ALUN SOLUBLE
on conçoit qu'on puisse arriver partout au môme résultat à l'aide de procédés de purification. De plus, l'alun de Rome dissous à froid dans l'eau et concentré à une température qui ne dépasse pas 42 degrés, cristallise en cubes opaques ; tandis que si on le dissout ou si on l'évaporé à une température supérieure, il abandonne une petite quantité de sulfate double insoluble et se trouve converti en alun ordinaire, octaédrique et transparent. L'alun de Rome diffère donc véritablement des autres par une proportion un peu plus grande d'alumine.
Alun de Liège. — Dans ce pays, on fabrique l'alun avec des scbistes argileux mêlés de sulfure de fer. On laisse ces scbistes exposés à l'air pendant un an et même davantage. Le fer s'oxyde, et le soufre devenu acide sulfurique se partage entre l'alumine et J'oxyde de fer : mais comme le sulfate d'alumine ne constitue pas de l'alun à lui seul, et qu'il faut d'ailleurs en séparer l'oxyde de fer, on grille le minerai effleuri, en le disposant par couches alternatives avec des fagots, et en formant des tas considérables auxquels on met le feu. Par ce moyen, le fer passe au maximum d'oxydation et devient peu susceptible de rester combiné à l'acide sulfurique ; d'un autre côté, la cendre des fagots ajoute au sulfate d'alumine la potasse nécessaire pour le convertir en alun. On lessive le tout, on fait évaporer la liqueur, et on la fait cristalliser. L'eaumère contient encore de l'alun ; mais comme elle renferme aussi du sulfate acide d'alumine non cristallisable par défaut de potasse, la cendre du bois n'en ayant pas fourni assez, on y ajoute toujours une certaine quantité de cet alcali avant de procéder à une seconde cristallisation. On purifie tout cet alun en le faisant dissoudre et cristalliser de nouveau.
A Paris et dans d'autres villes manufacturières on fait de l'alun de toutes pièces : pour cela on prend de l'argile qui soit peu chargée de carbonate de chaux et d'oxyde de fer ; on la calcine pour oxyder le fer au maximum, on la pulvérise, et on la traite par l'acide sulfurique un peu étendu, dans des auges de plomb. Lorsque le sulfate d'alumine est formé, on le dissout dans l'eau, on y ajoute, soit du sulfate de potasse, soit du sulfate d'ammoniaque (Az2H6,H20 -j- SO3) qui possède comme le premier la propriété de changer le sulfate d'alumine en alun, et l'on fait cristalliser.
C'est une chose bien remarquable que cette substitution dans l'alun, et dans beaucoup d'autres composés chimiques, de Az2Hs,H20 à KO ou PsO; et rien n'est plus propre à démontrer que l'ammoniaque hydratée doit plutôt être considérée comme un oxyde métallique (Az2H8)0, qui se trouve être isomorphe avec la potasse PsO, malgré la nature composée de son radical métallique, qui a reçu le nom d'ammonium.
Les chimistes ont obtenu beaucoup d'autres substitutions dans la formule de l'alun, de sorte que les aluns forment aujourd'hui
un groupe dont la formule générale est R S3 + R S + 24H, et dans laquelle Et représente l'alumine, ou des sesquioxydes de
chrome, d'urane, de fer ou de manganèse ; et R, de la potasse ou des protoxydes d'ammonium, de sodium, de magnésium, de fer, de cuivre, de manganèse, etc. Plusieurs de ces composés ont été trouvés dans la nature, tantôt suivant les proportions réelles de l'alun, d'autres fois avec des modifications dans le rapport des trois corps qui les composent; et comme ils se présentent généralement sous la forme de filaments ou d'aiguilles très-déliées, à la surface des roches où ils se forment, on les a désignés, à peu près indistinctement, sous le nom de aluns de plume. Je me contenterai d'en citer quelques exemples.
1° Alun fibreux et flexible de l'intérieur de la grotte des eaux de soufre, à Aix, en Savoie. D'après l'analyse qui en a été faite par M. Bonjean, pharmacien à Chambéry, ce sel est un véritable alun, dans lequel le sulfate de potasse est remplacé par les sulfates de
magnésie et de fer. Sa formule est Al S3 -f (Mg, Fejs + 24H.
2° Hversalt provenant de l'action simultanée de l'acide sulfureux de l'air sur une lave de Havnefjord, en Islande. Ce sel présente simultanément du peroxyde de fer comme remplaçant d'une petite quantité d'alumine et du protoxyde de fer et de la magnésie pour remplacer la potasse. Formule : (Ah, Fe)S3-(-(Fe, Mg)S
-f- 24H. On le trouve également avec 18IL
S" Alun à base de cuivre de Schemnitz en Hongrie. — Suivant l'analyse de M. Beudant, il est formé de AÏS3 -f CuS"+ 42H.
4° Alun à base de manganèse de Schemnitz, par Beudant i
2AÎ S3-f 3MnS'+54H.
5° Alun de plume des mines de Hurlet et de Campsie, par
R. Phillips : 2A1 Si'3 -f- 3Fe's -f 48H.
6° Alun de plume de ... . par Berlhier : Al S3 + 2Fe S -f 30H.
7° Alun de soude du Pérou méridional, par M. Thomson. Formule : Al S' -f Sd S '+ 5H. Ce sel n'est pas un véritable alun, puisquele sulfate d'alumine ne contient que 2 molécules d'acide;
POTASSE SILICATÉE. 471
néanmoins il est soluble dans l'eau, et sa saveur rappelle celle de l'alun.
Potasse silicatéc.
La potasse silicatée est très-répandue dans la terre, mais on ne l'y trouve pas isolée. Réunie à d'autres silicates, en proportions très-variées, elle constitue un grand nombre de minéraux lithoïdes dont je me contenterai de donner les formules chimiques, en y comprenant les silicates à base de soude, qui sont d'ailleurs presque toujours mêlés à ceux de potasse et qui leur sont isomorphes. Je n'en reprendrai ensuite que trois espèces ou trois groupes en particulier, à savoir : l'outremer, les micas et les feldspaths.