FAMILLE DES LÉGUMINEUSES
Cette famille est une des plus nombreuses du règne végétal, et la plus importante peut-être par le grand nombre de substances qu’elle fournit à la matière médicale, à l’économie domestique et aux arts; elle présente des feuilles alternes, stipulées, composées, très souvent pinnées; des fleurs le plus souvent irrégulières, mais souvent aussi régulières ou presque régulières ; un calice libre ; une corolle polypétale, insérée sur le calice ; des pétales en nombre égal aux lobes du calice, ou en nombre moindre par avortement, manquant quelquefois tout à fait, alors la fleur n’a pas de corolle; les étamines sont en nombre double des divisions du calice, quelquefois en nombre moindre , ou bien indéfinies ; l'ovaire est libre, plus ou moins stipité, simple, surmonté d'un seul style et d’un stigmate non divisé. Le fruit est une gousse ou un légume, quelquefois conformé en capsule ou en drupe monosperme et indéhiscent ; le plus souvent allongé, bivalve, portant des graines fixées à un trophosperme qui suit la suture interne. L’embryon est dépourvu d’endosperme et muni d’une radicule droite ou recourbée.
La famille des légumineuses, en raison des différences qu’elle présente , quant à la régularité ou à l'irrégularité de la corolle, au nombre et à la disposition des étamines, et à la forme du fruit, a été divisée en sous-ordres, dont plusieurs botanistes forment autant de familles distinctes, et qui sont :
4re sous-famille, PAPILLONACÉES. Feuilles alternes, imparipinnées, très souvent trifoliées ; fleurs complètes, irrégulières ; calice gamosépale, irrégulier, à 5 divisions ; corolle à 5 pétales inégaux, le supérieur plus ou moins large et relevé, nommé éfendard ; deux latéraux, de grandeur moyenne, égaux entre eux, nommés ailes ; deux inférieurs , souvent soudés et imitant par leur courbure la carène d’un vaisseau , ce qui leur en a fait donner le nom. Au total, la fleur développée a été comparée à un papillon volant, et a été cause du nom imposé à la famille par Tournefort et d’autres botanistes. Les étamines sont au nombre de 10 , insérées sur le calice , tantôt entièrement libres (décandrie L.), d’autres fois toutes réunies en un tube entier ou fendu d’un côté (monadelphie L.), le plus souvent présentant une étamine libre , les autres étant soudées en une gaîne ( diadelphie L. ) ; très rarement partagées en deux faisceaux égaux et alors véritablement diadelphes ; toujours.libres par les anthères.
296 DIGOTYLEDONES CALICIFLORES.
L'ovaire est simple, formé d’une feuille unique opposée à la foliole antérieure du calice, repliée longitudinalement et soudée par les bords, rarement repliée en dedans. Les ovules sont le plus souvent fixés en certain rombre et sur deux séries à la suture qui regarde l’étendard ; rarement sont-ils solitaires ou sous-solitaires. Le fruit est un légume longitudinalement bivalve, uniloculaire ou devenu biloculaire par l'introflexion des marges (genre astragalus); ou bien souvent partagé en plusieurs chambres par des rétrécissements transversaux placés dans l’intervalle des semences ; rarement indéhiscent et monosperme. Les semences sont pourvues d’un test mince et uni et d’un endoplèvre membraneux, quelquefois épaissi ; le périsperme est nul ou peu apparent ; les cotylédons sont plus ou moins épais; la radicule est recourbée.
Cette sous-famille comprend six tribus dont je vais exposer les caractères ct les principales espèces utiles à l’homme ou aux animaux ; ce tableau , étendu à toutes les légumineuses, et qui donnera une idée des ressources que nous procure cette grande famille, me permettra ensuite de me restreindre à la description des espèces particulièrement appliquées à l’art de guérir.
Are tribu, LOTÉES. 10 étamines monadelphes ou diadelphes ; légume bivalve continu ; cotylédons foliacés ; feuilles le plus souvent imparipinnées.
Lupin blanc. ............ Lupinus albus.
Arachide ou pistache de terre. . . . Arachis hypogæa. Bugrane ou arrête-bœuf, . . . . . . Ononis spinosa. Ajonc ou genêt épineux. . . . . . - Ulex europœus. Genêt d'Espagne . . . . . . . . . . Spartium junceum L.
Autre genêt d'Espagne . . . . . . . (Genista hispanica. Gerèt herbacé. "2. 00, .=""sagiials.
— des teintariers ou genestrolle. . -- tinctoria. =Hpurgatif. . ... .. 4... — purgans.
__ commun ou genêt à balai, . . . Cytisus scoparius Fink. Cytise des Alpes. . ......... — alpinus.
— aubours ou faux-ébénier. . . . . — laburnum. Anthyllide vulnéraire. . . . . . . . Anthyllis vulneraria }.. Luzerne cultivée. . . . ....... Medicago sativa.
=ciéntathrer, PMU ON,8, M Varborén.
Fenugrec . . . ........... Trigonella fœnum-græcum. Lotier odorant. . . . # . . . . . . . -— cœrülea.
Mélilot officinal . . . ........ Melilotus officinalis. Trèfle cultivé... . ... ....... Trifol um pratense.
— des Alpes, réglisse des Alpes. . — alp num.
Lotier comestible. . ........ Lotus eduls.
Psoralicr landuleux.. . . . . . . . Psoralea clandulosa.
Psoralier tubéreux , picquotiane. .
Indigotier sauvage. .
-- de Guatimala. ..,... ....
— anil. .
OHMEAIS. - à, TUE Porn.
Réglisse glabre — à gousses épineuses , « « . +» »
Galega officinal , rue de chèvre. . .
Faux séné d'Egypte. . . .. ph LR Séné de Popayanmboliéns tata Robinier faux-acacia. . . . . . , . .
— à fleurs roses. . .
— vISqueux .
Caconnier, bois de Saint-Martin. .
Panacoco , bois de perdrix . . . . .
Baguenaudier .
Astragale sans tige. . . . . . . . . .
22780 02 lee ones
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— de Marseille. . . . .. CETTE Fe AUTRE RER RES RE — gummifère de Labillardière. , .
MS INT AT OS Lai huiles bore s tove
— fausse réglisse . . . . .. ....
Psoralea esculenta.
Indigofera argentea.
— disperma.
— anil.
— tincloria.
Glycyrrhiza glabra.
— echinala.
Galega officinalis.
Tephrosia appollinea.
— senna H. B.
Robinia pseudo-acacia.
— hispida.
— viscosa.
—- rubiginosa ?
— panacoco Aubl.
Colutea arborescens.
Astragalus exscapus.
— massiliensis Lam.
— crelicus.
— gummifer Labill.
— verus Olivier.
— glycyphyllos.
2° tribu, VICIÉES. 10 étamines diadelphes ; légume bivalve, continu; cotylédons charnus; germination hypogée ; feuilles souvent brusquement pinnées, le pétiole commun s’allongeant en une soie ou une
vrille.
Pois chiche Minh suminnE —" cultivé Ju A mio noel ble ie
Hentnien sense ARPAUD rpm RemeÉ ESS £ IVESCORNE te e SUE ee Fe Fève des marais. . .........
Gesse cultivée, pois carré. . . , ..
— tubéreuse. . . .. :
-— odorante, pois de senteur. . ., Orobe 5 it
bel eee te
sn e) 4 diet y
Cicer arietinum.
Pisum sativum.
— arvense.
Ervum lens.
— ervilia.
Vicia sativa.
Faba vulgaris DC, Lathyrus sativus.
— tuberosus.
— odoratus.
Orobus vernus.
3° tribu, HÉDYSARÉES. 10 élamines monadelphes ou diadelphes ;
légume se séparant transversalement en articulations monospermes ; cotylédons foliacés ; feuilles unifoliées , trifoliées ou imparipinnées, très souvent accompagnées de stipelles.
Bois de grenadille de Cuba . . . ..
Sainfoin cultivé. . ..
Aléet a id fnanné : . 2. NUS
Brya ebenus DC.
Onobrych's sativa Lam.
Al aji maurorum.
298 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Le tribu, PHASÉOLÉES. 10 étamines monadelphes ; légume bivalve, continu , ou marqué d’étranglements, mais non articulé ; cotylédons épais ; germination hypogée ou épigée ; feuilles ordinairement trifoliées,
très souvent stipellées.
Gros pois pouilleux, œil de bour- MIQUES : ee sus.s ee » ea en ee Petit pois pouilleux , pois à gratter.
Arbre au corail, bois immortel d’A- MÉFIQUE : 2.080088 SRE QOER:
Érythrine de Inde. . ... jassus
Mucuna urens DC.
Stizolobium pruriens.
Erythrina cor allodendron.
— indica.
Mo.de l'Inde. ... . 0e.
Glycine à fleurs bleues. . . . . . . .
Glycine tubéreuse ou apios. : . ..
Haricot vulgaire." . HR 9eme.
Lablab ou haricot d'Egypte. . . . .
Pois d’Angole, pois cajan. . . . . .
— à chapelet ou réglisse d'Amérique.
Butea frondosa.
Wisteria scandens.
Apios tuberosa.
Phaseolus vulgaris.
Lablab vulgaris. Cajanus flavus DC.
Abrus precatorius.
5° tribu, DALBERGIÉES. 8 à 10 étamines monadelphes ou diadelphes ; légume mono- ou disperme, indéhiscent ; cotylédons charnus ; radicule recourbée ; feuilles imparipinnées , et à folioles souvent alternes ; rarement unifoliolées.
Santal rouge des Moluques . . . . . Pterocanpus indicus.
— — de lPInde. ...... — santalinus.
— — des Antilles. . . . .. lovyus Sangdragon des Antilles . . . . . . | è Kino de l'Inde. . . . .. sein Pterocarpus marsupium.
Moulouchia suberosa Aubl.
Nissolia Jacq.
Dalbergia.
Bois chatousieux. . . . .
6° tribu, GEOFFRÉES. Étamines monadelphes ou diadelphes ; légume drupacé et monosperme ; cotylédons charnus; radicule droite ; feuilles imparipinnées , à folioles opposées, pétiolulées, stipellées.
Angelin du Brésil. . . . Andira rosea Mart.
—"delCayenne.. . . 0700 #40z
Le js — racemosa.
Vouacapou ou bois d’épi de blé... .
Geoffrée de la Jamaïque. . . . . .. — inermis. “deMurinam: spmiisloiise ge — relusa.
Fève TER ES EE PE + + | pipteriæ odorata.
Bois de Conmarou. . . - . . . . .
7° tribu, SOPHORÉES. Corolle papillonacée ; 8 à 10 étamines libres ; légume indéhiscent ou bivalve ; cotylédons foliacés ; feuilles imparipinnées ou unifoliées,
Baume du Pérou vrai, ....,.. Myrospermum perniferum P
en DOS sn one al oder dr
NL... ... — frutescens ?
Bois puant. . . .. eee ... Anagyris fœtida.
Petit panacoco de Cayenne. . . . . Ormosia coccinea. Écorce d’alcornoque. . . . . .... Bowdichia virgilioides.
Gainier de Judée . . . . . ..... Cercis siliquastrum.
9e sous-famille, CÆSALPINIÉES ou CASSIÉES. Fleurs sous papil: lonacées ou presque régulières ; sépales et pétales imbriqués avant leur épanouissement; corolle et étamines périgynes ; 10 étamines ou moins, libres ; légume allongé , le plus souvent sec et bivalve ; cotylédons rarement charnus ; embryon droit et à plumule développée ; feuilles pinnées ou bipinnées , avec ou sans impaire; rarement simples.
Févier à 3 épines. . .,.,...... (Gleditschia triacanthos. Ebène noire du Brésil. . . ..... Melanozylon brauna.
Bondue! !} AUINTISNDES 472 ... Guilandina bonduc. Bois de Fernambouc. . . .. . ... Cæsalpinia echinata. — de Sainte-Marthe. . . ...... — brasiliensis ? — de Sappan.. . . .. RONOENE à SANpaR Libidibi , ouatta-pana. . . . . . . . — coriaria. Poincillade élégante. . . . ..... Poinciana pulcherrima. Bois de Campèche. ......... Hæmatozylon campechianum. ne. UC D'LCOS .... Tamarindus indica. Casse officinale. . . .. . ... ... Cassia fistula. = du Brésil... na 0 — brasiliana.
Séné de la Palte. . . ... +. — acutifolia.
— de Biz .. . ..... 02m, — œthiopica.
— de Plnde . . . . 9: ADR :
nl © CU er EM PME LP j- prie — obtus, séné d'Alep Ano 03300 A à — du Sénégal. . ) FA ous:
u 2 Pi DE ARE LE CA 54 — du Maryland... .... .... — marylandica.
Racine de Fédégose, .. . : :.. . — occidentalis. Chichim d'Egypte. . ........ — absus.
Bois d'aloës vrai. "#37 MER ENS Aloëxylum verum. — à En LES de la Martinique , . Bauhinia porrecta. Courbaril. Se; EL CE %.
Résine animé Po Dora Aya our — — orientale ou copal dur . . . . — verrucosa. Copahu officinal . . . . .. ..... Copahifera officinalis.
3° sous-famille , MORINGÉES. (Les caractères en seront donnés plus loin. )
Noix de Ben.......,..... Moringa aptera,
300 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
h° sous-famille, SWARTZIÉES. Fleurs hermaphrodites, un peu irrégulières , disposées en grappes ; sépales du calice soudés avant l’épanouissement en un bouton globuleux, s’ouvrant ensuite en 4 ou 5 lobes valvaires ; pétales hypogynes, presque réguliers, très souvent réduits à 3 ou à 4, quelquefois nuls ; étamines hypogynes , au nombre de 9 ou 10 ou davantage , libres; légume bivalve ; semences peu nombreuses ou solitaires, nues ou pourvues d’un arille charnu ; cotylédons épais ; radicule courte, recourbée,.
Boïside Camaret. Gt. :.peters .. Baphia nitida, — de Pagaie blanc... . . . .. ... Swartzia tomentosa ?
he sous-famille, MIMOSÉES. Fleurs très régulières, le plus souvent polygames, à 4 ou 5 sépales valvaires, égaux, souvent soudés par la base en un calice à 4 ou 5 dents; 4 ou 5 pétales égaux, valvaires, le plus souvent hypogynes, tantôt libres, tantôt plus ou moins soudés ; étamines hypogynes, libres ou monadelphes, ordinairement très nombreuses ; embryon droit, à plumule indiscernable.
Condori à semences rouges . . . . . Adenanthera pavonina. Algarobo du Chili. . . .. ..... Prosopis siliquastrum. Acacie à grandes gousses . . . . . . ÆEntada gigalobium. ie imosa pudica.
Sensitives. . . . . 44e mubiiiena À — viva
des sensitiva.
Alroroxilla.… . . .. . SahiE ... Inga Marthe, Inpa'a fruits doux . . . Sdmss . — vera.
Bois DoureOn1. . . - . -NPIe ID. — Burgoni.
Tendre à caillou de rivière. . . . . . -— quadalupensis. Darade race du Re ee ee — sassa.
SP Pithecollobium avaremotem oMart.
Barbatimän Î....... nets. Mimosa cochliocarpus Gom. Bachatntotis 2 no erreurs, Stryphnodendron barbatimao Ma 11.
Acacia adstringens Reise.
Anricotdebrésil : 2. .# ... Acacia angico Mar. Tendre à caillou bâtard... . . .... — scleroæyla Tuss. — — de la Guadeloupe. . . . .. . — quadrangularis. Aoaeie an'cathou. . . . - . . .. . . — catechu. RP. à os «+ « 0 — senegal W.
PEAR ee = + «© + ONE. — seyal.
= "du NE Si Vo. eus # Bablah d'Égypte. . ......... | Pr :
Gommier de l'Inde... . ..... -.) Disbabakde Pine es. 1... — arabica.
Bablab-de Linde 2292252 | Gommier de Barbarie. . ...... — qummifera.
Dablaï du Sénégal NE, — Adansont.
Acacia de Farnése. ..... . . , .n, | à
Peur de éassie . . : .. . . - Pie k Li ge Bahbabolh.. . . .: 7, | Hiarhaia farnesiana Wight et Arn. Brdée LébDek. . : ORNE TEE DUT:
Bois néphrétique. . . .. . ..... Acacia scandens Willd. ?
Gommier de la Nouxelle-Hollande. — decurrens W,
Il suffit d’avoir jeté les yeux sur cette nomenclature encore bien incomp'èle, pour voir quel nombre et quelle variété de plantes, de parties de plantes ou de produits, la famille des légumineuses fournit à la vie domestique, aux arts et à la pharmacie ; mais comme il est plus important peut-être pour nous de connaître ces parties ou produits, dont la plupart sont exotiques, que les végétaux qui les fournissent, dans la description que je vais en faire, je les rangerai plutôt d’après leur similitude de nature et de propriétés que suivant l’ordre botanique. Je décrirai donc successivement les racines , les écorces, les bois, les feuilles ou fleurs, les fruits, les sucs astringents, les gommes, les résines , les baumes et l’indigo.
Racine de Bugrane ou d’Arrête-Bœuf,
Ononis spinosa Willd., tribu des lotées. Cette plante ligneuse et vivace croît dans les champs et le long des chemins; elle pousse des tiges hautes de 50 à 65 centimètres, très ramifiées, pliantes, rougeâtres et velues; les rameaux se terminent ordinairement en une longue épine. Ses feuilles inférieures sont ternées , et les supérieures simples; elles sont ovées-lancéolées, dentées, d’un vert foncé, velues, gluantes et d’une odeur désagréable, Ses fleurs sont axillaires et souvent géminées, purpurines ou incarnates, rarement blanches, pourvues d’un étendard ample, relevé, agréablement rayé ; les étamines sont monadelphes, mais la dixième est quelquefois à demi séparée. Les racines sont longues de 65 centimètres, grosses comme le doigt ou moins, ligneuses , flexibles et difficiles à rompre. Elles arrêtent souvent la charrue du laboureur, ce qui a valu à la plante son nom. Cette racine sèche est d’un gris foncé à l'extérieur, blanche en dedans, et offre une cassure rayonnée : elle a une saveur douce qui a quelque analogie avec celle de la réglisse, mais qui est bien moins marquée; son odeur est faible et désagréable. On prétend qu’on a tenté quelquefois de la mêler à la salsepareiïlle ; il faut avoir bien compté sur le peu d'attention de l'acheteur, car rien n’est si facile à distinguer que ces deux racines.
La racine d’arrête-bœuf est regardée comme apéritive. On emploie indifféremment avec elle les racines des ononts antiquorum , altissima et r'epens, espèces très voisines , souvent confondues avec la première.
302 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Racine de Réglisse officinale (Mg. 550).
Glycyrrhiza glabra X., tribu des lotées. Cette plante croît naturellenent dans le midi de l’Europe et est cultivée dans nos jardins ; ses tiges sont hautes de 400 à 450 centimètres ; ses feuilles sont privées de stipules, à 6 ou 7 paires de folioles avec impaire, glabres et un peu visqueuses ; ses fleurs sont pelites, rougeâtres, papillonacées , portées sur des épis axillaires, pédonculés, lâches et allongés ; le calice est tubuleux, bilabié ; la carène est formée de 2 pétales distincts ; le légume est ovale, comprimé, glabre, à 3 ou A graines ; sa racine, qui est plutôt une tige souterraine pourvue’ d’un canal médullaire, est longue de 1 à 2 mètres, traçante, cylindrique, lisse, de la grosseur du doigt. Elle est brune au dehors, jaune en dedans, d’une saveur sucrée, mêléed’une certaine âcreté. La réglisse qu’on nous apporte sèche de la Sicile et de l'Espagne est plus sucrée que celle des environs de Paris. Il faut la choisir d’un beau jaune à l’intérieur, ce qui est un indice certain qu’elle n’a pas été avariée ; car souvent elle est plus ou moins rousse, et d’un goût âcre fort désagréable.
Nous devons à Robiquet l'analyse de la racine de réglisse. Il y a trouvé : 1° de l’amidon ; 2° une matière azotée , coagulable par la chaleur (albumine?) ; 3° du ligneux ; 4° des phosphates et malates de chaux et de magnésie; 5° une huile résineuse, brune et épaisse, à laquelle la réglisse doit son âcreté ; 6° un principe particulier, non cristallisable, d’une saveur sucrée, nommée glycyrrhizine , soluble également dans l’eau et dans l'alcool, qui diffère du sucre parce qu'il n’est pas susceptible d’éprouver la fermentation alcoolique , qu’il ne
Fig. 330.
donne pas d'acide oxalique par l'acide nitrique , enfin parce qu’il forme avec les acides des composés peu solubles dans l’eau. C’est même à l’état de combinaison avec l'acide acétique que Robiquet a connu la glycyrhizine, et c’est Berzélius qui a donné le procédé pour l'obtenir pure ; 7° Robiquet a retiré de la racine de réglisse un principe cristallisable , azoté , soluble dans l’eau, qui a porté le nom d’agédoite jusqu’à ce que Plisson eût constaté son identité avec l’asparagine.
C'est avec la racine du glycyrrhiza glabra que l’on prépare, en Italie et en Espagne, le suc de réglisse du commerce. Nous employons la racine en nature pour sucrer les tisanes; alors il faut observer de ne la traiter que par l’eau froide ou tout au plus tiède, car le principe âcre, qu'il convient d'éviter, est insoluble par lui-même dans l’eau; il ne s’v dissout en partie qu’à la faveur des autres principes, et s’y dissout d'autant plus que la température est plus élevée.
Réglisse de Russie. Cette racine, que l’on trouve maintenant facilement dans le commerce , est de forme pivotante, mondée de son épiderme , moins grosse que le bras, fibreuse, jaunâtre, un peu moins Fig. 331.
sucrée que la réglisse commune. La
plante qui produit cette racine EAN NN Le (fig. 331) est en effet originaire Y De
de l'Orient et est la réglisse décrite HR par Dioscoride , glycyrrhiza echi- À À NE.
nata L. Elle diffère de la précédente \ | ÿ 1 par sa racine pivotante el volumi- Les | k d
neuse , par sa tige haute de 1",30 à à LE 2 mètres, par ses feuilles munies de stipules, ses fleurs rassemblées en tête, ses fruits ovales tout hérissés de poils épineux et ne contenant que 2 semences. Un auteur moderne a prétendu que cette plante servait à l'extraction du suc de réglisse de Calabre ; mais anciennement Matthiole, et beaucoup plus récemment M. Tenore, s'accordent à dire que le suc de réglisse de Calabre est extrait du glycyrrhiza glabra. Cette plante est également la seule que M. Richard ait vu cultiver en Sicile.
On emploie dans l’Indostan et dans les Antilles, comme succédanées
304 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
de Ja réglisse, la racine et les feuilles de l’abrus precatorius, qui doivent leur saveur sucrée à la glycyrrhizine. Les semences de cet arbuste sont presque sphériques , de la grosseur-de petits pois, lisses, d’une belle couleur rouge, avec une tache noire autour du hile ; on en forme des chapelets et des objets d'ornement.
En Europe on donne le nom de fausse réglisse à l'astragalus glycyphyllos, plutôt, comme lindique son nom , à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles de la réglisse, que par l’usage que l’on peut faire de sa racine. On a conseillé comme antisyphilitique la racine d'une autre espèce d’astragale, qui est l’astragalus exscapus L.
Suc de Réglisse,
Le suc de réglisse provient de la racine du glycyrrhiza glabra. On le prépare surtout en Italie, dans la Calabre, et en Espagne. Pour cela on fait bouillir plusieurs fois la racine, on l’exprime fortement , et on fait évaporer la liqueur dans une chaudière de cuivre. Lorsque l’extrait est cuit , on l’enlève avec des spatules de fer, et on en forme des bâtons longs de 12 à 15 centimètres, épais de 1,5 à 2, presque toujours aplatis à une extrémité par l'empreinte d’un cachet. Cet extrait contient tous les principes solubles de la racine, y compris l’amidon, et souvent des parcelles de cuivre métallique, enlevées à la chaudière par le choc des spatules. On Je falsifie avec d’autres extraits sucrés , de la fécule ou des substances farineuses, et cette falsification , que j'ai longtemps citée sans l'avoir rencontrée, a recommencé il y a quelques années et est aujourd'hui assez commune. Je citerai entre autres un suc de réglisse fabriqué dans un canton d’Indre-et-Loire, qui, bien préparé, eût pu rivaliser avec celui d'Italie, et qu'une falsification blâmable a bientôt décrié dans le commerce. Voici d’ailleurs les caractères du bon suc de réglisse. Il est noir et luisant, souvent déformé par l’aplatissement des bâtons; cassant lorsqu'il est conservé dans un lieu sec, mais devenant mou et pliant dans un lieu humide ; il a une cassure noire, nette et brillante, et une saveur sucrée, accompagnée d’une légère âcreté ; suspendu dans un vase, au milieu de l’eau , il forme une dissolution sirupeuse et pesante, transparente et d’un brun foncé, qui tombe au fond du liquide, sans le troubler, et il laisse pour résidu une masse terne et grisâtre, qui conserve la forme et presque le volume des morceaux primitifs. On pourrait prendre d’abord ce résidu si abondant pour de l’amidon; il en contient en effet et il bleuit par l'iode ; mais il ne présente aucun granule d’amidon au FHLTENTNSE ; il est très doux au toucher, disparaît sous la friction des doigts, s’épuise très lentement par l’eau et donne longtemps des dissolutions sucrées, parce
LÉGUMINEUSES. 305 qu'il est en effet formé, en grande partie, de glycyrrhizine devenue insoluble par sa combinaison avec l'acide acétique développé pendant la préparation de l'extrait.
Le suc de réglisse falsifié, et j'en ai vu plusieurs qui offraient ces caractères , est en bâtons cylindriques, d’un noir brun , à cassure terne et comme finement granuleuse; il a une saveur épre et peu sucrée; suspendu dans l’eau, 2 s'y délaie, donne lieu à une dissolution trouble, et le résidu, au lieu de conserver la forme des morceaux, forme au fond du vase un précipité en partie blanchâtre et en partie brun. Ce précipité est promptement épuisé par l’eau , et si alors on le soumet au microscope , on y découvre une grande quantité de granules de fécule de pomme de terre. Ce précipité desséché formait 32 pour 100 du suc de réglisse falsifié du département d’Indre-et-Loire.
Écorce d’Alcornôque.
Cette écorce a été apportée pour la première fois de l'Amérique en Espagne, par don Joaquin Jove, en 1804; elle ne l’a été en France qu’en 1812, par M. Poudenx, médecin. On a pendant quelques années été réduit à former des conjectures sur l'arbre qui la produit. D’un côté, Virey s'était efforcé de prouver que c'était le quercus suber pris dans sa jeunesse , et avant qu’il eût donné de liége; d’un autre, M. Poudenx assurait que c'était un arbre analogue aux Guttiers; enfin le célèbre Humboldt est venu nous apprendre qu’elle provenait du bowdichia virgilioides, arbre de la famille des légumineuses et de la tribu des cassiées, qui croît dans l'Amérique méridionale, vers l’embouchure de l’Orénoque, où on le nomme @/cornoco. L’écorce de la racine paraît devoir être préférée à celle du tronc. Elle est épaisse et formée de deux parties distinctes : 1° d’une partie extérieure ordinairement raclée et mondée au couteau, épaisse néanmoins de 5 millimètres, rougeâtre, d’une cassure grenue , d’une saveur astringente un peu amère; 2° d’une partie interne ou liber, jaune, mince, fibreuse, d’une saveur amère, et colorant la salive en jaune. L’écorce d’alcornoque à d’abord été annoncée comme un spécifique de la phthisie pulmonaire; on a proposé ensuite d’en isoler le liber, et de l’employer comme succédané de l’ipécacuanha ; elle n’a soutenu ni l’une ni l’autre épreuve; et, comme cela n’arrive que trop souvent, celle est passée d’une annonce fastueuse à un oubli trop complet.
Alcornoque du Brésil, Cette écorce, qui paraît semblable à la précédente, est produite par le bowdichia major Mart. (schipira-quaçu de Pison, Zras., p. 78), arbre dont le bois très dur et très tenace sert
306 DICOTYLÉDONES GALICIFLORES.
à faire des axes de presses et de roues de moulins. L’écorce est usitée au Brésil contre les douleurs rhumatismales, les tumeurs arthritiques , la syphilis, l'hydropisie , etc.
Écorce de Barbatimào.
Ce nom est donné, au Brésil, aux écorces astringentes de plusieurs arbres appartenant aux genres #72m0s4a, acacia où inga, de la tribu des mimosées. M. Martius en mentionne quatre :
4° Acacia angico Mart. ; angico des Brésiliens.
2 Acacia jurema Mart. ; jurema des Brésiliens.
3° Phathecollobium avaremotemo Mart. ; abaremo - (emo de Pison (Bras., p. 77); mimosa cochliocarpos Gom.; tnga avaremotemo Endlicher.
L° Sfryphnodendron barbatimäo Mart.; acacia adstringens Reise ; inga barbatimäo Endlicher.
Les bois de ces arbres, très durs, rougeâtres, avec des veines concentriques noirâtres irrégulières, se trouvent dans le commerce et sont usités dans l’ébénisterie sous les noms d’angica ou d’inzica. Quant aux écorces, on en trouve deux dans le commerce. L’une m’a été envoyée anciennement par M. Théodore Martius, comme étant celle du mimosa cochliocarpos Gom. Elle est en morceaux longs de 12 à 25 centimètres, larges de 4 à 5,5 centimètres, mondés de leur croûte extérieure. Elle est torlueuse, mince, aplatie, d’une texture fibreuse entremélée, et néanmoins dure et pesante par l'abondance du suc desséché qu’elle renferme. Elle est d’un rouge brunâtre dans toutes ses parties, offrant sur sa surface beaucoup de fibres courtes et de petites larmes jaunes et transparentes d’une exsudation gommeuse. Elle a une saveur très astringente et amère.
Cette même écorce, trouvée dans le commerce, est en partie pourvue de sa croûte extérieure | périderme), qui est épaisse, brune, très dure, profondément crevassée, couverte d’un enduit blanc, crétacé, et offrant ce beau lichen à bords d’un rouge de carmin (hypocnus rubro-cinctus), que l’on observe sur plusieurs quinquinas à suc rouge. L’écorce elle-même est tantôt mince, plate et fibreuse, comme la précédente, tantôt épaisse de plusieurs millimètres, roulée, d’un rouge foncé, très dure et très compacte. La coupe de l'écorce, opérée à l’aide d’une scie fine, est d’un rouge brun, dure et polie, à l'exception d’un cercle intérieur fibreux.
Je pense que c’est celte espèce de barbatimäo qui se trouve représentée dans le Pharm. waarenkunde de Exn. Schenk, vol. IT, tab. 1, fig. 4 à 4. |
2 Je possède une autre écorce de barbatimâo qui présente tous les caractères extérieurs de la précédente, mais dont la surface interne est unie, lisse et dépourvue de fibres, et la saveur faiblement astringente, non amère, et pourvue d’une certaine âcreté. Cette écorce, malgré sa grande ressemblance avec la première, est certainement d’espèce différente.
3° Une troisième espèce de barbatimäo , que l’on trouve assez facilement dans le commerce, a été rapportée du Brésil par Guillemin, avec l'indication qu’elle provient de la province de Saint-Paul et qu’elle est produite par l’acacia adstringens. J'en ai recu pareillement un autre échantillon, de la part du docteur Ambrosioni de Fernambouc , sous les noms de barbatimäo de minas, stryphnodendron barbatimo. Cette origine, qui s’accorde avec la précédente, me paraît en assurer l'exactitude.
Cette écorce est souvent roulée, épaisse de 4 à 6 millimètres, couverte d’une croûte grise foncée, très rugueuse et même tuberculeuse ; le liber est dur, compacte, fibreux à l’intérieur, et sa coupe, opérée à l’aide d’une scie fine, est aussi dure et aussi compacte que celle de la première sorte. Mais sa couleur est moins rouge et sa surface intérieure présente des fibres longitudinales grossières, blanchâtres , pouvant s’enlever sous forme de lames. La saveur de cette écorce est astringente et fortement amère,
L° Eufin, je possède une dernière espèce de barbatimäo , représentée dans l'ouvrage cité plus haut (vol. II, tab. 30, fig. 6 à 11). Cette écorce est régulièrement cintrée, couverte d’un périderme gris ou gris rougeâtre, profondément crevassé. Le liber est composé de fibres droites, très fines et serrées, et d’une teinte rosée. La surface intérieure est unie, très finement rayée et d’une teinte grise rosée. La coupe transversale est terne et rougeûtre ; la saveur est modérément astringente, Cette écorce est inférieure en qualité à la précédente et à la première décrite, que je regarde comme les seules vraies écorces de barbatimäo.
Les écorces de barbatimäo sont employées au Brésil pour la guérison radicale des hernies, et pour un autre usage rapporté par Pison, qui est loin d’être tombé en désuétude et qui leur a valu les noms d’écorces de jeunesse et de virginité.
Écorces de Geoffrées.
Le genre geoffræa ou geoffroya, dédié par Jacquin au célèbre auteur
de Ja Matière médicale, appartient, avec le genre andira, qui en diffère très peu , à la tribu des geoffrées de la sous-famille des papillona-
308 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
cées. Les arbres qui composent ces deux genres s’éloignent des autres légumineuses par leur fruit, qui est un drupe semblable à celui des amvgdalées, de la famille des rosacées ; nous en parlerons tout à l'heure sous le nom d’angelin, qu’on leur donne au Brésil.
Deux écorces surtout sont citées pour appartenir à ce genre et pour avoir été employées comme vermifuges : ce sont celles nommées geoffroya jamaicensis et surinamensis, produites par les andira inermis et andira retusa de Kunth et Humboldt; mais les caractères qu'on à donnés à ces écorces sont si différents, qu’il est difficile de les reconnaître parmi celles que le commerce peut nous fournir.
Écorce de geoffrée de la Jamaïque (andira inermis H. B.; geoffroya inermis Swartz ; wild cabbage-tree Engl. ; bois palmiste des Antilles). Murray, dans son Apparatus medicaminum (t. VI, p. 95), mentionne deux écorces de geoffrée de la Jamaïque : l’une de couleur très pâle, d’une saveur peu marquée, mais produisant des effets violents, tels que déjections fluides, tranchées, nausées, défaillances, etc. ; l'autre, qui entre dans la pratique habituelle médicale des îles de l’Amérique, est d’une couleur plus obscure, comparable à celle du cassia lignea. Cette même écorce est grise au dehors, d’après Chamberlain , d’une couleur de rouille de fer en dedans, grisâtre à sa surface interne, ayant quelque ressemblance extérieure avec la cascarille. Enfin Murray décrit ainsi l'écorce du geo/ffroya inermis qui lui avait été donnée par Wright: Morceaux convexes, longs d’un pied, de diamètre variable, ayant quelquefois plus d’une ligne d’épaisseur. Certains morceaux sont entièrement gris ou d’une couleur de fer de chaque côté ; mais d’autres sont rougeâtres à l'extérieur et plus ou moins profondément à l’intérieur ; leur texture est fibreuse et médiocrement tenace ; leur saveur est mucilagineuse et insipide; leur odeur est désagréable et un peu nauséeuse.
J'ai reçu, quant à moi, sous le même nom de cabbage-tree bark ou d’écorce de bois palmiste (1), deux substances totalement différentes. L'une m'a été envoyée de Londres par M. Pereira : elle est longue de 50 centimètres , large de 5,5 à 8 centimètres, épaisse au plus de 2 mil-
(4) Voici l'explication de ces noms : Il existe, comme on le sait, dans les Antilles, un palmier très élevé et très élégant, du genre areca, auquel on donne le nom de chou palmiste ou de cabbage-tree , parce que son bourgeon terminal, qui est tendre et succulent, représente à peu près la forme d’un chou, et est un aliment très recherché des habitants qui sacrifient la vie de l'arbre pour se le procurer. D’un autre côté, ce palmier, comme tous ses congénères , a le tronc formé de fibres ligneuses longitudinales et parallèles, colorées , plus serrées vers la circonférence qu’au centre , et séparées par un tissu cellulaire blanchâtre. Or le bois des andira, tout en étant formé de
LÉGUMINEUSES. 309 limètres, couverte d’un périderme noir, très mince et adhérent, avec des plaques lichenoïdes d’un gris blanchâtre. L’écorce elle-même, ou mieux le liber, est gris, compacte, tout composé de lames ou de feuillets fibreux, denses et serrés, que l’on ne peut rompre en les pliant transversalement. Cette écorce a une odeur faible et cependant persistante (1), térébinthacée, et une saveur à la fois térébinthacée , amère et astringente, mais au total peu marquée. Je suis persuadé , aujourd’hui, que cette écorce n'appartient pas aux andira.
L'autre écorce a été reçue anciennement de Haïti, par M. Richard, et J'en ai recu depuis de semblable, sous le même nom d’écorce de palmiste, venant de l'ile de Cuba. Elle est en morceaux longs de 35 centimètres environ, cintrés ou demi-roulés ; épais de 3 à 5 millimètres, couverts d’un périderme mince, gris, uni ou peu crevassé dans les écorces plus jeunes, épais, fongueux et presque blanc, dans celles qui sont plus âgées. Quelquefois l'écorce , par suite d’altération, est noire à l’intérieur ; mais quand elle est saine, elle présente sous le périderme une couleur de rouille assez vive. La surface interne est toujours un peu noirâtre. La texture est assez lâche et grossière , plus grenue que fibreuse vers l'extérieur, plus fibreuse à l’intérieur. Elle se divise facilement sous les doigts et plus encore sous la dent; elle est tout à fait inodore et presque insipide.
Cette écorce se trouve figurée dans l’ouvrage de M. Schenk (Pharm. waarenk., YO. 11, tab. 18, fig. 1, 2 et 3) comme étant celle du geoffroya surinamensis. L'origine bien certaine de celle que je viens de décrire me fait dire que c’est une erreur.
Écorce de gcoffrée de Surinam ; andira retusa H. B. Bondt décrit ainsi cette substance : Écorce plate, longue de plus d’un pied, large de quelques pouces, pesante et d’une épaisseur notable. Elle est couverte à l'extérieur de lichens gris qui, séparés, laissent voir un épiderme rouge ou pourpre noirâtre mêlé de gris. Sous l’épiderme, l'écorce est filamenteuse, lamelleuse, d’une couleur de rouille, avec des stries et des taches brunes foncées. La section transversale est brillante
couches ligneuses concentriques, comme appartenant aux dicotylédones , présente, dans la disposition longitudinale et presque parallèle de ses fibres, et dans sa couleur alternativement pâle et plus foncée, une assez grande ressemblance avec le bois des palmiers : c’est donc là ce qui a valu à ces arbres, et surtout à celui des Antilles, le nom de bois palmiste, ou, en anglais, de cabbage-tree. Seulement, pour distinguer landira de l'areca , les Anglais ajoutent au premier la qualification de wild où de bastard , et disent wild cabbage-tree, ou bastard cabbage-tree.
(4) Elle me parait même plus prononcée aujourd’hui qu'il y a quinze ans.
310 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
et bigarrée ; la couleur du côté du bois est d’un pourpre noirâtre marbré de points; la poudre à une couleur de cannelle. L’odeur de l'écorce sèche est nulle, la saveur est légèrement amère et un peu astringente. |
Je possède depuis fort longtemps une écorce apportée de Santa-Fé de Bogota, qui se rapporte assez bien avec la description précédente : elle est large, régulièrement cintrée , épaisse de 3 millimètres, pesante et très compacte, quoique de texture fibreuse. Elle est couverte d’un épiderme assez uni, non fendillé, d’un gris blanchâtre, souvent recouvert de larges plaques cryptogamiques jaunes et d'apparence cireuse. En outre, la surface de l'écorce présente presque partout des élévations en forme de petits monticules, terminés par un bouton noir, constituant un lichen très analogue aux pyranula Ach. L'écorce elle-même est d’un rouge brun foncé, et sa coupe transversale présente le poli du santal rouge ; elle est formée de feuillets fibreux , denses et serrés, dont les plus intérieurs se séparent facilement les uns des autres. Sa surface interne est très unie ; toute l'écorce a pris en vieillissant un aspect terne dû à une efllorescence blanche , très fine et cristalline , qui s’est formée non seulement à sa surface, mais encore entre chacun de ses feuillets ; elle a une saveur très amère et astringente.
Écorcé inconnue vendue comme geoffroya, J'ai trouvé à différentes fois dans le commerce , sous le nom de geo/ffroya surinamensis , une écorce bien différente des précédentes, et qui me paraît être celle que M. Schenk a fait figurer sous le nom de geoffroya jamaicensis ; mais elle n'appartient pas plus à l’une qu’à l’autre. D'ailleurs il faut que j’aie vu quelque part ou reçu cette écorce sous le nom de spipira, que j'ai ajouté dans le bocal qui la contient. Si cette donnée a quelque valeur, cette écorce serait produite par le bowdichia major de Martius et serait une espèce d’alcornoque. Elle se présente sous trois formes principales :
A. Écorces plates ou cintrées, très minces ou épaisses de 1 à 3 millimètres, pourvues d’une croûte très mince, grise, fendillée, peu adhérente au liber et manquant très souvent. Le liber, privé de cette croûte, présente une surface rugueuse, d’un gris foncé et souvent noirâtre ; mais il est couleur de paille à l’intérieur, léger et très fibreux. Lorsqu'on le rompt transversalement, les fibres intérieures résistent et se séparent de la partie rompue sous forme d’ur feuillet épais , consistant et satiné. La surface interne est unie, d’une couleur un peu plus foncée que l’intérieur ; l’odeur est nulle ; la saveur est d’une amertume assez marquée et désagréable. Cette écorce présente assez de ressemblance avec celle de simarouba pour que des personnes peu exercées puissent la confondre avec elle ; mais elle est plus mince que le simarouba , d’un gris
LÉGUMINEUSES. 311 plus foncé, formée de fibres plus fines, plus serrées et satinées , et d’une amertume beaucoup plus faible.
B. Écorces plates, épaisses de 5 à 10 millimètres, pourvues d’une croûte érès mince , rougeâtre , mais couverte d’un enduit crétacé. Cette croûte est peu adhérente et manque par places très souvent ; la surface extérieure du liber, laissée à nu, est presque noire ; la couleur intérieure est celle du bois de chêne, plus foncée du côté de la croûte que de celui du centre; la surface interne est plus foncée que les couches qu’elle recouvre. L’écorce possède une texture autant grenue que fibreuse, de sorte qu’elle se rompt facilement, à l'exception de la couche interhe qui se sépare sous la forme d’une lame fibreuse et satinée, comme dans les premières écorces ; la saveur est à peu près nulle.
C. Écorces du tronc, ne différant des précédentes que par leur épaisseur qui varie de 12 à 20 millimètres, dont un tiers environ appartient à la croûte extérieure, qui est d’un gris rougeâtre , blanchâtre cependant à sa surface, profondément sillonnée dans le sens de sa longueur. Les autres caractères sont semblables.
Semences d’Angelin.
On emploie au Brésil, comme anthelmintiques, sous le nom d’angelin, les semences de plusieurs espèces d’andira, et spécialement celles des andira anthelmintica, vermifuga, stipulacea , rosea , racemosa, Les fruits de ces arbres sont ovoïdes, charnus d’abord , puis secs et ligneux , contenant une seule semence amylacée, pourvue d’un principe âcre auquel leur propriété anthelmintique doit être attribuée. L'espèce la plus usitée, dont les semences seules sont parvenues en France, paraît être l’andira rosea Benth. (andira ibai-ariba de Pison, qui n’est pas l’andira racemosa de Lamarck). Le fruit entier a la forme et la grosseur d’un œuf de poule, contenant, sous une enveloppe dure et épaisse, une amande ovoïde, un peu recourbée, grosse comme un œuf de pigeon, jaunâtre au dehors, blanche en dedans , ne possédant qu’une saveur amylacée suivie, après quelque temps, d’une âcreté sensible au bout de la langue. Cette semence est toujours privée de son enveloppe propre, qui est très mince et intimement soudée avec l'endosperme.
Andira stipulacea Benth. (fig. 332). Le fruit de cette espèce est ovoïde-arrondi, jaunâtre à l'extérieur, long de 9 à 10 centimètres, large de 7 à 8, formé d’une enveloppe ligneuse, épaisse de 2 centimètres, et d’une semence ovoïde-aplatie, marquée de stries transversales , longue de 5 centimètres, large de 3,5, ayant l'extrémité supérieure ,
312 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
par laquelle elle était suspendue , un peu recourbée, et ressemblant assez par sa forme à une très grosse sangsue ramassée sur elle-même. On donne à cette espèce le nom d’angelin-coco , à cause de la ressem-
blance de son fruit entier avec le noyau osseux du d'plothemium maritimum (famille des palmiers). Je dois ce fruit et le suivant à M. Gaetano Ambrosioni, médecin à Rio-Jomoso, au Brésil.
Andira anthelmintica Benth.; angelin amargozo (fig. 333). Fruit ovoïde , un peu terminé en pointe à l'extrémité supérieure ou aux deux
Fig. 333.
extrémités, marqué de deux sutures à peine sensibles et non déhiscentes. Il est long de k à h,5 centimètres, large de 2,5 à 3 , couvert d’un épicarpe noirâtre ridé par la dessiccation. Dessous l’épicarpe se trouve un mésocarpe ligneux , très lâche, jaune verdâtre, qui s'épaissit peu à peu en un endocarpe brun, soudé avec l'épisperme. L’amande est libre dans la cavité intérieure,
ovoïde, pointue par l’extrémité supérieure, longue de 25 millimètres, large de 15. Aucune de ces semences ne m'a présenté l’amertume dont
LÉGUMINEUSES. 313 on les dit pourvues. Elles sont émétiques et dangereuses, prises à dose trop forte. La dose la plus forte de poudre que l’on doive administrer, d’après Pison, est de 1 scrupule (environ 48ram.,2),.
Andira inermis. Le fruit de cette espèce, venu de Haïti, est presque rond, de la grosseur d’une petite noix, noirâtre, ridé et marqué de deux sutures peu sensibles; le péricarpe est ligneux, très mince et l’amande est arrondie. Aucun de ces fruits n’est déhiscent , contrairement au caractère observé dans le vouacapoua americana d'Aublet , devenu l’andira racemosa de Lamarck.
Bois d’Aloës.
Ce bois n’a aucun rapport avec le suc d’aloës , ni avec la plante liliacée qui le produit ; il était connu des Arabes sous le nom d’agalugin , d’où les Grecs ont fait agallochon. Les Hébreux le nommaient ahalot, et c’est de là sans doute que vient son nom moderne d’aloès, que d’autres bois mériteraient bien plus que lui, s’il lui avait été donné à cause de son amertume.
Le bois d’aloës vient des contrées les plus lointaines de l'Asie, comme de la Cochinchine et de la presqu’ile de Malacca, et il règne une obscurité d’autant plus grande sur son origine que plusieurs arbres de ces pays produisent des bois odorants et résineux qui sont également vendus comme bois d’aloës ou d’agalloche. Rumphius lui-même n’a pas traité ce sujet avec toute la clarté désirable ; voici cependant ce qu’on peut conclure de sa longue description :
La première espèce de bois d’aloës est nommée kilam ou ho-kilam par les Chinois, et calambac par les Malais; l'arbre qui la produit croît dans les provinces de Tsjampaa , de Coinam et dans la Cochinchine ; il ne fournit ce bois précieux que dans quelques unes de ses parties, et encore lorsqu'il languit par suite de maladie ou de vieillesse. Ce bois, de la meilleure qualité, est d’un brun obscur et cendré, strié par de longues veines noires ; ou, quand il a été pris autour des nœuds, vergeté de veinules semblables ; lorsqu'il est récent , il offre des parties tellement molles et grasses, que l’ongle peut y pénétrer ; mais il durcit et devient plus dense avec le temps.
On rencontre une sorte d’agalloche d’un brun plus cendré, à fibres plus grosses , toujours strié longitudinalement par des veines noirâtres, et marqué d’enfoncements ou de trous dans lesquels on trouve souvent un restant de terre. Ce bois, qui est plus léger que le précédent, a probablement été enfoui dans les marais afin de détruire les parties les plus ligneuses et d'augmenter la proportion de résine odorante. Ces deux sortes de bois ont une odeur agréable et fortiliante , analogue à celle des écorces sèches du citron; ils se ramollissent sous la dent , en développant une légère amertume accompagnée d’äcreté , et la bouche s'en trouve toute parfumée ; ils se ramollissent également par le frottement sur une pierre polie, et leur räpure y prend la forme de vermisseaux ou de crottes de souris. Tout bois d’aloès qui tourne à la
34% DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
couleur jaune ou blanchâtre, et qui porte des taches noires d’exsudation résineuse, doit être considéré comme une espèce de garo ; aucun des bois qui offrent une forte amertume ne doit étre considéré comme du calambac ou du garo vrai, mais bien comme un faux bois de ces deux espèces.
Rumpbhius na pu voir l'arbre qui produit le calambac ; mais cet arbre a été décrit par Loureiro, dans sa Flore de Cochinchine, sous le nom d’aloeæylum agallochum ; il appartient à la décandrie monogynie de Linné, à la famille des légumineuses et à la sous-famille ou tribu des cassiées.
La seconde espèce de bois d’aloës est nommée garo. Rumphius en distingue deux sortes principales, une de Coinam et l’autre de Malacca, dont il décrit et figure l’arbre sous le nom d’agallochum secundarium malaccence. Cet arbre est l’aquilaria secundaria de de Candolle, de la petite famille des aquilarinées ; 1l diffère peu de l’aquilaria agallocha de Roxburgh et de Paquilaria malaccensis de Lamarck, qui fournissent probablement les autres variétés de bois de garo mentionnées par Rumphius.
Le bois de garo est jaunâtre , marbré de veines courtes et brunes ; ou d’un gris cendré avec des veinules noires, et ressemblant presque au calambae, mais toujours plus dur et plus pesant. Les grands morceaux offrent cà et là des taches noires et résineuses ; il s'enflamme moins facilement que le calambac, et dégage une odeur irritante qui tient quelquefois du benjoin. x
Le bois de garo est nommé par les Chinois {him ou tim-hio et sock ou 500 ; les Portugais le nomment pao de aguila. Ce nom, qui est dérivé d’agalugin, a été traduit à tort par lignum aquilæ et par bois daigle. Ainsi ce dernier nom n’est encore qu'une traduction altérée du mot arabe primitif.
Rumphius décrit ensuite deux faux bois d’agalloche : il nomme le premier garo tsjampacca, et le croit produit par un arbre nommé depuis michelia tsjampacca, et appartenant à la famille des méliacées ; son odeur se rapproche de celle de la camomille et son amertume est très forte; l’autre est fréquent dans les iles Moluques et provient de larbor excæcans (excæcaria agallocha L., de la famille des euphorbiacées). Cet arbre est ainsi nommé parce que si, par malheur, en le coupant, le suc âcre et laiteux dont il est rempli tombe dans les yeux, on court risque d’en perdre la vue. Son bois est d’une couleur ferrugineuse , dur et fragile comme du verre, très amer, très résineux et s’enflamme avec une grande facilité. Il a une si grande ressemblance avec le calambac, qu’on peut à peine l’en distinguer , et plusieurs pharmaciens ont assuré à Rumphius qu’il était envoyé en Europe comme bois d’agalloche.
Enfin Rumphius décrit un bois musqué qui est blanchätre ou de couleur hépatique, avec des veines plus brunes, et qui est nommé par quelques personnes calambas blanc.
Voici maintenant la description des bois d’aloës que j'ai trouvés dans le commerce ou dans les droguiers.
Bois d’aloës de l’École de pharmacie de Paris, Ce bois me parait être le vrai bois de calambac, caractérisé par ses longues veines noires sur un fond de couleur plus claire. Ce n’est pas cependant le calambac le plus estimé de Rumphius , qu’il dit être d’un brun obscur veiné de noir ; maïs c’est celui qui vient après , dont le fond est pâle et cendré , qui a la fibre grossière, qui est léger, caverneux, et qui, probablement, a été enfoui sous terre, pour le faire pourrir et en augmenter la qualité. Suivant toutes les apparences, ce
bois est fourni par l’aloexylum agallochum Lour. : il présente une odeur forte, sui generis; une saveur amère, âcre et fortement parfumée ; il laisse une résine molle sous la dent, se ramollit également par le broiement sur le porphyre ; il brûle avec flamme et en répandant une odeur suave.
Bois d’aloës ordinaire äu commerce, Ce bois est d’une couleur grisâtre , et sa surface devient noire avec le temps. Sa pesanteur spécifique varie, et un morceau ayant été scié en deux, une des parts a surnagé sur l’eau ; l'autre, qui contenait un nœud, est tombée au fond. Sa saveur est amère, son odeur est à peu prés celle de la résine animé ; plusieurs morceaux offrent des excavations remplies d’une résine rouge. La coupe transversale y découvre un caractère particulier : la surface est lisse et résineuse, mais parsemée d’une infinité de points blancs, qui doivent résulter de la déchirure des parois d’autant de tubes dont la direction suit celle du bois. Lorsqu'au lieu de scier entièrement le morceau, on laisse au centre une portion intacte, et qu’on la rompt, la partie rompue offre de ces tubes, qu’on peut apercevoir à l’aide de la loupe.
Ce bois est très probablement le garo de Rumphius, le bois d’aigle des Portugais et de Sonnerat, et doit être produit par laquilaria secundaria ou malaccensis.
Bois d’aloës citrin. Je n’ai trouvé qu'une seule fois ce bois dans le commerce, mêlé au précédent, dont je le regarde comme une variété. Il a la forme d’un tronçon tout à fait noueux et contourné, pesant, d’une odeur qui tient un peu de celle de la rose , mais qui se rapproche encore plus de celle de la résine animé chauffée. Ce bois est d’un jaune assez pur, amer, et se broie sous la dent. La coupe transversale de la scie y produit une surface lisse, résineuse ou comme cireuse, d’une couleur orangée assez uniforme, Ce bois n’est pas caverneux dans son intérieur ; il parfume l’air quand on le brûle.
Bois d’aloës musqué, Ce bois a une couleur jaune sale, comme verdâtre : il est peu résineux, comparativement aux précédents, fibreux , quelquefois spongieux, difficile à diviser sous la dent. Il n’est nullement amer, et sa saveur est seulement un peu aromatique ; il a une odeur faible et comme musquée. J'ai pensé que ce dernier caractère pouvait être accidentel ; j'ai lavé ce bois plusieurs fois, et l'ai fait chaque fois sécher à Pétuve : il Pa toujours conservé. Il présente d’une manière bien plus marquée que le bois d’aigle le caractère des points blancs résultant de sa coupe transversale, et celui des tubes mis à découvert par la fracture partielle des morceaux ; mais cette différence peut tenir seulement à ce que ces tubes , étant moins remplis de résine, sont plus apparents. Il exhale, lorsqu'on le projette sur un fer chaud, qui ne doit pas être rouge , une odeur agréable, semblable à celle du bois d’aloès, mais moins forte ; et pour peu que le fer soit trop chaud, cette odeur est couverte par celle du bois qui brûle.
Dans mes deux premières éditions j'ai décrit ce bois sous le nom de bois daigle; je me fondais pour cela sur son défaut d’amertume , et sur ce que Lemery dit que le bois d’aigle diffère de l’agalloche en ce que celui-ci est amer, tandis que le premier ne l’est pas. Mais nous avons vu plus haut que le nom de bois d’aigle n’est qu’une traduction corrompue de l'arabe agalugin, et ne signifie pas autre chose, en vérité. que bois d’agalloche. D'ailleurs Rumphius donne au garo ou bois d’aigle la même amertume qu’à
316 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
l'agalloche ; le bois que nous examinons présentement ne parait donc pas être du bois d’aigle. C’est probablement une des sortes de bois musqué de Rumphius ; peut-être celle que quelques personnes nomment calambac blanc.
Bois de calambac faux. Ce bois est noueux, très pesant, compacte, onctueux et étonnamment résineux. IL est à l'extérieur d’un brun rougeûtre uniforme ; mais la nouvelle section qu’y produit la scie offre une couleur un peu plus grise, marquée de taches noires , dues à un suc particulier extravasé : C’est ce qu’on exprime en disant qu’il est jaspé. Sa cassure transversale n'offre pas de tubes longitudinaux , ce qui tient peut-être à la grande quantité de résine dont tous ses vaisseaux sont gorgés ; il a une forte odeur de myrrhe et de résine animé mélées ; son intérieur présente des excaxations remplies d’une résine rougeâtre qui a quelque analogie avec la myrrhe ; il se réduit en poudre sous la dent et jouit d’une saveur amère ; il répand un parfum très agréable lorsqu'on le brûle ou qu’on le chauffe sur une plaque métallique. Ce bois existe dans les droguiers de la pharmacie centrale et de lhôtel-Dieu de Paris. Je pense qu’il est produit par l’excæcaria agallocha XL.
Bois de Brésil ou de Fernambouc.
Cæsalpinia echinata Lamarck ; ibirapitangaMargr., Bres., p. 101. Décandrie monogynie de Linné , famille des légumineuses , tribu des cæsalpiniées ou cassiées.
Cet arbre du Brésil est fort grand , fort gros , tortu et épineux. Son bois est recouvert d’un aubier blanc très épais , qu’on enlève avant de l'envoyer, ce qui en diminue le volume de la grosseur du corps d’un homme à celui de la jambe. Ce bois est dur, compacte, d’un rouge pâle et jaunätre à l’intérieur, devenant d’un brun rouge à l’air. Il est inodore et presque insipide ; il colore à peine l’eau froide, donne un décecté rougeätre peu foncé , et forme avec l'alcool une teinture rouge jaunâtre , beaucoup plus foncée qu'avec l’eau. Le soluté aqueux essayé par les réactifs donne les résultats suivants :
Précipitée par la gélatine, la liqueur prend à l'air une couleur rouge de groseille magnifique.
L’alun lui communique la même couleur ; l'ammoniaque y forme ensuite un précipité d’un rouge groseille vineux.
Potasse ou ammoniaque, la liqueur devient d’un rouge foncé.
Chlorure ferrique, couleur rouge-brune très foncée.
Sous-acétate de plomb, précipité bleu violet.
Sel d’étain, couleur d’un rouge de groseille vif.
Acélate de cuivre , couleur rouge de vin très foncé.
On emploie dans la teinture , concurremment avec le bois de Brésil , différents bois produits par d’autres espèces de cæsalpinia qui croissent dans diverses contrées de l'Amérique et de l'Asie. Ces bois, tous inférieurs en qualité à celui de Fernambouc, portent les noms de Sante Marthe, Lima, Terre-Ferme , Nicaragua, Californie, Sappan, etc.
Le bois de Sainte-Marthe est produit peut-être par le cæsalpinia brasiliensis L. Il arrive en grosses bâches pourvues d'un aubier blane, et remarquables par des enfoncements très profonds , qui séparent l’aubier et une partie du bois et donnent à sa coupe transversale une forme étoilée. Il est moins foncé
LÉGUMINEUSES. BL Ly]
et moins riche en couleur que le bois du Brésil; il donne avec l’eau un macéré rouge foncé, et avec l'alcool une teinture d’un jaune safrané. Ce caractère, sa forme, une légère odeur d'iris dont il est pourvu, semblent rapprocher ce bois du bois de Campêche; mais son principe colorant est le même que celui du bois de Brésil et se comporte de même avec les réactifs.
Le bois de Nicaragua est en bûches de la grosseur du bras, marquées d’angles rentrants qui pénètrent jusqu’au centre et divisent le bois presque entièrement ; son écorce est grise et rugueuse et son aubier blanc ; le bois est plus dur et plus foncé en couleur que le Sainte-Marthe ; il doit être plus riche en matière colorante.
On trouve dans le commerce, sous le nom de bois de Lima, un bois qui ne diffère du précédent que par un volume beaucoup plus considérable, ses bûches pouvant avoir 20 centimètres de diamètre.
Le bois de Sappan vient de la presqu'’ile orientale de l'Inde, des îles de la Sonde et autres adjacentes. Il est fourni par le cæsalpinia Sappan L., et est caractérisé par un canal médullaire très apparent, qui est souvent vide de la substance qu’il renfermait. On en distingue de deux sortes principales : celui de Siam , qui est en bûches privées d’aubier, grosses comme le bras et d’un rouge vif à l’intérieur ; et celui de Bimas, qui est en bâtons de 25 à 38 millimètres de diamètre, jaunâtre à l’intérieur, et d’un rouge rosé aux parties qui approchent de la surface et ont éprouvé l'action oxigénante de l’air.
Bois de Campéche ou Bois d’Inde.
Hæmatoxylum campechianum L. Grand arbre de la décandrie monogynie et de la famille des légumineuses , à feuilles pinnées , non aromatiques, croissant à Campèche en Amérique , à l'ile Sainte-Croix , à la Jamaïque, à la Martinique et Saint-Domingue.
Le nom de bois d’Inde que ce bois porte dans le commerce, et sa qualité aromatique, ont fait croire pendant longtemps qu’il était produit par le myrtus pimenta, lequel se nomme bois d'Inde dans les Antilles ; mais il y a longtemps aussi que cette erreur a cessé , et qu’on a reconnu que le bois de Campéche était fourni par l’hæmatoæylum campechianum.
Ce bois varie dans sa forme et porte une désignation particulière , suivant le pays qui le produit. Celui de Campêche même se désigne sous le nom de Campéche coupe d’Espagne ; les autres prennent le surnom de coupe d'Haïti, coupe Martinique , etc. I a été privé d’aubier par la hache , présente généralement une surface anguleuse, irrégulière , et offre souvent des angles rentrants et des trous encore pourvus d’un aubier blanc et de leur écorce. Il est naturellement d’un rouge brunâtre très pâle à l’intérieur, mais devient d’un rouge vif lorsqu'il est conservé poli à l'air, ou passe au noir quand il est exposé brut à l'humidité. Aussi, dans le commerce, les bâches ont-elles toujours à l'extérieur une couleur noire qui les distingue à la simple vue du bois de Brésil. Le bois de Campêche est plus pesant que l’eau, à texture fine et compacte, susceptible d’un beau poli et pouvant faire de beaux meubles. II exhale une odeur d’iris très marquée et présente une saveur sucrée et parfamée.
Le bois de Campêche forme avec l'alcool une teinture d’un rouge jaunâtre
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foncé , et avec l’eau un macéré d’un rouge encore plus foncé et d’une odeur d'iris. Ce macéré teint le papier en violet, devient d’un violet extrêmement foncé par les alcalis, et passe au rouge jaunâtre par les acides.
L'alun lui communique une couleur rouge violette trés foncée, et l’ammoniaque y détermine une laque bleue.
Avec le chlorure ferrique , précipité violet noirâtre.
Sous-acétate de plomb , précipité bleu un peu grisâtre.
Acétate de cuivre, précipité bleu noirâtre.
Sel d’étain , couleur rouge violette.
M. Chevreul a obtenu le principe colorant du bois de Campêche à l’état de pureté, et l’a nommé hématine. Ce principe est sous la forme de paillettes dorées , solubles dans l'alcool et l'éther ; il est très peu soluble à froid dans l'eau , plus soluble dans l’eau bouillante et cristallisable par le refroidissement. Sa solution aqueuse, vue en masse, est d’un rouge jaunûtre; elle devient jaune, puis d’un rouge vif, par les acides, et violette par les alcalis. (Ann. de chim., t. LXXXIT, p. 128.),
L'hématine ne contient pas d’azote ; elle est décolorée par le sulfide hydrique (acide sulfhydrique), de même que le principe colorant du bois de Brésil, Pindigo, le tournesol, et beaucoup d'autres matières colorantes qui paraissent être incolores à un minimum d’oxigénation. Il est probable même que l’hématine de M. Chevreul est le produit de l’oxigénation à l'air d’un principe non coloré, qui existe naturellement dans le bois de Campêche.
+ Le bois de Campéche est usité surtout pour la teinture en noir et en bleu. L’ébénisterie en emploie aussi une certaine quantité.
Bois de Cam,
Cam-wood Engl.; baphia nitida Lodd., tribu des cæsalpiniées ou cassiées.
L'arbre qui produit ce bois croît en Afrique, dans la colonie anglaise de Sierra-Leone. Il arrive en bûches courtes, en morceaux, racines et écailles. Il sert à la teinture en rouge et à l’ébénisterie. Il est beaucoup plus lourd qe l'eau, d’une texture très fine et susceptible d’un beau poli. Lorsqu'il est récent, il est blanc à l’intérieur et ne devient rouge qu’au contact de l'air ; même dans des bûches assez anciennes, j’ai trouvé que l’intérieur était blanc, et que l'extérieur seul était devenu rouge jusqu'à une certaine profondeur ; à l'air humide et probablement sous l'influence d’émanations ammoniacales, sa surface noircit, de même que le fait le bois de Campêche et le caliatour. Ce bois, devenu rouge ou noir, ressemble tellement au caliatour, que je les ai longtemps confondus ensemble. Voici cependant à quels caractères on peut les distinguer : le bois de Cam est d’une structure encore plus fine que le caliatour ; sa coupe transversale et polie est complétement privée de points blanchâtres indiquant l'extrémité de fibres ligneuses, et ne présente que d'innombrables lignes concentriques, régulièrement ondulées et très rapprochées , que l’on dirait avoir été dessinées avec le tour à guillocher. C’est avec peine qu’on observe , à l’aide d’une très forte loupe, d’autres lignes radiaires droites , très fines et très serrées,
Le cam-wood fournit avec l’eau froide une teinture d’un rouge assez vif, tandis que le caliatour ne lui communique aucune couleur ; enfin le cam-wood exbale, lorsqu'on le râpe, une odeur qui se rapproche plus de celle de Ja violette ou du palissandre que de la rose , et cette odeur, qui est assez fugace, disparaît avec le temps.
Bois de Santal rouge.
Le genre pterocarpus , auquel appartient le santal rouge , est pourvu d’une corolle papillonacée, de 10 étamines monadelphes ou diadelphes et d’un légume indéhiscent, sous-orbiculaire , plus ou moins contourné , et entouré par une aile membraneuse ; il est souvent monosperme, mais il peut aussi contenir 2 ou 3 semences séparées par des replis du péricarpe. Les anciens botanistes se sont plu à voir une figure de dragon dans les veines pruéminentes du péricarpe ou dans ses replis intérieurs , et ont pensé que c’était à cause de cette figure que l’on avait donné à la résine rouge de ces arbres le nom de sangdragon.
Le genre pterocarpus ne contient guère qu’une vingtaine d'espèces qui sont éparses dans les iles Moluques , dans l'Inde, à Madagascar, sur les côtes de l'Afrique , tant du côté de lorient que de l'occident, et dans l'Amérique intertropicale. Îl se recommande à nous non seulement par ses bois qui, sous les noms de santal rouge , de bar-wood, de caliatour, de corail tendre , etc., sont usités dans la teinture et dans l’ébénisterie ou la tabletterie, mais encore par ses sucs rouges et astringents qui constituent, soit une espèce fort rare et très pure de sangdragon , soit le kino de l'Inde orientale et la gomme astringente de Gambie.
Bois de santal rouge, Ce bois est généralement attribué au pterocarpus santalinus de Linné fils ; mais il me paraît plus probable que cet arbre fournit le bois de caliatour qui a porté pendant longtemps le nom de santal rouge, et que notre santal rouge actuel est produit par le pterocarpus indicus de Willdenow, que Rumphius a décrit sous le nom de lingoum rubrum. En d’autres termes , le bois de caliatour, produit par le pterocarpus santalinus, était nommé indifféremment, par Herbert de Jager et par Rumphius , caliatour ou santal rouge, et notre santal rouge actuel, inconnu à Herbert de Jager, est le lingoum rubrum de Rumphius.
Le santal rouge arrive principalement de Calcutta, en bûches de 6 à 97 centimètres de diamètre, privées d’aubier, en racines ou en morceaux équarris. Les bûches sont souvent entaillées aux deux bouts , ou percées d’un trou pour y placer une corde, et usées extérieurement comme si elles avaient été trainées sur la terre (Holtzapffel ). Ce bois est d’un brun noirâtre à l’extérieur, et d’un rouge de sang à l’intérieur. Jen ai vu une fois un morceau d'extraction récente, qui était presque blanc dans son intérieur et qui depuis est devenu complétement rouge, ce qui m’a confirmé dans l’opinion que j'avais émise anciennement et bien avant les recherches d’ailleurs très belles et très exactes de M. Preisser sur les matières colorantes organiques, que la couleur des bois de teinture était le résultat de l’oxigénation , par Pair, d’un principe primitivement incolore.
Le santal rouge présente une structure très fibreuse, assez grossière, quoique souvent dissimulée par l'abondance de la matière résineuse dont il est impré-
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gné, et très remarquable. Ses fibres sont disposées par couches concentriques, dirigées ou inclinées alternativement en sens inverse ; de sorte que, lorsqu’on le fend dans le sens de son diamètre, il se sépare en deux morceaux, qui sont comme engrenés l’un dans l’autre , et que, lorsqu'on y passe le rabot, la surface est alternativement polie et déchirée (1). Les parties polies offrent un grand nombre de pores allongés remplis d’une résine rouge.
Le santal rouge est un peu plus léger que l’eau; il est doué d’une odeur faible, mais agréable , analogue à celle de liris ou du bois de Campéche ; il n’a pas de saveur proprement dite , mais il parfume légèrement la bouche. Il est aujourd'hui plus employé dans la teinture et la tabletterie que dans la pharmacie.
M. Pelletier a fait des recherches sur le santal rouge et sa matière colorante. L’eau n’a que peu d’action sur ce bois ; l’alcool rectifié en a une beaucoup plus grande , et néanmoins ne le décolore pas entièrement. La matière dissoute a les propriétés générales des résinoides. Elle est à peine soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante, très soluble dans l’alcool, l’éther, l'acide acétique et les alcalis. Elle est presque insoluble dans les huiles fixes et volatiles, excepté l'huile volatile de lavande et celle de romarin, Ce qui est un caractère d'exclusion assez singulier. ( Bulletin de pharm., 4815, p. 433.)
La santaline pure et incolore , soluble dans l’eau et cristallisable, a été obtenue par M. Preisser, dans les recherches dont il vient d’être question. (Journal de pharmacie et de chimie , t. V, p. 208.)
Bois de Caliatour. Le bois de Caliatour vient de la côte du Coromandel (2), où il est produit, suivant toutes les probabilités, par le pterocarpus santalinus. Il est d’un rouge très foncé , plus lourd que l’eau, très dur, très compacte, et susceptible d’un beau poli. 11 n'offre pas, comme le santal rouge, un mélange d’exsudation résineuse et de fibres ligneuses grossières ; sa texture est purement ligneuse et très serrée; il présente, sur la coupe longitudinale, des petites lignes creuses ressemblant à des mouchetures faites au burin , dues à des vaisseaux ouverts, et sur la coupe perpendiculaire à l’axe un pointillé blanchâtre dû à la section des mêmes vaisseaux, dispersé au milieu de lignes concentriques ondulées et très serrées; il exhale, lorsqu'on le râpe, une odeur de bois de rose très marquée et très persistante, car on l’observe sur de très vieux échantillons; enfin il ne teint pas sensiblement l’eau froide, toute sa matière colorante étant passée à l’état de santaline rouge et insoluble.
On trouve dans le commerce deux variétés de caliatour. L'une, très ancienne, est en bûches régulièrement cylindriques, qu’on ne dirait pas avoir été taillées extérieurement, et cependant dépourvues d’aubier; il est d’un {issu moins serré que le second, et présente une coupe transversale un peu résineuse. L'autre est sous forme de grosses racines ou de büches cylindriques ayant 7 centimètres de diamètre, et présentant, sur toute leur sur-
(1) Cette structure se retrouvant dans un assez grand nombre de bois appartenant à la famille des légumineuses et à quelques autres, je la désigne, pour abréger, sous la dénominalion de structure santlaline. Û
(2) Suivant Herbert de Jager, cité par Rnmphius, Caliatour est l'ancien nom d’un endroit du Coromandel nommé aujourd'hui Krusjna Patanam, ou Kisjna Patan ; mais il serait possible aussi que ce nom fût une altération de Paliacour, qui est celui d'une ville de Ceylan.
face , l'impression des coups de hache qui ont servi à les dépouiller d’aubier. -Ce bois est très fin, très dur et três pesant ; dépourvu de toute apparence de résine , et tellement semblable au cam-wood qu’on ne peut len distinguer qu’à son odeur de rose persistante , et au pointillé pâle de sa coupe transversale. Enfin, on trouve dans quelques collections un bois de Madagascar qui est un caliatour très volumineux, d’un rouge vineux, moins compacte et moins pesant que les deux variétés précédentes. Rien n'empêche de croire que ces variétés ne soient dues à la même espèce de pterocarpus, croissant dans des localités différentes. ;
Santal rouge d’Afrique ou bar-wood. J’ai trouvé chez les marchands de Londres , sous le nom de bar-wooû , un bois rouge , en morceaux équarris de 120 à 150 centimètres de long, de 25 à 30 centimètres de large, et de 6 à 9 centimètres d'épaisseur. Ce bois ne différe du santal rouge de l’Inde que parce qu’il est un peu moins dense , d’une structure encore plus grossière, et d’une couleur rouge plus vive et plus belle, ce qui tient seulement à ce qu’il est moins foncé et un peu moins riche en matière colorante. 11 m’a paru tout à fait inodore et insipide. Ce bois vient d’Angola et de Gabon, sur la côte occidentale d’A frique, où il est probablement produit par le pterocarpus angolensis DC., ou par le pterocarpus santalinoides L'Hér.
Santal rouge tendre ou bois de corail tendre (1). On lit dans Pomet qu’on apporte des îles du Vent, ou des Antilles, un bois rouge auquel on donne le nom de bois de corail, à cause de sa vive couleur, et qu'on le substitue au santal rouge ; mais que cette substitution est facile à connaître, en ce que le bois de corail est d’un rouge clair, léger et fibreux, tandis que le vrai santa 1 (caliatour) est d’un rouge foncé, sans aucun fil et fort pesant. Ce bois de corail de Pomet se trouve toujours dans le commerce, et est en effet très souvent donné en place du santal rouge. Il est beaucoup moins riche en matière colorante, et présente, lorsqu’on le râpe, une faible odeur de campèche. Il doit être fourni par le pterocarpus draco L., ou par le pterocarpus gummifer Bert., qui appartiennent aux îles de l'Amérique.
Rosaliba du Brésil. J'ai trouvé sous ce nom, à Paris, un bois rougeûtre, léger, longuement fibreux ; non résineux, à structure santaline tellement prononcée, que je le crois produit par un pterocarpus. Je ne sais si ce bois est le bois blanchâtre, et cependant propre à la teinture, mentionné par Margraff sous le nom d’arariba, et attribué par M. Riedel à un pterocarpus. Il est d’ailleurs peu important , et je n’en parle ici que pour le distinguer d’un autre bois de teinture nommé arariba rosa , dont il sera question plus loin.
Sangüragon des Antilles,
Suivant Rumphius, le bois des vieux lingouns (pterocarpus indicus) est si résineux, surtout vers la base du tronc, qu’il exsude en assez grande abondance une huile résineuse rouge, lorsqu'on l’expose à un feu médiocre; l’ardeur du soleil fait quelquefois suinter à travers l'écorce de l'arbre une
(1) Le nom de bois de corail, sans addition d'épithète, a été donné à l'erythrina corallodendron, non à cause de son bois qui est blanc, mais par rapport à ses semences, qui sont des espèces de haricots couverts d’un épisperme lisse el d'un beau rouge. Le nom de bois de corail dur est donné par les marchands au santal rouge de l'Inde et au cam-Wood , et celui de corail tendre an-santal des Antilles.