‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 187 sur 194 · A AA~ J · texte numérisé non relu

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Les eaux de Louesche possèdent une propriété singulière, et qui n'est probablement pas étrangère à la réputation dont elles jouissent; Elles paraissent changer l'argent en or, à tel point qu'une pièce d'argent neuve qu'on y laisse plongée pendant quelques jours prend, à s'y méprendre, la couleur et l'apparence d'une pièce d'or. Ayant vu ce même effet se produire aux eauxd'Aix en Savoie (source d'alun), j'ai cru pouvoir regarder ce phénomène comme le résultat d'une couche infiniment légère de sulfure, produite dans une eau dont la qualité sulfureuse est à peine sensible. M. Morin l'attribue au dépôt d'une couche mince de peroxyde de fer.

Luchon, voyez Bagnères-de-Luchon.

Lucques (Italie). — Ville qui possède un grand nombre de sources thermales dont la célébrité est fort ancienne; telles sont entre autres la source de la Ville, celle de Bernabo, la Désespérée, quia reçu ce nom à cause des cures merveilleuses qu'on lui attribue, la Mariée, qu'on a regardée comme plus propre à rétablir la vigueur de l'appareil génital, etc. De chacune de ces sources dépendent un certain nombre d'établissements de bains, construits en marbre et réunissant l'élégance à la commodité. Leur température varie de 39° à 54°. Elles ont toutes été analysées par le docteur Moscheni ; mais je ne relaterai que les deux analyses qui se rapportent aux deux extrêmes de température et de sels dissous.

EAUX MINÉRALES

Source

Source

de la

Trastullina.

Eau, t kilogramme.

Doccione,

Tcmp. 40°.

1 l III J). Oouji.

litres.

litres.

0,1ol

grain.

gram.

rlp maoripsip

d'îiluminp pt de notasse

Luxeuil (Haute-Saône), ville à 18 kilomètres au sud de Plombières, pareille distance de Bains, et à 53 kilomètres sud-est de Bourbonne. On y trouve un grand nombre de sources d'eaux thermales, dont une seule avait été analysée par Vauquelin; mais toutes l'ont été depuis par Braconnot qui les a toutes trouvées composées des mêmes principes, mais en quantité différente ; ce qui lui fait penser que les moins salées proviennent du mélange d'une môme eau minérale primitive avec des filets d'eau pure qu'elle rencontre dans son trajet (î). Je lui emprunterai seulement les résultats suivants :

Rtisidu fixe Température. pour 1000 part, d'eau

Source moins chaude du bain gradué.

Analyse de l'eau du grand

bain.

Carbonate de soude

A reporter 1,0383

(1) Journal de pharmacie, t. XXIV, p. 2'29.

nu

DE L'EAU

Analyse de l'eau du grand bain.

Report 1,0383

Magnésie 0,0030

Alumine 1

Oxyde de fer 0,0033

— de manganèse )

Matière organique azotée 0,0025

Plusieurs des sources de Luxeuil, et surtout celle du bain des Dames, dégagent une assez grande quantité d'azole parfaitement pur.

On trouve à Luxeuil, en dehors de l'établissement desbains, deux sources d'eau ferrugineuse, dont l'une est à 22°, 23, et l'autre à 10°, 50. La première a été décrite et analysée par M. Longchamp. Elle est parfaitement limpide lorsqu'elle sort de terre ; mais en deux jours d'exposition à l'air, elle se prend en une masse gélatineuse rougeâtre, phénomène dû la suroxydation du fer et à l'organisation qui se développe dans la matière azotée, dont elle ne contient cependant qu'une très-minime quantité. Voici les résultats comparés des analyses faites par M. Longchamp et par M. Braconnot.

Chlorure de sodium

— de potassium

Sulfate de soude

— de chaux

Carbonate de chaux

Silice

Oxyde ferroso-ferrique

Crénate de fer

Alumine

Oxyde de manganèse

Magnésie » 0,0075

Carbonate de potasse » quant, ind.

Matière organique 0,0007 0,0070

Perte 0,0009 »

Mer, eau de mer. — L'eau de mer peut être comptée au nombre des eaux minérales salines, quoiqu'elle appartienne à un ordre de faits fort éloignés de ceux qui donnent naissance à ces dernières. Elle estle résultat de l'équilibre qui s'est établi naturellement entre l'évaporation produite par son immense surface et l'afflux continuel des fleuves qui viennent lui rendre ce qu'elle a perdu. On conçoit pourquoi elle est plus chargée de sels que la plupart

Longchamp. Braconnot.

traces.

EAUX MINÉRALES. :>'

des eaux terrestres ; c'est qu'elle ne perd que de l'eau par l'évaporation, et que celle qui lui revient de la terre apporte toujours avec elle quelques substances en dissolution. Il semblerait, d'un autre côté, en raison de cette cause permanente d'augmentation des principes fixes, que la proportion des sels contenus dans l'eau de la mer aurait dû s'accroître jusqu'au point où elle en eût été saturée ; puisqu'il n'en est pas ainsi, il faut bien admettre qu'il existe des causes encore inconnues qui limitent la salure de la mer et la restituent au sol bien avant qu'elle ait atteint le point de saturation.

Des chimistes d'un grand mérite ont aussi pensé que l'eau de mer devait tenir en dissolution toutes les substances trouvées dans les eaux terrestres; mais jusqu'ici l'expérience n'a pas confirmé cette vue, qui semblait une conséquence nécessaire de l'origine des eaux marines, soit que leur degré de salure en exclue déjà un grand nombre de composés peu solubles, ou que nos méthodes d'analyse n'aient pas encore acquis un assez grand degré de précision.

La salure de la mer est à peu près uniforme partout, ou, pour parler plus exactement, elle tend sans cesse, par le mélange des eaux des différentes régions, à toucher ce point d'uniformité sans l'atteindre en réalité. La raison en est facile à dire : les grands fleuves diminuent sensiblement la salure de la mer environnante, surtout s'ils se déchargent dans un golfe ou dans une mer intérieure qui n'ait qu'une communication médiocre avec l'Océan : telle est en Europe la Baltique. On peut dire aussi que la salure, vers les pôles, ne doit pas être la même qu'à l'équateur, soit qu'elle augmente lorsque, par un hiver rigoureux, l'eau se congèle sur une grande étendue, soit qu'elle diminue quand, dans une autre saison, la fonte des glaces môle de l'eau douce à l'eau salée ; dans tous les cas, d'immenses courants d'eau, de température et de salure différentes, observés au sein de l'Atlantique, démontrent suffisamment que si l'eau de l'Océan ne s'éloigne pas sensiblement d'une salure moyenne, il est difficile qu'elle se maintienne exactement la môme partout.

L'eau de l'Océan est généralement inodore, transparente, légèrement colorée, ayant une saveur salée, âcre et saumâtre. Sa pesanteur spécifique moyenne, déterminée par Gay-Lussac, est de 1,0286 et le résidu salin qu'elle produit par une dessiccation parfaite au rouge obscur, est de 36,5 grammes par litre (1).

Dans cette évaluation, le chlorhydrate de magnésie est compté comme chlorure de magnésium. Si on le supposait à l'état de

(1) Ann. chim. etp!iys.y t. VI, p. 428.

de l'eau.

chlorhydrate, comme on l'ohtientpar la seule dessiccation à 100 degrés, la quantité de résidu serait nécessairement plus considérable.

Quant à sa composition, elle a été l'ohjetdes recherches d'un grand nombre d'habiles chimistes, et cependant on peut dire qu'elle n'est pas encore exactement connue. L'analyse de Lavoisier, faite en 1772, sur de l'eau puisée à Dieppe, doit être rejetée toute la première, la totalité des sels déterminés par lui nes'élevant qu'à 19,67 grammes par litre, tandis que leur quantité moyenne est de 36,5 grammes, comme nous venons de le dire. Celle de Bergmann (1), faite sur une eau puisée à la hauteur des Canaries, et à la profondeur de 60 brasses, pèche, au contraire, par un excès de sel marin; enfin celle de Bouillon-Lagrange et Vogel (2) est fautive surtout par suite d'évaluations calculées sur la composition inexacte des sels. En y faisant les corrections nécessaires, on est amené aux résultats suivants :

Bergmanu.

B. Lagrange et Vogel.

Eau de mer, 1 kilogramme.

51 anche

Atlantique.

et 1

Méditerranée.

Atlantique.

gram.

gram.

gram.

Carbon, de chaux et de magnésie.

Depuis le travail de Bouillon-Lagrange et Vogel deux chimistes anglais, d'un éminent mérite, ont fait l'analyse de l'eau de la mer. En voici les résultats :

Eau du golfe de Forth, près de Leith, en Ecosse (3).

Analyse Analyse

Eau, 1 kilogramme. par par

évaporation. précipitation,

gram. gram.

Chlorure de sodium 24,185 24,70

— de magnésium 3,300 3,15

Sulfate de magnésie 0,780 2,12

— de soude . 1,''67 »

A reporter 29,932 29,97

(1) Bergmann, Opuscules chimiques, 1. 1.

(2) Ann. chim., t. LXXXVll,p. 190.

(3) John Murray, Ann. de chim. et de phys., t. VI, p. 63.

EAUX MINÉRALES

Analyse Analyse

Eau : i kilogramme. par par

évaporation. précipitation,

gramm. gramm.

Report 29,932 'J.9,97

Sulfate de chaux 0,825 0,97

Carbonate de chaux 0,082 »

— de magnésie 0,149 »

Sels anhydres 30,9>s8 (1) 30,94

Gay-Lussac a remarqué que ce résultat était trop faible ; ce qu'il fallait probablement attribuer à ce que la salure du golfe d'Édimbourg est diminuée parles rivières qui s'y jettent.

Eau recueillie au milieu de l'océan Atlantique nord (2).

Eau, 1 kilogramme. Sels desséchés.

gram. gram.

Chlorure de sodium. 20,600 ou Chlorure de sodium 26,60

— de magnésium... 5, 1 34 Chlorhydrate de magnésie.. . 9,91

— de calcium 1,232 — de chaux 1,95

Sulfate de soude 4,660 Sulfate de soude 4,66

Nous donnerons enfin l'analyse de l'eau de la mer Méditerranée par M. Usiglio, qui a donné les résultats suivants : 1000 parties d'eau contiennent :

— de magnésium. .. .

Mont-Dore (Puy-de-Dôme). — Village situé au pied de la montagne de l'Angle, à 33 kilomètres de Clermont. Ses eaux thermales étaient connues des Romains, qui les avaient recueillies dans un vaste et somptueux édifice, dont il ne restait depuis longtemps que des ruines éparses. Le gouvernement y a fait construire un nouvel établissement de bains, destiné à devenir un des plus beaux de la France.

(1) Ces résultats ont été calculés en faisant la pinte anglaise égale à 0 lit., 478, et la pesanteur spéciûque de l'eau de mer = 1,028G. En partant de ces données, les quatre pintes d'eau analysée pesaient 1950 grammes. L'auteur ou le traducteur a oublié (Annales, p. 71) de tenir compte delà pesanteur spéciûque de l'eau de mer, pour déterminer la quantité qui en a été analysée.

(2) Marcet, Ann. de chim. et de phys., t. XII, p. 309.

8J58 DE L'EAU

Les sources d'eau minérale sourdent, à différentes hauteurs, du bas de la montagne. On désigne les principales sous les noms de fontaine de Sainte- Marguerite, bain de César, Grand-Bain et fontaine de la Madeleine; nous ne parlerons que de la seconde, quia été examinée par Bcrlhier.

La source du bain de César marque 43 degrés au thermomètre centigrade. Elle est limpide ; mais elle forme dans le bassin môme qui la reçoit un dépôt visqueux, composé de peroxyde de fer, d'eau, de silice gélatineuse et de carbonate de chaux. L'eau se fait jour à travers les fissures d'un porphyre volcanique, et s'écoule avec un bouillonnement continuel et considérable d'acide carbonique, dont une porLion, qui y reste dissoute, lui communique une saveur acidulé. Voici d'ailleurs quels sont les principes fixes qu'elle contient; les quantités sont évaluées pour un litre.

Sels

Sels

anhydre;.

cristallisés.

Néris, bourg situé sur les bords du Cher, département de l'Allier, k kilomètres de Montluçon. On y remarque les restes d'un cirque romain et d'un monument thermal, qui attestent que les eaux de Néris sont très-anciennement connues. Leur température est supérieure à 50 degrés ; quant à leur composition, elle a été déterminée par une analyse directe faite par M. Lefort en 1857. Pour un litre d'eau :

Puits de César. Puits de la Croix.

cent, cubes.

cent, cubes.

Oxygène

gram.

gram .

de manganèse. . .

traces.

traces.

Sulfate

EAUX MINÉRALES

Tuits de César.

Puits de la 1

granim .

g-rainm.

A OT h Q

traces.

traces.

traces.

Les sources émettent une grande quantité de gaz libres composés pour 100 parties :

vPuits de César. Puits de la Croix.

Azote 80,55 88,17

Oxygène 18,64 11,07

Acide carbonique 0,81 0,76

D'après M. Robiquet, la matière organique esta l'état de parfaite dissolution dans l'eau et non organisée, tant que l'eau est contenue dans ses conduits souterrains; mais au contact de l'air et de la lumière cette matière s'organise en une plante confervoïde de la tribu des oscillariées (anabaina monticulosa), et cette plante renferme alors, au milieu de ses masses gélatiniformes, des bulles de gaz qui contiennent 40 pour 100 d'oxygène.

Passy — Paris (Seine), rive droite de la Seine. — Ses eaux ferrugineuses froides sont connues depuis un grand nombre d'années, et sont fournies par cinq sources, dont trois, situées à micôte, sont désignées sous le nom d'eaux nouvelles, et deux, placées au-dessous de la chaussée, portent celui d'eaux anciennes. Ces eaux ont été l'objet des recherches d'un grand nombre de chimistes, et leur importance, en raison de leur proximité de Paris, nous engage à donner un extrait de la belle analyse faite en 1808 par Deyeux et Barruel.

C'est au milieu d'un vaste jardin que se trouvent les nouvelles eaux minérales de Passy. Les trois sources qui les fournissent sourdent à 20 pieds de profondeur, à partir du sol, dans un souterrain construit exprès. Celle n° 1, située à l'entrée du caveau, au bas de l'escalier, fournit 36 à 40 pintes d'eau dans l'espace d'une heure ; celle n° 2, placée un peu plus avant, coule goutte à goutte, et est abandonnée aujourd'hui ; celle n° 3, située au fond du caveau, fournit 45 pintes dans une heure, est la plus ferrugineuse, et est celle qui a été soumise à l'analyse.

Cette eau jouit d'une transparence parfaite, d'une faible teinte verdâtre et d'une saveur ferrugineuse acide. Elle rougit le tournesol, et les réactifs indiquent de fortes proportions de sulfates de fer et de chaux.

Deux livres d'eau, soumises à la distillation, ont dégagé une

-r>C0 t DE L'EAU.

quantité d'acide carbonique représentée par 4 grains de carbonate decbaux, et ont déposé 4 grains d'un précipité ocracé, que les auteurs ont pensé être du carbonate de fer.

L'eau concentrée acquiert une saveur plus alramentaire et plus acide, et lorsqu'on l'évaporé à siccité, elle exhale une odeur trèssensible d'acide hydrochlorique.

Le résidu, traité par l'alcool à 40°, lui cède des indices d'acide sulfuriqueet des chlorures de sodium et de fer, sans aucun indice de chaux.

La portion du résidu insoluble dans l'alcool a été traitée par l'eau, qui en a dissous des* sulfates de soude et de magnésie ; la portion insoluble dans les deux menstrues était un mélange de sulfate de chaux et de sous-sulfate de tritoxyde de fer.

Pour déterminer la quantité totale de fer, les auteurs ont acidifié 10 livres de nouvelle eau par un peu d'acide nitrique, afin de retenir la magnésie en dissolution, et ont versé dans la liqueur un excès d'ammoniaque, qui a formé un précipité d'alumine et d'oxyde de fer, pesant 50 grains. Ce mélange, redissous dans l'acide chlorhydrique,, et précipité de nouveau par la potasse mise en excès, a laissé 29 grains d'oxyde de fer très-pur ; la liqueur surnageante a été précipitée par le chlorhydrate d'ammoniaque, et a fourni ainsi de Yalumine pure, qui, redissoute dans l'acide sulfurique, et mêlés à6 grains desulfate dépotasse, obtenu de la même eau, dans une expérience subséquente , a donné 37 grains d'alunbicn cristallisé.

L'eau, acidifiée par l'acide nitrique et précipitée par l'ammoniaque, a été évaporée à siccité, et le résidu lavé à l'eau distillée. Il est resté 216 grains de sulfate de chaux.

L'eau de lavage a été mêlée avec de l'eau de chaux, jusqu'à ce qu'il ne s'y formât plus de précipité de magnésie. Ce précipité, combiné de nouveau à l'acide sulfurique, a procuré 113 grains de sulfate de magnésie cristallisé.

La liqueur d'où la magnésie avait été précipitée parla chaux a été débarrassée de cette dernière par l'oxalate d'ammoniaque, puis évaporée, et le résidu calciné. Ce résidu, dissous dans l'eau et mis à cristalliser, a produit deux sels différents, dont 33 grains de chlorure de sodium et 6 grains de sulfate de potasse.

Les eaux de Passy sont tellement ferrugineuses que, depuis longues années, les propriétaires ont imaginé d'en diminuer la force en les laissant exposées à l'air pendant plusieurs mois dans des jarres de terre. L'eau, décantée de dessus le précipité qui se forme par la suroxydalion du fer, porte le nom d'eau épurée. Cette eau a été analysée comparativement à Veau non épurée. Voici les produits des deux analyses :

EAUX MINÉRALES

Eau

Eau

non épurée.

épurée.

Pes. spécifiq. i, 0046. Pes

spécifiq. 1,0033

grains.

grains.

Protosulfate de 1er cristallisé....

Sulfate de magnésie cristallisé..

Sulfate d'alumine et de potasse. .

quant, inappr.

On voit par ce tableau qu'indépendamment d'une très-faible concentration de l'eau, qui augmente un peu la proportion des sels dissous, l'eau épurée a éprouvé un changement important, qui consiste dans la disparition presque complète du fer; et comme d'ailleurs cet effet doit varier suivant la température et le temps d'exposition à l'air, beaucoup de praticiens sont d'avis qu'il vaut mieux employer l'eau de Passy non altérée et telle qu'elle sort de la source, et la couper avec une proportion déterminée d'une boisson appropriée.

Cette précipitation presque complète du fer à l'état de soussulfate insoluble, est un fait d'autant plus curieux que le dégagement d'acide chlorhydrique, observé pendant l'évaporation de l'eau de Passy, y indique un léger excès d'acide sulfurique, qui devient nécessairement plus sensible dans l'eau épurée.

Je pense que ce fait, auquel on n'a pas encore cherché d'explication, est dû à l'affinité du sulfate de chaux pour l'acide sulfurique, et à la formation d'un sulfate calcaire.

L'analyse indique dans l'eau non épurée une quantité réelle, mais si faible d'acide carbonique, qu'on peut la négliger. Je ne pense pas non plus, en raison de son excès d'acide sulfurique, qu'aucune portion de fer y soit à l'état de carbonate ; enfin la quantité de protosulfate de fer, qui répond aux 29 grains de peroxyde trouvés par l'analyse, est de 54gr,44 de sulfate anhydre, ou de 102gr,39o de sulfate cristallisé, ce qui fait par pinte 20er,476.- En calculant d'après ces données la composition de l'eau de Passy, on trouve pour 1 litre d'eau ou 1 kilogramme :

gram.

Sulfate de chaux 2,3437

Protosulfate de fer cristallisé 1,11 H

Sulfate de magnésie cristallisé 1,2261

Chlorure de sodium 0,3582

Sulfate d'alumine et de potasse 0,4069

Acide carbonique } une très-peliie

Matière bitumineuse j quantité.

(1) Sulfate de fer au maximum d'oxydation. 5,4460

Guibolut, Drogues, 5« édition. T. I. — 3 6

562 DE L'EAU

En 1827, Henry fils a eu occasion de faire une observation intéressante sur l'eau de Fassy conservée pendant un certain temps dans de grands vases. Cette eau était devenue louche et noirâtre, dégageait une odeur d'acide sulfhydrique, et présentait une foule de petites paillettes noires et brillantes de sulfure de fer. On y observait des llocons volumineux et fort abondants d'une substance glaireuse, colorée en noir parle môme sulfure (1). Tous ces résultats étaient dus à la décomposition des sulfates par la matière organique contenue dans l'eau de Passy, de même que cela a lieu pour toutes les eaux séléniteuses et pour un grand nombre d'eaux minérales (Seltz, Vichy, etc.), qui, envoyées loin de leur source, même dans des vases de verre bien bouchés, n'offrent le plus souvent, au bout d'un certain temps, qu'une eau croupie et tout à fait nuisible.

Henry fils a fait également l'analyse des eaux de Passy : l'eau nouvelle n° 3 lui a présenté à peu près la même composition qu'à M. Deyeux, et les autres eaux lui ont offert, ainsi qu'on le savait déjà, beaucoup moins de fer en dissolution ; voici les résultats obtenus pour 1 kilogramme d'eau :

Protosulfate Tritoxyde de fer. cristallisé, gram. gram.

Source nouvelle n° 3 0,4120 1,4547

Source ancienne n° 2 0,0770 0,2719

Source nouvelle n° 1 0,0456 0,1610

Source ancienne n° 1 0,0390 0/1377

Plombières (Vosges), à 421 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il est à 17 kilomètres de Luxeuil, 13 de Bains et 466 de Paris. On y trouve de nombreuses sources d'eaux minérales de température et de nature variables, dont les principales sont : le grand Bain, 63°, 75; les Etuves, 5i°,40; les Capucins, 52°, 50; le Bain des Dames, 52°,50 ; le Crucifix, 49°, 50; la Ferrugineuse, dite Bourdeille,io.

Vauquelin avait indiqué dans l'eau du Grand Bain pour 1 litre :

gram.

Carbonate de soude cristallisé 0,1175

Sulfate de soude cristallisé 0,1266

Chlorure de sodium 0,0678

Carbonate de chaux 0,0317

Silice 0,0723

Matière organique gélatineuse 0,0588

O. Henry et Lhéritieront trouvé dans 1 litre d'eau les principes minéralisateurs suivants :

(1) Journal de pharmacie, t. XIII, p. 208.

EAUX MINÉRALES

Source du Crucifix, gram.

Source Source des Dames. Sainte-Catherine.

Silice

Alumine

Silicate de soude

— de potasse

— de chaux

— de magnésie

Lithine silicatée probable

ment

Chlorure de sodium

— de potassium. ....

— de calcium »

Sulfate de soude (supposé ) ^

anhydre) j

Arséniate de soude

gram, 0,01 16 0,0100 0,0818 0,0040

sensible, sensible, sensible.

Sesquioxyde de fer trac.sensib. trac, sensib. trac, sensib.

Iodure indices. indices. indices.

Phosphate très-sensib.

Fluor ou fluate.

Acide borique ou borate...

Matière organique azotée. .

indices?

très-sensib. très-sensib.

indices? indices?

M. Nicklès a établi d'une manière évidente la présence d'un fluorure, indiqué avec doute dans les analyses précédentes.

Pougubs (Nièvre), près de la rive droite de la Loire, à 13 kilomètres de Nevers. On y trouve deux sources d'eau acidulé froide, dont la plus abondante est employée en boisson. L'eau bouillonne à sa sortie par l'effet d'un dégagement d'acide carbonique ; exposée à l'air, elle se trouble et laisse déposer des cristaux rhomboédriques de carbonate de chaux, et des flocons rougeâtres d'hydrate ou de crénate de fer. L'analyse faite par O. Henry (1) a donné, en acide carbonique et en sels anhydres :

gramm .

Acide carbonique libre 1,583

Carbonate de cbaux 0,924

— de magnésie 0,576

— de soude 0,450

— de potasse traces.

Sulfate de soude 0,270

— de chaux 0,1904

Chlorure de magnésium (2) 0,350

Silice et alumine 0,035

Phosphate de chaux traces.

A reporter 2,79o i

(1) Bulletin de F Académie de médecine, t. II, p. 492.

(2) On a peine à concevoir la présence simultanée du carbonate de soude et du chlorure de magnésium.

564 DE L'EAU

gramm.

Report 2,7954

Peroxyde de fer 0,0204

Matière organique 0,030

M. Mialhe y a constaté depuis une assez forte proportion d'iode.

Provins (Seine-et-Marne), à 53 kilomètres de Meaux et à 84 de Paris. De deux sources d'eaux ferrugineuses qu'on y voyait, il n'en reste plus qu'une, connue sous le nom de fontaine Sainte- Croix. Vauquelin en a fait l'analyse avec un soin tout particulier, et en a retiré par litre :

litre. litre.

Acide carbonique 0,55 0,55

gram. gram.

Carbonate de chaux 0,554 0,554

Oxyde de fer 0,07G / Carbonate de fer... 0,111

Magnésie 0,035 ou — de magnésie. . . 0,083

Oxyde de manganèse 0,017 ( — de manganèse.. 0,042

Silice 0,025 0,025

Chlorure de sodium 0,042 0,042

— de calcium I .... . . .. ,,

Matière grasse j ^ntltes inappréciables.

0,749 0,837 L'analyse a donné à M. Bouis (1) :

Résidu insoluble 0,020

Carbonate de protoxyde de fer 0,049

— de chaux 0,451

— de magnésie 0,028

Sulfate de chaux 0,078

Chlorure de sodium 0,020

Manganèse 0,005

Matières organiques. traces.

Un faità noter, c'est que la quantité de fer ef de manganèse est moindre dans cette dernière analyse que dans celle de 1816.

Pullna (Bohême), village situé à quelques lieues de Sedlitz et de Seidschutz, dont l'eau est plus chargée de sels magnésiens, plus amère par conséquent, et plus purgative que celle de ces deux localités. Elle a une température de 8°, 25 à son point d'émergence. L'analyse faite par Barruel a donné, par litre :

gram.

Sulfate de magnésie cristallisé 33,556

— de soude cristallisé 21,889

Chlorure de sodium 3,000

Chlorhydrate de magnésie 1,860

Sulfate de chaux cristallisé 1,184

A reporter 61,489

(1) Bouis, Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 18G4-65, t. XXX, p. 574.

EAUX MINÉRALES. 56B

gramm.

Report G 1,489

Carbonate de magnésie 0,540

— de chaux 0,010

— de fer 0,001

Matière organique 0,400

Pyrmont, château situé dans la Westphalie, 18 kilomètres de Hamelen, et dans un vallon entouré de montagnes boisées. On y voit une caverne vaporeuse qui contient assez d'acide carbonique pour frapper de stupeur et de suffocation l'homme et les animaux; les bougies et les torches s'y éteignent également ; mais Pyrmont doit encore plus sa célébrité à ses eaux minérales, dont il y a plusieurs sources qui sont de nature différente, ce qui peut expliquer la différence des analyses faites par divers chimistes. Les principales sources sont : 1° le Trinkbrunnen, dont l'eau est destinée à la boisson et sertàl'exportation; 2° le Brode Ibrunnen, qui jaillit avec bruit, et se fait entendre à une grande distance pendant la nuit ; 3° le Sauerling, qui fournit une eau agréable et légère : 4° le Puits salé minéral; 5° la source saline; 6° le Neubrunnen ; 7° le puits des Yeux; 8° le petit Badebrunnen. Toutes ces eaux sont gazeuses, pétillantes, et ont une température de 12 à 14 degrés. Voici les résultats des analyses faites par M. Wiggers en 1857.

Eau : 1 litre. Trinkbrunnen. Brodelbruunen. Neubrunnen.

cent, cubes.

cent, cubes.

cent, cubes

gram.

gram.

gram.

— d'ammoniaque...

traces.

traces.

— de manganèse. . .

Sulfate de potasse

Mtrale de soude

traces.

traces.

traces.

Matières organiques

(races.

traces.

traces.

traces.

traces.

Rennes-les-Bains (Aude), village à 26 kilomètres au sud de Carcassonne, et dans une gorge étroite parcourue par la Salz. On y observe trois sources thermales ferrugineuses, et deux

DE L'EAU

sources froides qui paraissent provenir du mélange d'une source principale, nommée le Bain fort, avec des quantités variables d'eaux superficielles. C'est ce qui ressort clairement de la température variable des sources et de leur analyse, faite par MM. Julia et Rcboulb (1). Voici les résultats de ces analyses pour 4 kilogramme d'eau.

Bain fort. Bain de la Bain des Bain du Reine. Ladres. Pont.

Température 51° c. 40° 40° temp. m.

litre.

Acide carbonique 0,05 » » »

— sulfbydrique » q. inapp. » »

Substances fixes. gram. jram. gram. gram.

Chlorhydrate de magnésie. 0,6G50 0,2'JO 0,250 »

— de chaux 0,1250 0,115 0,575 0^1325

Chlorure de sodium 0,0025 0,300 0,200 0,065

Sulfate de chaux 0,2750 0,3625 0,2125 0,050

— de magnésie » » » 1,100

Carbonate de magnésie 0,2375 0,225 0,020 0,100

— de fer 0,1125 0,0875 0,075 0,0ii^

Silice 0,0075 » 0,005 »

Perte 0,0125 0,0125 0,0075 0,0025

O. Henry (2) a publié une nouvelle analyse des eaux de Rennes, dont les résultats diffèrent peu des précédents.

Roisdorff, à 4 kilomètres du Rhin, 6 de Bonn, et 18 de Cologne. La source se trouve à l'entrée du village et dans une situation des plus agréables. L'eau, qui porte indifféremment le nom à'Alfter ou de Roisdorff, est très-froide et d'une densité de 1,0089. Il paraît que, suivant une analyse de Vauquelin, cette eau contient un volume d'acide carbonique égal au sien, des carbonates de soude, de chaux et de magnésie; très-peu de carbonate de fer, du sulfate de soude et du chlorure de sodium. Depuis, on a publié les résultats de deux analyses de l'eau de Roisdorff, l'une par M. Fr. Petazzi (3), et l'autre par M. Bischoff (4) ; mais comme la première analyse présente 3 grammes 176 pour le poids total des substances fixes contenues dans 1 kilogramme d'eau, et la seconde 4 grammes 962 (dans la supposition que l'auteur de l'analyse s'est servi de la livre de 12 onces et du dragme de 60 grains), dans l'impossibilité où nous sommes de donner la préférence à l'un ou à l'autre résultat, nous nous bornons à indiquer les re-

(1) Ann. de chimie, t. LVI. p. 119.

(2) Henry, Bulletin de l'Académie de médecine, t. III, p. 907. Petazzi, Ann. de chim.,t. LXXXVII, p. 109.

(4) Biscliolï, Journal de chim. méd., t. III, p. 395.

EAUX MINÉRALES

cueils où ils se trouvent consignés. Nous remarquerons d'ailleurs que suivant M. Petazzi, la source de Roisdorff se trouve entre deux autres distantes seulement, l'une de 25 mètres, qui n'offre qu'une eau commune, et l'autre de 66 mètres, qui est tellement ferrugineuse qu'elle ne sert à aucun usage. Rouen. Voyez La. Maréquerie.

Royat et Chamalières (Puy-de-Dôme), à 2 kilomètres de Clermont-Ferrand. On y connaît 4 sources, dont la température varie de 19° à 35°.

La composition en est donnée par les analyses suivantes de M. Lefort, faites en 1857.

Royat.

César.

. i M \l l 1U Cl 1 L •

T,pc lîochôs

lit.

lit.

litre.

litre.

gram.

gram.

gram.

— de manganèse...

traces.

traces.

traces.

traces.

traces.

traces.

Iodure et bromure de sodium.

indices, indices.

indices.

indices.

traces.

traces.

traces.

traces.

indices.

indices.

indices.

indices.

Saint-Allyre, nom d'un faubourg de la ville de Clermont- Ferrand (Puy-de-Dôme), où se trouve une fontaine tellement cbargée de carbonate terreux, dissous dans l'acide carbonique, qu'elle a formé, en coulant à l'air libre, une muraille de 80 mètres de longueur et de 6 à 7 mètres de hauteur. Cette muraille forme pont sur un ruisseau qu'elle traverse, et n'a cessé de s'accroître, pour se reformer ailleurs, que lorsque le cours de l'eau a été dérangé. Depuis longtemps aussi, on profite de la propriété incrustante de l'eau de Saint-Allyre pour recouvrir d'une couche calcaire ou pour pétrifier, comme on le dit improprement, une foule d'objets naturels, tels que des fruits, des fleurs, des plantes entières, et de petits animaux empaillés. Cette eau sort de terre avec une température constante de 24 degrés ; la quantité qui s'en écoule est, d'après M. Girardin, de 24 litres par minute, 1440 litres par heure, 34560 litres par jour.

L'analyse de l'eau de Saint-Allyre a été faite par Vauquelin

bW DE L'EAU.

en 1799, et, en 1835, par M. Girardin, qui lui a trouvé une composition un peu différente. Berzélius s'est le premier occupé de la composition du travertin, et M. Girardin, ayant comparé celui qui forme l'ancien pont de Saint-Allyre avec le dépôt actuel des eaux, a reconnu que ces dépôts avaient changé de nature; que l'ancien était beaucoup plus calcaire que magnésien et peu ferrugineux, tandis que le dépôt moderne est plus magnésien que calcaire et fortement ferrugineux. Cet examen indique encore que l'eau de Saint-Allyre a dû changer de composition.

Analyse de l'eau de Saint-Allyre (pour 1 kilogramme).

Vauquelin.

Girardin.

gram.

gram.

Acide carbonique libre

Çilir-P

A 0 fï A A

u,oyuu

m n t* Anolo rl/ï nnl necû

a (\r.cn

U,U'it>.£

Matière organique bitumineuse.

traces.

Composition du travertin

de Saint-Allyre.

Matière organique non azotée. . .

Saint-Amand (Nord), ville à 13 kilomètres de Valenciennes. Ses eaux, sulfureuses accidentelles, et d'une température de 18 à 28°, ont joui d'une assez grande célébrité. Il y en a quatre sources, dont deux surtout, dites la fontaine du Bouillon et la fontaine moyenne, ont été examinées par le docteur Pallas. L'eau de la première est limpide cl sans odeur ; celle de la seconde est légè-

EAUX MINÉRALES. 569

rement opaque et laisse surnager des flocons blancs d'une odeur et d'une saveur très-prononcées d'oeufs couvés. Cette odeur disparaît promptement à l'air; voici du reste les résultats de l'analyse (1).

Eau, 1 kilogramme.

Acide carbonique.

Sulfate de chaux. .

— de magnésie.

— de soude

Chlorhydrate de magnésie.

Chlorure de sodium

Carbonate de chaux ,

— de magnésie

Silice

Fer

Matière résineuse

Perte

Fontaine

Fontaine

du bouillon.

moyenne.

gram.

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