LE C
354 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Pois à gratter ou Pois pouilleux,
On donne ce nom vulgaire aux gousses de plusieurs plantes légumineuses, recouvertes de poils piquants qui, en s'introduisant dans Ja peau , y causent une démangeaison insupportable. Deux espèces sont particulièrement connues.
Gros pois pouilleux ;
Fig, 349.
œil de bourrique , Z00pPhthalmum Browne ; mucuna urens DC. ; dolichos uréns L., tribu des phaséolées. Cette plante est très commune dans les Antilles et dans l’Amérique méridionale.
Ses tiges sont fort longues et volubiles. Ses feuilles sont composées de 3 folioles ovales, lancéolées, pétiolées. Les fleurs sont aunes, tachées de pourpre, disposées en grappes longuement pédonculées. Les gousses (fig.
349) sont déhiscentes, longues de 10 à 15 centimètres, larges de 5 à 6, comprimées, renflées à l'endroit des semences, plissées transversalement, et couvertes de poils caducs, roux, fins, durs et piquants, qui causent une grande démangeaison en s’attachant à la peau. À l’intérieur, ces gousses sont séparées en plusieurs loges par des cloisons celluleuses, et chaque loge contient une semence cornée, ronde, aplatie, large de 25 à 30 millimètres, épaisse de 18 à 20, brune et chagrinée à sa surface, entourée, sur plus des deux tiers de sa circonférence, par un hile circulaire sous la forme d’une bande noire, d’autant plus remarquable que la couleur brune de l’épisperme s’affaiblit et
blanchit dans toute la partie qui touche le hile. Cette semence porte vulgairement le nom d'œil de bourrique, à cause de la ressemblance avec l'œil de l’âne; mais elle représente encore mieux celui d’une chèvre.
Petit pois pouilleux, s/2zo/obium Browne ; #ucuna pruriens DC. ; dolichos pruriens L. (fig. 350). Cette plante est répandue dans l'Inde et aux îles Moluques, tout aussi bien qu'aux Antilles. Ses tiges sont très longues, volubiles, munies de feuilles à 3 folioles, dont les deux latérales sont très rétrécies par le côté interne, à cause de la proximité de la Fig. 350. foliole terminale. Les fleurs sont disposées en longues grappes pendantes : elles sont formées d’un calice campanulé, bilabié ; d’un étendard court, droit, à peine relevé, coloré en rouge ; de deux ailes beaucoup plus longues, d’un violet pourpre, enfermant la carène et le tube des étamines.
Les gousses sont indéhiscentes, à peu près longues et grosses comme le doigt, non plissées transversalement , plus ou moins recourbées en S, munies d’une suture tranchante, et toutes couvertes de poils roussâtres, brillants, qu’on ne peut toucher sans éprouver à l'instant des démangeaisons insupportables aux mains et au visage. Ces gousses sont divisées intérieurement en 3 ou A loges obliques , dont chacune renferme une semence ayant la forme d’un petit haricot, brun et luisant; le hile est uni, latéral, très court, entouré par un rebord proéminent, qui à la dureté et la blancheur de l’ivoire.
Nota. Les botanistes se fondent sur la présence ou l'absence de plis transverses du péricarpe, pour diviser le genre mucuna en deux sections zo0phthalmum et stizolobium. I me semble qu'un caractère plus important pourrait être tiré de la forme des semences, de la grandeur du hile et de la présence ou de l’absence de la caroncule qui entoure le hile. Dans tous les cas, deux semences aussi différentes que celles des deux pois à gratter doivent appartenir à deux genres différents. Le premier devra porter le nom de 300phthalmum, et le second celui de séizolobium.
Arachide ou Pistache de terre.
Arachis hypogæa L.:; Mundubi Marcgr., Bras., p. 37, tribu des
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phaséolées? Cette plante (fig. 351), dont la fructification est des plas singulières, paraît être originaire du Brésil, d’où elle a été propagée aux Antilles, en Afrique Fig. 351. et dans les autres contrées chaudes du globe. Elle est annuelle, herbacée, velue et touffue. Quelques uns de ses rameaux s'élèvent droit , tandis que d’autres sont couchés sur la terre.
Les uns et les autres sont pourvus de feuilles accompagnées de 2 stipules à la base, et formées de 2 paires de folioles , sans impaire.
Les fleurs sont toutes hermaphrodites, d’après Turpin et M. Poiteau, polygames suivant Endlicher.
Elles naissent 2 à 2, quelquefois en plus grand nomà bre, dans l’aisselle des SES 1 feuilles ; elles sont sessiles ; mais le calice, qui renferme l'ovaire à sa base, est pourvu d’un tube filiforme, long de 5 à 8 centimètres, ayant toute l'apparence d’un pédoncule surmonté d’un calice à quatre divisions profondes. La corolle est jaune-orangée, veinée de rouge, composée d’un étendard recourbé en arrière, de deux ailes conniventes et d’une carène recourbée. Les étamines sont au nombre de 10 et diadelphes, mais l’étamine libre est oblitérée et stérile. Le style part du sommet de l’ovaire , traverse dans toute sa longueur le tube du calice, et s’élève en dehors un peu au-dessus des étamines ; le stigmate est capité.
Toutes les fleurs portées sur les tiges droites avortent ; celles placées sur les tiges couchées, où qui sont peu éloignées de terre, sont les seules qui fructifient, et voici la manière dont s’opère cette fructification : Après la fécondation, tous les organes floraux tombent, laissant l'ovaire à nu (1), porté sur un torus qui bientôt s’allonge en se recour -
(4) Suivant Endlicher, les fleurs fertiles sont privées de calice, de corolle et d’étamines, et se composent seulement de l’oyaire sous-sessile, terminé par
un stigmate terminal un peu dilaté.
LÉGUMINEUSES. 357 bant vers la terre, de manière à y faire pénétrer l'ovaire : et ce n’est que lorsque celui-ci est parvenu à une profondeur de 5 à 8 centimètres, qu'il commence à grossir de manière à former une gousse longue de 27 à 36 millimètres, épaisse de 9 à 14, un peu étranglée au milieu. Cette gousse est formée d’une coque blanche, mince , veineuse, réticulée , renfermant ordinairement deux semences d’un rouge vineux à l'extérieur, blanches à l’intérieur, très huileuses et d’un goût de haricot, On en fabrique, dit-on , du chocolat en Espagne , où larachis a été apportée de l’Amérique. On cultive aussi cette plante dans le midi de la France et en Italie, à cause de l'huile qu’elle contient et dont ses semences fournissent près de 50 pour 100. MM. Payen et Heuri fils en ont donné l’analyse (Journ. de chim. méd., t, E, p. 431).
Semence de Ben, dite Noix de Ben.
Cette semence était connue des Grecs, qui la nommaient Baosos pupebæen , et des Latins, qui l’appelaient g/ans unguentaria. Is la rece vaient d'Égypte et d'Arabie, comme nous le faisons encore à présent ; il est en conséquence surprenant que l’arbre qui la produit n’ait été bien connu que dans ces dernières années. Cela tient surtout à ce qu’il existe une autre espèce de ben, très répandue dans un grand nombre de pays, et qui a été prise pour la véritable, ce qui a détourné les botanistes de rechercher cette dernière.
Le genre moringa, auquel appartient la semence de ben, se distingue des autres légumineuses par des caractères si tranchés, que plusieurs botanistes ont pensé à en former une petite famille particulière , dans laquelle le calice est à 5 divisions sous-égales, imbriquées pendant l’estivation ; la corolle est à 5 pétales périgynes , oblongs-linéaires, dont 2 postérieurs un peu plus longs, ascendants, imbriqués pendant l'estivation. Les étamines sont au nombre de 10 , insérées sur un disque cupuliforme revêtissant la base du calice ; elles sont presque libres par la base, monodelphes vers le milieu des filets, distinctes au sommet, les postérieures plus longues; elles sont alternativement fertiles et stériles ; les anthères sont uniloculaires. L'ovaire est uniloculaire , à 3 placentas pariétaux , nerviformes, portant des ovules nombreux, unisériés et pendants. Le fruit est une capsule siliquiforme , à 3 ou à plusieurs côtes, uniloculaire, trivalve, contenant au centre des valves une seule série de semences séparées par des renflements fongueux du péricarpe. Les semences sont trigones-arrondies, pourvues ou dépourvues d'ailes sur les angles. L’embryon est droit, privé d'endosperme ; les cotylédons sont charnus, la radicule très courte et supère, la plumule polyphylle.
Semence de ben ailée, M0ringa pterygosperma Gærln.; hyper-
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anthera moringa Wild. ; anoma morunga Lour. L'arbre qui produit la noix de ben ailée (fig. 352) croît aux îles Moluques, dans la Cochinchine, dans l'Inde, à Ceylan et dans les Antilles, où il a probablement été introduit. 11 est de grandeur médiocre , avec des rameaux étalés et des feuilles bi- ou tripinnées avec impaire. Les folioles sont opposées, pétiolées, ovales, très enüières, glabres et très petites. Le fruit est jaunâtre à l'extérieur, long de plus de 30 centimètres, épais de 25 millimètres environ, triangulaire, strié longitudinalement, formé par la réunion de 3 valves épaisses, à chair blanche et légère, renfermant au centre et dans autant de cavités qui cependant communiquent entre elles, 12 à 18 semences rangées sur une seule ligne longitudinale. Ces semences sont noirâtres à l'extérieur, grosses comme de gros pois, arrondies, triangulaires et pourvues de 3 ailes blanches et papyracées. L’épisperme est très blanc à l’intérieur, fragile et un peu spongieux ; l’amande en est blanche, huileuse et très amère. Elle pourrait fournir de l'huile par expression ; mais elle n’a pas été appliquée à cet usage, et ce n’est pas elle qui constitue la semence de ben du commerce.
On connaît une autre espèce de moringa à semences ailées, dont le fruit, aussi long que le précédent, est presque cylindrique ou sousoctogone, bien qu'il paraisse s'ouvrir également en 3 valves. C’est le moringa polygona DC. , l'hyperanthera decandra Wild. , l'anoma moringa Lour.
Semence de ben aptère, 0ringa aplera Gærtn., Decaisne (Ann. se. nat., 1835, t IV, p. 203). Cette espèce n’a pas été complétement inconnue à Linné, qui remarque que si les semences venues d’Asie sont ailées sur les angles, celles d'Afrique sont dépourvues d'ailes,
Fig. 352.
L'arbre a vécu dans le jardin de Farnèse à Rome, et Aldini en a donné une description et une figure qui se font remarquer par l'avortement ou la caducité des folioles, fait observé également par M. Decaisne sur les échantillons rapportés d'Égypte par Sieber et par M. Bové. Cependant je suis porté à croire qu’il y a deux espèces de ben aptère , la description du fruit donnée par M. Decaisne ne s’accordant pas entièrement avec le fruit qui a été trouvé, à différentes époques, dans les semences du commerce.
D'äprès M. Decaisne, le fruit est léguminiforme , terminé par un rostre, obscurément trigone, bosselé, sillonné longitudinalement et à 6 côtes, dont 3 répondent aux placentas et 3 aux sutures; il est uniloculaire , & 3 valves septifères , les cloisons s’accroissant en forme de séparation transversale blanche et fongueuse. Les semences sont ovées ou trigones-turbinées, pendantes, marquées d’un hile blanc, subéreux ; le testa est sous - crustacé, d’un gris noirâtre au dehors, revêtu intérieure ment d’une membrane blanche et épaisse.
Enfin, la figure donnée par M. Decaisne indique un fruit assez long, trigone, à 3 valves, semblable à celui du moringa pterigosperma, et contenant une série linéaire de 6 à 8 semences.
Or on trouve quelquefois, dans les semences de ben du commerce, un fruit assez différent du précédent, que l’on voit représenté dans Pomet, dans le Matthiole de G. Bauhin, dans l’Æistoria plantarum de J. Bauhin et dans les Zcones de Chabræus. Je possède un de ces fruits, et j'en donne ici la figure, faite d’après nature (fig. 353). Ce fruit est long de 45 millimètres, pointu par l'extrémité supérieure ; atténué etse confondant insensiblement avec le pédoncule, par le côté opposé. Il est formé seulement de 2 renflements ovoïdes, dont la coupe horizontale est circulaire et non triangulaire, et il ne renferme que deux semences d'un blanc un peu verdätre , ovoïdes, triangulaires , avec 3 angles saillants, mais non ailés, Ces semences, dont le test est assez dur et cassant, sont exactement les noëx de ben blanches du commerce, qui sont les plus estimées, mais qui sont en effet mélangées de noix de ben grises, plus petites et aptères, qui me paraissent être celles décrites par M. Decaisne. Le péricarpe est d’un gris rougeâtre à l'extérieur, solide, fibrenx, strié, avec quelques nervures longitudinales un peu proéminentes, mais qui
Fig. 353.
360 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES,
ne répondent pas aux 3 sutures, Celles-ci ne sont marquées sur le fruit que par 3 légers sillons blancs, provenant de l'interruption du derme brunâtre , et indiquant un commencement de déhiscence ; cependant je n’oserais dire que le fruit est déhiscent : lorsque j'ai voulu louvrir par l'extrémité supérieure, pour en connaître les semences, il s’est déchiré irrégulièrement en 7 ou 8 parties, sans suivre les sutures, qui sont restées intactes. Enfin, le péricarpe est mince et entièrement fibreux dans toute la partie renflée, occupée par les graines , et ne s’épaissit en une cloison transversale que dans leur intervalle. Cette cloison est peréée de 3 trous qui répondent aux 3 trophospermes pariétaux, correspondant eux-mêmes exactement avec les trois sutures extérieures ; l'un de ces trous est plus ouvert que les deux autres, et permet de voir que la semence contenue dans la loge inférieure est suspendue par un funicule membraneux au trophosperme qui lui répond.
La semence de ben est amère et purgative ; mais on ne l’emploie plus en médecine. Elle fournit, par expression, une huile douce, inodore et difficile à rancir, qui est très propre à se charger, à l’aide de la macération , de l'odeur fugace du jasmin et des fleurs liliacées. Gette huile, au bout de quelque temps, se sépare en deux portions , dont l’une est épaisse et facilement congelable , et dont l’autre reste toujours fluide. C’est de cette dernière huile que les horlogers se servaient pour adoucir le frottement des mouvements de montres, avant qu’on eût trouvé, dans la saponification incomplète de l'huile d’olive, le moyen de se procurer une élaïne beaucoup plus pure, non oxigénable et sans action sur les métaux , notamment sur le cuivre.
Il ya une autre semence qui est connue sous les noms de ben magnum et de noisette purgative : c’est le fruit du Jatropha multi fida L. (Voyez t IL, p. 335.)
Fruits d’Acacias ou Bablahs,
Les arbres de la famille des légumineuses qui composent la tribu des mimosées avaient été séparés, par Tournefort, en deux genres, savoir : les mimosa et les acacia; le premier caractérisé par ses gousses articulées, et le second par ses fruits continus. Linné les a tous réunis en un seul genre, sous le nom de mimosa; mais plus tard Willdenow en forma les genres inga, mimosa, schrankia, desmanthus et acacia, auxquels il faut joindre aujourd’hui les prosopis, algarobia, entada, vachelia et plusieurs autres. Parmi tous ces genres, nous nous arrêterons au scul genre acacia, et nous nous bornerons encore à décrire les espèces qui nous fournissent la gomme arabique, le cachou et plusieurs fruits astringents usités pour Ja teinture et le tannage.
LÉGUMINEUSES, 361 Les acacias gummifères, quoique quelques uns, originaires de l'Orient, aient été connus des anciens, et que les autres, naturels au Sénégal, aient été décrits par Adanson, il y a plus de soixante-dix ans, sont encore mal définis et plus ou moins confondus par la plupart des botanistes. Ne voulant entrer ici dans aucune discussion à ce sujet, je me bornerai à décrire les espèces d’acacias telles qu’elles me paraissent devoir être établies, en rejetant toutes les synonymies autres que celles que j'indiquerai.
I. Acacia vera Willd. Cette espèce comprend deux variétés qui diffèrent par le nombre de leurs pinnules, mais qui ne sont peut-être que deux âges différents du même végétal.
ATe VARIÉTÉ, À 4-6 PINNULES,
Acacia, Vesling. in Pr, alp., cap. 4; Plukenet, Phytogr., t. 251, fig. 1 ; Blackw., t. 377.
Mimosa nilotica , Hasselq., Itin., 475 ;
Gommier rouge ou nebneb d’Adanson, Supplément à l’ Encyclopédie botan., t. Ï, p. 80.
Acacia d'Égypte, Lamarck., Suppl., t. 1, p.19.
Acacia vera, Valmont de Bomare, Dict., t. I, p. 81.
Acacia nilotica, Delile. F1. ægypt., p. 79; Th. Fr. Nees, Plant. med., 1. 332.
Arbrisseau (fig. 354) de 3 à 6 mètres de hauteur, dont l'écorce est brune, l’aubier jaunâtre, le bois très dur et d’un rouge brun. Ses feuilles sont deux fois ailées et portent 4 à 6 pinnules (quelquefois davantage ), dont chacune cest pourvue de 15 à 20 paires de folioles, longues de 4 ou 5 millimètres, obtuses et imparfaitement glabres. Le pétiole commun porte une petite glande concave entre la première paire de pinnules et une autre entre la dernière. Il est accompagné à la base , au lieu de stipules, de deux épines droites, écartées horizontalement, et dont l’une est d'un tiers plus courte que l’autre. D'ailleurs ces épines ne sont pas d’égale grandeur sur
DRE COPPI ETES)
362 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
toutes les branches ; celles qui poussent au moment où la séve est près de s'arrêter, sont brunes, coniques, longues de 41 à 15 millimètres ; les branches , au contraire, qui poussent pendant la force de la séve portent des épines longues de 55 à 65 millimètres sur 2 millimètres de diamètre , et d’un jaune de bois (Adanson).
Les fleurs sont jaunes, disposées en capitules sphériques de 16 millimètres de diamètre, qui naissent au nombre de deux (ou plus) dans l’aisselle des feuilles supérieures. Ces capitules sont portés sur des pédoncules longs de 25 millimètres environ , articulés vers leur milieu , où ils portent une petite gaîne couronnée par 4 denticules. Chaque capitule est composé d’une soixantaine de fleurs très rapprochées, séparées les unes des autres par une écaille plus courte que le calice, figurée en palette orbiculaire , velue, et dont la moitié inférieure forme un pédicule très délié: Chaque flenr est hermaphrodite ( Adanson }, composée d’un calice d’une seule pièce , d’un tiers plus long que large, couvert de poils denses, et partagé par le haut en 5 dents triangulaires égales. La corolle est deux fois plus longue que le calice, tubuleuse , terminée par à dents oblongues. Les élamines, au nombre de 70 à 80, sont disposées sur 5 rangs circulaires, et naissent d’un disque qui s'élève du fond du calice en touchant à la corolle ; elles sont égales entre elles, deux fois longues comme la corolle , et en sortent sous la forme d’un faisceau un peu divergent. Les anthères sont arrondies , à deux loges s’ouvrant , du côté interne, par une fissure longitudinale, et surmontées d’un petit appendice blanc, globuleux, denticulé, pédiculé. Le pollen est jaune, pulvérulent et d’une grande ténuité.
Du milieu du vide que laisse le disque des étamines, au fond du calice, s'élève l’ovaire, qui est pédiculé, allongé, terminé par un long style filiforme, tronqué horizontalement et creusé d'une petite cavité hérissée de pointes visibles seulement à la loupe. Le fruit (fig. 355 ) est un légume apiati, long de 6 à 11 ou {4 centimètres, vert brunâtre , /isse, luisant , composé de 6 à 10 articles discoïdes, si étranglés qu’ils paraissent comme attachés bout à bout, en forme de chapelet, par un collet qui n’a pas souvent
2 millimètres de largeur. Ces articulations ne se séparent pas naturellement, mais elles se rompent très facilement par l’emballage ou le transport, de sorte que le fruit reçu par la voie du commerce est presque toujours brisé et séparé en autant de parties qu'il y a de loges et de semences. Le péricarpe renferme un suc desséché rougeâtre, d'une saveur gommeuse et astringente. Les semences sont elliptiques , aplaties, d’un gris brunâtre, marquées, sur chacune de leurs faces, d’un sillon qui enferme un grand espace pareillement elliptique. Elles sont attachées au bord supérieur de la loge par un court funicule ; elles portent , en Égypte, le nom de guarat , le même qui est donné dans l'Inde à celles de l'adenanthera pavonina, et probablement pour la même cause. L'arbre est connu sous le nom de sant. La description du fruit a été donnée, presque dans les mêmes termes, par Gcoffroi, Adanson, Lamarck et Valmont de Bomare. Ce fruit était connu des anciens, qui l'employaient , au lieu de galle, pour le tannage des peaux, et en retiraient, par le moyen de l'eau, un extrait astringent , très connu sous le nom de sue d'acacia. Mais ce fruit a été complétement oublié pendant très longtemps, et n’a reparu dans le commerce que postérieurement à l’année 1825, époque à laquelle on recut de l'Inde, sous le nom de bablah, les gousses de l’acacia arabica , pour servir au tannage et à la teinture, Alors on fit venir d'Égypte et du Sénégal, pour remplacer ce bablah , ou pour les employer cncurremment avec lui, les gousses de l’acacia vera, et on les vendit aussi seus le nom de bablah : elles sont bien moins riches en principe astringent , et sont peu estimées. On les distingue du bablah de l’Inde par leur surface lisse, leur couleur rougeûtre , et par le grand étranglement de leurs articles, qu est cause qu’ils sont presque tous entièrement séparés et réduits à l’état d’une loge lenticulaire et monosperme.
2€ VARIÉTÉ, A PINNULES BIJUGUÉES.
Acacia vera, DC. et Willd.
Acacia vera seu spina ægyptiaca , subrotundis foliis, flore luteo , siliquà brevi, paucioribus isthmis glabris et cortice nigricantibus donata. Pluk., Almag., p. 3, Phytogr., t. 123, fig. 1.
Acacia ægyptiaca , Fab. Col. Lyne. in Hern., Mezx., p. 866, fig.
Acacia ægyptiaca , Dalech., t. [, p. 1€0, fig. ; Dodon., Pempt., p.
Spina acaciæ , Lobel, Observ., p. 536, fig.
Cette variété est née une première fois, dans le jardin de Padoue, de fruits envoyés de Syrie (Lobel, Advers., p. 409), et une seconde fois, à Naples, de gousses qui avaient été remises à Fab. Col. Lynceus par l’empereur Ferdinand. Les fruits étaient bien ceux de l’acacia vera, et cependant , dans les deux cas, la plante a paru avec deux paires de
36/ DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
pinnules seulement à chaque feuille. Cette circonstance a conduit Willdenow et Decandolle à regarder ce nombre de pinnules comme un caractère essentiel de l'espèce, tandis que, suivant ce que je pense, il était accidentel et dû seulement au jeune âge des deux individus et au peu de développement qu’ils ont dû prendre dans une serre de jardin, C’est dans la description donnée par Adanson de son gommier rouge, et surtout dans celle du fruit, qu'il faut chercher les vrais caractères de celte espèce.
II. Acacia arabica Roxb. (Plants of Corom.,t. II, p. 26, tab. 149).
Acacia arabica Wild, ; mimosa arabica Lam.
Acacia vera altera seu spina mazcatensis vel arabica, foliis angustio ribus, flore albo (vel luteo), siliqua longa, villosa, pluribus isthmis et cortice candicantibus donata, Pluk., Afm., p. 3. Excluez tous les autres synonymes , et notamment la fig. 1 de la pl. 251 de Plukenet, qui n’est autre que l’acacia de Vesling.
Cette espèce est très répandue dans l'Inde et en Arabie. Elle présente
presque tous les caractères
Fig. 356, de l’acacia vera; cepen-
dant ses deux épines stipulaires sont plus courtes, ses feuilles sont velues, A et ses fruits (fig. 356), nil y \ an | 1) qui sont longs de 10 à KL, (IL 20 centimètres et larges | | de 11 à 15 millimètres, sont tout couverts d’un duvet court et blanchâtre, et sont partagés, dans leur longueur, en 12 ou 15 lobes arrondis, par des étranglements généralement beaucoup: moins étroits que dans l’acacia N ui i Nu vera (4). Ils sont terminés qu 4 dr par une pointe grêle et recourbée de 15 centimètres environ. Dans le
sl
(1) La figure donnée par Roxburgh, dans les plantes du Coromandel, représente le fruit plus étranglé qu'il ne l’est ordinairement et trop semblable à celui de l’acacia vera. La figure que je donfe ici représente beaucoup mieux le fruit pris dans son ensemble ; seulement elle est un peu plus grande que la généralité des fruits du commerce.
LÉGUMINEUSES. 365 fruit sec du commerce, qui porte le nom de bablah (1), l’épiderme de la gousse est noir dans les endroits où le duvet blanc à disparu ; l’espace fort mince compris entre l’épicarpe et l’endocarpe est rempli par-un suc noir desséché qui lui donne plus de consistance que dans l'acacia vera ; la gousse est souvent entr'ouverte par une des sutures , et se sépare facilement en deux valves d’un bout à l’autre, à l’aide d’une lame de couteau. Ces deux valves sont encadrées d’un bout à l’autre par les deux sutures ligneuses et étroites, qui leur donnent, très en petit, une certaine ressemblance avec celles de l’enfada gigalobium ; mais elles ne sont pas articulées transversalement. Les semences sont enveloppées d’une pulpe desséchée, réduite à l’état d’une membrane blanchâtre ; l’épisperme est dur et corné, d’un gris brunâtre, marqué d’un sillon elliptique comme dans l’acacia vera.
Les gousses de l’acacia arabica sont usitées dans l’{nde pour le tannage et Ja teinture. Depuis 1825 , il en arrive d'assez grandes quantités dans le commerce sous le nom de bablah. Le bois de l'arbre a été décrit précédemment sous le nom de diababul (p. 326).