‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 81 sur 121 · ROSACÉES — ROSÉES · texte numérisé non relu

ROSACÉES — ROSÉES

cynorrhodon, à ce que, dans l'antiquité, sa racine passait pour être un remède efficace contre la rage; et cette opinion , qui n’a aucun fondement réel, a traversé des siècles pour arriver jusqu’à nous; car, encore aujourd'hui, la racine d’églantier forme la base de remèdes populaires contre la rage, dont l’usage est répandu dans la plupart des départements montagneux de la France, tels que ceux de l'Isère, de la Haute- Loire, de la Loire, de l'Aveyron, du Puy-de-Dôme , etc. Il ne faut cesser de répéter au peuple qu'aucun spécifique jusqu'ici ne peut guérir la rage, et que le seul moyen possible de la prévenir est la cautérisation complète de la morsure.

Bédéguar Ou galle d'églantier, On nomme ainsi une excroissance chevelue qui se forme sur les branches de l’églantier, par suite de la piqûre d’un insecte hyménoptère nommé cynips rosæ. Celte galle est divisée intérieurement en un grand nombre de cellules qui renferment autant de larves de l’insecte. Elles y passent l'hiver sous forme de nymphes, et en sortent au printemps à l’état d'insectes parfaits. On employait autrefois le bédéguar comme diurétique, lithontriptique, anthelmintique, antistrumique , etc. Il n’est plus usité.

Rose rouge ou Rose de Provins.

Rosa gallica L. On dit que ce rosier a été apporté de Syrie à Provins, par un comte de Brie, au retour des croisades. Loiseleur Deslongchamps pense que ce fait n’est rien moins que prouvé, parce que la rose rouge était connue dans l'antiquité et que c’est elle probablement dont Homère a vanté les vertus dans l’//1ade ; mais en admettant ce fait, en admettant même, ce que je crois très probable, que la rose de Provins soit la rose de Milet dont parle Pline, on peut très bien croire que cette rose était peu connue en France, au temps des croisades , et qu'un comte de Brie l’ait apportée avec lui, à son retour. Ce qu'il y a de certain, c’est que, pendant très longtemps, la culture de cette espèce de rose a été comme un patrimoine de la ville de Provins; ensuite un petit village des environs de Paris s’en est emparé, et en a gardé le le nom de Fontenay-aux-Roses ; Lyon et Metz ont eu aussi leur célébrité pour cette culture et fournissent encore, à ce que je pense, une certaine quantité de roses rouges au commerce ; mais il paraît que la plus grande partie de ces fleurs viennent aujourd’hui de Hollande et d'Allemagne.

Le rosier de Provins s’élève à la hauteur de 60 à 100 centimètres au plus ; ses rameaux sont nombreux et armés de faibles aiguillons; ses feuilles sont composées de 5 à 7 folioles ovales, rigides, d’un vert assez foncé en dessus, un peu pubescentes en dessous ; les boutons et les

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pédoncules sont couverts de poils rudes; les fleurs sont solitaires ou réunies au nombre de 2 ou 3 à l'extrémité des rameaux ; les divisions du calice sont dentées ; les pétales sont peu nombreux, étalés, d’un rouge foncé et presque inodores. Ils renferment cependant un principe aromatique qui se développe par la dessiccation. Pour faire sécher ces fleurs, on les prend en boutons, on en sépare le calice, on en coupe les onglets, et on les étend dans une étuve. Lorsqu’elles sont bien sèches, il convient de les cribler pour en séparer les étamines et les œufs d'insectes qui peuvent s’y trouver ; on les renferme ensuite dans une boîte de bois que l’on place dans un lieu sec : il est bon de les cribler de temps en temps.

Les roses dé Provins séchées doivent avoir une couleur pourpre foncée et veloutée, une odeur très agréable, une saveur très astringente. Leur infusion rougit le tournesol, et précipite abondamment par le sulfate de fer, la colle de poisson , l'alcool, le nitrate de mercure, l’eau de chaux et l’oxalate d'ammoniaque. On voit d’après cela qu’elles contiennent un acide libre, une grande quantité de tannin, du muqueux et un sel calcaire soluble.

On prépare avec les roses rouges un sirop, un mellite et une conserve. Nous préparons la conserve avec la poudre ; mais à Provins et à Lyon on la fait en pistant les pétales récents avec du sucre.

Le rosier de Provins est l'espèce dont on a cherché à obtenir le plus de variétés, pour l’ornement des jardins. On en compte plus de 400, dont une partie, si j'ose le dire, mérite peu les noms plus ou moins emphatiques dont on les a décorées.

Rose à cent feuilles.

Rosa centifolia L. Ce rosier est originaire du Caucase oriental ; il forme un buisson haut de 400 à 120 centimètres ; ses feuilles ont 5 ou 7 fulioles ovales, pubescentes en dessous, deux fois dentées ; les fleurs sont roses, ordinairement presque complétement doublées, larges d’environ 8 centimètres, longuement pédonculées , portées ordinairement trois ensemble au sommet de chaque rameau. On en connaît un assez orand nombre de variétés, parmi lesquelles on distingue la rose de Hollande où grosse cent feuilles, l'une des plus belles et des plus communes ; la rose des peintres, plus large que la précédente , moins double et d’une couleur plus vive : la 7ose mousseuse, dont les pédoncules, les calices et leurs divisions sont couverts de poils rameux, glanduleux et rougeûtres, etc.

Je pourrais citer encore le rosier blane, 70s0 alba L, ; le rosier jaune, 70sa sulfurea Ait. ; le rosier multiflore, 70sa mulfiflora

ROSACÉES — ROSÉES. 275 Thunb. ; le rosier musqué, 70sa moschata Ait. ; le rosier toujours fleuri OU rosier du Bengale , r0sa semperflorens Curt, ; mais la plus belle de toutes ces roses, celle qui réunit à une odeur suave l'ampleur et le nombre des pétales, est sans contredit la rose à cent feuilles, qui sera toujours l'emblème de la grâce et de la beauté.

Gette rose , cultivée dans les jardins , n’est cependant pas celle que l’on estime le plus pour l’usage de la pharmacie et de la parfumerie. Trop de culture paraît en affaiblir l’odeur ; et à Paris on préfère une variété de la rose de Damas (7'0sa damascena) , cultivée en pleine terre autour de Puteaux et du Calvaire. Celle-ci, nommée aussi rose de tous Les mois ou rose des quatre saisons (1), fleurit deux fois par an, au printemps et à l’automne , et quelquefois au milieu de l’été ; elle a plus d’étamines que la rose à cent feuilles, moins de pétales , est d’un rose plüs vif et d’une odeur plus forte, mais toujours très suave ; aussi se vend-elle tous les ans sur le marché de Paris le double de l’autre, qui d’ailleurs n’est ordinairement cueillie que lorsqu'elle est entièrement épanouie et prête à tomber de l’arbuste dont elle faisait l’ornement.

Les roses à cent feuilles et celles de Puteaux sont connues en pharmacie sous le nom commun de roses pâles, par opposition avec celles de Provins, qui portent le nom de roses rouges. On prépare avec les premières une eau distillée d’une odeur forte et suave; un sirop et un extrait qui sont légèrement purgatifs et astringents. Dans le midi de la France, on en retire une certaine quantité d’une essence butyreuse d’un prix très élevé et qui ne le cède pas en qualité à celle qui vient de l'Orient. C’est celle-ci principalement que l’on trouve dans le commerce.

Essence de roses.

Cette huile volatile est extraite surtout dans la Perse, aux Indes ct dans l’état de Tunis , de plusieurs espèces de roses très odorantes, telles que les rosa centifolia, damascena, moschata, et qui sont encore plus odoriférantes dans les pays chauds que dans le nôtre. On raconte qu’elle a été découverte en 1612 par une princesse Nour-Djihän , femme du grand Mogol Djihanguyr, lequel, à l'exemple d’un autre grand roi, fit assassiner son premier mari pour l’épouser. Se promenant avec l’empereur sur le bord de canaux remplis d’eau distillée de roses , elle vit nager à la surface une sorte d’écume qu’elle fit recueillir, et qui fut proclamée le parfum le plus précieux de l'Asie. Quelques personnes pensent néanmoins que l'essence de roses a dû être connue beaucoup plus tôt , puisque l’eau distillée de roses était très anciennement usitée ;

(1) Rosa prænestrina de Pline.

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mais les livres orientaux n’en font pas mention avant le commencement du xvur° siècle (Journ. de pharm., t. V, p. 232). L’essence de roses est nommée en persan A'#her qui, ou seulement A’fher, œther, œttr, othr. On rapporte divers procédés pour l'obtenir.

Le premier consiste à disposer dans des pots, et par couches alternatives , des pétales de roses et des semences de sésame (sesamum orientale L.). Après dix à douze jours de séjour dans un lieu frais, on sépare les semences et on les met en contact avec de nouvelles roses. On répète celte opération huit ou dix fois, ou jusqu'à ce que le sésame cesse de se gonfler en absorbant l'humidité et l’huile odorante des roses. Alors on le soumet à la presse, et on en retire une huile jaune et odorante que l'on versé dans le commerce, mais qui doit être considérée seulement comme une espèce d'huile rosat obtenue par infusion, et non comme une véritable essence de roses.

Suivant d’autres, on remplit de grands vases de terre de pétales de roses et d’eau, de manière que l’eau surnage de quelques pouces. On expose ces vases au soleil pendant six à huit jours, et au commencement du troisième ou du quatrième , on voit se former à la surface de l’eau une écume huileuse que l’on ramasse avec un petit bâton garni de coton à son extrémité. Suivant d’autres, enfin , appuyés de l'autorité de Kæmpfer (Amæn., p. 374), on obtient l’essence de roses en distillant les pétales avec de l’eau , à la manière ordinaire. Quelle que soit la petite quantité qu’on en recueille ainsi, l'immense quantité d’eau de roses consommée dans tous les pays mahométans peut suffire à produire l'essence du commerce.

L'essence de roses doit avoir une odeur de roses forte mais pure, qui devient d’une grande suavité lorsqu'elle est étendue ; elle est ordinairement sous la forine d’une masse cristallisée, dans laquelle on aperçcoit un très grand nombre de lames transparentes, acérées et brillantes, qui se fondent et se dissolvent entièrement dans la portion restée liquide, par la seule chaleur de la main. Alors cette huile est transparente, mobile et d’un blanc légèrement verdâtre ; elle pèse spécifiquement de 0,864 à 0,870, à la température de 20 degrés centigrades. L'alcool chaud la dissout entièrement , mais l'alcool froid la sépare en deux portions : l’une soluble (élæoptène) , qui est toujours liquide et très odorante; l’autre insoluble (stéaroptène) qui reparaît sous la forme de lames brillantes, et qui n’est pas sensiblement odorante lorsqu'elle est bien purifiée, Suivant l'analyse faite par Th. de Saussure, ce stéaroptène serait formé seulement d'hydrogène et de carbone dans les proportions du gaz oléifiant (CH), tandis que l’élæoptène contiendrait une petite quantité d’oxigène (Journ. de pharm.,t. VI, p. 466).

L’essence de roses, comme toutes les substances d’un prix élevé, est

ROSACÉES — SANGUISORBÉES. 211 très sujette à être falsifiée. En Asie d’abord, il paraît qu’on en augmente la quantité en distillant avec les roses du bois de santal blanc. En Hollande et à Paris, on la mélange d'huile de bois de Rhodes, qui présente à peu près la même odeur, mais qui lui communique sa liquidité. D’autres falsificateurs y ajoutent des huiles grasses et du blanc de baleine, ce qu’on peut reconnaître, soit par le moyen de l'alcool qui ne les dissout pas, soit par les alcalis qui les saponifient. Enfin, depuis un certain nombre d’années et surtout à présent , l'essence de roses est falsifiée avec l'essence de plusieurs espèces de pelargonium , qui sont principalement les pelargonium odoratissimum Willd., capitatum Ait., et roseum Willd. J'ai indiqué trois moyens pour reconnaître cette falsification : d’abord le mélange avec l'acide sulfurique concentré qui n’altère en rien la pureté et la suavité de l’odeur de l’essenee de roses, ct qui développe dans celle de pelargonium une odeur forte et désagréable, capable d'en faire reconnaître de faibles quantités ; secondement l’exposition à la vapeur de l’iode qui ne brunit pas l’essence de roses et qui communique à celle de pelargonium une couleur brune très intense ; troisièmement la vapeur nitreuse qui colore en jaune foncé l’essence de roses et en vert pomme celle de pelargontum (Journ.de pharm. et chim., L'OXY, 940.

TRIBU DES SANGUISORBÉES.

Aigremoine.

Agrimonia eupatoria L. Plante herbacée, vivace, haute de 50 à 65 centimètres, croissant en Europe, le long des chemins et au bord des prés; ses feuilles sont ailées avec impaire, molles et velues ; les folioles sont dentées en scie, alternativement grandes et très petites, et vont en augmentant de grandeur vers le sommet; la dernière est pétiolée. Les fleurs sont jaunes, disposées en épis terminaux, accompagnées chacune de trois bractées ; le calice est persistant, à 5 divisions, turbiné, nu à la base, entouré, au-dessous du limbe, d’un grand nombre de spinules terminées en crochet. La corolle est à 5 pétales ; les étamines sont au nombre de 12 à 20 ; il y a 2 ovaires uniloculaires, contenant un seul ovule pendant, et surmontés chacun d’un style terminal , exserte , terminé par un stigmate dilaté. Le fruit se compose de 2 askoses cartilagineux renfermés dans le calice accru, durci, pourvu de ses appendices crochus.

Les feuilles d’aigremoine sont légèrement astrivgentes et usitées comme telles dans les inflammations de la gorge, contre l’ulcérauon des reins, dans l’hématurie , etc.

278 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Alchimille vulgaire ou Pied-de-Lion,

Alchemilla vulgaris L. Car. gén, : Calice tubuleux à 8 divisions, dont 4 extérieures plus petites; corolle nulle; 4 étamines courtes, insérées sur un disque qui rétrécit la gorge du calice ; anthères à débiscence transyersale ; ordinairement un seul ovaire libre et stipité au fond du calice, portant un style latéral terminé par un stigmate épais. Le fruit est composé d’un askose ordinairement solitaire, renfermé dans le tube du calice.

L’alchimille vulgaire est pourvue d’un rhizome vivace, oblique, brunâtre , assez gros, donnant naissance du côté inférieur à des racines fibreuses, et du côté supérieur à des feuilles longuement pétiolées , grandes , plissées, réniformes, à 9 lobes arrondis et dentés. Les tiges, qui naissent avec les feuilles , sont hautes de 30 à 35 centimètres , garnies de feuilles plus petites, et sont terminées par une panicule dichotome de petites fleurs jaunes. Cette plante se plaît aux lieux humides, dans les prés montagneux et au bord des vallées ; ses feuilles ont été employées comme astringentes et vulnéraires, pour arrêter les hémorrhagies, les évacuations de sang trop abondantes, contre la phthisie, etc.

Petite Pimprenelle.,

Poterium sanguisorba XL. Racine allongée, rougeâtre, vivace, produisant une tige haute de 35 centimètres, garnie , surtout à sa base, de feuilles ailées avec impaire, composées d’un grand nombre de petites folioles presque égales, arrondies ou ovales, glabres, assez profondément dentées. Les fleurs sont verdâtres, disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en épis courts et arrondis. Elles sont monoïques, mâles à la partie inférieure des épis, femelles à la partie supérieure, pourvues d’un calice à 4 divisions, sans corolle; les fleurs mâles ont 30 ou A0 étamines, beaucoup plus longues que le calice ; les fleurs femelles présentent 2 ovaires libres, uniloculaires, terminés chacun par un style filiforme et par un stigmate en forme de pinceau, Le fruit se compose de 2 askoses renfermés dans le tube du calice durci et devenu triangulaire.

La pimprenelle a une saveur astringente , faiblement amère et un peu aromatique. On l’employait autrefois en médecine , dans les mêmes cas que les deux plantes précédentes ; mais elle n’est plus usitée que comme assaisonnement, dans les salades. Les bestiaux la recherchent beaucoup, et on l’a quelquefois cultivée comme fourrage.

On a employé une autre plante presque semblable à la précédente ,

ROSACÉES — DRYADÉES. 279

mais beaucoup plus grande , nommée pimprenelle commune , d’Italie ou des montagnes, sanquisorba officinalis L, Enfin les houcages ou pimpinella, de la famille des ombellifères , ont aussi reçu le nom de pimprenelles, ce qui a causé une assez grande confusion entre toutes ces plantes.

TRIBU DES DRYADÉES.

Framboisier.

liubus idæus L. Car. gén. : Calice nu, aplati, à limbe quinquéfide, persistant; corolle à 5 pétales plus grands que les divisions du calice ; étamines nombreuses; ovaires nombreux, insérés sur un réceptacle convexe, libres et uniloculaires , surmontés d’un style un peu latéral ; le fruit se compose d’un grand nombre de petits drupes bacciformes devenus adhérents entre eux (syncarpide), et simulant une baie portée sur un réceptacle conique. Chaque petit drupe renferme, sous un noyau crustacé, une semence pendante.

Le framboisier est pourvu d’une souche ligneuse et traçante qui donne naissance à plusieurs tiges rondes, droites , hautes de 100 à 150 centimètres , hérissées d’aiguillons fins et très nombreux. Les feuilles inférieures sont ailées, composées de 5 folioles ovales-aiguës, dentées, vertes en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les feuilles supérieures n’ont que 3 folioles; les fleurs sont blanches, rosacées, assez petites, portées sur des pédoncules grêles et rameux qui sortent de l’aisselle des feuilles supérieures ; les fruits, connus sous le nom de framboises, sont d’un rouge clair et comme cendré, ou quelquefois blancs, et d’une saveur acide, sucrée et parfumée, fort agréable. On les mange sur les tables, au dessert , et on en prépare un alcoolat, un sirop et un vinaigre aromatique qui sert lui-même à faire le sirop de vinaigre framboisé,.

Ronce sauvage , Zubus fruticosus L. Arbrisseau très commun dans les haies , dont les tiges ligneuses, anguleuses et rameuses, sont armées d’aiguillons forts et recourbés , et atteignent 4 à 5 mètres de longueur ; les feuilles sont aiguillonnées sur le pétiole et sur la nervure médiane , à 5 folioles, excepté celles de l'extrémité des rameaux qui n’ont que 3 folioles. Les folioles sont ovales-aiguës , deux fois dentées, glabres et vertes en dessus, cotonneuses et blanchâtres en dessous ; les pétioles sont aiguillonnés. Les fleurs sont ordinairement roses, quelquefois blanches, et forment dans leur ensemble une panicule terminale ; les divisions du calice sont réfléchies. Les fruits sont arrondis , formés de petites baies noirâtres, luisantes, aigrelettes et sucrées à leur maturité; on les nomme m#res des haies, et quelques personnes en font un sirop

280 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

qu'ils vendent à tort comme du sirop de mûres. Les feuilles de ronce sont astringentes el chargées d’une quantité considérable d’albumine végétale; séchées, elles acquièrent une légère odeur de framboise ; elles sont usitées dans les gargarismes.

Ronce odorante, rubus odoratus L. Tiges simples ou peu rameuses, hautes de 130 à 150 centimètres , dépourvues d’aiguillons, mais abondamment chargées, surtout sur leurs parties supérieures, de poils rougeâtres et glanduleux ; ces poils , qui recouvrent également les pétioles des feuilles et les calices des fleurs , exsudent une humeur visqueuse , d’odeur résineuse et térébinthacée , qui rend toutes les parties qu’elle enduit poisseuses au toucher et odorantes. Les feuilles sont simples, très grandes, échancrées à la base, à 5 lobes palmées ; les fleurs sont d’un rouge clair, de la grandeur d’une petite rose, presque inodores ; les fruits, qui avortent souvent, sont noirâtres, d’une saveur aigrelette, peu parfumés, inusités. Cet arbrisseau est originaire de l'Amérique septentrionale et n’est cultivé dans les jardins qu’à cause de ses fleurs qui sont d’un joli effet dans les bosquets.

On trouve dans tout le nord de l’Europe, en Sibérie et dans l’Amérique septentrionale , une petite ronce herbacée (rubus chamæmorus L.), à feuilles simples et lobées, dont les fruits acidules et d’un goût agréable , sont d’une grande ressource pour les habitants.

Fraisier commun,

Fragaria vesca L. Car. gén. : Calice à 5 divisions étalées, pourvu à l'extérieur de 5 bractées; corolle à 5 pétales; étamines nombreuses ; ovaires nombreux, distincts , uniloculaires , munis d’un style latéral et portés sur un réceptacle convexe ; fruit multiple ( carpochorize ) formé d’un grand nombre d’askoses implantés tout autour du réceptacle accru et devenu charnu , tombant à maturité.

Le fraisier commun croît naturellement dans les bois, dans toute l'Europe, et a produit un grand nombre de variétés par la culture. Sa racine est une souche brune , demi-ligneuse, divisée inférieurement en fibres menues et nombreuses. Elle produit une touffe de feuilles longuement pétiolées, composées de 3 folioles ovales, fortement dentées, vertes en dessus, soyeuses et blanchâtres en dessous. Le collet de la racine donne naissance à des jets fort longs, rampants et prenant racine de distance en distance, ce qui forme autant de nouveaux pieds propres à multiplier la plante. Du milieu des feuilles s'élèvent, en outre , une ou plusieurs tiges hautes de 10 à 16 centimètres , terminées par un corymbe de fleurs blanches.

Le réceptacle des fruits, qui constitue la fraise , Cevient en müris-

ROSACÉES — DRYADÉES. 281

sant d’un rouge vermeil (il est quelquefois blanc ), pulpeux, succulent, sucré et très parfumé; c’est un des fruits les plus recherchés de nos climats.

La racine de fraisier est usitée en médecine comme astringente et diurétique. Elle se compose ordinairement de plusieurs souches ligneuses longues de 6 à 8 centimètres, réunies par la partie inférieure d’où partent de nombreuses radicules. Toute la racine a une couleur très brune à l'extérieur, une odeur nulle , une saveur très astringente.

Racine de Quintefeuille.

Potentilla reptans L. Ca». gén. : Calice à 4 ou 5 divisions étalées, doublé à l'extérieur par 4 ou 5 bractées plus petites, les unes et les autres persistantes ; corolle à 4 ou 5 pétales; étamines nombreuses ; ovaires nombreux portés sur un réceptacle convexe , uniloculaires, pourvus d’un style latéral. Fruit composé d’un grand nombre d’askoses portés sur le réceptacle un peu augmenté, mais resté sec et velu. Ce dernier caractère est presque le seul qui sépare les potentilles des fraisiers.

La quintefeuille ressemble à un fraisier et s'étend comme lui sur la terre , à l’aide de jets traçants qui prennent racine de distance en distance ; mais ses feuilles sont plus petites et divisées en 5 ou 7 folioles obovées , sur chaque pétiole ; les fleurs sont axillaires , solitaires et longuement pédenculées ; les divisions du calice sont ovales et plus courtes que la corolle ; les pétales sont jaunes et obcordés.

La racine de quintefeuille est plus longue que celle du fraisier, cylindrique , pivotante, d’un rouge brun au dehors, blanche en dedans, d’une saveur astringente. Lorsqu'on veut la faire sécher, il faut inciser l'écorce longitudinalement ou en spirale, et la détacher du cœur ligneux, que l’on rejette. Gette écorce conserve ses couleurs et sa saveur primitives : rouge brune au dehors, blanche à l’intérieur, astringente.

Argentine Où anserine, polentilla anserina L. (Bull., t. 157). Tiges rameuses, rampantes, garnies de feuilles ailées, composées de 15 à 20 paires de folioles ovales, dentées en scie, dont une foliole de chaque paire est alternativement beaucoup plus petite que l’autre et come réduite à l’état rudimentaire. Les fleurs sont solitaires et longuement pédonculées, comme dans l’espèce précédente. Les feuilles sont usitées comme astringentes ; elles sont vertes et glabres à la face supérieure, tout à fait blanches et argentées sur la face inférieure.

Racine de Tormentille.

Potentilla tormentilla DC. ; tormentilla erecta X, Gette plante dit-

fère des potentilles, auxquelles elle est aujourd’hui réunie, par son calice à 4 divisions , doublé de 4 bractées alternes et plus petites, et par ses pétales au nombre de 4; le port et les autres caractères sont les mêmes : ses tiges sont ascendantes, grêles, pubescentes, dichotomes, munies de feuilles semblables à celles de la quintefeuille , c’est-à-dire à 3 ou 5 divisions profondes et palmées , mais plus grandes et sessiles. Les fleurs sont jaunes, petites, portées sur de longs pédoncules axillaires ; les askoses sont rugueux et placés sur un réceptacle sec et velu. La tormentille croît sur les Alpes et les Pyrénées, d’où on nous envoie sa racine sèche.

Cette racine est d’une forme irrégulière , tantôt allongée et grosse comme le doigt , tantôt formée de tubercules réunis. Elle est brune au dehors , rougeâtre en dedans, dure, très pesante , d’un goût astringent. Elle a quelque ressemblance avec la bistorte; mais celle-ci est plus rouge, plus astringente, ordinairement comprimée, et deux fois repliée sur elle-même.

La tormentille est astringente ; elle est quelquefois employée à tanner les cuirs.

Racine de Benoiïite ou Racine giroflée.

Geun urbanum L. La benoite s’élève à 50 centimètres de hauteur ; ses tiges sont menues , rameuses, rudes au toucher ; ses feuilles radicales sont pinnatisectées, à 5 paires de folioles qui s’agrandissent en allant du pétiole à l’extrémité, souvent interrompues par d’autres folioles plus petites ; les feuilles de la tige sont seulement ternées ou palmées; les unes et les autres sont rudes au toucher, inégalement dentées. Les fleurs sont jaunes, presque semblables à celles des potentilles ; elles sont composées d’un calice à 5 divisions, doublé de 5 bractées ; d’une corolle à 5 pétales, d’un nombre indéfini d’étamines, et d’un grand nombre d’ovaires qui deviennent des askoses secs, velus, rassemblés en tête, et pourvus chacun d’une arête crochue. La racine est longue et de la grosseur d’une forte plume, ou tronquée près du collet et arrondie : elle est entourée d’un grand nombre de radicules d’une couleur obscure rougeâtre, d’une saveur astringente et d’une odeur de girofle : 1l faut la récolter au printemps. Elle contient un principe résinoïde analogue à celui du quinquina, et une huile volatile plus pesante que l’eau. Elle est tonique et astringente. ( Analysée par Trommsdorfr, Chimie de Berzélius, t. VI, p. 190.)

TRIBU DES SPIRÉACÉES.

Filipendule,

Spiræa filipendula L. Car. gén, : Galice quinquéfide persistant ;

ROSACÉES — SPIRÉACÉES. 285 corolle à 5 pétales très ouverts, insérés sur un disque adhérent au tube du calice; étamines nombreuses suivant l'insertion des pétales ; ovaires libres, au nombre de 5, rarement moins ou plus , sessiles ou courtement stipités au fond du calice , contenant de 2 à 45 ovules fixés à la suture ventrale; styles terminaux; le fruit est composé de 3 à 5 capsules folliculeuses (quelquefois plus), contenant un petit nombre de graines.

La filipendule se trouve en Europe, dans les bois et dans les pâturages; sa tige est droite, peu rameuse, haute de 35 à 60 centimètres, garnie de feuilles stipulées , glabres, ailées avec impaire, dont les folioles sont oblongues, profondément et inégalement dentées, entremêlées d’autres folioles beaucoup plus petites. Les fleurs sont blanches, nombreuses, disposées en un large corymbe, au sommet des tiges et des rameaux; les divisions du calice sont réfléchies ; les ovaires sont velus et varient de 8 à 12; les styles sont courts, réfléchis en avant et terminés par un stigmate épais. Les capsules sont velues.

La racine de filipendule est fibreuse, chevelue, interrompue de distance en distance par des tubercules gros comme des olives, oblongs, noirâtres au dehors, blanchâtres en dedans, d’une saveur amère, astringente. Elle passe pour astringente et diurétique. On emploie également les feuilles.

Ulmaire ou Reine des Prés,

Spiræa ulmaria L. Cette plante, la plus belle de nos prairies , est pourvue d’une racine noirâtre, horizontale, grosse et longue comme le doigt, garnie de beaucoup de fibres, Elle produit une tige droite, un peu anguleuse , rougeâtre , haute de 60 à 100 centimètres, munie de feuilles ailées avec impaire, composées de 7 grandes folioles ovales, inégalement dentées, d’un vert foncé en dessus, blanchâtres en dessous ; la foliole terminale est plus grande que les autres, ordinairement trilobée, et chaque intervalle entre les autres grandes folioles est garni d’une petite foliole. Les fleurs sont blanches, très nombreuses, odorantes, disposées au sommet de la tige et des rameaux en une large panicule corymbiforme ; les divisions du calice sont réfléchies ; les styles sont allongés ; les carpelles sont glabres et contournés.

La racine d’ulmaire a été employée comme astringente, et les fleurs ont été recommandées en infusion théiforme , comme cordiales, sudorifiques et calmantes. M. Pagenstecher, pharmacien à Berne, en à retiré une essence qui a depuis été examinée par un grand nombre de chimistes. Cette essence, de même que beaucoup d’autres, est composée au moins de deux huiles volatiles, dont une est neutre et l'autre

284 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

acide. Celle-ci est très remarquable par ses rapports de composition avec la salicine et l'acide benzoïque ; on lui a donné le nom d'acide salicyleux, et sa composition, qui égale C'#H6Of, est exactement celle de l'acide benzoïque sublimé ; les sels qu’il forme avec les bases sont également isomériques avec les benzoates ; mais leurs propriétés sont bien différentes. On a aussi donné à cette huile acide de la reine des prés le nom d’Aydrure de salicyle, parce qu’on peut la considérer comme l’hydrure d’un radical nommé salicyle, qui égale C'#H50#; de même que l’essence d'amandes amères (C'4H60?) est considérée comme l’hydrure d’un radical nommé benzoyle (CH#H5O?). Maintenant, pour expliquer les rapports de l'essence acide d’ulmaire ou acide salicyleux avec la salicine, il faut se rappeler que M. Piria a obtenu ce même acide en traitant dans une cornue de la salicine par un mélange oxigénant composé de bichromate de potasse et d’acide sulfurique. Dans cette opération la salicine, qui égale CH? 07, gagne O et perd H!O11; il reste alors CH 1802? qui égale 3 fois C#H60f ou l'acide salicyleux.

Cusso d’Abyssinie.

L'arbre nommé cusso ou cousso, dont les fleurs sont très usitées en Abyssinie contre le ténia, a été décrit par Bruce sous le nom de bankesia abyssinica, et par Lamarck sous celui de hagenia abyssinica (/Ulust., pl. 311). Mais les caractères en ayant été énoncés d’une manière fautive, M. Kunth a pu croire, en 1824, lorsqu'il a examiné quelques fleurs de cusso rapportées de Constantinople par M. le docteur Brayer, sous les noms de cabotz et de cofz, avoir sous les yeux un végétal nouveau, et il lui a donné le nom de brayera anthelmintica. Peut-être encore faudrait-il décrire la fleur de cusso un peu différemment que ne l’a fait M. Kunth, sur la vue de quelques fleurs presque pulvérisées.

L'arbre est élevé de 20 mètres; le bois en est très mou et le tronc supporte une belle cyme de rameaux inclinés , dont les extrémités sont velues et marquées de cicatrices annulaires rapprochées , formées par la base des pétioles. Les feuilles sont amples, imparipinnées , ramassées vers l'extrémité des rameaux et supportées par un pétiole dilaté en gaîne; elles sont composées de 6 à 7 paires de folioles sessiles, lancéolées-aiguës, dentées en scie, longues de 55 centimètres, entremêlées d’autres folioles très petites et presque rondes, comme dans la plupart des plantes précédentes. Les fleurs sont très pelites et forment des panicules très amples, presque semblables pour l'aspect à celles de l’ulmaire. Ces fleurs sont accompagnées à la base de deux bractées qui cachent le tube du calice. Celui-ci est turbiné , très velu et se termine

ROSACÉES — SPIRÉACÉES. 285 par un limbe à 5 divisions écartées conune les rayons d’une étoile, oblongues, obtuses, glabres, veineuses-réticulées. Le tube du calice est rétréci par un anneau membraneux, portant une corolle à 5 pétales, alternes avec les divisions du calice et de forme spatulée. M. Kunth considère cette corolle comme un calice de second rang et admet une autre corolle insérée pareillement sur l’anneau membraneux, à 5 pétales minimes et linéaires que je n’ai pas aperçus et qui ne sont peut-être que des étamines transformées. Les étamines sont au nombre de 20 environ , insérées comme les pétales. Il y a 2 ovaires uniloculaires, libres au fond du calice, surmontés d’un style terminal. Le fruit n’a pas été décrit. On emploie les fleurs contre le ténia, à la dose de 12 à 15 grammes infusés dans 375 grammes d’eau, que l’on prend en deux fois, à une heure de distance. (Voyez Mémoires de l’Académie royale de médecine , t. IX, p. 689. — Bulletin de l'Académie royale de médecine ,t. XII, p. 690 et suiv.)

Écorce de Quillai sayvonneux,.

Cette écorce, telle que le commerce la présente, est en morceaux longs de 1 mètre environ, larges, plats, fibreux et cependant assez denses et pesants. Elle est noirâtre au dehors, blanche dans son intérieur et donne une poudre presque blanche. Elle est inodore, mais elle contient un principe d’une si grande âcreté qu’on ne peut la remuer, à portée de la figure, sans en éprouver des éternuments violents ; elle est donc très dangereuse à pulvériser. Elle paraît cependant presque insipide au premier moment, mais ensuite elle développe une âcreté considérable. Cette écorce, pulvérisée et mêlée à l’eau, la fait mousser fortement ei lui donne la propriété de dégraisser les étoffes. On en fait au Chili un commerce considérable. MM. Boutron et O. Henry l'ayant analysée, en ont retiré une matière grasse unie à de la chlorophylle, du sucre, etc., et une substance particulière très piquante, soluble à la fois dans l’eau et dans l'alcool, moussant beaucoup avec l’eau , enfin présentant les propriétés générales de la saponine et de la salseparine. (Journal de pharmacie, t. XIV, p. 247, ett. XIX, p. 4.)

L’écorce de quillai est fournie par un arbre du Chili dont les caractères ont été mal indiqués par Molina, mais ils ont été bien exposés par Ruiz et Pavon, dans leur Prodrome de la Flore du Pérou, sous le nom de smeymadermos (écorce savonneuse ), et ensuite par M. Endlicher, dans son Genera plantarum, sous le premier nom de quillaja. Cependant je ne crois pas superflu de les compléter, en donnant ici les caractères des feuilles et des fruits, tels qu’ils résultent d’un échantillon rapporté du Pérou, en 1848, par M. Auguste Delondre.

286 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Smegmadermos emarginatus R. P.; quillaja smeymadermos DC, Feuilles éparses, à peine pétiolées, ovales-arrondies , très entières , à bords repliés en dessous, un peu échancrées au sommet , fermes et consistantes, à peine marquées de nervures transversales, vertes et entièrement glabres sur les deux faces. Fruit composé de 5 capsules oblongues, un peu comprimées latéralement , arrondies à l'extrémité, verdâtres, un peu pubescentes, non ouvertes et probablement difficilement déhiscentes. Ces capsules sont écartées comme les 5 rayons d’une étoile , pourvues d’une suture ventrale devenue supérieure et occupant, sous la forme d’une arête, presque toute la longueur des capsules. Le calice qui a persisté tout entier, est à peine pubescent au dehors ; il présente 5 dents larges à la base, pointues à l'extrémité, épaisses , solides, droites et suivant, en se redressant un peu, la direction des capsules ; les bords seuls sont un peu réfléchis au dehors. Les capsules sont un peu soudées par la partie inférieure et ne peuvent être séparées sans déchirement. Lorsqu’elles sont enlevées, on apercoit entre elles et le calice 10 filets subulés, dont 5 prennent naissance sur les lobes mêmes du calice , à moitié de leur longueur et sur la ligne médiane ; les 5 autres sont insérés directement, ou sans support intermédiaire, presque sous le fruit , au fond du calice. Ce fruit, sans ses 10 filets persistants, se trouve très bien représenté dans le Prodrome de Ruiz et Pavon (fig. 31), et dans les Illustrations de Lamarck (pl. 774, quillaja, n° 1). Il a été récolté au mois de février 1848, par M. Auguste Delondre , sur l'arbre même qui fournit l'écorce de quillai.

Indépendamment de l'échantillon précédent, M. Delondre a rapporté les feuilles etles fruits d’un arbuste inconnu dont les feuilles ont Le goût de celles du laurier-cerise. Je pense , malgré de nombreux caractères différentiels , que cet arbuste peut bien être celui que Molina a si mal décrit sous le nom de qu'llaja saponaria , et que de Candolle a mentionné sous le nom de quillaja Molineæ. Je suis plus certain en disant que cette même espèce est celle dont le fruit se trouve figuré dans les illustrations de Lamarck (pl. 774, quillaja n°2). Mais, d'après M. Gaudichaud, cet arbre n’est autre chose que le Kageneckia obionga KR. P. En voici les caractères, tirés de l’échantillon donné par M. Delondre.

Feuilles rapprochées vers l’extrémité des rameaux , sessiles, ovales-oblongues ou obovées, quelquefois pointues, le plus souvent arrondies à l'extréimilé, rarement émarginées. Les feuilles sont denticulées , celles qui sont pointues plus que les autres , et leurs dents très aiguës et piquantes, leur donnent une grande ressemblance avec les feuilles du chêne vert, auxquelles Molina les a comparées ; elles sont glabres, fermes, épaisses, à nervures transversales peu marquées, mais cependant plus apparentes que dans la première espèce. Les fruits sont généralement très petits et à 5 parties; mais quelques uns sont aussi volumineux que ceux de la première espèce ; quelques uns aussi, tout en conservant un calice à 5 divisions, présentent 6 capsules. Les capsules sont rougeâtres , pubescentes et présentent une forme imparfaitement tétraédrique , que l’on peut comparer à celle d’un trochisque de pharmacie , la pointe du style occupant le sommet du trochisque. Ces pointes de styles , au lieu d’être très écartées comme dans le smegmadermos de Ruiz et Pavon , sont au contraire rapprochées du centre et quelquefois presque conniventes. Les capsules s’ouvrent par le sommet , et l'ouverture embrasse non seulement la suture interne , mais elle se prolonge du côté extérieur, jusqu’à

ROSACÉES — AMYGDALÉES. 9287

la base du trochisque ; les semences sont nombreuses, rougeâtres ; ailées, semblables à celles du smegmadermos.

Le calice est à 5 divisions rougeâtres, glabres, minces, striées longitudinalement, complétement réfléchies et roulées en dehors, ce qui permet d’apercevoir des pointes plus intérieures qui constituent une différence essentielle entre ce fruit et celui du smegmadermos. En enlevant avec soin les capsules , on trouve tout le fond du calice occupé par un disque membraneux très étalé, portant à sa circonférence 12 ou 15 pointes aplaties qui doivent être des filets d’étamines, dont l'insertion est ainsi très différente de celle du smegmadermos.

J'ai mentionné à la page 89 de ce volume la racine d’une plante spiréacée, (le gillenia trifoliata) qui est usitée dans l'Amérique septentrionale comme succédanée de l’ipécacuanha. Il est inutile d’y revenir ici.

TRIBU DES AMYGDALÉES.

Amandier commun (fig. 528).

Amygdalus communis L. Car. gén. : Calice à 5 divisions imbriquées ; corolle à 5 pétales élargis, échancrés au sommet ; étamines 15 à 30, à filaments libres filiformes, à anthères biloculaires, déhiscentes longitudinalement ; ovaire sessile, uniloculaire, surmonté d’un style terminal et d’un stigmate épais ; drupe coriace ou charnu, à noyau sillonné ou percé de trous. — Car.

spée. : Feuilles oblongues-lancéolées, finement dentées; fleurs solitaires ou géminées , paraissant avant les feuilles ; calice campanulé ; fruit pubescent, à chair fibreuse-sèche , à noyau uni, percé de petits trous.

L’amandier croît naturellement en Afrique ; on le cultive en Espagne, en Italie, dans le midi de la France et jusque dans la Touraine. Sous le climat de Paris, ses fleurs paraissent de très bonne heure, et il y porte rarement fruit. Ce fruit est un drupe dont le péricarpe, presque sec, s'ouvre en müûrissant ; le noyau renferme une semence qui est douce Ÿ ou amère : de là on distingue deux variétés principales d’amandier, l’une à fruit doux, l’autre à fruit amer.

On reconnaît encore plusieurs variétés d'amandes douces : les unes

Fig. 328.

Les RER =

288 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

sont à coques dures, presque rondes ou oblongues ; les autres, à coques tendres et fragiles ; celles-ci sont débitées dans le commerce avec leurs coques, et sont d’usage sur les tables ; les premières sont débarrassées de leur enveloppe ligneuse, et servent à la pharmacie et aux arts analogues. Elles viennent surtout d'Afrique et de nos départements méridionaux.

On doit choisir les amandes entières, bien nourries, sèches, blanches et cassantes : celles qui sont molles, pliantes et transparentes, sont altérées et doivent être rejetées. Il faut les garder dans un lieu sec et les cribler de temps à autre pour en séparer les miles, qui attaquent leur robe et la réduisent en poussière.

Les amandes douces servent à l'extraction de leur huile , et à faire des émulsions, des loochs , du sirop d’orgeat, etc.

M. Boullay a retiré de 100 grammes d'amandes douces : eau 3,5, pellicules extérieures contenant un: principe astringent 5 , huile 54, albumine jouissant de toutes les propriétés de l’albumine animale 24, sucre liquide 6, gomme 3, partie fibreuse 4, perte et acide acétique 0,5. Il a ainsi confirmé une idée de Proust, qui, assimilant l’émulsion des amandes au lait des animaux , avait dit : L'émulsion des amandes est un caséum uni à l'huile, avec un peu de sucre et de gomme. (Journ. de pharm., 1817, p. 337 et suiv.)

Les amandes amères, que l’on mêle en petite quantité aux premières , afin de donner une saveur plus agréable aux diverses préparations dont elles sont la base, ont quelques propriétés remarquables ; elles sont un poison très actif pour plusieurs animaux et notamment pour les oiseaux, et prises à haute dose elles ne laissent pas que d’être nuisibles à l’homme. On en retire par la distillation à l’eau une eau distillée chargée d’acide cyanhydrique, et rendue laiteuse par une huile plus pesante que l’eau , d’une saveur très àcre et très amère.

Ces deux principes , qui donnent aux amandes amères des propriétés si actives et délétères, n’y existent cependant pas tous formés ; puisque, en broyant les amandes sans eau, on en extrait abondamment, et pour les besoins du commerce, une huile fixe aussi douce et aussi inodore que celle retirée des amandes douces; et qu’on peut également les chauffer sans eau , presque jusqu’à les rôtir, sans en dégager aucune odeur. L'huile volatile et l’acide cyanhydrique , qu’on extrait des amandes amères par la distillation aqueuse, sont donc dus à la réaction de l’eau sur quelques uns de leurs principes. Ce fait, que j'ai énoncé le premier, a été mis hors de doute par MM. Robiquet et Boutron : ces deux chimistes ont montré que, lorsque le marc d'amandes amères , épuisé d'huile douce, est traité par l’alcool, l’eau ne peut plus ensuite y développer d’odeur prussique , et n’en extrait qu'une matière azotée,

ROSACÉES — AMYGDALÉES. 289 soluble, analogue à l’albumine et à la caséine , sans être cependant identique avec elles et qui a reçu depuis le nom d’émulsine ( Liébig) ou de synaptase (Robiquet). Quant à la teinture alcoolique, on peut en extraire (rois principes qui sont : 4° une résine jaunâtre, liquide, d’une saveur âcre ; 2° du sucre incristallisable ; 3° une matière blanche, cristallisable, azotée, nommée amyqgdaline. C’est ce dernier corps qui, par la réaction de l’émulsine , agissant sur lui à la manière d’un ferment, et avec l’intermède de l’eau, se convertit en acide cyanhydrique et en essence d'amandes amères ; mais il se produit en outre du sucre de

“raisin ou glucose, ainsi que le montre, soit l’équation donnée par Wæbhler et Liébig, rapportée dans ma Pharmacopée raisonnée (p. 170), soit l’équation, plus simple, proposée par M. Gerhardt, et que voici :

Éléments. Produits, Amygdaline, . . C*° H?7 O** 4z Acide cyanhydrique. C2? H Az 4HO H4, 104 Ess. d’am. amères. . C'*H5 O0:

Glucose. . ., , , . . C?*H?* O0?

Somme. . . C*° H31 (?5 Az C0 H3i 026 az

Voir, pour les réactions relatives à l’essence d'amandes amères et pour sa préparation, la PAarmacopée raisonnée, p. 169-171.

Pêcher ; amyqdalus persica L. ; persica vulgaris Mill. Cet arbre ne diffère guère des amandiers que par son fruit à chair succulente et savoureuse et par son noyau marqué de sillons plus profonds. Il est originaire de Perse, comme l'indique son nom. Il exige beaucoup de soin pour sa culture, et une belle exposition. Ses feuilles sont étroites , lancéolées, pointues, amères, purgatives, et ont une odeur d'amande amère ; ses fleurs sont solitaires, d’un rouge incarnat très agréable, légèrement odo'antes, et d’un goût semblable d’amande amère. Ses fruits, recouverts d’une peau veloutée et parés des plus vives couleurs par les ravons du soleil, tiennent leur rang parmi les plus beaux et les meilleurs de nos climats. Leur amande contient les éléments de l’acide cyanhydrique, de même que celle de l’amandier amer ; et la boîte osseuse qui la renferme, imprégnée de la même odeur, sert à faire une liqueur de table très agréable.

Les fleurs de pêcher sont employées comme purgatives , et servent à faire le sirop qui porte leur nom.

Abricotier; Grmentaca vulgaris Lam. ; prunus armentaca L. Cet arbre , originaire de l'Arménie, est depuis longtemps cultivé dans toute l’Europe. Il diffère des pruniers, auxquels Linné l'avait réuni, par ses feuilles cordiformes, larges, longuement pétiolées et pendantes ; par ses fleurs teintes à l'extérieur d'un rouge rosé ; par ses fruits presque sessiles, et contenant un noyau lisse, arrondi , pourvu de deux sutures

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