‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou, Cours d'histoire naturelle professé à l'École de pharmacie de ParisChapitre 99 sur 194 · FER CARBONATÉ · texte numérisé non relu

FER CARBONATÉ

angles du rhomboèdre de la chaux carbonatée sont de 105° 5' et 74° 53'. Comme on le voit, les deux formes primitives sont presque semblables; les formes secondaires le sont aussi. Indépendamment des formes déterminables, on trouve souvent le fer carbonaté en cristaux lenticulaires, en masses lamellaires, en concrétions mamelonnées, en masses lithoïdes et compactes, sous forme oolitique, ou enfin pseudomorphique, c'est-à-dire moulé sur d'autres substances minérales, ou sur des plantes cryptogames, telles que des fougères, des lycopodiacées ou des équisétacées.

Le fer carbonaté est formé de FeC ou de

Protoxyde de fer 61,47

Acide carbonique . .......... 38,33

Mais il n'en existe peut-être pas de tel dans la terre, toutes les analyses qui en ont été faites ayant offert de petites quantités de carbonates de chaux et de manganèse, et ordinairement avec quantité plus ou moins considérable de carbonate de magnésie. Ces quatre carbonates étant en effet isomorphes, ils peuvent se mélanger en toutes proportions sans que la forme cristalline en soit altérée. On a donné le nom de junckérite à un carbonate de fer en petits cristaux à faces convexes et d'un gris jaunâtre trouvé dans les filons plombifères de Poullaouen en Bretagne. Dufrenoy avait rapporté ces cristaux au système du prisme droit rhomboïdal ; mais M. Breithaupt a montré qu'ils se laissent cliver en rhomboèdres de 107°, et qu'ils se rapportent donc à ceux du fer spathique, dont on ne doit pas les distinguer.

Gisement. — Le fer carbonaté est très-abondamment répandu. Celui qui est cristallisé ou lenticulaire appartient aux terrains primitifs, comme à Baigorry dans les Pyrénées, à Allevart en Daupbiné, en Savoie, en Carinlhie. La variété mamelonnée appartient particulièrement aux dépôts de basalte et d'amygdalites. Le carbonate lithoïde forme des couches étendues ou des séries de rognons dans le terrain houiller. Une grande partie du fer produit par l'Angleterre provient de ce minerai. La variété oolitique se trouve aussi quelquefois par petites parties dans le terrain houiller ; mais elle abonde surtout dans les terrains jurassiques, comme le fer hydraté oolitique. Partout où il se présente, ce minerai est très-recherché pour l'extraction du fer, parce qu'il est particulièrement propre au traitement dit à la catalane, qui n'exige qu'un fourneau de petite dimension, et qui fournit immédiatement du fer malléable, sans le faire passer d'abord par l'état de fonte.

Guibourt, Drogues, 5e édition.

Fer sulfaté.

Protosulfate de fer. — i. Ce sel n'existe qu'en pelile quantité dans la nature et se forme seulement par l'action de l'air humide sur les schistes argileux et sur les lignites chargés de sulfure de fer. Il se présente sous la forme d'efflorescences aiguillées, hlanches ou jaunes, d'une saveur trôs-styptique et atramentaire. Il est très- - soluble dans l'eau et forme un soluté qui précipite en blanc verdâtre ou en vert noirâtre par les alcalis, en raison d'une suroxydation partielle du fer; en bleu céleste par le cyanure ferrosopotassique, en bleu foncé par la noix de galle.

Mais on prépare ce sel en grand en imitant le procédé de la nature, c'est-à-dire en exposant à l'air, sous des hangars, le sulfure de fer ou les schistes qui en contiennent, et en ayant le soin d'humecter la matière et de la remuer quelquefois pour en renouveler les surfaces. Par ce moyen, le soufre et le fer se combinent avec l'oxygène de l'air, l'acide sulfurique et l'oxyde de fer s'unissent, et il en résulte du sulfate de fer, dont on reconnaît facilement la présence à sa saveur fortement atramentaire. Lorsqu'on juge l'opération suffisamment avancée, on lessive la matière et on fait évaporer les liqueurs.

Mais il faut remarquer, en raison de la facile suroxydation du fer par le contact de l'air, que les liqueurs contiennent toujours une certaine quantité de sulfate d'oxyde rouge qui ne peut cristalliser, et qui nuit à la cristallisation du protosulfale ; il faut donc le détruire. On y parvient très-facilement en plongeant de la ferraille dans la liqueur en évaporation. Le fer s'y dissout en décomposant l'eau, dont il dégage l'hydrogène, et en formant du protoxyde, qui se combine à l'acide sulfurique de préférence à l'oxyde rouge; celui-ci se précipite. On laisse reposer la liqueur, on la décante, on continue de la faire évaporer jusqu'à pellicule, et on la met à cristalliser. Un autre effet avantageux du fer est de précipiter le cuivre de la liqueur; car le fer sulfuré étant presque toujours mêlé de sulfure de cuivre, il s'est également formé du sulfate de cuivre par son exposition à l'air, et ce sel est très-nuisible pourla plupart des usages auxquels on destine le sulfate de fer.

On distinguait anciennement dans le commerce trois sortes de sulfate de fer ou de couperose verte. La couperose d'Angleterre, celle de Béarnais et celle d'Allemagne. La couperose d'Angleterre était la plus estimée et avec raison, parce qu'elle ne contenait pas de cuivre (1); mais depuis longtemps il n'en entre plus en France,

(1) J'ai visite en 1814, au village de Wissant, entre Boulogne et Calais, une fabrique de sulfate de fer, où l'on exploitait des pyrites ramassées sur le bord de

FER SULFATÉ.

et on lui substitue avec avantage une couperose faite directement, à Paris, à Rouen et dans d'autres villes manufacturières, en traitant les vieilles ferrailles par de l'acide sulfurique faible,' faisant évaporer la liqueur et la faisant cristalliser. Cette couperose se présente en prismes obliques rhomboïdaux, de 99° 30' et 80° 30'; elle est d'un vert pâle et bleuâtre, et s'effleurit superficiellement à l'air. Elle se fond au feu dans son eau de cristallisation, puis se dessèche et laisse un sel blanc anhydre. Elle est composée de

FeS + 6H, ou de

Protoxyde de fer 27,19

Acide sulfurique 31,03

Eau 41,78

La couperose de Beauvais est extraite d'une terre tourbeuse et pyriteuse très-abondante dans toute la Picardie, et très-facile à s'effleurir. Elle contient une assez grande quantité de cuivre, dont une portion cependant a été précipitée par l'immersion des lames de fer dans les eaux de lessivage. Elle contient- aussi des cristaux d'alun blancs et isolés, dus à un vice dans le mode de préparation (1). C'est probablement pour déguiser ce défaut, que la couperose de Beauvais est colorée artificiellement avec de la noix de galle, qui lui donne une teinte noirâtre : ses cristaux, privés de cette couleur par le lavage, n'ont plus qu'une couleur vert pâle très-agréable, et on y distingue parfaitement les petits cristaux d'alun qui y sont comme implantés.

La couperose d'Allemagne est cristallisée en prismes rhomboïdaux assez volumineux et bien formés; elle est d'un bleu assez

la mer et qui paraissent appartenir au même banc que celles que l'on exploite sur la côte d'Angleterre en regard, car elles sont exemptes de cuivre. Cette fabrique, bien conduite, aurait été d'une grande importance pour les manufactures françaises; mais je n'ai pas entendu dire que ses produits aient formé une sorte courante du commerce.

(1) Voici probablement en quorconsiste ce vice de préparation. La terre tourbeuse, les schistes et les autres matériaux pyriteux que l'on fait eflleurir, forment du sulfate d'alumine en même temps que du sulfate de fer, et ce sulfate d'alumine, étant incristallisable par lui-même, reste dans les dernières eauxmères de sulfate de fer. On peut alors en tirer parti, en ajoutant à ces eauxmères un peu de potasse qui décompose en partie le sulfate de fer restant, et forme de l'alun facile à obtenir par cristallisation.

Si, au lieu d'opérer ainsi, on ajoute la potasse dans la liqueur du lessivage, on y formera de suite de l'alun, qui est plus facilement cristallisable que le sulfate de fer, et cette liqueur, concentrée à 22 ou 23°, ne laissera cristalliser que ■ de l'alun. Mais on conçoit sans peine qu'elle en doit retenir une partie qui cristallisera avec le sulfate de fer, lorsqu'elle sera de nouveau concentrée jusqu'à 3G°, terme auquel ce dernier sel est à pellicule. C'est là, je crois, en quoi consiste le vice de préparation de la couperose de Beauvais ; il est évident que le premier procédé vaut mieux.

foncé, ce qui seul indique qu'elle contient une grande quantité de sulfate de cuivre ; aussi est-elle peu estimée et tout à fait rejetée par les pharmaciens.

On trouve dans l'intérieur des mines un assez grand nombre d'autres sulfates de fer produits par l'oxygénation des sulfures et dissous ou charriés par les eaux. Voici ceux que nous pouvons distinguer :

2. Sulfate ferrique hydraté. — Voici le résultat de trois analyses faites par H. Rose :

Acide sulfurique.

Oxyde ferrique. . .

Alumine

Chaux

Magnésie

Silice

Eau

La première analyse, faite sur un sulfate du district de Copiapo dans la province de Goquimbo au Chili, donne :

FeS* 4- 9H ou Fe'S6 + 18H;

La deuxième donne Fe8 S* -f- 1 8 H ;

La troisième F^S* + 21 H;

ce qui montre bien l'extrême variation que les minéraux peuvent éprouver dans leur composition.

3. Fer sulfaté rouge soluble de Berzélius ; Néoplase de Beudant. — Substance rouge, soluble dans l'eau, d'une saveur styptique, pouvant cristalliser en prismes obliques rhomboïdaux de 119° ; elle est composée de

Oxygène.

Acide sulfurique 32,58 19,50 24

Proloxyde de fer 10,71 2,43 3

Peroxyde de fer 23,80 7,31 9

Eau 32,85 29,20 36

Fe3s'2 -f *F^ S'6 -f 36Aq.

4. Fer sous-sulfaté terreux. — Substance brune, à poussièr jaune, non cristallisée, insoluble dans l'eau, formée dans les mi nés par l'action de l'air sur les solutions de sulfate de protoxyd

FER SULFATÉ. 277

de fer. Elle donne beaucoup d'eau par la chaleur, se dissout dans

les acides, et offre alors les caractères d'un soluté de peroxyde de fer. Composition d'après Berzélius :

Oxygène.

Acide sulfurique 16 9,51 3

Peroxyde de fer 62,46 19,13 6

Eau - 21,54 19,29 6

FefS-fÔH.

5. Autre fer sous-sulfaté terreux de Modun, en Norvay. — Dépôt brun, superficiel, trouvé dans les cavités d'un schiste mélangé de pyrites. Il contenait :

Acide sulfurique 6

Peroxyde de fer 80,73

Formule: Feus'2 + 22 H.

6. Fer rêsinite. Eisensinter. Ei&enpecherz. — Substance non cristallisée, en petites masses très- fragiles, à cassure très-brillante; d'un rouge hyacinthe foncé ; transparentes dans les lames minces.

Cette substance, si remarquable par son aspect qui la fait ressembler à la plus belle espèce de Kino, peut être d'une nature très-variable, tout en conservant les mêmes caractères physiques. Des cinq analyses que je vais rapporter, les deux premières indiquent deux sous-sulfates de formule différente qui doivent trouver place ici. Les deux suivantes se rapportent à deux sulfo-arséniates qui pourraient tout aussi bien être rangés avec les arséniates de fer. Enfin la cinquième appartient à un simple arséniate de fer; mais tous ces minéraux sont tellement semblables par leur aspect physique, qu'il est difficile de ne pas les rapprocher, au moins momentanément.

— arséaique

R. mol.

R. mol. 14,42 = 29

R. mol.

R. mol.

R. mol.

\ . Fer sous-sulfaté rêsinite de Freyberg. L'analyse faite anciennement par Klaproth fournit pë* S + 14Aq.

2. Autre fer sulfaté résinite de Freyberg, analysé par M. Duménil. On y trouve Fe^S2 -f 20Aq, mélangé d'une petite quantité de iv'p.

3. Fer suif o-arséniaté résinite, analysé par Laugier. L'analyse répond exactement à la formule S'(FeS*) + Fe3As3 + 38Aq.

4. Autre fer sulfo-arséniaté résinite, analysé par Stromeyer.

L'analyse donne S (FeS2) + 3(FV kf) -f 130Aq.

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