‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 144 sur 194 · MAGNÉSIUM · texte numérisé non relu

MAGNÉSIUM

Dans l'étude que nous allons faire des composés naturels de la magnésie, nous mettrons hors ligne, pour ainsi dire, ses trois sels solubles, chlorure ou chlorhydrate, azotate et sulfate, qui se trouvent plutôt dissous dans les eaux qu'à l'état solide, dans le sein de la terre, et nous traiterons ensuite de ses nombreux composés insolubles, parmi lesquels les silicates occupent une place considérable, de même que dans l'histoire des autres bases terreuses.

Le chlorhydrate de magnésie est certainement très-abondant dans la nature, puisque l'eau de la mer, dont la masse est si considérable, en tient en dissolution, et qu'il fait partie, en outre, d'un assez grand nombre d'eaux salines, telles que celles de Balaruc, de Sedlitz, de Seydschulz, de Pullna, etc. ; mais comme la grande solubilité de ce sel et sa déliquescence s'opposent à ce qu'il se montre sous forme solide, dans le sein delà terre, nous ne nous y arrêterons pas.

L'existence du nitrate de magnésie est beaucoup plus restreinte, car il n'existe guère, conjointement avec le nitrate de chaux, que dans les matériaux salpêtrés et dans l'eau des puits de Paris; nous n'en dirons donc pas davantage.

Le sulfate de magnésie existe aussi dissous dans un certain nombre d'eaux minérales, auxquelles il communique sa saveur amère et sa propriété purgative; telles sont les eaux d'Epsom en Angleterre, et celles de Sedlitz, de Seydschutz, d'Egra et de Pullna, en Bohême. Mais comme ce sel n'est pas déliquescent, il peut exister aussi à l'état solide ; tantôt sous forme d'efflorescence, à la surface de la terre, comme dans la haute Asie, à Salinelle près de Montpellier, à Ménilmontant près de Paris ; et surtout dans les lieux abondants en schistes à la fois magnésiens et pyriteux, comme à Sallanche près du Mont-Blanc, et à Moustierdans les Basses-Alpes. D'autres fois on le trouve en petites masses ou en veines dans les terrains de gypse, comme dans les plâtrières de Fitou (Aude), où il a été découvert par M. Bouis, pharmacien à Perpignan. Il remplace aussi fréquemment le sulfate de fer dans la houille, et il se forme également dans les solfatares et près du cratère des volcans.

Le sulfate de magnésie naturel se présente donc sous forme presque pulvérulente ou sous celle de petites masses. Celles-ci sont tantôt cristallines, lamelleuses et transparentes comme si le sel avait été obtenu par l'art (tel est celui de Fitou); tantôt elles sont opaques et formées de longs filaments parallèles et d'un éclat nacré. On distingue facilement le sulfate de magnésie des autres sels qui peuvent lui ressembler, sous ces différentes formes, à sa saveur amère, à sa grande solubilité dans l'eau, et par les réactions propres de l'acide sulfurique et de la magnésie.

Mais ce sulfate naturel ne pourrait pas suffire à celui qui est nécessaire pour l'usage de la médecine ou pour l'extraction de la magnésie; il faudrait, d'ailleurs, toujours le purifier. Celui du commerce provient donc de l'une des sources suivantes :

1° On le retire par évaporation des eaux salines qui ont été nommées ci-dessus, et on le purifie par une nouvelle solution et cristallisation.

2° On expose les schistes magnésiens et pyriteuxà l'air, pendant un temps plus ou moins long, et on les arrose quelquefois : peu à peu le soufre et le fer se brûlent et forment de l'acide sulfurique et de l'oxyde de fer; mais l'acide se combine de préférence à la magnésie et il se forme très-peu de sulfate de fer. Lorsqu'on juge que la matière contient assez de sulfate de magnésie, on la lessive, on ajoute à la liqueur un peu de lait de chaux qui précipite l'oxyde de fer ; on décante, on fait évaporer et cristalliser. Le sel, redissous et soumis à une nouvelle cristallisation, est aussi pur que celui d'Angleterre.

3° On traite par l'acide sulfurique une roche nommée dolomie, très-abondante dans les anciens terrains de sédiment calcaire, qui est composée de carbonate de chaux et de magnésie. L'acide sulfurique transforme ces deux bases en sulfates; mais comme celui de chaux est presque insoluble dans l'eau, on le sépare trèsfacilement du premier, qui est dissous par ce liquide et obtenu par évaporation et cristallisation.

Le sulfate de magnésie se trouve dans le commerce sous la forme de petits cristaux blancs et transparents, qui sont des prismes à quatre pans, terminés irrégulièrement : il a une saveur très-amère ; il est très-soluble dans l'eau froide, encore pins dans l'eau bouillante, et cristallise en très-gros prismes par le refroidissement. On lui substitue souvent le sulfate de soude, dit sel d'Epsom de Lorraine, auquel on a donné la même forme de petits cristaux aiguillés, mais qui s'en distingue par une saveur moins amère, par sa très-facile efflorescence à l'air, et surtout par la propriété de n'être pas précipité par les solutés de carbonates alcalins. Mais, pour être certain que le sulfate de magnésie ne contient pas de sulfate de soude, il faut en faire dissoudre une certaine quantité, par exemple 10 grammes dans 20 grammes d'eau; y verser 20 grammes de carbonate d'ammoniaque noneffleari, dissous dans 80 grammes d'eau : de cette manière on en précipite toute la magnésie et on forme du sulfate d'ammoniaque soluble ; on filtre la liqueur, on la fait évaporer dans un creuset d'argent ou de platine, et on chauffe au rouge : si la liqueur ne contenait que du sulfate d'ammoniaque, le sel se volatilisera en entier à cette température; si elle contenait du sulfate de soude

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