‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de Paris (volume 5)Chapitre 85 sur 121 · tome EE, p · texte numérisé non relu

tome EE, p

Le bois diababul, coupé suivant des plans parallèles au diamètre, est

(1) Ce ford passe au violet clair par le contact de l'air, h

LÉGUMINEUSES. 327 susceptible d’un beau poli et peut être employé pour l’ébénisterie; d’un autre côté, comme il est très riche en matière colorante, je suis persuadé qu'il pourrait être très utile à la teinture. L’acacia arabica qui le produit fournit en outre au commerce la gomme de l'Inde et le bablah de lInde.

Bois d’Angico.,

Nommé dans le commerce angica ou inzica , ce bois est fourni par plusieurs acacias du Brésil, tels que l’acacia angico Mart., le pithecollobium gumMmiferum Mart., et le pithecollobium avaremotemo dont nous avons décrit l'écorce astringente sous le nom de barbatimäo (page 306 ).

Ce bois est très dense, très dur, formé d’un aubier jaunâtre et d'un cœur rouge, l’un et l'autre traversés par des veines brunâtres ; on le reconnaît assez facilement à sa coupe horizontale ou perpendiculaire à l'axe, qui présente des bandes concentriques ondulées , de couleur alternativement plus pâle et plus foncée. Il est satiné et imite assez bien l’acajou , auquel il est quelquefois substitué.

Plusieurs acacias des Antilles, principalement les acacia scleroxyla, quadalupensis, quadrangularis et tenuifolia , fournissent des bois très durs auxquels les Nègres ont donné le nom de tendre à caillou. Le dernier de ces bois, rapporté par M. Capitaine , est formé d'un aubier jaune et d’un cœur rouge, tous deux très durs, très nerveux, à structure santaline, offrant la coupe horizontale de langica et la coupe longitudinale palmiforme des bois d’andira, L’acacia horrida Wild. {eburnea Lamk. présente un boïs jaune, fort dur, propre à remplacer le buis ; l’acacia seyal Del. en a un couleur de chêne, assez dur, mais amylacé et attaquable par les insectes ; le bois de l’acacia vera est plus dur, un peu semblable à celui du poirier, maïs fort laid ; celui de Pacacia albida est blanc jaunâtre , poreux , très amylacé , mangé par les insectes. Le bois de l’acacia dodonæfolia est dur, nerveux, nuancé, pourvu de la couleur bistrée du robinia pseudo-acacia et du cytisus laburnum, ete,

Bois néphrétique,

Ce bois, qui nous vient du Mexique , a été attribué au guilandina moringa L. (moringa pterigosperma Gærtn.), et plus récemment à l’inga unquiscati W. Mais ces deux opinions ne sont guère probables, d’abord parce que le moringa pterigosperma est originaire de l’Inde et n’a été transporté qwassez tard en Amérique ; ensuite parce que l'inga unguis cati W. se rapporte au quamochitl d'Hernandez ( Meæ. hist., p. 94), et non au coatli du même auteur (p.419), qui seul produit le bois néphrétique. Suivant Hernandez , le coatli ou tlapalez patli est un grand arbrisseau légumineux, portant une tige sans nœuds, épaisse, ayant un bois semblable à celui du poirier, des feuilles plus petites que eelles du pois chiche et plus grandes que celles de la rue, enfin des fleurs jaunes, disposées en épis. Je ne sache pas que les botanistes modernes nous en aient fait connaître davantage.

Le bois néphrétique, tel que je lai vu, est sous la forme d’un trone de 10 à 11 centimètres de diamètre , ou de rameaux d’un moindre volume. El est pesant , inodore , couvert d’une écorce grisc-jaunâtre , très mince , légère ,

328 DICOLYLÉDONES CALICIFLORES.

fibreuse et s’enlevant par lames. Dessous cette écorce , se trouve un aubier blanchäâtre, peu épais, dur et compacte, et au centre un bois d'un gris rougeàtre et un peu rosé, d’une texture fibreuse, et cependant fort dur et prenant un beau poli. Les fibres du bois sont très fines et régulièrement paralléles ; mais elles présentent une torsion sensible, ainsi que la tige, ce qui me ferait croire que l’arbrisseau est un peu volubile.

Le bois néphrétique présente une saveur faiblement astringente ; mis à macérer dans l’eau, il la colore tout de suite en jaune d’or, qui devient très foncé en très peu de temps. Cette liqueur filtrée est d’un jaune brunâtre vue par transmission, et d’un bleu vert par réflexion. La chaleur ne détruit pas cet effet, qui cesse aussitôt addition d’un acide, et qui reparait avec plus d’intensité qu'auparavant par laddition d’un alcah. Le sulfate de fer donne à cette liqueur une couleur noirâtre sans précipité ; l’oxalate d’ammoniaque y cause un léger louche; le nitrate de baryte et le nitrate d’argent ne la précipitent pas.

Le bois néphrétique doit son nom à Pusage qu’on en faisait anciennement au Mexique, et qu’on en a fait ensuite en Europe, pour guérir lirritation des reins et de la vessie. Il a toujours été très rare , et on lui a substitué , dans le commerce, plusieurs bois de forme et de couleur à peu près semblables, entre autres divers bois de grenadille, du bois de boco , nommé vulgairement bois de coco et bois de fer ; enfin, un bois que j'ai pris d’abord pour du boco, mais dans lequel j'ai découvert ensuite une odeur de poivre qui en fait une espèce différente.

Ce bois, que je ne puis désigner autrement que par le nom de bois poivre, formait une büche de 8 centimètres de diamètre, composée d’un aubier blanchâtre et d’un cœur de couleur brune noirâtre. Ce bois est encore plus dur et plus pesant que le bois néphrétique ; il a une structure santaline très courte et tourmentée. Il exhale une odeur de poivre bien marquée par le frottement réciprogne de ses morceaux ; il a une saveur amère et poivrée ; il colore à peine l’eau froide ; il communique à l’eau chaude une couleur jaune paille, une odeur poivrée et une assez forte amertume. La liqueur n'offre aucun changement de couleur, de quelque côté qu’on la regarde.

Ébène verte-brune.

Je commencerai cet article par faire une rectification à Particle Eeèxe vERTE inséré tome IE, p. 500. On connaît à Cayenne deux espèces d’ébène verte qui se trouvent ainsi décrites dans le Mémoire sur l'exploitation des bois de la Guyane , par Guisan ; de l'imprimerie royale, à Cayenne ; 1785.

« Ébène verte. Ce bois ne flotte pas étant sec. Il est un peu moins dur que le bois de fer, mais extrêmement liant. Il est incorruptible dans Peau et dans l'air. Sa grande dureté fait qu’on ne l’emploie presque pas. Ce serait un excellent bois pour les pièces massives, même pour les madriers d’arüllerie ; mais il est bien lourd. 11 y a aussi l’ébène soufrée, qui répand une poussière (jaune serin) quand on l’équarrit, comme le ferait un bois vermoulu. Ce bois brüle étant vert , comme l’autre; on en fait des flambeaux en le fendant en lames minces. C’est un excellent bois. »

L'ébène soujrée de Guisan est celle que j'ai décrite la premiére, tome IL,

LÉGUMINEUSES. 329 page 500, sous le nom d’ébène verte, et la description que j’en ai donnée, ainsi que la synonymie, sont exactes. Pour le mieux distinguer à l'avenir des autres ébènes vertes, je lui donnerai le nom d’ébène verte soufrée de Cayenne.

Quant à la seconde espèce d’ébène verte du tome Il, p. 500, la description que j’en ai donnée ne lui convient pas et appartient au bois qui fera le sujet de Particle suivant. Voici la véritable description de la seconde espèce d’ébène verte de Cayenne.

Ébène verte grise de Cayenne ; première ébène verte de Guisan. Bois à structure fibreuse très marquée, et cependant très dense et d’une grande dureté. 11 est d’un fauve grisâtre, avec des stries jaunâtres, et présente une sorte de demi-transparence ou d’aspect corné. Il se fonce beaucoup à l’air et y acquiert une couleur de châtaigne. [l est insipide et beaucoup moins riche en matière colorante que l’ébène soufrée ; cependant cette matière colorante est de même nature et devient d’un rouge pur par les alcalis.

Ce bois porte à Cayenne et dans le commerce le nom d’ébène noire qu’il ne mérite guère, et il le porte également sur une belle table en différents bois de Cayenne , que j’ai vue en la possession de M. Gaston Reguault , pharmacien. Dans une collection de bois de Cayenne qui se trouve au dépôt de la marine , à Paris, il porte le nom d’ébène grise qui lui convient mieux, et c’est sur cet échantillon que je m’appuie pour lui donner le nom d’ébène verte grise de Cayenne. Je ne puis maintenant décider si le guirapariba de Margraff (page 108) se rapporte à ce bois ou au suivant.

Ébène verte brune, Ce bois, qu’il ne faut plus confondre avec lébene verte grise de Cayenne, est encore beaucoup plus dense et plus pesant. Il arrive sous forme de büches cylindres pourvues d’une écorce d’apparence fibreuse, mais assez dure et cassante. L’aubier est très mince, blanchâtre et fort dur. Le cœur, qui forme la presque totalité du bois, est encore plus dense et plus

ur, d’une texture très fine, formé de couches concentriques très nombreuses et très serrées, et susceptible d’un très beau poli. I est d’abord d’un vert olive très foncé et veiné. Il brunit considérablement au contact de Pair et finit par devenir presque noir. Il contient énormément de principe colorant jaune verdâtre , soluble dans l’eau et tournant au brun par les alcalis. Je suppose que ce bois vient des Antilles et que c’est lui qui se trouve décrit par M. Holtzapffel sous le nom d’ébène verte de la Jamaïque. Quant à l'arbre qui le produit , ce serait, suivant l’Herminier père, l'ezcæcaria glandulosa , et d’après M. Holtzapffel l'amerimnum ebenus de Swartz ( brya ebenus DC.). Comme je suppose que le brya ebenus produit plutôt le bois suivant, j'aime autant dire que j'ignore l’origine de l’ébène verte brune.

Bois de Grenadille de Cuba.

Ce bois est le grenadille ordinaire du commerce. J'y ajoute le nom de Cuba, afin de le distinguer d’un bois beaucoup plus rare, dont il sera question à la suite du gayac (zygophyllées), qui m’a été indiqué par d’anciens ébénistes comme le vrai bois de grenadille , et parce que je suppose que le grenadille ordinaire est celui qui se trouve indiqué dans un pelit ouvrage de M. Ramon de la Sagra (1) sous le nom de grenadillo, avec la synonymie brya ebenus

(Ù Memorias de Lx Enstitucion agrenoma de Lx Habana, Mabana } 1854.

330 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Brown. Mais je pense que ce bois vient également d’autres parties de FAmérique.

Le bois de grenadille arrive en büches de 8 à 16 centimètres de diamètre , tantôt privées, tantôt pourvues de leur aubier et de leur écorce. L’écorce est très mince, légère, jaunâtre, fibreuse, s enlevant facilement par lames fibreuses, L’aubier est peu épais, blanc jaunâtre, dur et compacte. Le bois est très dur et pesant, formé de couches concentriques très nombreuses , dont les unes sont verdâtres et les autres rougeâtres. La coupe longitudinale offre au centre des nœuds très agréablement dessinés. Ce bois est un des plus estimés pour le tour.

Ébène noire du Brésil.

Nommée communément ébène de Portugal. {1 ne faut pas confondre ce bois avec l’ébène rouge du Brésil qui me parait due à un diospyros. L’ébène noire du Brésil est probablement produite par le melanozylon brauna de Schott., de la tribu des cæsalpiniécs. En ayant donné la description tome IE, p- 549, je ne la répélerai pas ici.

‘ Bois de Boco et de Panacoco.

11 existe une grande confusion entre ces deux bois dont le premier est produit par le bocoa prouasensis d’'Aublet, et le second par son robinia panacoco, dont de Candolle a fait son swartzia tomentosa, moyennant la supposition qu’'Aublet s’est trompé dans la description et dans la figure de la fleur et du fruit.

La confusion consiste en ce que les deux bois , qui existent bien tous deux dans le commerce, portent tantôt les noms de boco ou de paracoco, tantôt ceux de bois de coco, de bois de fer ou de bois de perdrix qui leur correspondent , sans qu’on puisse avoir la certitude que ces noms sont bien ou mal appliqués ; et les échantillons que l’on trouve dans les collections du gouvernement ne sont guère propres à décider la question.

Par exemple , au dépôt de la marine, à Paris, le bois de boco et le panacoco sont le même bois et sont du bois de perdrix.

Au Muséum d'histoire naturelle, le bois de boco est le bois de coco ou le bois de fer du commerce , et le bois de fer est du bois de perdrix.

Sur la table de M. G. Regnault, c’est le contraire : le bois de boco est du bois de perdrix et le panacoco est du bois de coco.

Enfin , sur une petite table composée de bois de Cayenne , que je posséde, de même qu'au Muséum, le boco est du bois de coco , et le panacoco est du bois de perdrix. C’est cette dernière synonymie que je préfère aujourd'hui et que je vais suivre , contrairement à celle que j'avais adoptée précédemment.

Bois de boco ; bocoa prouasensis Aubl.; bois de coco ou -hois de fer du commerce. Le tronc de cet arbre s'élève à plus de 20 mètres sur 1 mètre et plus de diamètre ; son écorce est grisätre et lisse ; le bois extérieur est blanc; l'intérieur est de couleur brune mélée de vert jaunâtre; il est dur et très compacte ( Aublet).

Le bois de coco du commerce est extrêmement dur et pesant, d’un gris brunäâtre presque uniforme , pourvu d’un aubier jaune presque aussi dur et

LÉGUMINEUSES. 51 aussi compacte que le bois. Sa coupe transversale polie offre un pointillé gris sur un fond brun marqué d’une rayure régulière et très fine , allant du centre à la circonférence et visible seulement à la loupe. On y observe aussi, mais en petite quantité, des lignes concentriques trés fines, blanchätres, ondulées ou comme tremblées. La coupe longitudinale offre un grain très fin, gris brunätre et jaunâtre, parsemé de petites taches linéaires brunes, qui sont des vaisseaux rompus remplis d’un suc propre rougeâtre. L'Ecole de pharmacie possède un beau morceau de ce bois, qui a 34 centimètres de diamètre, avec un aubier de 3 centimètres. La limite de couleur entre le bois et l'aubier forme un cercle presque régulier.

Bois de panacoco on bois de fer d’Aublet ; robinia panacoco Aubl. ; bois de panacoco du dépôt de la marine , du Muséum d'histoire naturelle et de ma table du bois de Cayenne; bois de perdrix du commerce de Paris.

Le grand panacoco d’Aublet est un des arbres les plus grands et les plus gros de la Guyane. Son tronc s’élève à plus de 20 mètres sur 4 mètre de diamètre. Ce tronc est porté sur 7 à 8 côtes réunies ensemble par le centre et sur toute leur hauteur qui est de 2,3 à 2,6. Ces côtes, nommées arcabas, sont épaisses de 12 à 16 centimètres et en se prolongeant, à mesure qu’elles approchent de terre , elles forment des cavités de 2 mètres à 2",60 de largeur et de profondeur, entre lesquelles se retirent les bêtes fauves. L’écorce des arcabas est lisse et cendrée ; le bois de l’aubier est blanc et celui du cœur rouge. L’écorce du tronc est brune, épaisse, gercée et raboteuse ; il en suinte quelquefois une résine rougeâtre qui se durcit et noircit à l’air. Le bois du tronc est rougetre , très dur et très compacte ; l’aubier est blanc.

Le bois de perdrix du commerce arrive en bûches de 25 centimètres et plus de diamètre, pourvues d’une écorce brune, mince, légère et fibreuse ; laubier est gris plutôt que jaune et plus ou moins épais. Le cœur est brun , nuancé de rouge et de vert noirâtre. La limite du bois, observée sur la coupe transversale, est moins nette que dans le bois de boco, et forme comme des bavures bleuâtres qui pénètrent dans l’aubier ; cette même coupe polie offre un pointüllé blanc moins serré que le boco, et la loupe y fait découvrir la même rayure fine et rayonnante : mais ce qui domine tout, ce sont d'innombrables lignes blanches concentriques, aussi apparentes que les points blancs. La coupe faite suivant l'axe présente une véritable marqueterie de petits carrés diversement colorés, et on y observe de plus des lignes blanches longitudinales très apparentes, dues à des vaisseaux ouverts. Ce qui a fait donner à ce bois le nom de bois de perdrix , c’est que, lorsqu'il est scié longitudinalement, de manière que la coupe forme un angle très aigu avec l’axe , il offre des hachures blanchâtres, sur un fond brun rougeâtre , qui imitent l’aile de la perdrix. Le cœur du panacoco présente quelquefois le même effet, mais d’une manière beaucoup moins marquée. .

Bois de Vouacapou ou d'Angelin de la Guiane.

Vouacapoua americana Aubl. ; andira racemosa Lam. L’angelin de la Guyane est un fort grand arbre dont le tronc a près de 20 mètres de hauteur sur 65 à 70 centimètres de diamètre. L’aubier est blanchâtre et peu épais ; le cœur est fort dur et d’une grande solidité, Sa coupe horizontale présente

une quantité innombrable de points blanchätres sur un fond brun noirâtre, et ces points, suivant qu'ils sont plus serrés ou un peu plus espacés, donnent lieu à des cercles concentriques plus ou moins foncés et très multipliés. La coupe longitudinale présente de même une infinité de fibres blanchäâtres (clostres) presque également répartis sur un fond noirâtre , ce qui donne à ce bois une certaine ressemblance avec celui des palmiers, et jai déjà dit que c’est celte ressemblance qui a valu à l’'andira des Antilles ( andira inermis ) le nom de bois palnuste (page 308). Cette même disposition de fibres produit, dans certains cas, sur les coupes parallèles à l’axe, des images approchant d’un épi de blé , d’où vient le nom d’épi de blé que ce bois porte dans le commerce, à Paris. Enfin le bois de vouacapou coupé suivant des plans obliques à l'axe, présente la marbrure hachée des ailes de perdrix, et c’est lui, ainsi que les autres bois d'andira, qui porte dans l’ouvrage de M. Holtzapffel le nom de partridge-wood ou de bois de perdrix.

Les marchands de bois des iles à Paris, vendent, sous les noms de bois de Saint-François et de bois de Saint-Martin , des bois de la nature du boïs de perdrix et du vouacapou et qui présentent les mêmes dispositions de couleurs et les mêmes imitations d’ailes d’oiseau.

Bois de Coumarou.

Dipterix odorata Willd. ; coumarouna odorata Aubl. Cet arbre élevé de 20 à 27 mètres sur un tronc de 1 mètre de diamètre , est le même que celui qui nous donne la fève touka. Son bois est d’une dureté comparable à celle du gayac, ce qui lui en a fait donner le nom à Cayenne. Il est d’un jaune rusé , formé de fibres d'une très grande finesse, présentant sur la coupe longitudinale , tantôt l'apparence du bois de perdrix dont les couleurs seraient éclaircies, adoucies et fondues l’une dans l’autre , tantôt l’image d’une chevelure ondoyante.

Ce bois pourrait servir à faire de très jolis meubles ; malheureusement il est très souvent traversé, de part et d’autre, par des galeries creuses, assez larges pour y introduire le doigt et qui doivent y avoir été pratiquées par un insecte de sou pays natal, lorsqu'il est encore vert; car sa dureté est si grande, quand il est sec, qu’on ne concevrait pas qu’un insecte pût l'entamer.

Bois de Courbaril ( 6g. 554).

Hymenæa courbaril L. Tribu des cæsalpiniées ou cassiées. Le courbaril est un arbre trés élevé qui croit au Mexique , au Brésil et dans les Antilles. Les feuilles en sons alternes, pétiolées et composées d’une seule paire de {olioles coriaces, rapprochées, comme conjuguées , luisantes , d’un vert foncé, ovales-lancéolées, aiguës , très entières ; les fleurs sont disposées au sommet des rameaux en grappes pyramidales ; elles renferment 10 étamines distinctes, renflées au milieu ; un ovaire stipité et un style filiforme. Les fruits, que lon trouve fréquemment chez les marchands de curiosités, sont formés par une gousse très courtement stipitée, longue de 13 à 19 centimètres, large de 5,5 à 8, aplatie, non déhiscente, Cette gousse est composée d'une enveloppe ligneuse , rougeâtre, un peu rugueuse , luisante, contenant

l LÉGUMINEUSES. 333

une pulpe fibreuse, jaunätre, mélée d’une poussière sucrée et agréable au goût. On trouve au milieu de cette pulpe 4 à 5 semences brunes, grosses comme des fèves et elliptiques. Il découle du tronc et des rameaux de cet arbre une grande quantité d’une résine jaunâtre, transparente, diflicile à dissoudre , ayant beaucoup de rapport avec l’animé orientale ou copal dur, et connue sous le nom d’animé occidentale ou de copal tendre. Le bois dont je m’occuperai seulement ici, est rouge, très dur, pesant, à structure santaline

Fig, 554,

très serrée , offrant par suite, sur sa coupe longitudinale , de petites lignes creuses (clostres ouverts), semblables à des mouchetures faites au burin , et alternativement dirigées dans deux sens différents. L’aubier a la couleur du bois de chêne et n’est pas employé; le bois du cœur peut servir à faire des meubles, des ustensiles et des engins mécaniques d’une grande résistance et d’une grande solidité ; mais sa couleur rouge brune trop uniforme , et le défaut de poli causé par les mouchetures dont j’ai parlé, empêcheront toujours qu’il ne soit employé pour les meubles de prix. Le bois du Brésil, dit de courbaril, que les ébénistes emploient à faire de si beaux meubles, est du gonzalo-alvès, produit par lastronium fraæinifolium, de la famille des térébinthacées.

Indépendamment des bois précédents qui, en raison de leur application à la teinture ou à Pébénisterie, forment le sujet d’un commerce plus ou moins important, on trouverait dans les légumineuses de notre pays ou dans celles que la culture y a naturalisées, des bois qui pourraient'être employés aux mêmes titres; tels sont, parmi les bois bruns, ceux du faux ébénier (cytisus laburnum) et du robinier faux-acacia (robinia pseudo-acacia), et parmi les bois jaunes ou rouges , le févier à trois épines ( gymnocladus triacanthos ) , le caragana arborescens, le virgilia lutea , le sophora japomica, etc,

33h DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Genêt des Teinturiers.

Genista tinctoria L.; tribu des lotées. Car. gén, : Galice campanulé, à deux lèvres, dont la supérieure à deux dents et l’inférieure à trois ; corolle papillonacée , à étendard réfléchi en dessus, à deux ailes oblongues et divergentes, et à carène pendante ne recouvrant pas entièrement les organes sexuels. 10 étamines monadelphes; ovaire ovale ou oblong , à style relevé et à stigmate velu d’un côté. Légume comprimé, ovale ou oblong , contenant une ou plusieurs graines.

Le genêt des teinturiers , nommé aussi genestrole, ne forme le plus souvent qu’un petit arbuste, haut de 35 à 60 centimètres , divisé dès sa base en rameaux nombreux, effilés, striés, glabres, garnis de feuilles simples , lancéolées, presques sessiles, légèrement ciliées sur le bord. Les fleurs sont assez petites, jaunes, disposées, au sommet des rameaux, en grappes longues de 5 centimètres. Le calice et les légumes sont très glabres.

La génestrole croît sur les collines, dans les pâturages secs et sur le bord des bois. Elle passe pour purgative et émétique, surtout ses graines, mais elle est inusitée. Elle a été très usitée dans Ja teinture en jaune, mais elle est aujourd’hui remplacée par la gaude. En 1820, M. Marochetti, médecin russe , l’a préconisée contre la rage; mais les essais qui en ont été faits en France n’ont pas été favorables à son efficacité.

Parmi les autres espèces du même genre qui pourraient être employées aux mêmes usages ; il faut citer

Le genèt purgatif, genista purgans Lam., dont les feuilles sont simples, linéaires-Jancéolées, pubescentes ; calices et légumes velus; 50 à 60 centimètres de hauteur.

Le senèt herbacé, genista sagittalis L.; divisé dès la base en rameaux herbacés, longs de 14 à 22 centimètres , chargés d'ailes foliacées, sous-articulés , et pourvus de feuilles simples, ovées-lancéolées.

Le genêt commun Ou genêt à balais: genista scoparia Lam., cytisus scopartus Link; arbrisseau haut de 100 à 160 centimètres, à rameaux eflilés, très flexibles, marqués de deux angles saillants; à feuilles inférieures pétiolées et trifoliées, les supérieures simples, presque sessiles, ovales-lancéolées. Les fleurs sont grandes, d’un jaune d’or. Elles sont pédicellées et solitaires dans l’aisselle des feuilles supérieures, formant, par leur rapprochement, une sorte de grappe.

Le genêt d’Espagne, genista juncea Lam., spartium junceun L.; arbrisseau de 2",5 à 3 mètres, à rameaux nombreux, junciformes, munis d’un petit nombre de feuilles éparses, lancéolées, glabres, et ter-

minés par une grappe de fleurs jaunes, grandes et odorantes. Cette espèce croît naturellement sur les collines sèches, en Italie, en Espagne et dans le midi de la France. On la cultive dans les jardins.

Méiilot ofMficinal (fs. 555).

Melilotus officinalis Willd., tribu des lotées. Car. gén. : Galice

tubuleux à 5 dents; carène simple à ailes plus courtes que l'étendard ; légume plus long que le calice, coriace, | mono- ou oligosperme, — Car. spéc. : Fig. 335. Tige dressée, rameuse ; rameaux très ouverts; folioles lancéolées - oblongues, obtuses, à dentelure lâche , à stipules sétacées ; dents du calice de la longueur du tube ; étendard brun, strié ; ailes égalant la carène ; légume disperme , obové, lanugineux - rugueux ; style filiforme, de la longueur du légume ; semences inégalement cordiformes.

Le mélilot officinal est commun en France, dans les champs cultivés. Sa racine est pivotante et bisannuelle ; ses tiges sont hautes de 35 à 70 centimètres, un peu étalées à leur base, ensuite redressées, garnies de feuilles ternées dont la foliole terminale est pédicellée et éloignée des deux autres. Ses fleurs sont petites, d'un jaune pâle, nombreuses, pendantes et disposées en longues grappes dans les aisselles des feuilles supérieures.

Il leur succède des légumes ovoïdes, ne contenant le plus souvent qu’une seule graine.

Le mélilot n’a qu’une faible odeur à l’état frais ; mais il acquiert par la dessiccation une odeur plus forte et très agréable, ce qui le rend propre à aromatiser le foin auquel il se trouve mêlé, et à le rendre plus agréable aux bestiaux.

On doit à M. Chatin l'observation que , sur les marchés de Paris, on vend souvent, au lieu de mélilot officinal, le melilotus arvensis Wallr. Le premier est en bottes longues de 30 à 35 centimètres, formées de rameaux assez uniformes et privées de plantes étrangères. Les bottes du second ne dépassent pas 20 ou 25 centimètres, et sont mélangées d’un grand nombre de plantes étrangères qui ont été coupées au même temps. Le mélilot des champs est d’ailleurs un peu moins aromatique.

En 1820, M. Vogel avait cru reconnaître dass la fleur de mélilot la

336 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

présence de l’acide benzoïque ; mais, comme il admettait le même acide dans la fève tonka, le fait devenait douteux, au moins pour moi, qui avais reconnu antérieurement que le principe aromatique de la fève tonka était un principe particulier, non acide, auquel j'avais même donné le nom de Counarime. Depuis cette époque, plusieurs pharmaciens (MM. Chevalier, Thubeuf, Cadet, Guillemette) ont obtenu le principe aromatique du mélilot, soit en distillant les fleurs avec de l’eau , soit en les traitant par l'alcool, et ont reconnu son caractère non acide et son identité avec la coumarime de la fève tonka. (Journ. de Pharm., LAXI,p#17.)

Séné ( feuilles et fruits ).

Le séné provient de plusieurs arbrisseaux du genre cassia, de la décandrie monogynie de Linné, des dicotylédones polypétales périgynes de Jussieu et de la famille des légumineuses. Il y en a plusieurs espèces qui varient par la forme de leurs feuilles, ce qui est cause que G. Bauhin et d’autres botanistes, à son exemple, les avaient distinguées en senna alexandrina foliis acutis, et senna italica foliis obtusis. Linné les réunit sous le seul nom spécifique de. cassia senna ; mais les botanistes modernes ont compris de nouveau le besoin de les séparer. Beaucoup ne distinguent encore que les deux espèces de Baubin; cependant celle à feuilles aiguës présente plusieurs sous-espèces ou variélés qu'il est nécessaire de décrire séparément , en raison des produits différents qu’elles fournissent au commerce.

PREMIÈRE ESPÈCE : cassiæ obovata CGolladon (fig. 336). Sous-arbrisseau de 35 à 50 ceutimètres d’élévation, garni de feuilles stipulées, pétiolées, à 6 rangs de folioles opposées. Le pétiole n’est muni d’aucune glande; les folioles sont elliptiques, obovées ou obcordées, c’est-à-dire en forme d’œuf ou de cœur dont la pointe est tournée vers le pétiole, et elles sont terminées à leur extrémité par une petite pointe brusque. Elles sont minces, vertes, semblables pour les nervures, la saveur et l’odeur à celles de l’espèce suivante. Ses fleurs sont portées sur des grappes axillaires, au moins aussi longues que les feuilles; elles offrent un calice à 5 sépales, une corolle à 5 pétales inégaux, 10 étamines libres et inégales, 1 ovaire stipité ; le fruit, auquel on donne vulgairement le nom de follicule, est un légume membraneux, plat , étroit, très arqué, d’une

Fig. 336.

LÉGUMINEUSES. 351 couleur noirâtre, contenant de 6 à 8 semences, semblables pour Ja forme à celles du raisin, et surmontées chacune , à l'extérieur, d’une arête saillante, Cette espèce de séné croît naturellement dans la haute Égypte, dans la Syrie, en Arabie, dans l’Inde, au Sénégal; elle a été cultivée longtemps dans plusieurs parties de l'Europe méridionale, et surtout en Italie, d’où elle a pris le nom de séné d'Italie. Ses feuilles passent pour être moins purgatives que les suivantes, et les fruits ou follicules sont tout à fait rejetés. La plante se trouve parfaitement représentée dans la planche I"° de l’ouvrage de Nectoux, intitulé Voyage dans La haute Égypte, Paris, 1808.

DEUXIÈME ESPÈCE : cassta acutifolia de Delile (For. Ægypt., p. 75, tab. XX VIT, f. 1. Excluez toutes les autres synonymies). Cette espèce forme un arbrisseau de 60 à 400 centimètres de hauteur. Sa tige est courte et ligneuse ; ses rameaux sont droits et minces ; les pétioles sont dépourvus de glandes, et portent de 5 à 6 paires de folioles, qui sont longues de 27 à 34 millim., larges de 7 à 14, et d’une forme /ancéolaire, c’est-à-dire allongée et terminée insensiblement en pointe à ses deux extrémités. Elles sont assez fermes, roides, d’une couleur verte pâle, un peu glauque à la surface postérieure, jaunâtre en dessus; on y remarque une nervure longitu-

dinale très apparente et saillante Fig. 337.

à la surface postérieure, et de

; : & laquelle partent de 6 à 8 paires SSI

de nervures latérales, à peu près aussi apparentes sur l’une et l’autre face, égales entre elles, assez régulièrement espacées et dirigées vers le sommet de la feuille. Elles ont une saveur un peu âpre, ensuite mucilagineuse et très peu amère; leur odeur est assez marquée et nauséeuse. Les fruits sont tout à fait plats, longs de 40 à 55 millim., larges de 20 à 27, arrondis, très peu arqués, lisses et sans arêtes saillantes au milieu, noirâtres au centre, verts sur le bord, renfermant de 6 à 9 semences. Ce séné croît principalement dans la vallée de Bicharié, au delà de Sienne, sur les confins de l'Égypte ct de la Nubie. TROISIÈME ESPÈCE Où VARIÉTÉ : cassia cœthiopica Guib, (fig. 337); ILE. 99

338 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

cassia ovata Mérat, Dict. mat. méd. À Y'exemple de M. Mérat, je pense que ce séné doit être séparé du précédent, à cause de la constance des caractères qui le distinguent, et parce qu’il fournit une sorte commerciale abondante et toujours identique avec elle-même, qui est le séné de Tripoli ; mais, au lieu de donner avec M. Mérat, comme représentant de cette espèce , le cassia lanceolata de Colladon (pl. XV, f. G), je dis qu’elle est exactement représentée par le séné de Nubie de Nectoux (ouvrage cité, pl. II). Ce séné s'élève au plus à la hauteur de 50 centimètres ; ses pétioles sont pourvus d’une glande à la base , et d’une autre entre chaque paire de folioles. Les folioles sont au nombre de 3 à 5 paires; elles sont pubescentes , ovales-lancéolées, longues de 16 à 20 millimètres , larges de 7 à 9, et par conséquent plus petites, moins allongées et moins aiguës que celles du cassia acutifolia. Les fruits sont plats, lisses, non réniformes, arrondis, longs de 25 à 35 millimètres, d’une couleur blonde ou fauve, et ne contiennent que 3 à 5 semences. Cette espèce croît principalement en Nubie, dans le Fezzan au sud de Tripoli, et probablement dans toute l’Éthiopie.

QUATRIÈME ESPÈCE Ou VARIÉTÉ : cassia lanceolata Forsk. Forskal, dans sa {lore d’ Arabie, fait mention de trois espèces de séné : La première est son cassia lanceolata foliis quinquejugis ; foliolis lanceolafis, pollicariis, breviter petiolatis ; glandula sessili supra basin petioli ; legum. non maturis linearibus, villosis, compressis , incurvis : cette espèce est celle que M. Fée a décrite sous le nom de cassia elongata. La seconde est le cassia medica petiolis non glandulosis, que M. Delile pense être semblable au cassia acutifolia. La troisième est un senna Meccæ Lohajæ, foliis 5-7 jugis, lineari-lanceolatis, qui est ce que nous nommons séné de la pique où séné moka ; je la regarde comme une simple variété du cassia lanceolata.

Indépendamment des arbrisseaux précédents, il y en a un, totalement différent, qui croît en Égypte et dont les feuilles se trouvent mêlces au séné du commerce. Cet arbrisseau est l’arguel, cynanchum argel de Delile (solenostemma arghel Hayn), de la pentandrie digynie, et de la famille des asclépiadées. Ses feuilles (fig. 338) sont de forme variable, mais le plus souvent lancéolaires et de diverses grandeurs. Elles sont plus épaisses que celles du séné, peu ou pas marquées de nervures transversales, chagrinées à leur surface et d’un vert blanchâtre ; elles ont une saveur beaucoup plus amère que le séné, avec un arrière-goût sucré ; elles jouissent d’une odeur nauséeuse assez forte, et sont douées d’une propriété purgative, mais irritante, qui en rend l'usage peu sûr. Les fruits, que l’on trouve aussi quelquefois mêlés au séné , sont formés d’un vrai follicule (ou péricarpe sec s’ouvrant par une fente longitudinale } ; celui-ci est ovale, terminé par une pointe allongée et

D Ant

-voir tont le séné qui vient de l'Abyssi-

conique , blanchâtre, un peu épais, demi-solide, contenant un grand nombre de semences aigrettées.

Commerce du séné : Séné de la palte. D’après Rouyer (Ann. de chim., t LNI, p. 465), le commerce du séné se fait surtout par la voie de l'Égypte, où les Ababdeh, tribu d’Arabes qui habitent les confins de l'Égypte supérieure, se le sont approprié. Ce sont eux qui vont chercher le séné au delà de Sienne, principalement dans la vallée de Bicharié, et qui le rapportent dans cette ville, où en est le premier entrepôt. Ils y apportent aussi l’arguel ct le séné à feuilles rondes, qu'ils récoltent au-dessus et au-dessous de Sienne.

On trouve à Esné , autre ville de Ja haute Égypte, sur la rive gauche du Nil, un second entrepôt destiné à rece-

Fig. 338.

nie, de la Nubie et de Sennar, d'où il en arrive une quantité assez consitlérable par les caravanes qui amènent les nègres en Égypte. Ce séné est de la même espèce que celui qui croît dans la vallée de Bicharié (cassia acutifolia) ; seulement les feuilles en sont plus petites et plus vertes, et les follicules plus courtes et plus étroites. Ce séné, qui appartient probablement au cassia œæthiopica , arrive ordinairement mondé de ses branches, et n’est mêlé ni de séné à feuilles obtuses, ni d’arguel, ce qui le fait estimer davantage. On dépose aussi à Esné tout le séné à feuilles obtuses que l’on recueille dans la haute Égypte.

Lorsque la récolte du séné est terminée (on la fait à la maturité des follicules, vers le milieu du-mois de septembre), on embarque sur le Nil tout celui qui a été amassé dans les magasins de Sienne et d’Esné, pour le faire passer au dépôt général à Boulac, auprès du grand Caire, où il vient tous les ans, de Sienne, 7 à 8000 quintaux de séné à feuilles aiguës (cassia acutifolia), 5 à 600 quintaux de séné à feuilles obtuses (cassia obovata), et 2000 à 2400 quintaux d’arguel ; et de la ville d’Esné environ 2000 quintaux de séné de Sennar (cassia œthiopica), et 800 quintaux de séné à feuilles obtuses. Il y vient, en outre, par Suez et par les caravanes du mont Sinaï, 12 à 1500 quintaux de séné à feuilles obtuses, ce qui fait un total de 15 à 16000 quintaux brut de séné,

340 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

qu'on verse tous les ans au dépèt de Boulac. Là, on monde le séné des corps étrangers et des branches ; on met à part les follicules, qui sont livrées séparément au commerce; on concasse légèrement les feuilles des trois espèces, et surtout celles du séné obtus et de l’arguel, pour mieux les confondre entre elles, et l’on fait un mélange du tout. C’est ce mélange qui nous arrive sous le nom de séné de la

Fig. 339.

palle, à cause d’un impôt nommé palte auquel il est assujetti. Il faut avoir soin, dans les pharmacies, de le monder de l’arguel, et des pétioles du séné , ou bächettes, qui n’ont pas la même propriété que les feuilles : alors il est très estimé et présente les caractères des feuilles du . cassia acutifolia, qui en forment la plus grande partie. (Voy. fig. 339.)

Séné de Syrie ou d'Alep (fig. 310). Ce séné, qui vient quelquefois directement de Syrie, offre les caractères des feuilles du cassia obovata, tels qu’ils ont été donnés précédemment; il est inutile de les décrire de nouveau.

Séné du Sénégal, Ce séné, dont le ministre de la marine a fait remettre une fois une certaine quantité aux hôpitaux de Paris, appartient à l’espèce du cassia obovata, comme le précédent ; il en diffère cependant par ses feuilles et ses follicules plus petites, et par la couleur glauque de toutes ses parties. Il a été essayé dans les hôpitaux : les feuilles ont été trouvées peu actives, et les follicules presque inertes. (Journ. de pharm., t XIV, p. 70.)

LÉGUMINEUSES. 3h1

Séné de Tripoli d'Afrique (fig. 341). Ordinairement plus brisé que le séné palte, ce séné est composé de feuilles généralement plus petites, moins aiguës, un peu moins épaisses, plus vertes et d'une

Fig. 340.

odeur herbacée. On n’y trouve ni follicule palte, ni séné à larges feuilles, ni arguel. On n’y voit que des débris de ses propres follicules , reconnaissables à leur petitesse et à leur couleur blonde ; tous ces caractères ,

qui se rapportent à ceux du séné de Sennar mentionné par Rouyer , m'avaient fait supposer qu’une partie seulement de cette sorte était portée en Égypte, pour y être mêlée au séné palte , et que le reste était transporté par des caravanes dans la régence de Tripoli;

Fig. 341.

mais, d’après les renseignements qui ont été donnés à M. Poutet, de Marseille, par M. Melchior Autran, ce séné est apporté à Tripoli par les caravanes qui viennent du Fezzan : il appartient au cassia

ethiopica.

342 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Séné Moka | fig. 342). Ce séné est en feuilles longues de 27 à 54 millimètres , très étroites et presque subulées (1) ; elles sont presque

Fig. 342. Fig. 343.

toujours jaunies par l’action de l'air humide ; les follicules, qu’on trouve en petite quantité mêlées aux feuilles, sont linéaires , longues de 35 à 80 millimètres, larges de 16 à 18 ; peu courbées , semblables Fa reste aux follicules palte par leur couleur verte à la circonférence , noirâtre au centre, et par leur surface unie.

Séné de l'Inde (fig. 343). Ce séné nous arrive par le commerce anglais; malgré son nom, sa grande ressemblance avec le séné moka m'avait fait supposer qu’il provenait aussi d'Arabie, d'autant plus que, suivant Ainslie, le seul séné naturel à l'Inde est celui à feuilles obtusces (Mat. indica, 1, p. 389). M. Pereira m'a tiré d'incertitude en m'apprenant que le séné de l’Inde est du cassia lanceolata d'Arabie, transporté à Znnevelly, dans la partie méridionale de l'Inde , où il est cultivé en grand, pour le commerce. Ce séné arrive parfaitement : mondé et en grandes feuilles minces, vertes, aussi longues, mais moins étroites que le séné moka. Il partage avec le séné moka l'inconvénient de jaunir et de noircir promptement par l'exposition à l'air un peu humide. Ses follicules n'arrivent pas avec ; mais elles ressemblent à celles du séné moka.

Sénés d'Amérique. Les feuilles de plusieurs cassia d'Amérique ont

(4) Ces feuilles sont souvent beaucoup plus étroites que la figure ne les représente.

, LÉGUMINEUSES. 3h43 la propriété purgative du séné ,‘et le remplacent dans cette partie du monde : tels sont entre autres le cassia cathartica, nommé au Brésil sena do Campo ; le cassia liqustrina croissant de Cayenne à la Virginie; les cassia occidentalis, obtusifolia et emarginata de la Jamaïque, et surtout le cassia marylandica des États-Unis. Celui-ci a les folioles

-elliptiques, égales, mucronées, plus grandes que celles du cassia obovata.

Follicules de séné, On connaît dans le commerce trois sortes de follicules de séné, sous les dénominations de fo/licules palte, Tripoli et d'A/ep, qui appartiennent aux sénés de mêmes noms ou de mêmes pays.

Les follicules de la palte (fig. 339), sont grandes, larges, peu recourbées, d’un vert sombre et noirâtre à l'endroit des semences, lisses et aplaties. Les follicules de Tripoli ou de Sennar (fig. 341), se distinguent des précédentes parce qu’elles sont plus petites, et d’un vert plus clair tirant sur le fauve ; elles sont moins estimées. Enfin, les follicules d'Alep ou de Syrie (fig. 340) appartiennent à larbuste qui donne le séné à larges feuilles ; elles sont noirâtres, étroites, très contournées ou d’une forme demi-circulaire , et présentent une aspérité membraneuse sur chaque semence. Beaucoup de personnes donnent à ces fruits le nom de follicules moka ; mais c’est tout à fait à tort, car la follicule moka (fig. 342) est bien différente.

Analyse chimique. Le séné de la palte a été analysé par Bouillon- Lagrange , et, plus récemment, par MM. Lassaigne et Feneulle ( Journ. de pharm., t. VIT, p. 548). Ces derniers chimistes en ont retiré : 1° De la chlorophylle; 2° une huile grasse ; 3° une huile volatile peu abondante: 4° de l’albumine; 5° une substance extractive qu’ils considèrent comme le principe actif du séné, et qu’ils ont nommée cathartène ; 6° un principe colorant jaune ; 7° du muqueux ; 8° des malate et tartrate de chaux ; 9° de lacétate de potasse ; 40° des sels minéraux.

Falsi fication du séné. Si nos commerçants n’ont pas à se reprocher de falsifier le séné avec l’arguel, puisque cette plante pernicieuse y est ajoutée dans le pays mêine où on le récolte, quelques uns d’entre eux se rendent coupables d’une fraude encore plus condamnable, déjà ancienne , et qui a été signalée de nouveau par M. Dublane , à l’occasion d'accidents graves survenus à la suite de l’usage d’un faux séné. (Journ. de chim. médic., 1. Y, p. 28k). M. Dublanc reconnut que cette substance n’était pas du séné, mais n’en put déterminer l'espèce , à cause de l’état de division dans lequel elle avait été livrée; plus heureux que lui, j'ai pu me procurer la feuille entière, et Clarion , à qui je l'ai présentée , l’a reconnue pour être celle du REDOUL (cortaria myrtifolia), arbrisscau qui croît dans la Provence ct le Languedoc , dont les feuilles,

34h DICOTYLÉDONES CALICIFLORES. +

très astringentes et vénéneuses, servent dans la teinture en noir et dans le tannage des cuirs, et dont les fruits causent des convulsions, le délire et même la mort, aux hommes et aux animaux.

Je décrirai plus loin cet arbrisseau si dangereux, mais je ne puis me dispenser de faire connaître ici les caractères de ses feuilles (fig. 34h ). Elles sont ovaleslancéolées , glabres, très entières , larges de 7 à 27 millimètres , longues de 20 à 50 millimètres ; elles offrent, outre la nervure du milieu, deux autres nervures très saillantes, qui partent comme la première du pétiole, s’écartent et se courbent vers le bord de la feuille et se prolongent jusqu’à la pointe. Dans les plus grandes feuilles on observe quelques autres nervures transversales qui joignent les trois premières ; mais dans les plus petites, qui peuvent seules être confondues avec le séné, on n’aperçoit que les trois nervures principales, et ce caractère suffit pour les distinguer. D'ailleurs ces feuilles sont plus épaisses que celles du séné, un peu chagrinées à leur surface, non blanchâtres comme larguel, douées d’une saveur astringente non mucilagineuse, ct d’une odeur assez marquée et un peu nausécuse,

Pour distinguer encore mieux ces trois sortes de feuilles, je les ai concassécs, el j'ai traité une partie de chacune d'elles par 10 parties d'eau bouillante,

Le séné a pris tout de suite une teinte brunâtre; la liqueur filtrée était très brune et avait une saveur peu marquée; le résidu était très mucilagineux.

Les feuilles de redoul ont pris une couleur vert-pomme ; la liqueur était très peu colorée, d’une saveur astringente ; le résidu était sec, non mucilagineux, d’un vert-pomme.

Les feuilles d'arguel ont pris une couleur verte; la liqueur était verdâtre, presque gélatineuse et d’une saveur amère. Elle a filtré avec une grande difficulté.

Fig. 344.

LÉGUMINEUSES. 345 Les trois liqueurs, examinées par les réactifs, ont offert les résultats suivants :

RÉACTIFS. SÉNÉ. REDOUL. ARGUEL.

Noix de galle. Louche. 0. 0.

Pté blanc très abon- Gélatine. 0. vi 0.

Couleur verte

Pté bleu très abon-| et pté gélaant. tineux très abondant.

Sulfate de fer. Couleur verdâtre.

Éméti Pi blangtrésabon| Emétique. t “hrag : très abon-| :

Oxalate d’ammo-

| à fe tres abondant.| Pté très abondant. ! Trouble. niaque. |

Chlorure de re mu | Très trouble, 0.

Deutochlorure de ; ; | Later Rien d’abord. Pté blanc. | 0.

L LE | Réduction : : Réduction instanta- x | ; Rien, puis trouble, : lente ; pré- Ghiormes H'or. brunâtre. mé POUTPTE cipité jaune : métallique.

| Pté jaunâtre trés! Pté jaunâtre passant

1 4 Nitrate d'argent. abondant au noir. |

Pté gélatineux très! b « “ati Rien. Odeur de! abondant, rougis-|Flé &élalilessive, sant à l'air ; odeur, "°Ux, trans-

depetitecentaurée,| Parent.

Potasse caustique.

Plusieurs personnes assurent que l’on falsifie le séné avec les feuilles du baguenaudier (co/utea arborescens L.), de la famille des légumineuses également, Ces feuilles ont effectivement la forme obovée du séné à larges feuilles; mais elles sont beaucoup plus tendres ou plus minces, plus vertes et d’une saveur amère très désagréable ; enfin clles ne sont pas rétrécies à Ja base, et n’offrent pas à l'extrémité la petite pointe roide qui termine les feuilles du séné obtus. Du reste, ces feuilles paraissent être purgatives comme celles du séné,

” Casse ou Fruit du Caneficier.

Cassia fistula Y,. Le cancficier (Gg. 345) est un grand et bel arbre qui appartient au même genre que le séné, Ses feuilles sont formées de

346 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

L ou 6 paires de folioles ovées , sous-acuminées et glabres. Ses fleurs sont disposées en grappes lâches, et sont formées d’un calice à 5 divisions, d’une corolle à 5 pétales jaunes et inégaux , de 10 étamines inégales, dont les trois supérieures sont difformes et stériles, et d’un ovaire stipité qui devient une gousse cylindrique et ligneuse, longue de 15 à 50 centimètres et de 25 millimètres de diamètre. Cette gousse est d’ailleurs brune et unie, formée de deux valves non déhiscentes , réunies par deux sutures longitudinales ; elles offrent dans leur intérieur un grand nombre de chambres formées par des cloisons transversales solides , et contenant une pulpe noire, douce et sucrée, ainsi qu’une semence horizontale, elliptique, rouge, polie, aplatie et assez dure.

Ce fruit est tellement différent de celui du séné, que plusieurs botanistes ont cru devoir en former un genre différent : c’est ainsi que Persoon nommait la casse cathartocarpus fistula, ex Willdenow bactyri- Lobivn fistula ; mais M. Colladon et de Candolle en ont formé seulement une section du genre cassia.

Le caneficier paraît originaire de l'Éthiopie , d’où il s’est répandu en Égvpte, dans l'Arabie, dans l’Inde et l'archipel Indien. On croit qu'il a été transporté en Amérique ; mais il y croît en si grande abondance et cette partie du monde offre tant d’autres espèces analogues , qu'on peut l'y regarder comme indigène. :

Quoi qu’il en puisse être, la casse, qui venait autrefois du Levant, nous arrive aujourd'hui d'Amérique presque en totalité, et l’on ne re-

Fig. 345.

LÉGUMINEUSES. ; 347 marque véritablement aucune différence entre les produits de l'un et de l’autre continent. On doit choisir la casse récente, pleine, non moisie et non sonnante; pour lui conserver ces propriétés, il faut la garder dans un lieu frais, mais non humide.

On emploie la casse en pulpe et en extrait ; la pulpe entre dans l'électuaire catholicum et dans le lénitif : c’estun purgatif doux , mais venteux.

La casse a été analysée par Vauquelin , qui en a d’abord retiré , pour 1,000 grammes (Ana. de chim., t. VE, p. 275) :

VOMER ENORME LE PS CDS. 20e PROMOS . 70,31 Semences ones CEE (5 1014352,62 Pape. ARE PR AG 52

1000,00 La pulpe , traitée par l’eau froide, a laissé une matière parenchyma-

teuse, noire et azotée, pesant sèche 285r-,44. L’extrait a fourni par divers procédés :

ICT ER ee RER Us 148,44

Gélatine (pectine). . . . . 31,25 ROME Pate Me rot te 415,62 lutine. | 2e 7,92 Matière extractive amère. . 5,10 QU LOI RPRE 2. d'F296,98

Lhl5,32

Autres espèces :

Petite easse d'Amérique, Il y à vingt-cinq ans environ qu'une maison de Paris reçut d'Amérique une sorte de casse, qu’on aurait pu prendre d’abord pour de la casse ordinaire cueillie avant sa maturité, mais qu'un examen plus attentif doit faire reconnaître comme une espèce, ou au moins comme une variété distincte. Cette casse est en bâtons Icugs de 33 à 50 centimètres, n’ayant guère que 14 millimètres de diawètre ; elle est d’un brun peu foncé et grisâtre à l’extérieur, et est remplie d’une pulpe fauve, d’un goût acerbe, astringent et sucré. Les valves qui forment le péricarpe sont beaucoup plus minces que dans la casse ordinaire, et le fruit est aiwinci en pointe aux deux extrémités, tandis que la casse ordinaire est arrondie par les bouts. Cette casse a été examinée par Henry père (/ourn. de chim. méd., t. IT) ; elle n’a pas reparu depuis dans le commerce.

Casse du Brésil, cussia brasiliana Lam. L'arbre qui produit cette

348 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

casse est un des plus beaux du Senre. Il croît au Brésil, dans la Guyane et dans les Antilles; ses gousses sont recourbées en sabre, longues de 50 à 65 centimètres, larges de 4 à 8 centimètres, en allant d’une suture à l’autre, comprimées dans l’autre sens, et offrant une surface entièrement ligneuse, rugueuse et marquée de fortes nervures. Une des deux sutures longitudinales offre deux côtes cylindriques très proéminentes , et l’autre suture n’en offre qu'une seule; les cloisons sont très rapprochées el très nombreuses; la pulpe est amère et désagréable. Cette casse n’est pas usitée en Europe; mais elle est employée comme purgative en Amérique.

Tamarinier et Tamarin,

Le tamarin est la pulpe du fruit du fonarindus indica X., bel arbre des Indes, de lAsie occidentale et de l'Égypte, qui a été transplanté en Auérique.

Cet arbre (fig.

346) appartient à la faille des légumineuses. Il est très élevé ; son écorce est épaisse, brune et gercéc ; ses rameaux sont très étendus, ses feuilles alternes et pinnées. Ses fleurs sont roses, irrégulières, pourvues seulement de étimines monadelphes , les 7 autres étant stériles et réduites à l’état rudimentaire, ce qui est cause que Linné a rangé le tamarinier dans sa triandrie. Le fruit est une gousse solide, longue de 11 centimètres, large de 27 millimètres, comprimée ou aplatie, inégalement renfléc et recourbée en sabre; il offre à l’intérieur, dans une seule loge centrale, 3 ou 4 semences rouges, luisantes, comprimées et irrégulièrement carrées; enfin, entre l’endocarpe qui borne cette longue loge et l'épicarpe du fruit, se trouve une pulpe jaunûtre , acide et sucrée ; cette

Fig. 341.

LÉGUMINEUSES. 349 pulpe est traversée par trois forts filaments qui se réunissent à la base de la gousse (1).

C’est cette pulpe qu’on nous envoie séparée de sa gousse, mais contenant encore ses filaments et ses semences, et ayant subi une légère évaporation dans des bassines de cuivre, afin qu’elle puisse micux se conserver. Elle est ordinairement brune ou rouge, d’une saveur astringente, légèrement sucrée.

Le tamarin contient assez souvent du cuivre, qui provient des bassines où il a été préparé; on reconnaît facilement la présence de ce pernicieux métal en plongeant dans la pulpe une lame de fer, qui prend alors une couleur rouge. On doit rejeter le tamarin ainsi altéré, de même qu'il faut éviter de prendre celui qui aurait été falsifié avec de la pulpe de pruneaux et de l'acide tartrique. Auparavant on employait à cet effet l'acide sulfurique; mais, comme cet acide est facilement reconnaissable par la baryte, je crois qu’on y a renoncé.

Le tamarin a été analysé par Vauquelin (Ann. de chim., t, V, 92), qui en a retiré approximativement, sur 100 parties :

AcHECHrIQUe KE . ES: LR, 9,40 PRE. LR SIT. à 5 — malique.. . °.. : 0,45 Surlartrate de potasse, . . . . . 3,25 MGR LL TERNIRNSE « « à 12,50 GONE PRE. Le h,70 Gélatine végétale (pectine).. . . 6,25

Pare RP . . . 3/28 End à DR 27,55

Le tamarin est laxatif et antiputride. 11 entre dans la composition des électuaires lénitif et catholicum double.

Fruit du Caroubiet on Carouge,

Ceratonia siliqua L. Siliqua dulcis des anciennes pharmacopées. Le caroubier (fig. 347), est un arbre de médiocre grandeur, qui croît surtout dans le Levant, en Afrique et dans l’Europe méridionale. 11 s'élève à la hauteur de 7 à 10 mètres, sur un tronc droit, très épais , formé d’un

(4) I paraît exister une différence cotistante entre le fruit du tamarin oriental et celui d'Amérique : le premier est six fois et au delà plus long que large et contient 8 à 12 semences ; le second est à peine trois fois aussi long que large et contient de 1 à 4 semences. ( De Candolle, Prodr., t. IF. p. 489.)

aubier abondant et d'un cœur rouge foncé, dur, veiné, propre à la menuiserie et à l’ébénisterie. L'écorce sert au tannage. Les feuilles sont alternes , persistantes, ailées sans impaire, composées de 2 ou 3 paires de folioles presque sessiles , elliptiques, sous-ondulées , coriaces , brillantes en dessus. Les fleurs sont disposées en grappes axillaires ; elles sont dioïques ou rarement polygames. Les fleurs mâles ont un calice

kig. 347.

fort petit, à 5 divisions ovales et inégales ; pas de corolle; 5 étamines libres, opposées aux lobes du calice , insérées sous la marge d’un disque hypogyne. Les fleurs femelles présentent un ovaire constammentstipité, sous-falciforme , terminé par un stigmate sessile. Le fruit est un légume indéhiscent, linéaire, aplati, un peu arqué, entouré de deux sutures très épaisses et à deux sillons. Il est long de 11 à 14 centimètres, large de 27 millimètres, luisant, d’un gris brunâtre, divisé intérieurement en plusieurs loges ; dont chacune contient une semence. L'espace compris entre l’épicarpe et les loges est rempli d’une pulpe rousse, d’un goût doux et sucré. Ce fruit faisait autrefois partie de plusieurs électuaires Jaxatifs. 11 sert à la nourriture des pauvres, et les enfants le mangent également avec plaisir, dans les pays qui le produisent. En Égypte, on

LÉGUMINEUSES. 351 en extrait un sirop, ou sucre liquide, qui sert à confire le tamarin et les myrobalans.

Semence ou Fève tonka.

L'arbre qui produit la fève tonka croît dans les forêts de la Guyane, et a été décrit par Aublet sous le nom de counarouna odorata (dipterix odorata Willd.). Il appartient à la diadelphie décandrie et à la tribu des geoffrées dela famille des légumineuses. J’ai dit précédemment que son bois, qui est très dur et très pesant, porte à Cayenne le nom de bois de gaïac (p. 432). Le fruit entier (fig. 348) a la forme d'une grosse amande couverte de son brou, et est d’une composition à peu près semblable : à l’extérieur, on trouve en effet un brou desséché qui recouvre un endocarpe demi - ligneux , renfermant une semence unique , aplatie , longue de 27 à 45 millimètres, el ayant à peu près la forme d’un baricot d’'Espayne qui

Fig. 348.

st De = == =

serait allongé.

Cette semence est composée d’une enveloppe mince, légère, luisante, d’un brun noirâtre, fortement ri-

> en S

dée, et d’une amande à deux lobes, d’une apparence grasse et onctueuse. A l'extrémité, et entre les deux lobes, se trouve un germe volumineux, ayant la forme d’un phallus. Les lobes ont une saveur douce, agréable, huileuse , légèrement aromatique, et une odeur qui est presque identique avec celle du mélilot. Cette odeur est due à un principe volatil concret qui vient souvent se cristalliser entre les deux lobes de l’amande, qui n’est ni de l'acide benzoïque ni du camphre, et qui doit prendre rang parmi les produits immédiats des végétaux. Cette substance est cristallisée en aiguilles carrées ou en prismes courts, terminés par des biseaux, et d’une assez grande dureté. Elle est beaucoup plus pesante que l’eau, qui ne la dissout pas; est soluble dans l'alcool, m'a paru peu soluble dans les acides ; sa dissolution alcoolique n’altère en rien la teinture du tournesol ni celle des violettes.

352 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.

Tels étaient les résultats auxquels j'étais arrivé depuis longtemps au sujet de la matière cristalline de la fève tonka (matière que j'ai nommée coumarime), lorsque M. Vogel, de Munich, publia un examen de la même substance qui le conduisit à la regarder comme de l’acide benzoïque (Journ. de pharm., te NT, p. 307); mais ses expériences ne me parurent pas propres à détruire les miennes, et ma manière de voir s’est trouvée confirmée par MM. Boullay et Boutron, dans leur analyse de la fève tonka (Journ. de pharm., & XI, p. 480).

La fève tonka n’est pas employée en pharmacie ; elle est usitée pour parfumer le tabac, soit qu’on l’y mêle après l’avoir réduite en poudre, soit qu’on se contente de la mettre entière dans le vase qui contient le tabac.

Fenugrec,

Trigonella fœnum-græcum L., tribu des lotées. Plante annuelle, haute de 22 à 27 centimètres, munie de feuilles courtement pétiolées, à 3 folioles ovales-oblongues, crénelées en leur bord. Les fleurs sont d’un jaune pâle, presque sessiles , solitaires ou géminées dans l’aisselle des feuilles, Le calice est monosépale, partagé en 5 découpures presque égales; la corulle est papillonacée, ayant l’étendard et les ailes presque égaux et beaucoup plus grands que la carène, de sorte que la fleur paraît être à 3 pétales presque égaux ; les étamines sont au nombre de 10 et diadelphes ; l'ovaire est ovale-oblong, terminé par un style relevé, Le fruit est une gousse longue, un peu aplatie, un peu courbée en arc, terminée par une longue pointe, et contenant plusieurs graines rhomboïdales , jaunes, demi-transparentes , jouissant d’une odeur forte et agréable. Leur parenchyme est amylacé et mucilagineux. Ces semences, employées en cataplasmes, sont émollientes et résolutives. Elles entrent dans la composition de l’élæolé de fenugrec (autrefois huile de mucilage), auquel elles communiquent leur odeur.

Semences de Lupin,

Lupinus albus L., tribu des phaséolées. Car. gén. : Calice profondément bilabié ; corolle papillonacée, étendard à côtés réfléchis ; carène acuminée ; élamines monadelphes, à gaîne entière ; 10 étamines, dont 5 à anthènes arrondies, plus précoces, et 5 à anthènes oblongues, plus tardives. Style filiforme; stigmate terminal, arrondi, barbu ; légume coriace, oblong, comprimé, à renflements obliques ; cotylédons tpais, se convertissant en feuilles par la germination ; feuilles cemposées de 5 à 9 folioles digitées.

Le Jupin blanc est une plante annuelle, originaire de l'Orient ; on la cultive dans le midi de la France pour en récolter les graines et pour

LÉGUMINEUSES. 353 la donner comme fourrage aux bestiaux. 11 pousse une tige droite, haute de 35 à 50 millimètres, munie de feuilles pétiolées et composées de 5 à 7 folioles digitées, ovales-oblongues, velues comme toute la plante. Les fleurs sont blanches, alternes, pédicellées, accompagnées de bractées très caduques, et disposées en grappes terminales; la lèvre supérieure du calice est entière et l’inférieure à 3 dents. Les semences du lupin sont blanches , assez grosses , aplaties, d’une saveur amère désagréable, dont on peut les priver en les faisant tremper dans l’eau chaude; elles peuvent ensuite être mangées comme des pois ou des haricots, mais elles sont peu usitées. La farine de lupin faisait autrefois partie des quatre farines résolutives , avec celles de fève ( faba sativa) et d'orobe (orobus vernus), que l'on remplaçait souvent par celle de l’ers (ervum ervilia) ou de la vesce (vicia sativa). Mais aujourd’hui toutes ces farines sont aussi peu employées les unes que les autres.

Les fèves forment un aliment très nourrissant , dont l’usage n’est pas assez répandu en France, où il pourrait être d’un grand secours pour la classe pauvre ou peu aisée. Cette graine, de même que les pois (pisum sativum), les haricots (phaseolus vulgaris) et les lentilles (ervum lens), renferme une proportion assez considérable d’une matière azotée, soluble dans l’eau et coagulable par l'acide acétique (/égumine Braconnot) , qui a beaucoup d’analogie avec la caséine animale et qui contribue beaucoup à la qualité nutritive des semences. Ces différentes semences sont d’ailleurs tellement connues, que je crois inutile de m’y arrêter.

Je ne m'arrêterai pas davantage à un grand nombre de semences légumineuses exotiques , que leur épisperme poli et peint de vives couleurs, faisait employer comme objets d'ornement par les naturels de l'Amérique , avant que les Européens leur eussent donné le désir de bijoux plus coûteux. Je citerai seulement l’erythrina corallodendron, arbre des Antilles, remarquable par ses grappes de fleurs d’un rouge foncé, et par ses semences arrondies , plus grosses que des pois, lisses, d’un rouge vif, avec une large tache noire. Je citerai encore le condori (adenanthera pavonina L. ) dont les fleurs sont petites et d’un blanc jaunâtre; mais dont les semences lenticulaires , lisses, rouges et sans tache, sont d’un poids assez constant pour avoir servi, sous le nom de kuara , à fixer l'unité de poids qui sert, dans l'Inde , à peser l'or, les diamants et les autres pierres précieuses (4 grains poids de marc ou 212 milligrammes). Ces deux végétaux, qui portent également le nom d'arbre au corail, ont un bois blanc et ne doivent pas être confondus avec le pterocarpus draco qui fournit le bois de eorail des ébénistes.

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