MAGNÉS1TE OU ÉCUME DE MER
cate de magnésie, et la seconde ayant été complètement enlevée, pour faire place au nouveau composé.
Substance d'un blanc grisâtre, poreuse, légère, et cependant assez tenace, offrant souvent une disposition schisteuse. Elle est sèche au toucher et happe fortement à la langue. Elle donne beaucoup d'eau par la distillation; elle est très-difficilement fusible au chalumeau. Elle est attaquée par les acides concentrés, et le dissoluté, séparé de la silice, offre tous les caractères des sels magnésiens.
La magnésite la plus estimée, celle qui, sous le nom d'écume de mer, sert dans l'Orient àla fabrication des pipes, provient de divers lieux de l'Asie Mineure, de l'île de Négrepont et de la Crimée. Elle se trouve dans des calcaires compactes qui renferment des rognons de silex, et dont on ne connaît pas bien l'âge. On la rencontre ensuite dans la colline de Vallecas près de Madrid, en couches assez puissantesqui renferment des rognons de silex et qui alternent avec des couches d'argile, au-dessus d'un terrain gypseux.On la trouve à Salinelle (Hérault), près de Lunel, et enfin dans le terrain tertiaire parisien, comme à Coulommiers, à Crécy, à Saint-Ouen et à Chenevières, au milieu de marnes calcaires et argileuses.
On trouve encore la magnésite à Baldisero et à Castella-Monte (Piémont), formant des rognons ou des veines dans la serpentine, et souvent mélangée avec la magnésie carbonatée.
La magnésite de Vallecas, de Coulommiers et de Chenevières, présente la môme composition, qui est de 54 de silice, 24 de
magnésie et 20 d'eau, ce qui répond à Mg Si -f 2H. Celle de l'Asie Mineure contient, d'après Berthier, 50 de magnésie, 25
de silice et 25 d'eau, et sa formule est 2MgSi -f 5H.
Quincyte. — On a donné ce nom à une véritable magnésite, colorée en rouge par une matière organique, que l'on trouve au milieu des calcaires d'eau douce de Melun et de Quincy.
Aphrodite. — Berthier a décrit sous ce nom une écume de mer trouvée à Langbanshytta (Suède) ; elle est formée de :
llagnésitc ou lv
Icume de mer.
Silice 51,55
Magnésie 33,72
Oxurernanganeux. 1,62
— ferreux 0,59
Eau 12,32
Alumine 0,20
Formule : 5Mg3Si* + 12H.
Harmollthe .
Substance d'un blanc verdâlre et jaunâtre, avec un éclat un peu nacré; à texture foliée, à lames opaques, non flexibles ; plus dure que le talc ; donnant une poudre douce et onctueuse au toucher; attaquable par l'acide nitrique; perdant de l'eau et prenant de la dureté par la calcination. Elle a été trouvée en veines étroites dans des roches de serpentine, à Hoboken et à Bare- Hill, près de Baltimore. Elle contient, suivant l'analyse de M. Nuttall :
Silice 30
Magnésie 46
Chaux 2
Oxydes de fer et de clirome 0,5
Formule : Mg3Si'-[- 2H.
On l'a aussi trouvée dans la Finlande ; elle y est compacte et possède une cassure conchoïde et transparente sur les bords. 11 est friable, et sa poudre est d'un blanc verdâtre. Sa densité est 2,44; sa dureté, un peu plus grande que celle du spath d'Islande.
Serpentine et Pierre ollaire.
La serpentine est une substance verdâtre, compacte, moins douce au toucher que le talc et beaucoup plus dure ; cependant elle se laisse facilement rayer par une pointe d'acier. Elle a une cassure esquilleuse et un éclat cireux. Elle perd de l'eau par la calcination et acquiert une dureté plus considérable. Elle est assez tenace, facile à scier, à tailler et à tourner, ce qui permet d'en fabriquer des mortiers, des encriers, des salières, des théières et d'autres vases culinaires d'autant plus utiles qu'ils supportent bien le feu et y acquièrent une plus grande dureté. La serpentine commune, qui sert principalement à cet usage, en a reçu le nom de pierre ollaire, bien qu'il existe aussi des pierres ollaires qui ne sont pas de la serpentine.
La serpentine étant massive et non cristallisée, est rarement pure. Presque toujours elle présente sur un fond vert-olive ou vert-poireau des taches ou des bandes d'un vert plus clair, ou sur un fond vert clair des bandes ou des taches d'un vert foncé, ce qui indique déjà un mélange départies hétérogènes. Elle renferme de plus très-souvent du fer oxydulé, du fer sulfuré, du mispickel, des grenats, de la diallage. du pyroxène, de l'amphibole, de l'asbeste, du talc, du spath calcaire, etc. Lorsqu'on la
SILICATES DE MAGNÉSIE ALUMINEUX.
sépare de ces différents mélanges, on lui trouve une composition qui n'est pas toujours semblable, mais qui paraît avoir pour point de départ un hydrosilicate de magnésie de la formule
Mg9 SÏ4 + 6H, qui appartient à la serpentine pure et incolore de Gulsjo, analysée par M. Mosander :
Silice 42,34 X1,7642 = 74,7 =4
Magnésie 44,20 x 3,8707 — 171,8 I R Q „
Oxure ferreux 0,18 X 2,2222 = 4 { 110,0 J'°
Eau 12,38 X 8,8889 — 118,4 = 6
Plusieurs autres serpentines ont offert la même composition, avec substitution d'une certaine quantité de chaux, d'oxyde de ■ fer, de manganèse, de chrome ou de cérium à la magnésie ; telles sont :
La serpentine de Germantown, analysée par Nuttall;
— jaune de Finlande, analysée par M. Lychnell ; La néphrite de Smithfield, analysée par M. Bowen ; La picrolite de Braltfor, analysée par Stromeyer.
J'admets donc que la formule Mg9Si4-}-6H représente la composition normale ou fondamentale de la serpentine ; en voici maintenant quelques modifications que j'indiquerai seulement par leurs formules :
Hydrophyte de Taberg, par Svanberg : Mg9Si4 -f- 9H. Picrolite de Taberg, par Almroth : 2Mg9Si4 -f 9H. Serpentine de Norberg, par Hisinger : Mg12Si4 -f- 9H = Mg9Si4> H6 -f 3MgH.
SILICATES DE MAGNÉSIE ALUMINEUX.
Oordlérite.
lolite, dichroïte, saphir d'eau.— Substance vitreuse translucide ou transparente, d'une assez belle couleur bleue lorsqu'on la regarde dans le sens de l'axe, d'un jaune brunâtre lorsqu'on la voit perpendiculairement à l'axe; elle possède deux axes de double réfraction; elle pèse de 2,56 à 2,66; elle raie fortement le verre et faiblement le quarz; elle fond difficilement au chalumeau et est insoluble dans les acides.
La cordiérite se présente sous la forme d'un prisme hexaèdre régulier modifié sur les arêtes et pouvant offrir plusieurs rangs de facettes sur les bases. On la trouve à Bodenmais, disséminée dans un micaschiste avec de la pyrite magnétique; à Simintak au
Groënland ; en Finlande près d'Abo; au cap de Gale en Espagne, dans une roche trachytique, etc. Il en vient également de Ceylan, qui est employée par les joailliers sous le nom de saphir d'eau. Il en existe un assez grand nombre d'analyses qui donnent toutes
pour sa composition Si5Al3Mg3, que l'on suppose unis de la manière suivante : 3AlSi + Mg3Si2.
Chlorite.
Substance dont la couleur varie du vert noirâtre ou du vert bouteille foncé au vert jaunâtre, composée de lamelles brillantes plus ou moins agrégées, douces au toucher, flexibles et non élastiques, comme celles du talc.
Elle est fusible au chalumeau en une scorie noire attirable à l'aimant.
Elle se présente en couches fréquentes et étendues dans les terrains primitifs supérieurs, dans les schistes de transition et dans les schistes argileux, dont elle emprunte la structure schisteuse, avec un caractère particulier de courbure ou de contournement des lames qui la composent. Quelques variétés dont la forme cristalline est bien déterminée, ou dont la composition offre une modification assez marquée, ont été considérées par quelques minéralogistes comme des espèces distinctes et ont reçu des noms particuliers. C'est ainsi qu'on donne le nom depennine à une chlorite qui se présente sous la forme d'un rhomboèdre aigu de 63° 15', ou en tables plus ou moins épaisses, à bases triangulaires ou hexagonales, qui proviennent de la troncature plus ou moins avancée des deux angles-sommets du rhomboèdre. Ces cristaux paraissent d'un vert noir sur les faces; mais ils sont transparents et jouissent à un haut degré du dichroïsme : dans le sens du grand axe, la lumière est d'un beau vert d'émeraude, tandis qu'elle est brune ou rouge-hyacinthe, perpendiculairement à cet axe. Sa pesanteur spécifique est de 2,653 à 2,659. On la trouve dans une gangue de schiste, au milieu des roches serpentineuses qui avoisinent le mont Rose; j'en donnerai plus loin la composition.
MM. Marignac et Descloiseaux ont décrit, sous le nom particulier de chlorite hexagonale, une substance verte, cristallisée quelquefois en une double pyramide hexagonale tronquée, mais qui se présente plutôt en lames hexagonales biselées, ou en prismes allongés et contournés. Ce minéral pèse 2,672; il est tendre, onctueux au toucher, flexible, non élastique, transparent dans ses lames minces et dépourvu de dichroïsme. On le trouve principalement dans la vallée d'Ala (Piémont), où il accompagne de
CHLORITE.
beaux grenats cristallisés, à Slatoust et à Achmatowsk en Sibérie, àMauléon dans les Pyrénées, etc. On a pris longtemps cette chicrite pour du talc cristallisé.
Enfin M. Kobell, en se fondant sur un certain nombre d'analyses, a pensé que l'on pouvait diviser les chlorites en deux sousespèces, à l'une desquelles il a conservé le nom de chlorite, et dont l'autre a reçu celui de ripidolithe; mais, sans compter que la chlorite de M. Kobell n'est pas celle de M. Marignac, d'anciennes analyses qui me paraissent très-régulières me semblent démontrer que la composition de la chlorite peut éprouver d'assez nombreuses variations sans que les caractères du minéral en soient sensiblement altérés.
vu.
SiOs
Cr203.
Fe203
FeO
MnO
MgO
PsO
I. Chlorite écailleuse, parBerthier. — En exprimant les bases raonoxydées par M, et en supposant l'alumine à l'état de silicate, la
formule est ÀÏ2Si'2 -\- M6Si -{-6Aq. Si l'on suppose que l'alumine fasse fonction d'acide pour une partie de la magnésie, on obtient
M2 AÏ2 + M4Si3+6A^.
Une analyse de chlorite schisteuse, par Grimer, que je ne rapporte pas, donne Ài2Si2 -J- 2M6Si -f- 6 A q, dont le rapport avec
la première formule est facile à saisir.
II. Ripidolithe du Saint-Gothard, par M.Warrentrapp; formules :
A i2Si2 + M9Si + 6Aq, ou W + M6S> + 6Aq.
Cette chlorite diffère de celle analysée par Berthier par une addition de M3.
III. Chlorite écailleuse analysée par Vauquelin; formules: Al2Si2
-f- M9Si + Aq, ou M3Al2 + M6Si3 -f Aq.
Cette chlorite ne diffère de la précédente que parce qu'elle a perdu presque toute son eau.
IV. Ripidolithe de Greiner, par M. Kobell; formules : Al2Si2 -f- M8Si -f- 6Aq, ou M2A12 -f- M6Si'3 -f 6Aq.
Cette dernière formule, qui résulte aussi de l'analyse de la ripidolithe de Uauris, est donnée comme caractérisant la ripidolithe.
V. Chlorite d'Achmatowsk, moyenne de deux analyses par MM. Kobell et Warrentrapp ; formules : Al 2Si2 -f M10Si2 4. SAq,
ou M2Xi2 + Mg8SÏ4 + 8Aq. C'est la même substance que le clinochlore de Pensylvanie.
Une ancienne analyse de chlorite lamellaire, par Lampadius, présente la même composition, à l'exception de l'eau qui se trouve réduite à 2Aq.
VI. Pennine, moyenne de trois analyses par M. Marignac; formules : Al2Si2 + M12Si3+ iOAq, ou M2Xj2 -f M10Si3 + lOAq.
VII. Chlorite hexagonale, par M. Marignac; formules : Xi4 Si2 -\-
M12"si*H12 + M3H, ou M3Xi3 -f M12SÏW2 + A1H.
L'épichlorite est un nouveau minéral, offrant une grande ressemblance avec la chlorite : on l'a trouvé à Rifensbeck, près de Neustadt. Il a l'aspect de l'asbeste, est gras au toucher, et pèse 2,76. 11 fond difficilement au chalumeau; sa formule paraît être :
2(2Si + 3R + Si R + 3H) + 3H Mg.
Le calcium est un métal tellement avide d'oxygène, que c'est à peine si l'on a pu le réduire à l'état métallique, et son oxyde luimême, ou la chaux,' est si avide de combinaison, qu'on ne peut l'exposer à l'air sans qu'il en attire à la fois l'eau et l'acide carbonique. Il est évident, d'après cela, que nous ne devons trouver dans la nature ni calcium ni chaux pure, et que nous ne pouvons avoir à examiner que leurs combinaisons, qui sont fort nombreuses et qui peuvent être rangées 'sous quatre chefs.
1° Calcium combiné à un corps simple électro- négatif, comme le fluor ou le chlore. Avec le premier, il forme un fluorure insoluble dans l'eau, fixe, mais fusible à une forte chaleur, ce qui lui avait valu anciennement le nom de spath-fluor et celui, plus moderne, de fluate de chaux. Avec le second, le calcium l'orme un chlorure également fixe, mais très-fusible, très-soluble dans l'eau, déliquescent même, ce qui empêche qu'on ne le trouve à l'état solide et isolé dans la terre; mais il existe dissous dans plusieurs eaux minérales et dans l'eau de la mer.
CALCIUM FLUORURE.
2° La chaux se trouve, combinée à un acide oxygéné qui peut être un des acides nitrique, sulfurique, carbonique, phosphorique, arsénique, antimonieux, antimonique, tungstique, vanadique, titanique ou silicique, d'où résultent autant d'espèces minérales nommées chaux nitratée, sulfatée, carbonatée, phosphatée, arséniatée, antimoniée et antimoniatée, tungstatée, vanadatée, titanatée, niobatée et silicatée.
3° La chaux peut exister combinée à deux acides à la fois, comme à l'acide titanique et à l'acide silicique, formant un minéral nommé sphène ou chaux titano-silicatée ; ou aux deux acides borique et silicique, formant de la chaux boro-silicatée, dont on connaît deux espèces nommées datholite et botryolite, qui diffèrent par leur degré d'hydratation.
4° Il existe un grand nombre de composés naturels formés de chaux et de une ou de plusieurs autres bases combinées à un seul acide : tels sont les innombrables silicates de chaux et de magnésie ; de chaux etd'alumine ; de chaux, de fer et d'alumine, etc. ; composés dont nous ne décrirons que les plus connus et les mieux déterminés.
Calcium fluorure.
Fluorure de calcium, chaux fluatée, spath-fluor ou fluorine. — Cette substance, dans son état de pureté, est uniquement composée de fluor et de calcium dans la proportion de :
Fluor 2 molécules 235,4 48, S
Calcium i 250,0 51,5
Formule : Ca F.
Le calcium fluoruré se présente presque toujours sous la forme de cube (fig. 185) ; mais un clivage très-facile et très-visible sur les angles, conduit d'abord au cubo-octaèdre (fig. 186) et ensuite à l'octaèdre régulier (fig. 187), que l'on doit considérer comme la forme primitive. Cet octaèdre se rencontre encore assez souvent, mais il est bien plus rare cependant que le cube. Les autres formes sont le cube émarginé, passant au dodécaèdre rhomboïdal (fig. 188); le cube pyramidé ou hexa-tétraèdre, solide à vingtquatre faces portant une pyramide très-surbaissée sur chaque face du cube, et toutes les modifications intermédiaires. Les faces sont ordinairement miroitantes.
Le fluorure de calcium est incolore et. transparent lorsqu'il est pur ; il pèse 3,1 ; il raie la chaux carbonatée et est rayé par le quarz et le feldspath ; il fait éprouver à la lumière la réfraction
simple ; il devient lumineux dans l'obscurité par le frottement réciproque de ses morceaux; sa poudre, jetée sur un charbon ardent placé dans l'obscurité, répand une lueur verdâtre. On con-
Fig. 185. — Calcium fluoruré. Fig. 186. — Calcium fluoruré.
naît même une variété cristallisée, de Sibérie, qui répand, lorsqu'elle est chauffée, une lumière d'un beau vert d'émeraude, qui lui a fait donner le nom de chlorophane. Le fluorure de calcium, chauffé au chalumeau, se fond en un
fig. 187. — Calcium fluoruré. Fig. ISS. — Calcium fluoruré.
émail blanc. Traité par Tacide sulfurique hydraté, dans un vase de plomb, de platine ou de sa propre substance, il dégage une fumée épaisse et très-dangereuse de fluoride hydrique, qui jouit de la propriété de corroder le verre. Si l'opération se fait dans un vase de verre, ou avec un mélange de verre ou de silice, il se produit, au lieu de fluoride hydrique, du fluoride silicique, gaz incolore et permanent qui se décompose sous l'influence de l'eau, etc.
Le calcium fluoruré présente des couleurs très-variables; les plus communes sont le vert pâle, le vert bleu, le jaune, le violet, rarement le bleu, très-rarement le rose. Indépendamment des cristaux qui sont ainsi colorés, on le trouve en masses concrétionnées, confusément cristallisées à l'intérieur, et dont l'agrément est augmenté par les différentes nuances de couleur et les reflets
CHAUX SULFATÉE ANHYDRE.
qu'y fait naître la direction de la lumière. On en fabrique des vases d'ornement d'un assez grand prix. Le calcium fluoruré se trouve encore en masses compactes, translucides, verdâtres, blanchâtres ou jaunâtres, de peu d'éclat, ayant une cassure testacée ou esquilleuse. On le trouve enfin sous forme terreuse, opaque et friable.
Le fluorure de calcium est très-répandu, mais il ne forme pas de couches puissantes à lui seul. Il est tantôt disséminé dans les filons métalliques des terrains primitifs et de transition, et principalement dans ceux de plomb sulfuré, de cuivre gris et de zinc sulfuré; tantôt il forme lui-même, dans les mêmes terrains, des filons où il est associé au quarz, à la chaux phosphatée ou carbonatée, à la baryte sulfatée. Il en existe aussi dans les terrains secondaires et dans quelques dépôts tertiaires, comme à Neuilly près de Paris. Les terrains d'amygdaloïdes et les produits des volcans modernes en offrent aussi quelquefois. Il est usité en métallurgie comme fondant, et en chimie pour produire le fluoride hydrique ou acide fluor hydrique.
Nous ne dirons rien ici du chlorhydrate ni d-u nitrate de chaux, que leur déliquescence empêche d'exister à l'état solide, et qu'on ne trouve que dissous dans les eaux terrestres, où ils accompagnent constamment le sulfate de chaux; mais celui-ci, en raison de sa faible solubilité, existe en grandes masses dans le sein de la terre, et il s'y trouve sous deux états, constituant deux espèces qu'il faut étudier séparément, sous les noms de chaux sulfatée anhydre et de chaux sulfatée hydratée.
Chaux sulfatée anhydre.
Anhydrite ou karstéaite. — Cette substance a été trouvée cristallisée en prisme droit rectangulaire, qui est sa forme primitive; en prisme octogone symétrique, qui provient de la troncature des quatre arêtes perpendiculaires du prisme rectangulaire; en prisme rectangulaire tronqué sur toûs les angles par les faces d'un ou de plusieurs octaèdres. Mais ces cristaux sont très-rares, et la forme la plus habituelle de la chaux sulfatée anhydre est celle de masses lamellaires ou saccharoïdes, dont les premières présentent trois sens de clivage perpendiculaires entre eux et qui conduisent au même prisme droit rectangulaire. Cette substance pèse 2,9 ; elle raie la chaux carbonatée, mais elle est rayée par la chaux fluatée; elle présente deux axes de double réfraction; elle ne blanchit pas et ne s'exfolie pas sur les charbons ardents. Chauffée dans la flamme intérieure du chalumeau, elle fournit une matière blanchâtre qui répand une odeur hépatique à l'air hu-
Gi'lBO' rt, Drogues, 5e édition. T. I. — 26
mide, ou par l'action des acides. Pulvérisée et bouillie dans l'eau, elle donne lieu à un soluté de sulfate de chaux, facile à reconnaître au double caractère de précipiter par le nitrate de baryte et par l'oxalate d'ammoniaque.
La chaux sulfatée anhydre est rarement blanche ; elle est presque toujours grisâtre, bleuâtre ou un peu violette. On en connaît une variété sublamellaire et d'un bleu céleste qui est employée comme marbre, sous le nom de marbre bleu de Wurtemberg. On en trouve une autre variété à Hall dans le Tyrol, et dans les salines d'Ischl en Autriche, qui est sous forme de petites masses d'un rouge de chair, composées de fibres droites et conjointes. On en trouve une autre à Wieliczka, en Pologne, qui forme de petites masses grisâtres, fibreuses dans leur intérieur, plusieurs fois repliées sur elles-mêmes à la manière des intestins, ce qui l'a fait désigner sous le nom de pierre de fripes.
Le sulfate de chaux anhydre se trouve assez abondamment dans les plus anciens terrains de sédiment qui ont été enclavés dans des roches de cristallisation, dont l'action ne paraît pas avoir été étrangère à sa formation; soit que l'on suppose que la chaleur communiquée par ces roches ait converti en sulfate anhydre le sulfate hydraté qui a pu se former d'abord, soit que l'on doive admettre que les émanations sulfuriques, qui ont accompagné le soulèvement des roches ignées, ait transformé le carbonate de chaux en sulfate. Il accompagne aussi très-souvent les dépôts salifères répandus dans les mômes terrains de sédiment, comme à Bex en Suisse, dans les salines du Tyrol, de la Haute- Autriche, de Yic en France, etc. On connaît môme un minéral fibreux ou laminaire, nommé muriacite, qui n'est qu'un mélange de sulfate de chaux anhydre et de chlorure de sodium.
On trouve à Vulpino, dans le^Bergamasque, en Italie, une chaux sulfatée anhydre uniformément imprégnée de quarz, dont elle contient 8 à 9 pour 100, et qui est d'un bleu tendre, très-dure et susceptible d'un beau poli. On l'emploie, sous le nom de bardiglio ou de marbre de Bergame, aux mêmes usages que le marbre calcaire.
Chaux sulfatée hydratée.
Gypse ou sélénile. — Substance très-tendre, rayée par la chaux carbonatée et même très-facilement par l'ongle; rayant le talc. Elle possède la réfraction double entre deux faces non parallèles; elle pèse 2,33 ; elle devient très-blanche, opaque, et s'exfolie sur un charbon ardent. Elle perd 22 pour 100 d'eau par la calcination et se trouve réduite à l'état de plâtre, qui est susceptible de se combiner de nouveau à l'eau, avec dégagement
CHAUX SULFATÉE HYDRATÉE.
de chaleur, et de former avec elle une masse cristalline, solide et tenace, ce qui le rend très-précieux pour la construction des maisons.
Les cristaux de chaux sulfatée hydratée sont très-fréquents ; Haûy les faisait dériver d'un prisme droit à base de parallélogramme obliquangle ; mais les minéralogistes prennent aujourd'hui, de préférence, pour forme primitive, un prisme oblique rhomboïdal dont les faces sont inclinées entre elles de 111° 30', dont la base est inclinée sur les faces de 109" 46' 13", et dont le côté de la base est à la hauteur à peu près comme 3:1. Les formes secondaires sont assez nombreuses et généralement trèsaplaties, mais dans un sens contraire à l'aplatissement du cristal primitif, par suite de deux profondes troncatures des deux arêtes latérales du prisme, dirigées parallèlement à sa peLite diagonale. Ces cristaux sont très-souvent émoussés, arrondis, et prennent une forme lenticulaire. Ces cristaux lenticulaires eux-mêmes, en se pénétrant obliquement en partie, et en devenant de plus en plus petits dans une même direction, forment des masses aiguës d'un côté, creusées d'un angle rentrant à leur exlrémité la plus large, à la manière d'un fer de lance. Cette chaux sulfatée en fer de lance, qui est très-commune à Montmartre, est toujours très-fissible et à clivage miroitant.
On rencontre àLagny (Seine-et-Marne) une chaux sulfatée d'une grande pureté en grandes masses laminaires transparentes et nacrées, ou en masses saccharoïdes, qui sont employées, sous le nom d'albâtre gypseux, à faire des vases et d'autres objets d'ornement remarquables par leur blancheur éclatante et leur demi-transparence, et qui seraient sans doute d'un grand prix si la matière en était moins commune chez nous. On connaît également une chaux sulfatée fibreuse et conjointe, formée de fibres droites, élargies, parallèles et nacrées, qu'il est très-facile de confondre, à la vue, avec la magnésie sulfatée fibreuse, ou avec le sel gemme de même forme; mais le défaut de saveur et de solubilité la fait très-facilement distinguer de ces deux matières. Enfin on trouve au milieu du terrain tertiaire et calcaire du bassin de Paris un dépôt considérable de chaux sulfatée calcarifère ou de gypse, sous forme de masses jaunâtres, lamelleuses ou granulaires, mais toujours à facettes miroitantes, d'un tissu lâche et grossièrement schisteux. Cette matière, qui serait d'une faible ressource comme pierre à bâtir, en raison de son peu de ténacité, acquiert une grande importance pour les constructions civiles, lorsqu'elle a été privée par le feu de son eau d'hydralation et mise à l'état de plâtre. Le plâtre, en effet, étant mélangé ou gâché avec une quantité d'eau suffisante pour en former une bouillie claire, absorbe et solidifie,
en s'hydratant de nouveau, une partie de l'eau, et constitue une masse adhérente, dure et tenace, qui est très-propre à lier entre eux les moellons de calcaire grossier, et à donner à leur assemblage une grande solidité.
Le sulfate de chaux hydraté pur contient, sur 100 parties, 46 parties d'acide sulfurique, 33 de chaux et 21 d'eau. Sa formule
est CaS2 -f- 2 H. La pierre à plâtre de Paris conserve l,es mômes rapports de ces trois composants, mais contient à l'état de mélange, sur 100 parties, 7,63 de carbonate de chaux et 3,21 d'argile.
Chanx carbonatée.
Cette substance est une des plus abondantes du globe, car elle forme une grande partie des terrains de stratification. Elle a reçu les différents noms de spath, marbre, pierre à bâtir, craie, albâtre, etc., suivant les différentes formes sous lesquelles on la rencontre ; mais, indépendamment de ces distinctions, les minéralogistes en ont fait une autre qui consiste en ce que la chaux carbonatée cristallisée se présente sous des formes qui dérivent de deux formes primitives différentes, ce qui, joint à d'autres différences dans la pesanteur spécifique et la dureté, a déterminé Haiiy à en faire deux espèces distinctes. L'une, nommée chaux carbonatée spathique ou rhomboédrique, a pour forme primitive un rhomboèdre : c'est la plus commune ; l'autre, nommée chaux carbonatée prismatique ou aragonite, a pour forme primitive un octaèdre rectangulaire ou un prisme droit rectangulaire. Nous suivrons cet exemple et nous parlerons d'abord de la chaux carbonatée rhomboédrique, qui est celle que l'on entend toujours, lorsqu'on ne fait pas de distinction d'espèce.
Cette substance a pour forme primitive un rhomboèdre obtus, dont les angles dièdres ont 105° 5' sur les arêtes culminantes ou entre les faces d'un même sommet, et 74° 55' sur les arêtes latérales ou entre les faces qui appartiennent aux deux sommets. Sa pesanteur spécifique est de 2,696 ; sa dureté est très-faible, car elle raie seulement le talc et la chaux sulfatée, et elle est rayée par la chaux fluatée. Elle possède, à un degré très-marqué, la double réfraction à un seul axe ; elle présente un éclat vitreux un peu nacré. Enfin le moindre choc y fait naître trois clivages trèsfaciles parallèles aux faces du rhomboèdre, de sorte que ses cristaux se partagent, avec la plus grande facilité, en rhomboèdres de plus en plus petits.
La chaux carbonatée est soluble avec effervescence dans l'acide nitrique et se réduit à l'état de chaux vive par une forte calcina-
JCIIAUX CARBONATÉE. 405
tion. Elle est formée de 44 parties d'acide carbonique et de
36 parties de chaux, et sa formule est GaC. Mais elle est souvent mélangée de carbonates de magnésie, de fer et de manganèse, qui sont isomorphes avec elle et qui peuvent s'y unir, sans proportions fixes, ainsi que nous le redirons plus loin.
II n'y a pas de substance minérale qui se présente sous un aussi grand nombre de formes que la chaux carbonatée ; mais il n'y en a pas une non plus qui, se trouvant répandue dans tous les terrains, ait cristallisé dans un plus grand nombre de circonstances différentes. On a compté jusqu'à 1,400 formes secondaires que l'on peut rapporter à quatre formes dominantes, qui comprennent :
Les cristaux rhomboédriques ;
Ceux en prisme hexaèdre régulier ;
Les dodécaèdres à triangles scalènes, dits cristaux métastatiques ; — — isocèles.
Ces derniers sont très-rares. Je ne représenterai ici que les formes les plus simples, qui donneront cependant une idée suffisante des autres.
Fig. 190. Rhomboèdre obtus primitif abxa', déjà représenté page 38, où se trouve expliqué comment la chaux carbonatée présente une série de quatre rhomboèdres tangents les uns aux autres, dont l'un, Yéquiaxe amsa' {fig. 49 ou 191), est beaucoup plus obtus que le primitif. Ainsi que le représente la figure, chacune des faces de ce rhomboèdre est tangente à une des arêtes culminantes du primitif, et aété produite par un décroissement uniforme et tangent à cette arête. Ce rhomboèdre
est très-commun, mais le plus souvent Fis- Chaux carbonatée. combiné avec d'autres formes; assez souvent aussi ses faces et
Fig. 190. — Chaux carbonatée. Fig. 191. — Chaux carbonatée.
ses arêtes sont arrondies, et les cristaux deviennent lenticulaires. Le rhomboïde inverse se trouve représenté {fig. 189). Dans la
fig. 193, il est à l'intérieur du primilil'; mais, en réalité, il ne peut se former qu'à l'extérieur, par un décroissement tangent à chacun des six angles latéraux, et l'on peut voir en effet que chacune des faces de l'inverse répond à l'un des angles latéraux du primitif, et, étant reportée au dehors de la figure, devient tangente à cet angle.
Ce rhomhoèdre est moins fréquent, à l'état simple, que l'équiaxe, mais il est très-abondant dans le grès de Fontainebleau. Cette roche, qui est formée d'un sable quarzeux très-fin, cimenté par du carbonate de chaux, présente fréquemment des géodes où le carbonate a pu cristalliser, tout en empâtant une quantité considérable de quarz. La forme qu'il affecte alors est toujours celle du rhomboèdre inverse. On l'a trouvé, dans
Fig. 192. — Chai» carbonatée.