‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 44 sur 194 · ARGENT SULFURÉ · texte numérisé non relu

ARGENT SULFURÉ

Argent «élénié.

Découvert par M. André del Rio, en petites tables hexagonales, d'un gris de plomb, très-ductiles, dans des minerais de Tasco. au Mexique. Il est peu connu, et j'en parle seulement pour en constater l'existence.

Argent sulfuré (argyrose, mine d'argent vitreuse).

Sulfure noir, lamelleux, brillant lorsqu'il est cristallisé ; mat et informe, quand il se trouve disséminé dans les roches. Pesanteur spécifique 6,9. Il est malléable, tendre, et se laisse entamer au couteau. La flamme d'une bougie suffit pour le fondre. Au chalumeau, il dégage de l'acide sulfureux et laisse un bouton d'argent. Il cristallise en formes qui dérivent du cube. C'est un des composés d'argent les plus répandus. Il occupe des filons dans les montagnes de gneiss, de mica schistoïde et de schiste. Il est très-abondant à Valentiana au Mexique, à Freyberg en Saxe, à Joachimstadt en Bohême, à Schemnitz en Hongrie. On a quelquefois profité de la malléabilité de l'argent sulfuré pour en frapper des médailles ; on peut même ensuite chauffer peu à peu les pièces pour en dégager le soufre, et l'argent qui reste garde encore assez fidèlement l'empreinte.

D'après les analyses de Klaproth, l'argent sulfuré doit être composé de 1 molécule d'argent et de 1 molécule de soufre ; soit AgS.

Argent (1) i350 87,1

Soufre 200 12,9

On a trouvé sur l'argent sulfuré cubique de Joachimstadt, un argent sulfuré en prismes hexagonaux, auquel on a donné le nom d'acantite.

Nous signalerons aussi un minéral, nommé jalpaïte, ayant pour

(1) Depuis quelques années, les chimistes admettent que la molécule de l'argent est seulement de C75, de sorte que, les nombres ci-dessus restant les mêmes, la formule devient Ag2S. Pour opérer ce changement, ils se fondent sur deux raisons : d'une part sur la caloricité spécifique de l'argent, qui semble indiquer qu'en effet l'ancien poids moléculaire de l'argent doit être divisé par 2 ; de l'autre, sur l'isomorphisme qu'ils supposent exister entre le sulfure d'argent et le sulfure de cuivre Cu2S. Mais il est certain que les deux sulfures naturels ne sont pas isomorphes, puisque celui d'argent se présente en cristaux dérivés du cube, et celui de cuivre en prismes hexaèdres dérivés d'un rhomboèdre. Il y a donc autant de raisons pour conserver l'ancien poids moléculaire de l'argent que pour le changer.

formule (3/4 Ag, l/4Cu)S. C'est de l'argent sulfuré cuprifère, d'un gris de plomb noirâtre, trouvé à Jalapa, dans le Mexique. Sa densité varie de 6,877 à 6,890.

Argent ■ulfonr«éniur6 (proustite, argent rouge en partie).

Substance non métalloïde, rouge, transparente, fragile, devenant d'un rouge clair par la pulvérisation, pesant de 5,524 à 5,552. Elle est fusible au chalumeau, en dégageant des vapeurs d'arsenic très-prononcées, et laissant à la fin un globule d'argent. Elle se dissout clans l'acide nitrique sans former de précipité immédiat. Elle cristallise en prismes hexagones réguliers, terminés par des rhomboèdres très-surbaissés, qui dérivent d'un rhomboèdre obtus très-rapproché de celui de l'argent sulfo-antimonié, avec lequel elle avait été confondue jusqu'à Proust, qui a le premier remarqué qu'il y avait deux espèces d'argent rouge : l'une, la plus commune, composée de sulfure d'argent et de sulfure d'antimoine; l'autre, plus rare, dans laquelle le sulfure d'arsenic remplace celui d'antimoine, sans presque rien changer aux propriétés du minéral.

L'analyse de l'argent sulfoarsénié de Joachimstadt, faite par Rose, a donné :

Molécules.

Argent 64,G7 3

Soufre i9,oi 6

Arsenic ' 15,09 2

Antimoine 0,69 »

Formule : As2S3 + 3AgS.

Argent sulfoantimonié.

Composé naturel de sulfure d'argent et de sulfure d'antimoine, dont il existe trois espèces distinctes, en raison des rapports divers des deux sulfures qui le constituent. La plus commune et la plus importante est connue des minéralogistes sous le nom à? argent rouge ou argyrylhrose. Elle contient 3 molécules de sulfure d'argent contre 1 de sulfure d'antimoine, et présente, par conséquent, une composition correspondante à celle de la proustite, dont il vient d'être question. La seconde espèce, nommée autrefois argent noir, argent vitreux fragile, argent antimonié sulfuré noir, et aujourd'hui psaturose, contient 6 atomes de sulfure d'argent sur 1 atome de sulfure d'antimoine; enfin, la troisième, nommée, comme la précédente, argent noir, etc., et aujourd'hui miargyrite, contient 1 atome seulement de chaque sulfure.

Argent rouge vrai ou argyrythrose. — Substance non métalloïde,

ARGENT SULFOANTIMONIE.

rouge ou donnant une poudre d'un rouge sombre; fragil sure conchoïde, pesant de 5,83 à 5,91. Au chalumeau, gage une odeur alliacée faible, beaucoup d'acide sulfureux, des vapeurs blanches d'oxyde d'antimoine, et laisse un bouton d'argent métallique.

L'argent sulfoantimonié se trouve en cristaux, tantôt transparents et d'un rouge vif, tantôt opaques et offrant un brillant métallique gris, lorsque la surface en a été altérée ; mais il suffit de la gratter pour faire paraître la couleur rouge de la poudre.

Ces cristaux d érivent d'un rhomboïde ob-

e, à caselle dé-

Fig. 86. — Rhomboèdre de l'argent rouge.

Fig. 87. — Argent rouge en prisme hexaèdre.

Fig. 88. — Argent rouge en dodécaèdre.

tus de 108° 50 et de 71° 50 (fig. 86), presque semblable à celui de la chaux carbonatée; et les formes secondaires, qui sont des prismes hexaèdres terminés par des sommets rhomboédriques ou dodécaédriques, ou des dodécaèdres à triangles scalènes, rappellent aussi complètement ceux de la chaux carbonatée. On la rencontre aussi en dendrites, en petits mamelons groupés les uns sur les autres, ou amorphe. En Europe, il ne se trouve jamais qu'en petites quantités, subordonnées aux gîtes d'argent sulfuré ou de plomb sulfuré argentifère (comme à Rônigsberg, Joachimstadt, Schemnitz, Sainte-Marie aux Mines, etc.). Il est plusabondant en Amérique, où il forme quelquefois la partie principale des dépôts argentifères et est la source de produits immenses en argent.

On a supposé pendant longtemps que cette substance contenait

Fig. 89. — Argent rouge en dodécaèdre à triangles scalènes.

de l'oxygène ; mais les analyses'de Proust, confirmées par celles de Bonsdorff, ont montré qu'elle était formée de

Molécules.

Argent 58,94 3

Antimoine 22,84 2

Soufre 10,61 G

Substance terreuse 0,30 »

Perte 1,31 »

Formule : Sb'S8 -f 3AgS.

Psaturose, argent antimonié-sulfurc noir. — Substance métalloïde, d'un gris de fer, pesant de 5,9 à 6,25, aigre, fragile, à poussière noire. Les cristaux dérivent d'un prisme rhomboïdal. Elle fond au chalumeau avec dégagement d'acide sulfureux et de vapeurs d'oxyde d'antimoine; elle contient :

Molécules.

Argent 68,54 6

Antimoine 14,68 2

Soufre 16,42 9

Cuivre 0,64 »

Formule : SbaS" -f 6AgS.

Celte substance se trouve dans les mêmes gisements que la précédente, mais en plus petite quantité.

Miargyrite. — Substance métalloïde, noire, à cassure conchoïdale, cristallisant en prismes rhomboïdaux obliques. Pesanteur spécifique de 5,2 à 5,4. Fragile, poussière rouge sombre. Se conduisant au chalumeau comme les précédentes. Soluble dans l'acide nitrique avec dépôt blanc d'acide antimonieux. La liqueur offre par l'acide chlorhydrique la réaction du nitrate d'argent, et par le nitrate de baryte celle de l'acide sulfuriquc.

L'analyse de ce minéral a fourni à Henri Rose :

Rapports moléculaires. Excédant.

Argent ' 36,40 27 = 24 -f 3

Antimoine 39,14 4<S = 48 »

Soufre 21,95 109 = 96 -f- 13

Cuivre 1,06 2 = » 2

Fer 0,60 1 = » 1

d'où l'on tire Sb2S3 -f- AgS, plus un mélange de sulfures d'argent, de cuivre et de fer, avec un excès de soufre que rien ne justifie. Trouvée à Braunsdorff, en Saxe.

Argent sulfuré stibiocuprifère. — Indépendamment des combinaisons précédentes entre les sulfures d'argent et d'antimoine, que l'on peut considérer comme assez simples encore et bien définies, il en existe un grand nombre d'autres qui olfrent ces sulfures en proportions plus compliquées et réunis d'ailleurs à d'autres sul-

ARGENT IODURÉ. 159

fures basiques, tels que ceux de plomb ou de cuivre, ce qui nous engage à renvoyer ces composés aux familles minéralogiques de ces deux métaux. Il en est deux cependant que nous ne pouvons nous dispenser de mentionner ici, à cause de la forte proportion d'argent qui s'y trouve. Le premier a reçu le nom de polybasite. C'est une substance métalloïde, d'un gris de fer, cristallisant en prismes hexaèdres ; elle pèse 6,21, et possède tous les caractères chimiques des sulfures précédents, sauf que le bouton obtenu au chalumeau contient du cuivre, et que la dissolution nitrique prend une belle couleur bleue par l'addition de l'ammoniaque. Une polybasite de Guarisamey, analysée par H. Rose, a fourni:

Rapports moléculaires.

Argent 64/29 47

Cuivre 9,93 )

Fer 0,06 \

Antimoine 5,09 j

Arsenic 3,74 )

Soufre 17,04 83

d'où l'on lire, comme formule très-rapprochée :

/Sb2\

7 S3 + 48Ags -f- 12CU2S.

Le second composé est un weissgultigcrz de Freyberg, analysé par Henri Rose également, et qui lui a donné :

Molécules.

Page 1