SI
Enfin, il peut arriver que le carbonate de chaux se trouve éliminé après la formation du mélange précédent, et laisse la silice sous la forme de rognons poreux et légers, qui ont reçu le nom de quartz nectique, ce qui veut dire surnageant l'eau. Ce quartz se trouve principalement à Saint-Ouen, près de Paris, dans un terrain de marne d'eau douce. Il se présente sous forme de masses sphéroïdales ou tuberculeuses, opaques, blanches ou grises, à cassure facile et inégale. Il est plus léger que l'eau et la surnage jusqu'à ce que l'imbibition l'ait rendu plus pesant. Vauquelin Ta trouvé composé de 0,98 de silice et 0,02 de carbonate de chaux.
Quartz thermogène. On donne ce nom, à la silice terreuse qui forme les parois des sources bouillantes du Geiser en Islande, et qui provient de celle qui était dissoute dans l'eau ; la température à laquelle cette silice se sépare de l'eau la rend anhydre. Elle forme des masses concrétionnées et ondulées qui empâtent fréquemment des plantes, à la manière des eaux calcaires incrustantes.
Quartz hydraté (quartz résinile, Haûy).
C'est de la silice contenant de 6 à 10 centièmes d'eau combinée ; il est quelquefois presque transparent ; mais il a le plus souvent un aspect laiteux ou gélatineux, avec des reflets plus ou moins vifs. Dans tous les cas, il blanchit au feu, et perd en poids la quantité d'eau qu'il contient. Sa pesanteur spécifique varie, en raison des oxydes métalliques qui s'y trouvent mélangés ,mais elle est généralement moindre que celle du quartz et ne dépasse pas 2,11 à 2,35. Il a une cassure conchoïde, luisante, semblable à celle de la résine. Il ne fait pas feu avec le briquet et est rayé par une pointe d'acier. On en distingue plusieurs variétés.
Hyalite : substance mamelonnée, d'un gris de perle, presque transparente, contenant de 6 à 8 centièmes d'eau. On la trouve à la surface, ou dans les fissures de roches d'origine ignée (trachytes et basaltes). Elle provient, à n'en pas douter, de la silice dissoute dans les eaux chargées de soude des terrains volcaniques, et déposée à l'état gélatineux, sous la forme de petites concrétions globuliformes aplaties ; telle est celle de Bohiiniez, en Hongrie.
Girasol: aspect gélatineux, d'un blanc bleuâtre, avec des reflets rougeâtres ou d'un jaune d'or, lorsqu'on le regarde au soleil.
Opale noble : substance d'un très-haut prix, d'apparence laiteuse et d'une teinte bleuâtre, mais offrant des reflets irisés qui jaillissent de son intérieur et produisent les teintes les plus vives et les plus variées.
Résinite : silice hydratée en rognons quelquefois très-volumi-
ACIDE S1LIC1QUE OU SILICE. 83 ncux translucide ou opaque, contenant toujours de l'alumine et de l'oxyde de fer. On en trouve de toutes les couleurs, de blanches de jaunâtres, de jaunes roussâtres, de brunes, de vertes, de roses, etc. Les variétés blanchâtres et roussâtres ressemblent, à s'y méprendre, à des gommes-résines végétales.
Ménilite: variété de quartz hydraté particulière au terrain de Paris, et qui tire son nom de la butte de Ménilmontant, où on la trouve principalement au milieu d'une marne argileuse et magnésienne. Elle se présente en masses fissiles ou en rognons mamelonnés et déprimés, d'un gris bleuâtre ou jaunâtre. Sa cassure est d'un gris brunâtre, un peu conchoïde et luisante; elle pèse 2,18; elle contient 0,11 d'eau et de la magnésie.
Hydrophane : cette substance n'est autre chose que de l'opale devenue poreuse et opaque par la perte de son eau d'hydratation. Elle reprend une certaine transparence lorsqu'on la plonge dans l'eau, ce qui lui a valu son nom.
Cacholong : quartz presque opaque et d'un blanc d'ivoire, à cassure unie, luisante ou terne, happant souvent à la langue, qui paraît être produit par la déshydratation d'un quartz résinite.
Silice hydratée terreuse : substance blanche ou jaunâtre, tendre et friable comme la craie, qui se distingue du quartz terreux, dont il a été question précédemment, par son état d'hydratation et par sa solubilité dans les solutions d'alcalis caustiques. On en trouve des couches puissantes à Bilin, en Bohême, à Ebstorf, dans le Hanovre, à Ceissat et à Randan, dans le département du Puy-de-Dôme. Ce qu'il y a de remarquable dans l'origine de cette silice, c'est qu'elle paraît être entièrement formée de dépouilles d'animaux infusoires. Elle contient de 10 à 16 pour 100 d'eau. La terre pourrie d'Angleterre, qui se trouve en couches épaisses sur la chaux carbonatée compacte, près de Bakewel en Derbyshire, est probablement de même nature; elle est d'un gris cendré, très-fine et très-estimée pour polir les métaux.
Le tripoli est une silice terreuse, qui paraît encore avoir une origine semblable, mais qui a subi l'action d'une forte chaleur par le voisinage des volcans ou des houillères embrasées, ce qui a changé l'état d'agrégation de la silice. Le plus estimé vient de l'île de Corfou. Il est schisteux, rougeâtre, imprégné d'une petite quantité d'acide sulfurique ou de persulfate de fer, qui le rend très-hygrométrique. On en trouve d'analogue à Ménat, près de Riom (Puy-de-Dôme), à Valckeghem, près d'Oudenarde, en Belgique; en Toscane, en Saxe, etc. Dans les arts, on donne indifféremment le nom de tripoli à toutes les silices fines et terreuses qui peuvent servir à polir. Mais il faut alors en distinguer de trois sortes : 1° ceux qui sont anhydres et produits par voie chimique.
ils peuvent être considérés comme une modification des silex; 2° ceux qui sont hydratés et produits par voie de sédiment, avec les dépouilles d'innombrables infusoires qui ont habité les eaux où ils se sont formés ; 3° ceux qu'on présume d'origine semblable, mais qui ont subi l'action du feu des volcans ou des houillères.
Acide borique.
L'acide borique a longtemps été un produit de l'art. On le retirait du borate de soude par l'intermède de l'acide sulfurique. Aujourd'hui, au contraire, on fabrique le borax avec l'acide borique que l'on retire des lagoni de Toscane, où il a été observé, pour la première fois, en 1776, par Hoefer et Mascagni.
En 1819, Lucas fils l'a également trouvé cristallisé dans le cratère du Vulcano, qui est une des îles Lipari. 11 y forme des croûtes de 2 à 3 centimètres d'épaisseur, mélangées de soufre. On n'aurait presque qu'à le ramasser pour le livrer au commerce.
Les lagoni de Toscane sont des lacs boueux qui doivent leur formation à des bouches de vapeur d'eau qui prennent naissance, à ce qu'il paraît, dans des terrains de transition profondément situés, et qui traversent les terrains supérieurs pour se faire jour au dehors. Cette vapeur d'eau entraîne avec elle un volume considérable de gaz, composé principalement d'acide carbonique et d'azote, mais contenant aussi un peu d'oxygène et d'acide suifhydrique; et elle entraîne de plus une petite quantité d'acide borique, et des sulfates de fer, de chaux, d'alumine, de magnésie et d'ammoniaque. Autrefois cette vapeur se condensait en partie sur le sol qui entoure l'ouverture, le délayait et en formait une boue liquide et bouillante, chargée des corps susnommés. Aujourd'hui, on la reçoit dans des bassins glaisés, creusés dans le sol môme, sur l'ouverture des suffioni, et disposés en gradins, suivant l'inclinaison du terrain. On fait parvenir de l'eau de source dans le bassin supérieur, où elle se charge des principes fixes amenés par la vapeur. Après vingt-quatre heures, on la fait écouler dans le second bassin, où elle reste le même temps, puis dans un troisième et dans un quatrième; et comme on remplace à chaque fois le liquide supérieur par de l'eau, l'opération marche sans interruption. La solution sortie du quatrième bassin, et marquant seulement 1 degré ou 1 degré 1/2 au pèse-sel de Baumé, est mise à reposer dans un réservoir, puis écoulée dans une série de chaudières en plomb, très-étendues et peu profondes, chauf-
fées par-dessous avec la vapeur môme des suffioni; de sorte que le feu est banni de cette exploitation, qui, bien dirigée, produit jusqu'à 3000 kilogrammes d'acide borique par jour. Mais cet acide contient de 18 à 25 pour 100 de matières étrangères, dont on peut le séparer en le faisant redissoudre et cristalliser plu- • sieurs fois, ou mieux en l'amenant à l'état de borax, dont on le : retire ensuite par l'intermède de l'acide chlorhydrique. Il est alors ■ sous forme de petites paillettes éclatantes, peu sapides et trèsi peu solubles, qui contiennent 3 atomes doubles d'eau, ou 43,62 pour 100. Chauffé à 100 degrés, il perd la moitié de cette eau et : n'en conserve que 27,9 pour 100. Enfin, fondu au feu jusqu'à ce qu'il cesse de se boursoufler, et qu'il soit en fonte tranquille, il perd toute son eau et prend, en se refroidissant, la forme d'un ' verre incolore et transparent, composé de
Bore 136,204 31,19
Oxygène 300 6SySI
Carbone pur ou Diamant.
Corps vitreux, en cristaux plus ou moins parfaits qui dérivent i de l'octaèdre régulier. Ainsi, on le trouve cristallisé en octaèdre (fig. 67), en cube, cubo-octaèdre, cubo-dodéca'edre , dodécaèdre rhom-
• boïdal{fig. 68), enfin sous forme d'un solide sphéroïdal (fig . 69), terminé par quarante-huit facettes trian-
. gulaires curvilignes, dont six répondent à chacune des faces de l'octaèdre.' Pesanteur spécifique 3,52. Dureté plus
• grande que celle de tous les corps; il les : raie tous, même le corindon, et n'est rayé
par aucun. Réfraction simple, mais trèsforte, qui avait fait penser à Newton que le diamant devait être combustible. Cette opinion avait été rendue plus probable, en 1694, par les académiciens de Florence F,g- 67- 0ctaèdie de carbo^ qui ayant exposé le diamant au feu du miroir ardent, virent q. ,1 paraissait y brûler et qu'il y disparaissait. Après eux, plu-
mrn?.C ? ranÇaiS pr°UVèrent cette combustibilité^ montrant que le diamant ne disparaissait ainsi qu'autant qu'il
cZnl 31r; mais 13 nature n'en ^t véritablement
connue que lorsque Lavoisier montra que le produit de la corn-
bustion était de l'acide carbonique ; et que, par conséquent, le diamant était du carbone à l'état de pureté (1). Le diamant jouit d'un éclat très-vif cl, en quelque sorte, demi-
métallique, auquel on donne le nom d'éclat adamantin ; il prend l'électricité vitrée par frottement.
Gisement. — Le diamant se trouve dans des dépôts qui appartiennent aux terrains de transport (terrains clysmiens, Br.), c'està-dire qui ont été formés à une époque où les eaux paraissent avoir envahi violemment les continents et les avoir labourés dans toute leur étendue ; d'où il est résulté que les substances tendres ont été broyées, tandis que les plus dures, ou les plus ductiles,
(1) On fait généralement honneur à Newton d'avoir deviné le premier la combustibilité du diamant; mais cet honneur revient à Anselme Boëce de Boot.
Le propre du vrai diamant, dit Boëce de Boot (Parfait Joaillier, Lyon, 1(144), est de recevoir la teinture, qui s'y applique et s'y unit tellement que les rayons qu'il jette en sont considérablement augmentés. Aucune autre pierre précieuse ne produit cet effet. Or, cette teinture se fait avec du mastic épuré, noirci avec un peu de noir d'ivoire. Le diamant chauffé, étant appliqué sur ce mastic un peu chauffé lui-même, il y adhère incontinent d'une vraie et forte union que toutes les autres pierres précieuses repoussent. « J'estime que cette mutuelle union du diamant et du mastic procède d'une ressemblance dans leur matière et qualités; car les choses semblables se plaisent et s'unissent avec leurs semblables. Ainsi les choses aqueuses se mêlent aux aqueuses, les huileuses avec les huileuses, les ensoufrées avec les ensoufrées (pour parler en chimiste). Les choses qui ont une matière dissemblable ne se conjoignent pas: ainsi l'eau ne peut être mêlée à l'huile, quoique l'huile soit liquide, parce qu'elle est de la nature du feu. La gomme de cerisier peut se dissoudre dans l'eau, à cause qu'elle est de la matière de l'eau ; la gomme de mastic jamais, parce qu'elle est de la nature du feu (combustible), et pour cette raison elle est jointe facilement à l'huile, comme toutes les choses qui sont de la nature du feu et qui peuvent être facilement changées en flamme. Donc, puisque le mastic, qui est de nature ignée, peut être uni facilement au diamant, c'est un signe que cette union se fait à cause de la ressemblance de la matière, et que la matière du diamant est ignée et sulfurée : que celui à qui mon opinion ne satisfera pas en donne une meilleure. »
Fig. 68.
Dodécaèdre rhomboïdal de carbone.
Fig. 69. — Carbone sphéroïdal.