique.

Le pied-de-chat est une petite plante qui croît dans les collines exposées au vent, surtout en Suisse, dans les Vosges et dans le midi de la France. Elle est traçante , munie de feuilles radicales spatulées et

(4) De #aodos panthère, et &yxew étrangler.

3l4 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

d’une tige qui porte d’autres feuilles linéaires, toutes entières; toute la plante est cotonneuse et blanchâtre ; la tige s’élève à peine à la hauteur de 30 centimètres, et est terminée par un petit nombre de capitules disposés en corymbe. Chaque capitule est muni d’un involucre imbriqué, dont les écailles extérieures sont cotonneuses et blanchâtres comme les feuilles, et dont les écailles intérieures , plus développées, arrondies et pétaloïdes, sont colorées en rouge sur la plante à capitules mâles, ou en blanc sur la plante femelle. Le centre des capitules est occupé par un duvet très fin et soyeux, composé de l’aigrette plumeuse des achaines. C’est ce duvet arrondi et velouté qui donne à la fleur quelque ressemblance avec la patte d’un chat, et lui a valu le nom de predde-chat : la plante a aussi porté les noms de kispidula et de pilosella, qui veulent dire velue.

La fleur de pied-de-chat est rouge ou blanche, ce qui dépend de la couleur des écailles pétaloïdes de l’involucre; la rouge est préférée à l'autre, parce qu’elle est plus agréable à la vue ; je la crois aussi plus odorante.

C’est au même genre gnaphalium, ou au genre voisin Lelichrysum, qu'appartiennent les énunortelles, plantes dont le nom est d’une si grande ressource pour les poëtes chantants et les flatteurs. On leur a donné ce nom d’éxmortelles à cause de ce que leurs fleurs étant cueillies et abandonnées à elles-mêmes, les écailles colorées qui les composent presque entièrement se dessèchent sans se flétrir et se conservent ainsi plusieurs années. Les espèces les plus usitées sont l'immortelle blanche (antennaria margaritacea), Timmmortelle argentée (helichrysum argenteum) , Vimmortelle jaune (Lelichrysum orientale), et le sfæchas citrin (helichrysum stæchas ).

Tanaisie vulgaire (fig. 242).

Tanacetum vulgare L. Car. gén. : capitule homogaine , rarement rendu hétérogame à la circonférence, par une série de fleurs femelles tri ou quadridentées; involucre campanulé, imbriqué; réceptacle nu, convexe ; corolles du disque à 4 ou 5 dents; achaines sessiles, glabres, anguleux , pourvus d’un large disque épigyne; aigrette nulle ou réduite à l’état d’une couronne membraneuse entière ou dentée.

La tanaisie s'élève à la hauteur de 65 centimètres ; ses tiges sont nombreuses, ramassées en touffe, rameuses, pourvues de feuilles profondément divisées et presque bipinnées, glabres ou un peu velues, d’un vert jaunâtre. Les capitules sont nombreux, rapprochés en corymbe, d’une belle couleur jaune, très rarement pourvus d’un rang de fleurs rayonnantes ; les corolles sont un peu plus longues que l'in-

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 35

volucre ; les achaines sont presque pentagones , obconiques , couronnés par une membrane à 5 dents, fort petite. Toute la plante est pourvue d’une odeur très forte et d’une saveur très amère ; elle est stimulante et anthelmintique. On en retire par la distillation une huile volatile jaune ; on en prépare également une eau distillée , un extrait, etc.

Armoises et Absinthes.

Ce sont des plantes, la plupart très utiles à l’art de guérir, que Tournefort avait laissées séparées en deux genres, suivant que leur réceptacle est nu (armoises) ou hérissé de poils (absinthes) ; mais Linné les a réunies en un seul genre sous le nom d’arte- 1 misia , dont voici les caractères : h capitules entièrement tubuliflores , f pauciflores , homogames ou hétérogames ; involucre imbriqué , à squames sèches, rudes à la marge ; réceptacle nu ou garni de soies ; au rayon (c’est-à-dire à la circonférence), un seul rang de fleurs souvent femelles , à 3 dents, à style longuement bifide, exserte ; fleurs du disque à 5 dents, hermaphrodites ou mâles par avortement du pistil ; achaines obovés, chauves, à disque épigyne peu apparent. Ce genre est aujourd’hui divisé en quatre sections :

4. Dracunculi : réceptacle nu, capitules hétérogames, fleurs du rayon unisériées, femelles, fertiles ; fleurs du disque bisexuelles, mais stériles par l’avortement des ovaires (syngénésie polygamie nécessaire L..).

Espèces principales :

Armoise paniculée, Aftemisia paniculata.

— des champs. — campestris.

Estragon. | — dracunculus.

2. Seriphidia : réceptacle nu, capitules homogames , tous hermaphrodites fertiles (syngénésie polygamie égale L.), Exemples :

Semen-contra d'Alep. Artemisia contra L.

— de Barbarie. — glomerulata Sicber.

Sanguenié ou sanguenita. — gallica.

Gina du Volga. — pauctflora.

36 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Absinthe maritime. Artemisia maritima.

Armoise très odorante. — fragrans.

3. Abrotana : réceptacle nu, capitule hétérogame, fleurs du rayon femelles ; celles du disque hermaphrodites ; les unes et les autres fertiles (syngénésie polygamie superflue L.). Exemples :

Armoise de Judée. Artemisia judaica.

Aurone élevée. — procera.

— mâle ou citronelle. — abrotanum.

Abeinthe pontique. — pontica.

— d'Autriche. — ausfriaca.

Armoise vulgaire. — vulgaris.

Génipi noir. — spicata.

Autre génipi noir. — eriantha.

h. Absinthia : réceptacle garni de soies ; capitules hétérogames ; fleurs du rayon femelles ; celles du disque hermaphrodites ; les unes et les autres fertiles ; involucres globuleux.

Moxa des Chinois. Artemisia mord.

Génipi blanc. — mutellina.

— vrai des Alpes. — (ylacialis.

— des roches. — rupestris.

Grande absinthe ou aluine. — absinthium.

Estragon.

Artemisia dracunculus TL. Cette plante, cultivée dans les jardins potagers, croît à Ja hauteur de 60 à 100 centimètres ; ses tiges sont grêles et rameuses ; ses feuilles sont très entières , linéaires-lancéolées, vertes et glabres; les fleurs sont très petites, jaunâtres, portées au sommet de la tige ct des rameaux.

L’estragon à une saveur âcre, piquante, mais agréable et aromatique. Il est stomachique , emménagogue, antiscorbutique ; il excite l'appétit et on l’emploie comme assaisonnement, surtout allié au vinaigre , avec lequel son goût et son odeur s’associent très bien. On en extrait une huile volatile verte , d’une odeur qu’on peut dire fortifiante, d’une pesanteur spécifique de 0,935. Cette huile volatile , d’après M. Gerhardt, paraît formée d’un hydrogène carboné liquide et d’une essence oxigénée qui a la même composition et présente les mêmes réactions chimiques que le stéaroptène d’anis (C2°H120?),

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 91 Semen-Contra,

Cette substance, nommée aussi semencine et barbotine, a longtemps été regardée comme une semence , ainsi que l’indiquent ses deux premiers noms; mais il suffit de regarder attentivement les petits corps oblongs qui la composent pour y distinguer un involucre écailleux et des fleurons semblables à ceux des armoises, de sorte que c’est parmi ces plantes qu’il faut en chercher l’origine.

On connaît d’ailleurs dans le commerce deux espèces de semencontra qu’il convient de décrire séparément.

Semen-contra du Levant. Cetle espèce est nommée aussi semencontra d'Alep ou d'Alexandrie , parce qu’elle arrive par la voie de ces deux villes; mais le vrai lieu de son origine paraît être la Perse et le Thibet. Ce semen-contra est verdâtre, lorsqu'il est récent; mais il devient rougeâtre en vieillissant. IL est composé de pédoncules brisés , dépourvus de duvet et privés de leurs capitules, dont quelques uns, cependant , à peine formés, sont encore sous la forme de boutons globuleux attachés à l'extrémité de ces pédoncules. Mais le plus grand nombre de ces capitules sont plus développés et séparés des tiges. Ils sont ovoides-allongés et composés d’écailles imbriquées, scarieuses, tuberculeuses à leur surface ; à l’intérieur, le réceptacle est nu et les fleurons sont peu nombreux et tous hermaphrodites, ce qui indique la section des seriphidium. Ge semen-contra possède une odeur très forte et très aromatique , surtout Fig. 243. lorsqu'on l’écrase; il a une saveur amère et aromatique.

Le semen-contra du Levant a longtemps été attribué à plusieurs espèces d’armoises qui ne doivent pas le produire, telles sont les artemisia Judaica et santonica L. ; mais il est certainement produit par l'artemisia contra L. où artemisia Sieberi DG. (Prodr., t. VI, p. 101), dont il faut exclure le synonyme, A7é. glomerata seu glomerulata Sieb. Cette plante (fig. 243), en effet, à laquelle je conserve le nom d’arfemisia contra que lui a donné Linné, présente tous les caractères du semen-contra d’Alep : feuilles rigides glabres: celles de la tige semi-amplicaules, à 3 ou 5 divisions , dont le lobe moyen est pinnatifide, et les lobes latéraux à 2 ou 3 segments linéaires ; les panicules sont très ouvertes , à rameaux ascendants ; les

38 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,

capitules sont sessiles, épars sur les rameaux, ellipsoïdes, tuberculeux,

contenant des fleurons peu nombreux , tous hermaphrodites. Semen-contra de Barbarie, Ce semen-contra est produit par l'artemisia glomerata de Sieber (fig. 244). IL est composé comme le premier de pédoncules hachés et de fleurs ;

Fig. 244. mais on n’y trouve pas de capitules développés

5 et isolés ; ils sont tous sous la forme de petits

T.: boutons globuleux réunis plusieurs ensemble à

UN l'extrémité des rameaux. Ces boutons sont

. recouverts d’un duvet blanchätre, ce qui donne la même couleur à la masse.

Ce semen-contra est sensiblement plus léger que celui d'Alexandrie ; son odeur, lorsqu'on le frotte, me paraît être entièrement semblable. On lit dans quelques ouvrages qu’il est plus gros et beaucoup plus chargé de buchettes; le fait est qu'il est plus petit et qu'il y a autant de buchettes dans l’un que dans l’autre.

Autres fleurs de semencine, Il est probable qu’on se sert en plusieurs pays, en place du véritable semen-contra, des fleurs de plusieurs armoises indigènes, plus ou moins propres à le remplacer ; telles sont probablement les fleurs des arlemisia judaica et santonica , déjà nommées ; telles doivent être encore celles de l’artemisia pauciflora, connues sous le nom de cina dans les pharmacies russes des contrées voisines du Volga; celles de l’artemisia ramosa des îles Canaries, de l'Afrique et d’Espagne, et, en France, celles de l’artemisia gallica, usitées en Provence, sous le nom de sanguenté ou de sanguenita. On à vendu aussi à Paris pour semen- contra, lorsque, par suite de la grande guerre continentale, ce dernier était devenu très rare et d’un prix élevé, les fleurs de quelques armoises indigènes, et surtout celles de l’aurore des champs (artemisia campestris L.), ou de la grande absinthe (arfemisia absinthium).

J'ai conservé une substance de ce genre que j’ai soumise anciennement à l'examen de M. Gay. Elle est d’un jaune fauve et beaucoup plus menue que le vrai semen-contra , ce qui tient à ce qu'elle n’est pas formée de capitules entiers comme celui-ci, mais seulement de fleurons isolés, dont la plupart sont hermaphrodites et les autres femelles ; on y trouve peu de pédoncules brisés, mais beaucoup de filaments blancs, qui sont les folioles de l’involucre de l’absinthe. Ainsi, suivant cette description , le semen-contra indigène serait produit par la grande absinthe, Artemisia absinthium, plutôt que par l'A. campestris. Cette substance présente une faible odeur d’absinthe qui ne devient pas plus forte par

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 39 le frottement ; mais elle est douée d’une amertume si considérable qu’il suffit de l’agiter avec la main devant soi pour en avoir le palais affecté. Ge caractère peut même servir à reconnaître du semen-contra mêlé d'absinthe, car il ne le présente pas du tout lorsqu'il est pur.

Quelques personnes aussi s'amusent à teindre le semen-contra en vert. On ne peut concevoir ni cette manie de tromper, ni la sottise de ceux qui achètent une marchandise si évidemmnent falsifiée.

Le nom de semen-contra est l'abrégé du mot latin semen contra vermes, qui en indique la propriété médicamenteuse. On emploie cette substance en poudre, en infusion aqueuse où en sirop. On en retire, par la distillation , une essence jaune , plus légère que l’eau, d’une odeur forte et pénétrante, qui paraît très active contre les vers. Indépendamment de cette essence, lé semen-contra contient une matière Cristalline nommée santonine, qui a été découverte par M. Kahler de Dusseldorf, et étudiée depuis par un grand nombre de chimistes. Tout récemment M. Calloud père , pharmacien à Annecy, a publié un procédé pour l'obtenir, plus avantageux que ceux connus jusqu'ici (Journ. de pharm. et chim.,t. XV, p. 106). Cette substance pure se présente en petits cristaux blancs, brillants , aplatis, sexangulaires' elle est inodore, très peu amère , insoluble dans l’eau froide, soluble dans

250 parties d’eau bouillante.

40 = d'alcool froid.

2,7 — — absolu bouillant, 75 — d’éther froid.

L2 — — bouillant,

Elle rougit faiblement le tournesol et forme des sels cristallisables avec plusieurs bases alcalines et métalliques. Elle est composée, d’après M. Liebig, de C2H50?; mais la capacité de saturation est beaucoup plus faible que ne l'indique cette formule.

La santonine, étant d’une administration très facile, est aujourd’hui usitée comme anthelminthique. Il est seulement fâcheux que pour obtenir une substance fort chère et d’une efficacité qui n’est pas très intense , on détruise des masses considérables d’une matière première , suffisamment efficace par elle-même, d’uné administration facile également, et que son bas prix met à la portée du peuple, dont les enfants en ont surtout besoin.

Absinthe maritime, Artemisia maritima. L. Cette espèce croît naturellement dans les

lieux maritimes de la France, de l'Angleterre, de la Suède et du Danemark. Ses tiges sont droites, rameuses, hautes de 50 centimètres,

L0 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

couvertes de feuilles toutes cotonneuses, multifides, à segments linéaires et obtus ; ses capitules sont un peu pédicellés, ovoïdes, penchés, à cinq fleurons ; les squames extérieures de l’involucre sont cotonneuses, les intérieures rudes et obtuses. Cette plante a beaucoup de ressemblance avec la grande absinthe , mais les divisions de ses feuilles sont beaucoup plus étroites; elle est beaucoup moins amère, et son odeur, plus agréable, se rapproche de celle de la mélisse ou de l’aurone. On la distingue de l’absinthe pontique parce que ses feuilles sont entièrement cotonneuses.

Aurone mâle ou Citronelle.

Artemisia abrotanum L. C’est un sous-arbrisseau qui croît dans le midi de la France et de l’Europe, et qui est cultivé dans les jardins. Sa tige est nue par le bas à la manière d’un arbre, ramifiée et touffue par le haut, haute de 60 à 400 centimètres; ses feuilles sont pétiolées, verdâtres, découpées en segments linéaires, sétacés; elles sont douces au toucher, pourvues d’une odeur forte, citronnée et camphrée, et d’une saveur âcre et amère ; les capitules sont sessiles, hémisphériques, penchés, disposés en grappes menues le loug des rameaux supérieurs ; les écailles de l’involucre sont blanchâtres et lancéolées ; les fleurs sont nues et jaunâtres. On confond souvent avec cette plante, sous le même nom d’aurone mâle , deux plantes frutescentes , de forme et de propriétés très analogues : ce sont l’arfemisia procera de Willdenow et l'artemisia paniculata de Lamark. Quant à la plante qui porte le nom d'aurone femelle , c’est le santolina chamæcyparissus de la même tribu des sénécionidées, petit arbuste haut de 50 centimètres environ, ramifié et touffu à partir de la racine, pourvu de feuilles cotonneuses, persistantes, tétraones et formées d’un axe garni de 4 rangées de dents obtuses. Les capitules sont solitaires au sommet de pédoncules terminaux, presque dénués de feuilles ; l’involucre est pubescent, hémisphérique; le réceptacle est couvert de paillettes; les achaines sont oblongs, tétragones, très glabres, entièrement chauves. Cette plante possède les mêmes propriétés que les précédentes.

Armoise vulgaire (fig. 245).

Artemisia vulgaris L. Plante vivace, herbacée , croissant dans presque toute l’Europe dans les lieux incultes et sur le bord des chemins; sa racine, qui est longue et! rampante, pousse plusieurs tiges verticales, cannelées, rameuses, rougeâtres, hautes de 1 à 2 mètres ; ses feuilles sont alternes, pinnatifides, grossièrement dentées, assez larges à la partie inférieure des tiges, d’un vert foncé en dessus,

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. Al blanches et cotonneuses en dessous; les divisions des feuilles supérieures sont entières et presque linéaires. Les capitules sont sessiles, ovés, entremêlés de feuilles, formant des épis paniculés à la partie supérieure des tiges ; les squames extérieures de l’involucre sont cotonneuses et blanchâtres ; les intérieures sont scarieuses ; les corolles sont nues, d’un rouge pâle.

Absinthe pontique ou Petite Absinthe (fig. 246),

Artemisia pontica L. Cette espèce s'élève à la hauteur de 50 centimètres ; ses tiges sont ligneuses par le bas, nombreuses , cylindriques, très rameuses, très garnies de feuilles fort petites, très divisées, à lobes linéaires, cotonneuses en dessous seulement ; les capitules sont disposés le long des ramifications supérieures, globuleux, petits, penchés; les

Fig. 245.

écailles extérieures de l’involucre sont linéaires, blanches, foliacées ; les corolles sont nues. Cette plante croît naturellement dans les lieux incultes de la Romanie, de la Hongrie, de l'Italie, etc. ; on la cultive dans les jardins; elle à une odeur forte, plus douce cependant que celle de la grande absinthe, et une saveur moins amère, Son odeur est moins

h2 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

agréable que celle de l’absinthe maritime. On l’emploie souvent simultanément avec la grande absinthe.

Grande Absinthe ou Aluyne,

Artemisia absinthium L. Plante sous-frutescente, haute de 60 à 400 centimètres, à tiges rondes, dressées et rameuses; les feuilles inférieures sont assez grandes, mais elles sont trois fois divisées , à lobes lancéolés obtus; elles diminuent, comme toujours, de grandeur et en divisions à mesure qu'elles s'élèvent sur les rameaux , et finissent par devenir entières et linéaires ; elles sont toutes molles, blanchâtres, cotonneuses, très douces au toucher ; les capitules sont globuleux à squames blanchâtres, penchés , disposés en panicule feuillue le long des rameaux supérieurs; les fleurs sont jaunes. Toute la plante est douée d’une odeur forte et d'une amertume insupportable qui se communique au lait de la femme et des animaux ; elle donne à la distillation une grande quantité d’une essence verte, possédant à un haut degré l’odeur de la plante ; elle est stomachique, fébrifuge, anthelmintique , emménagogue. On l'emploie en extrait ou en teinture aqueuse, vineuse ou alcoolique.

Il existe deux variétés d’absinthe, dont l’une à capitules plus grands, dite grandiflora, et l'autre inodore et presque insipide {énsipida). Toutes deux sont d’origine orientale et peu connues.

Génipi.

Dans toutes les contrées qui avoisinent les Alpes, telles que la Suisse, la Savoie et le Tyrol, on donne le nom de génipi à un certain nombre de petites plantes alpines, croissant vers la limite des neiges perpétuelles, appartenant pour la plupart au genre arfemisia, et pourvues des propriétés générales de ces plantes ; mais ces propriétés sont encore rehaussées dans l’esprit des habitants et des voyageurs, par la grandeur des lieux qui les environnent et par la difficulté d'y parvenir ; aussi s’étonnent-ils beaucoup que l'usage n’en soit pas plus répandu. Voici la description de ces plantes telles que je les ai reçues en 1838 de M. A. Huguenin, à Chambéry.

4. Génipi vrai, arlemisia glacialis L. (fig. 247). On en trouve également une très bonne figure dans Allioni, Ælora pedemontana , t. VIII, fig. 3. Racine ligneuse, ramifiée ; feuilles rassemblées en une touffe presque radicale, longuement pétiolées , tripartites , êt chaque division partagée ensuite en 3 ou 4 lobes lancéolés , pointus; ces feuilles sont entièrement recouvertes par un duvet très fin, d’un blanc argenté, qui couvre également toute la plante. Les tiges, au

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. L5 nombre de 2 ou 3, sortent du milieu des feuilles , s’élevant à une hauteur de 8 à 13 centimètres; elles portent un petit nombre de feuilles semblables aux premières, mais très espacées et beaucoup plus petites, et elles sont terminées chacune par | un petit nombre de capitules globu- Fig. 247. leux, volumineux, serrés et rassemblés en tête. Les fleurs sont jaunes.

Cette plante a été cueillie sur le mont Genis, au lieu dit Æonche, elle possède une odeur aromatique agréable.

2. Génipi blane, arfemisia mutellina Vill. Cette plante ressemble beaucoup à la précédente par la disposition et la forme de ses feuilles radicales, par le petit nombre, la forme et la disposition de ses feuilles caulinaires, enfin par la hauteur de ses tiges. Elle en diffère par un duvet moins abondant, moins blanchâtre, non argenté, et par ses capitules qui sont beaucoup plus petits, allongés, solitaires à l'extrémité de longs pédoncules qui sortent de l’aisselle des feuilles , dans la moitié supérieure des tiges, formant dans leur ensemble une grappe grêle et allongée. Cette plante est fréquente sur le mont Cenis et sur les Alpes du Dauphiné ; elle possède une odeur fortement aromatique.

3. Génipi noir, alemisia spicata Jacq., artemisia eriantha Ten., artemisia boccone Al, t. VIT, fig. 2, et t. IX, fig. 14. Cette plante est plus forte que les deux précédentes et s'élève à la hauteur de 22 centimètres ; ses feuilles radicales sont tripartites, multifides; celles de la tige sont multifides, pinnatifides ou trifides, plus rapprochées que dans les précédentes , surtout à la partie supérieure ; les capitules sont assez gros, globuleux, courtement pédonculés , axillaires, formant à la partie supérieure de chaque tige un épi non interrompu ; les corolles sont jaunes et velues , ainsi que les ovaires. Cette plante a été cueillie sur le mont Saint-Sorlin-d’Arve. Elle est d’un blanc un peu grisâtre, comme la précédente.

L. Autre génipi noir (fig. 248). Cette plante, récoltée sur le mont Cenis, près du gravier des torrents, paraît appartenir à la même espèce

Lh DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

que la précédente (1), mais elle est beaucoup plus petite. Ses feuilles radicales sont généralement tripartites et trifides ; les feuilles de la tige sont pinnatifides, celles du sommet sont entières , oblongues-lancéo-

Fig. 248. Fig. 249.

lées ; les capitules sont axillaires, plus longuement pétiolés que dans la précédente , plus petits, contenant un moins \ grand nombre de fleurs; la plus grande

tige n’a que 8 centimètres de longueur.

5. Génipi musqué Où iva; pfarmica moschata DC., achillea moschata Jacq. Cette plante pousse de sa racine fibreuse plusieurs tiges simples, hautes de 11 à 43 centimètres, parsemées de poils rares; le reste de la plante est glabre. Les feuilles radicales sont petites , pétiolées, profondément pinnatifides ; les feuilles caulinaires sont encore plus petites, sessiles, à divisions écartées, rangées comme les dents d’un peigne; le haut de la tige est nu et terminé sur une tige par une ombelle à 6 rayons, et Sur une autre par un corymbe formé de 7 capitules pédonculés, L’involucre est campanulé, formé d’écailles imbriquées, elliptiques-allongées, à marge brune; les corolles du rayon sont très peu

(1) M. Huguenin nomme le n° 3 artemisia eriantha Ten., et le n° 4 artemisia spicata Jacq.

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. h5

nombreuses, beaucoup plus grandes que l’involucre, planes, élargies et arrondies à l'extrémité. Cueillie dans les lieux arrosés du col du Bonhoïnme , au sud du mont Joie.

6. enipi bâtard; péarmica nana DC., achillea nana L. (Gg. 249). Très jolie plante, toute couverte d’un duvet laineux, d’une odeur fortement aromatique, trouvée à la limite des neiges sur le mont Cenis. Les feuilles radicales sont pétiolées, profondément pinnatifides, à segments réguliers, rapprochés, linéaires, entiers ou incisés; les tiges sont hautes au plus de 8 centimètres , pourvues de feuilles semblables, souvent nues par le haut, terminées par une ombelle de capitules presque sessiles, très serrés et simulant quelquefois un seul capitule très volumineux.

Cette plante est âcre et très aromatique ; elle porte en Italie le nom d’Aerba-rotta qui lui est commun avec une autre espèce plus grande des mêmes localités (péarmica herba-rota DC., achillea herba-rota Allioni).

Moxa des Chinois,

Les Chinois et les Japonais désignent sous le nom de moza le duvet cotonneux qui leur sert à préparer de petits cônes destinés à l’application du feu à la surface du corps , dans un très grand nombre de maladies. Par suite, ce nom est passé dans la médecine européenne, pour exprimer le cône ou le cylindre lui-même qui sert à cette application, quelle que soit la matière avec laquelle il ait été préparé.

D'après Kæmpfer, le moxa chinois n’est autre chose que le duvet de l'armoise vulgaire, séparé par la contusion des feuilles sèches dans un mortier, suivie d’une friction entre les mains qui sépare toutes les parties grossières du véritable duvet ; suivant d’autres, c’est l’arfemisia chinensis de Linné qui sert à cet usage, et d’après M. Lindley ce serait une nouvelle espèce d’absinthe nommée artemisia moxa. I est probable d’après cela, et il est d’ailleurs naturel de penser que plusieurs espèces d’armoises peuvent être appliquées au même usage. Un pharmacien de Paris s’est occupé pendant longtemps de préparer des moxas avec le duvet de l’armoise vulgaire. Il paraît cependant que les plus usités se font aujourd'hui avec un troncon de moelle de l’Aelanthus annuus, entouré d’une couche de coton légèrement nitré et maintenu sous la forme d’un petit cylindre par une bande de toile de coton cousue.

6 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Matricaire officinale (fg. 250).

Pyrethrum parthenium Smith, matricaria parthenium L. Car. du genre pyrethrum : capitules multiflores, hétérogames ; fl, du rayon sur une seule série, femelles, ligulées ; fl. du disque tubuleuses, hermaphrodites, à 5 dents; tube souvent comprimé, bi-ailé; réceptacle plane ou convexe, nu, quelquefois plane , bractéolé. Involucre imbriqué à squames scarieuses ; styles du disque à rameaux non appendiculés ; achaines anguleux, non ailés, surmontés d’une couronne dentée, quelquefois auriculiforme, égalant le diamètre du fruit,

La matricaire officinale s'élève à 60 ou 100 centimètres; ses tiges sontgrosses, fermes, cannelées, très ramifiées; ses feuilles sont pétiolées, pinnatisectées, à segments pinpatifides et dentés; légèrement velues ; les capitules forment un large corymbe, dont les fleurs du disque sont jaunes et celles de la circonférence ligulées, blanches, deux fois plus longues que l’involucre ; les fleurs ligulées avortent rarement. Toute la plante possède une odeur forte et désagréable. Elle est stomachique et emménagogue ; on en retire une huile volatile jaunâtre , d’une odeur très forte.

Fig, 250.

Baisamite odorante.

Menthe-cog ou cog des jardins, pyrethrum tanacetum DC., balsamita suaveolens Pers., tanacetum balsamita L. Cette plante s'élève à la hauteur de 1 mètre; ses tiges sont fermes, légèrement velues, blanchâtres et rameuses ; les feuilles sont ovales-elliptiques, dentées, les inférieures pétiolées , les supérieures sessiles, auriculées à la base ; les capitules sont longuement pédicellés, disposés en corymbe lâche, sans aucune fleur ligulée : toute la plante est pourvue d’une odeur menthée, forte et agréable, et d’une saveur chaude et amère. Elle est douée d’une propriété excitante très active, On la cultive dans les jardins.

SYNANTHÉRÉES — SÉNÉCIONIDÉES. 47 Camomille commune ou Camomille d’Allemagne (fg. 251).

Matricaria chamomilla L. Le genre matricaria diffère du genre pyrethrum par ses fleurs discoïdes, dont le tube est cylindrique ; le réceptacle est toujours conique et nu ; les achaines

sont entièrement nus ou plus rarement pourvus Fig. 251. d’une couronne,

La matricaire-camomille pousse des tiges me- # Le É nues, hautes de 50 centimètres ; ses feuilles * tt |” 4/7

LS sont deux fois pinnati- partites, à lobes linéaires & Ÿe ÿ entiers ou souvent divisés; pédoncules nus au }\ sommet, monocapitulés ; involucre à squames Ai oblongs, blanchâtres à la marge; fleurs ligulées dl blanches, beaucoup plus longues que l’involucre; re [| 2e achaines tétragones , ceux du disque à face exté- L2\ rieure élargie; ceux du rayon à côtés égaux. ŸP

Les fleurs de camomille commune ont, surtout g lorsqu'elles sont sèches , une odeur très agréable ; < elles sont fort peu amères, et c’est sans doute une \ 4\ des raisons qui les font préférer, en Allemagne, à 1 celles de la camomille romaine. On les prescrit SN aussi quelquefois en France ; mais faute de les bien connaître, on leur substitue souvent les NA fleurs de la camomille des champs (anfhemis ar- = IS Fe vensis L.). Voici à quoi on peut les distinguer : g 7 les fleurs de l’anthemis arvensis sont plus grandes; À leur réceptacle est garni de paillettes et forme-un à d | cône beaucoup plus aigu; la graine est volumineuse et hordée d’une membrane à sa partie RARE l'odeur en est plus faible , désagréable , et la saveur en est ainère.

On obtient en Allemagne , par la distillation des fleurs de la camomille commune (matricaria chamomilla) une huile volatile assez épaisse, d’un bleu foncé et presque opaque ; par la rectification je l'ai obtenue très fluide, transparente, d’un beau bleu d’indigo, et cette couleur persiste depuis un grand nombre d’années. Cette essence est d’une odeur particulière, moins pénétrante que celle de la camomille romaine , et, quoique très agréable, elle me plaît bien moins que celle de la camomille romaine.

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