‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 115 sur 194 · IV . Tantalite de Finbo, par Berzélius · texte numérisé non relu

IV . Tantalite de Finbo, par Berzélius

Ces analyses conduisent encore très-exactement à la même formule M2 Ta3, seulement celle n° 1 1 nous offre du tantalate de fer presque pur; la troisième est composée, par parties égales, de tantalate de fer et de manganèse; et la dernière nous offre le même sel double dans lequel une partie notable d’acide tantalique est remplacée par de l’acide stannique. Rien ne prouve mieux que ces analyses l’isomorphisme de ces deux acides métalliques. Cependant il résulte d’autres analyses citées ou données par M. H. Rose (i), que le rapport des acides aux bases peut être différent. Ainsi’ deuxanalyses du tantalite deFamela données parM. Rose, et trois analyses de tantalite de Broddbo, dans lesquelles l’acide lungstique remplace en partie aussi l’acide tantalique, conduisent à la

formule M3M* ou M3 (M,M)4. Enfin une analyse de tantalite de Famela, par M. Wornum, d’accord avec deux anciennes analyses de tantalite de Suède par Klaproth et Wollaslon, nous offre la

formule M3M*.

Tantalite de Bavière ou Baïerine.

Aussi appelée columbite et niobite. — Substance d’un noir brunâtre et d’un éclat demi-métallique comme la prédédente ; mais sa pesanteur spécifique est plus faible et varie de 5,47 à 6,46, et elle cristallise en prisme droit rhomboïdal de 120 degrés environ dans lequel un des côtés de la base est à la hauteur à peu près comme les nombres 25 et 26. On la trouve disséminée dans un micaschiste, àBodenmais, en Bavière. Les anaylsesqui en ont été fai tes conduisent à l’une ou à l’autre des deux formules (Fe,Mn)aNb3 ou (Fe,Mn)Nb, suivant qu’on suppose que le niobium y est à l’état d’acide niobique ou d’acide hyponiobique. L’acide forme 80 pour 100 du minéral ; le reste se compose en grande partie d’oxydule de fer. On a aussi trouvé la baïerine, en France, dans les environs de Limoges; à lldefonse, en Espagne; au mont Ilmen, dans l’Oural ; dans la baie d'Arskut, au Groênland; àMiddleton, dans le Connecticut, et à Chesteriield, dans le Massachusels (États-Unis d’Amérique).

Alangaiièae carbonate, IMallogtte.

Ce carbonate se trouve principalement à Nagyag, où il sert de gangue au tellure et au manganèse sulfuré, à Kapnick, à Frey berg

(1) H. Rose, Ann. chim. et phys., 1845, t. XIII.

MANGANÈSE SILICATÉ. 309

à Orlez en Sibérie. Il peut être cristallisé en rhomboèdre presque semblable à celui de la chaux carbonatée ; mais il est le plus souvent en masses lamellaires ou amorphes. 11 est ordinairement d’un rose pâle et nacré; mais on en trouve aussi de blanchâtre, de jaunâtre ou de brun. Il pèse de 3,2 à 3,6, il est rayé par l’arragonite. Il passe au brun noirâtre par l’action du feu et forme une fritte verte avec le carbonate de soude. 11 se dissout avec effervescence dans les acides nitrique et chlorhydrique. Le dissoluté évaporé à siccité et débarrassé d’abord du fer par le succinate d’ammoniaque, forme ensuite un précipité blanc abondant par le cyanure ferroso- potassique. Le carbonate de manganèse est toujours plus ou moins mélangé des carbonates de chaux, de fer et de magnésie. L’échantillon le plu3 pur qui ait été analysé par Berlhier provenait de Nagyag, et lui a fourni :

Rapports moléculaires.

Acide carbonique . 58,6 t

Oxure manganeux . 56 | .

Chaux . 5,4 >

Formule : Mn » G.

Cu f

Mu iiga iiônc silicate.

Il existe probablement plusieurs silicates de manganèse, dont le plus important et le mieux déterminé est une belle substance rose, ou rose tirant sur le violet, nommée rhodonite; à cassure cristalline ou granulaire, faisant feu avec le briquet et susceptible de poli, ce qui la rend utile pour faire de petits meubles ou des objets d’ornement. Ce silicate pèse de 3,6, à 3,9; il ne donne pas d’eau par la calcination ; il fond en émail rose au feu de réduction, et noir au feu d’oxydation. Il est souvent mélangé de carbonates de manganèse et de chaux qui en diminuent la dureté, le poli et le prix. Les plus beaux échantillons viennent d’Orlez, en Sibérie. On en trouve également dans la mine de fer magnétique de Langbanshytta, en Suède, dans les mines de plomb argentifère de Kapnick et de Nagyag, en Transylvanie.il accompagne aussi l’oxyde de manganèse barylifère de la Romanèche, près de Mâcon.

Analyse de la rhodonite lamellaire de Langbanshytta, par Beriélius.

Silice . 48

Oxure manganeux 49,04

Chaux . 3,12

Magnésie . 0,22

Oxyde de fer . traces.

Oxygène.

310 FAMILLE DU CÉRIUM.

On a admis pendant quelque temps, comme espèce distincte sous le nom de marcelinc, une substance massive, noir-grisâtre' d’un éclat légèrement métalloïde, trouvée en amas assez considérables au milieu d’un terrain de micaschiste, au haut de la vallée de Saint-Marcel, en Piémont. Mais d’après sa pesanteur spécifique, qui est de 4,75, sa dureté, et quelques rares cristaux qui dérivent d’un octaèdre à base carrée, comme ceux de la braunite ou sesquioxyde de manganèse, M. Damour est porté à croire que cette substance n’est que de la braunite mélangée de manganèse silicaté.

FAMILLE DU CÉRIUM.

I.e cérium a été découvert en 1804 par M. Hisinger et Berzélius dans un minéral confondu jusque-là avec le wolfram (tungstate de fer et de manganèse), et que la présence du nouveau métal a failnommer depuis cérite. C’est un hydrosilicate de cérium amorphe opaque, quelquefois d’un rouge violacé qui lui donne quelque ressemblance avec le manganèse silicaté rose; mais il est le plus ordinairement d’un brun noirâtre. Il raie difficilement le verre pèse de 4,66, à 4,9, fournit de l’eau à la distillation, est infusible au chalumeau. Il donne avec le borax un verre rougeâtre au feu d’oxydation, et incolore au feu de réduction. 11 forme avec les acides concentrés des dissolutés rouges qui, privés de leur excès d’acide par l’évaporation à siccité et repris par l’eau, forment avec l’oxalate d’ammoniaque un précipité qui devient brun par la calcination.

Mais ces propriétés, que l’on avait cru caractériser le cérium, paraissent ne pas lui appartenir,, et être dues à un autre métal nommé didymium , dont l’existence a été signalée dans ces dernières années par M. Mosander quelque temps après celle du lanthane; de sorte que ces trois métaux forment avec l 'yttrium, le terbium , l 'erbium et le thorium, qui les accompagnent aussi ordinairement, un groupe de corps très-voisins les uns des autres. Ce fait vient à l’appui d’une idée que j'ai déjà émise à l’occasion des propriétés si analogues du chlore, du brome et de l’iode, ou de celles du platine et des sept ou huit métaux qui l’accompagnent • c’est qu’il existe une certaine corrélation entre le gisement des corps simples ou les circonstances qui ont présidé à leur formation et leurs propriétés, et qu’on peut supposer, par suite, què les corps simples de la chimie peuvent n’être que des modifications résultant de divers arrangements entre les atomes primitifs d’une seule et même matière.

Quoi qu’il en soit, le cérium est un métal très-difficile à réduire

DIDYMIUM.

et susceptible de deux degrés d’oxydation, CeO et Ce203. Le protoxyde est blanc à l’état d’hydrate et forme avec les acides des sels incolores. L’hydrate jaunit par le lavage et la dessiccation à l’air, et paraît se convertir en oxyde intermédiaire Ce304. Le même hydrate céreux, traité par un courant de chlore, se transforme en oxyde cérique hydraté jaune, insoluble, non saliflable, qui, chauffé fortement, devient anhydre et d’un jaune pur et foncé. Par une longue calcination, cependant, il prend une légère teinte rougeâtre. Quand il devient rouge foncé ou rouge-brun, c’est qu’il contient de l’oxyde de didymium.

Le sulfate céreux jouit de la propriété singulière, qui est cependant partagée par ceux de lanthane et de thorium, d’être assez facilement soluble dans l’eau froide, de devenir moins soluble à mesure que la température s’élève, et d’être à peu près insoluble dans l’eau bouillante. Il en résulte que, au rebours des autres sels, on peut l'obtenir cristallisé en chauffant lentement son dissoluté. Le sulfate cristallisé = CeO.SO3 -J- 31laO.

• Didymium. — Ce métal ne se trouve qu’en très-petite quantité mélangé au cérium et au lanthane. Il se rapproche beaucoup du manganèse, et c’est lui qui est causé qiic l’on a pensé pendant longtemps que l’oxyde de cérium se colorait en rouge par la calcination.

Le didymium forme un protoxyde blanc DO, un oxyde brun intermédiaire D304, et probablement un sesquioxyde D303, brun ou noir, qui dégage du chlore par l’acide chlorhydrique. L’oxyde brun lui-même en dégage. Les sels d’oxyde brun sont d’un rouge améthyste; le sulfate est très-soluble dans l’eau.

Lanthane. — Ce métal ne forme qu’un seul oxyde LaO, qui est blanc ou d’une faible couleur de saumon. Cet oxyde pe se suroxyde ni par l’air, ni par le chlore, ni par la calcination. Calciné, il reste soluble dans les acides, et forme des sels incolores, sucrés et astringents comme ceux d’yttria et de glucine. L’oxyde calciné, mis en contact avec l’eau froide ou mieux chaude, forme un hydrate blanc, volumineux, pulvérulent. Cet hydrate rétablit la couleur bleue du tournesol rouge et chasse en partie l’ammoniaque de ses composés salins. L’oxyde de lanthane constitue donc une base assez puissante qui, sous ce rapport, tient le milieu entre la glucine et la magnésie .

Je reviens aux minéraux du cérium, qui sont fort rares et d’une composition ordinairement fort compliquée et mal définie ; de sorte que je ne ferai presque que les indiquer.

1° Cérium fluoruré (Jluocérine, Beudant). — Substance très-rare, rougeâtre ou jaunâtre, rayant la chaux carbonatée; sous forme de prismes hexaèdres très-courts, ou de petites masses irrégulières

3)2 FAMILLE DU CÉRIUM,

disséminées dans l’albite. Trouvée à Broddbo et Finbo en Suède; composée, d’après l’analyse de Berzélius, de Ce3Fl8 = CeFl* -{-. Ce2FI®, avec une petite quantité de fluorure d’yttria.

2° Cérium oxyjluoruré ( basicérine , Beud.). — Trouvé dans les mêmes lieux; jaune, à texture cristalline, rayant le fluorure calcique, donnant un peu d’eau par la chaleur, infusible au chalumeau et y devenant noir, mais passant au rouge ou à l’orangé par le refroidissement. Il est formé de 1 molécule de fluoride cérique combiné à 3 molécules d’oxyde cérique hydraté = Ce2Fl® + 3(Ce2U3,H20).

3° Cérium carbonate. — Trouvé à Baslnaès, en Suède, sous forme de petites couches, minces, cristallines, d’un blanc grisâtre, sur de la cérile. L'analyse, faite par M. Ilisinger, a donné :

Rapports moléculaires.

Oxure céreux . . 75,7 x 1.4815 = 112 3

Acide carbonique.. . . 10,8 X 3.6304 = 39 1

Eau . 13,5 X 8,8889 = 120 3

Formule : Ces C-|-3H.

4° Cérium phosphaté, cryptolite. — Ce minéral se trouve contenu et caché, pour ainsi dire, dans l’apalite compacte (chaux fluophosphalée compacte) d’Arendal, en Norwége. M. Woehler, en dissolvant cetle apalite dans l’acide nitrique, a vu qu’il restait de petits prismes hexaèdres insolubles qui lui ont fourni à l’analyse :

Acide phosphorique. 27,37 X 1,1*1

Oxure céreux . 73,70 X 1,48

— ferreux . 1,51 X 2,222

Rapports moléculaires.

En raison du gisement de ce minéral au milieu de l’apatite, qui a pour formule 3Ca3P.-f- CàF* ; en raison de la forme cristalline du nouveau minéral, qui est la même que celle de l’apatile ; enfin en raison de la quantité d’oxyde de cérium trouvée, qui dépasse de beaucoup celle qui est nécessaire au simple phosphate de cérium, il est très-probable que la cryptolite est composée à l'instar de l’apatite, de 3 molécules de phosphate de cérium tribasique et de 1 molécule de fluorure.

5° Cérium phosphaté lanthanifère ou monazite. — Ce minéral a été trouvé à Slatoust et à Miask dans les monts Ourals. Il est cristallisé en prismes à huit faces, très-aplatis et terminés par un pointement à quatre faces, qui dérivent d’un prisme oblique rhomboïdal. M. Karsten en a retiré 28,50 d’acide phosphorique • 26 d’oxyde de cérium; 23,40 d’oxyde de lanthane; 17,93 de

CÉRIUM.

thorine, et de petites quantités de chaux, d’oxyde de manganèse et d’acide stannique. La thorine ne se rencontre que dans la monazite de l’Oural, que Brootke a décrite sous le nom de mengite.

M. Hermann, en analysant la monazite de Miask, a trouvé 28,05 d’acide phosphorique ; 40,12 d’oxyde céreux; 27,41 d’oxyde de lanthane; 1,46 de chaux; 0,80 de magnésie et 1,75 d’oxyde de zinc. Le rapport de l’acide phosphorique à la somme des bases est comme 1 est à 3, 5.

6° Cérium hydrosilicaté ou cérite. — C’est le seul minéral de cérium qui soit un peu abondant. J’en ai donné les caractères précédemment (page 310). 11 contient, d’après les analyses réunies de Yauquelin et d’Hisinger :

Rapports moléculaires.

Silice . 17,5 X 1,764 = 31 1

Oxure céreux.. . . 07,8 X 1,4815 = 100 )

— ferrique... 2 X I = 2 1 107 3,5

Chaux . 1,6 x 2,857 = 4,7 '

Eau . 10,8 X 8,889 = 96 3

7° Cérium silicaté ferro-aluminifère. — Les minéralogistes en distinguent plusieurs formes, qu’ils désignent sous les noms de

cérine, allanite, orthite et pyrorthite. Ce sont des composés variables de silice, d’oxydes de cérium et de fer, d’alumine, de chaux, d’yttria et d’eau. La pyrorthite contient en outre du charbon. Ce sont des substances compactes, noirâtres, assez dures, offrant une structure cristalline, donnant ou ne donnant pas d’eau par la chaleur, infusibles au chalumeau, et jouissant du reste des propriétés communes aux composés de cérium. On les trouve dans les gisements ordinaires de ce métal, à Riddarbytta, à Fahlum, à Finbo en Suède, au Groenland, etc.

8° Cérium titano-nlicaté ou tschewkinite. — Minéral amorphe à cassure conchoïde, d’un noir brunâtre joint à un éclat vitreux ou résineux, trouvé dans le granité aux environs de Miask et de Slatoust, en Russie. Composition pour 100 parlies, d’après

M. Rose :

Acide silicique . 21,0 4

— titanique . 20,17

Oxure cérique, avec ox. de lanthane et de didyme. 47,29

— ferreux . 11,21

— manganeux . 0,83

Chaux . 3,50

Magnésie . 0,22

Soude et potasse. . . 0,12

L’excès trouvé par l’analyse provient de la suroxydation du cérium qui existe dans le minéral à l’état de protoxyde.

FAMILLE DE L’YTTRIUM.

FAMILLE DE L’YTTRIUM.

En 1787, le capilaine Arhenius trouva, clans le canton d’Ytterby, en Suède, un minéral d’un noir grisâtre, dur età cassure vitreuse, qui lui parut différent de ceux connus jusque-là; en 1794, le professeur Gadolin découvrit que ce minéral contenait une terre nouvelle, à laquelle Ekeberg donna, deux ans plus tard, le nom d’yttria , en môme temps qu’il désigna le minéral sous celui de gadolinite. Depuis, la môme terre ou le môme oxyde métallique à été trouvé associé au cérium dans la plupart des minéraux qui le contiennent, et principalement dans 1 ’arthite et la pyrorthite. Enfin en 1827, M. Wœhler est parvenu à isoler le métal de l’yttria en convertissant d’abord cette base en chlorure d’yttrium par le moyen du chlore et du charbon, et en décomposant ensuite le chlorure par le potassium. L’yttrium, obtenu de cette manière, est sous forme de petites paillettes métalliques, d’un gris noirâtre. 11 ne s’oxyde à froid ni dans l’air ni dans l’eau, mais il brûle avec beaucoup d’éclat à la température rouge. 11 se dissout dans les acides hydratés avec dégagement de gaz hydrogène.

Tel était l’état de nos connaissances sur celte matière, lorsque, en 1842, M. Mosander annonça que l’yllria, telle qu’on la connaissait, était un mélange de trois oxydes de propriétés presque semblables; de sorte que les minéraux, déjà si mal définis, qui réunissent le cérium et l’yttrium, contiennent au moins six métaux qui leur sont particuliers, sans compter la glucine, la zircone et les oxydes d’urane, de fer et de manganèse, qui s’y joignent ausssi trè-souvent. Les deux oxydes qui accompagnent plus spécialement l’yttria, et qui avaient été confondus avec elle, sont ceux de terbium et d’erbium, dont les noms sont également tirés de celui du lieu où la gadolinite a été rencontrée pour la première fois (à Ytlerby). Ces trois oxydes ont pour caractères communs d’être blancs, insolubles dans les alcalis caustiques, ce qui les distingue de la glucine etde l'alumine, mais solubles dans les carbonates alcalins, comme la glucine et l’oxyde de cérium. Leurs sels solubles sont sucrés, comme ceux de la glucine, et leur sulfate est plus soluble dans l’eau froide que dans l’eau bouillante, comme ceux de cérium et de lanthane; on pourrait voir en suivant celle comparaison, que les corps simples qui composent les groupes des cérides et les zireonides ont tous, à l’exception de l’aluminium, qui se trouve placé le dernier, des rapports tels qu’ou ne peut les séparer les uns des autres. Voici maintenant quefques caractères qui distinguent V yttrium, le terbium et Ver-

YTTRIUM.

bium. De ces trois corps, l’erbium est celui qui se rapproche le plus du cérium par la faible basicité de son protoxyde et par la propriété que possède ce protoxyde de former, lorsqu’on le chauffe au contact de l’air, un peroxyde d’un jaune orangé foncé. C’est à la présence de cet oxyde que l’yttria doit la propriété qu’on lui trouvait très-souvent de jaunir par la calcination, tandis quelle restait d’autres fois incolore. Les sels de protoxyde d’erbium sont incolores : le sulfate n’est pas efflorescent.

Le terbium ne forme qu’un protoxyde blanc, comme l’yttrium; mais ses sels solubles sont d’un rouge pâle; le sulfate est trèsefflorescent, et le nitrate non déliquescent.

L’oxyde d’yttrium est blanc, insipide, d’une -pesanteur spécifique de 4,8-42. supérieure à celle de la baryte, et d’une basicité plus forte que celle de la glucine. Son sulfate n’est pas efflorescent, et son nitrate est déliquescent. Son phosphate est insoluble. Ses sels solubles sont précipités par le cyanure ferroso-potassique.

Les minéraux de l’yttrium sont presque la répétition de ceux du cérium, dont on les distinguent difficilement. Les principaux sont :

1° Yttrium et cérium fluorures, yttrocérite. — Substance grisâtre, violâtre ou rougeâtre, à texture lamelleuse ou compacte. Les masses se laissent assez fréquemment cliver suivant les faces d’un dodécaèdre rhomboïdal ; elle raie la chaux fluatée. Elle est infusible au chalumeau, mais elle y perd sa couleur et devient d’un gris clair. On la trouve associée à la pegmatite, à Finbo et à Broddbo, en Suède. Elle set formée de proportions variables de fluorures d’yttrium, de cérium et de calcium, de la môme formule que ce dernier CaFl2, dont elle partage le système cristallin.

2° Yttrium tantaluté, fergusonite. — Minéral trouvé à Kikerlansak, au Groenland. 11 est opaque, métalloïde, d’un brun noirâtre, assez semblable au wolfram. 11 raie le verre et pèse 5,838. 11 devient d’un jaune verdâtre au chalumeau et ne se fond pas. On en rencontre des cristaux formés par la réunion de deux pyramidès carrées et tronquées dont tous les angles sont remplacés par des facettes, et qui dérivent d’un prisme droit à base carrée. Il contient, pour 100 parties, 47,75 d’acide tantalique; 41,91 d’yttria; 4,68 d’oxyde de cérium; 3,02 de zircone, et de petites quantités d’acide stannique, d’oxyde d’urane et d’oxyde de fer.

3° Yttrium tungsto-tantalaté, yltrotantalite. — Substance amorphe, noire, brune ou jaunâtre, à poussière gris-verdâtre, rayant difficilement le verre, pesant de 5,4 à 5,9; trouvé à Ytterby, Finbo et Korarfsberg, en Suède. Composition, d’après Berzélius :

FAMILLE DE L’YTTRIUM.

Acide tantalique .

— tungstique, mélangé d’acide stannique .

Yttria .

Oxyde d’urane .

— de fer .

Variétés

noire.

bru lie.

jaune.

4° Yttrium titano-tantalalé : euxénite, œschynite et polykrase. — Ces trois minéraux paraissent être des mélanges divers de tantalates et de litanales d’yttria, de zircone, de cérium, d’urane, de fer, etc. Veuxénite a été trouvée à Jolster, en Norwége; elle est amorphe et d’un brun foncé, avec éclat métalloïde résineux; elle pèse 4,6. L’analyse a donné 49,66 d’acide tantalique; 7,94 d’acide titanique; 25,09 d’yttria; 6,21 de protoxyde d’urane; 2,18 d’oxyde de cérium; 2,47 de chaux; 0,96 d’oxyde de lanthane ; 0,29 de magnésie et 3,97 d’eau. On l’a trouvée aussi à Alve, près d’Arendal, en prismes rhomboïdaux à faces mates.

L’œschynite est d’un noir foncé et d’un éclat demi-métallique et résineux ; il pèse de 5,01 à 5,14 ; il raie la chaux phosphatée ; il se tuméfie sur le charbon au chalumeau et devient jaunâtre ; il contient : acide tantalique 33,39 ; acide titanique 11,94; zircone 1 7,52 ; oxure ferreux 17,65 ; yttria 9,35; oxyde de lanthane 4,76; oxyde de cérium 2,48; chaux 2,40; eau 1,56.

Le polykrase est noir vu en masse, mais d’un brun jaunâtre en petits fragments vus à la loupe ; son éclat est métalloïde; sa poudre est d’un brun grisâtre; il raie le verre; il pèse 5,105; il se présente en prismes à huit faces, très-aplatis par l’élargissement de deux faces, et terminés par un double biseau. Ces cristaux dérivent d’un prisme droit rhomboïdal. Il est formé d ’ acide titanique , d ’ acide tantalique, de zircone, d 'yttria et îles protoxydes de fer , d'urane et de cérium. On l’a trouvé disséminé dans le granité rose d’Hitetroê qui contient de la gadolinile et du zircon.

5° Yttrium titanaté ferro-zirconifère, polymignite. — Substance métalloïde, opaque et d’un gris noirâtre foncé. Sa cassure est conchoïde et un peu vitreuse, elle raie le verre et pèse 4,8. Elle cristallise en prismes allongés et cannelés dont la forme primitive est un prisme droit rhomboïdal. On la trouve disséminée dans la syénite zirconienne de Friedrikswærn, en Norwége. Elle contient 46,30 d’acide titanique; 14,14 de zircone; 11,50 d’yttria- 12,20 d’oxure ferreux; 5 d’oxure céreux; 2,70 d’oxure man»aneux; 4,20 de chaux.

6° Yttrium silicaté ferro cérifère, gadolinile. — Substance d’un

ZIRCONIUM.

noir brunâtre ou jaunâtre à cassure conchoïde ou esquilleuse, éclatante ; quelquefois cristallisée en prismes obliques rhomboïdaux; rayant le verre avec facilité; fusible au chalumeau en un verre opaque; attaquable par les acides; la dissolution donne, avec la soude caustique en excès, un précipité qui se redissout en partie dans le carbonate d’ammoniaque. L’analyse des gadolinites de Finbo et de Broddbo a fourni à Berzélius (moyenne des

deux analyses) :

Oxygène.

Acide silicique . 24,98 X 1 ,764 = 44

Yttria . 43,47 X 1,99 = 90,5 \

Oxyde céreux . 10,80 x 1,44 = 24,9 139

— ferreux . 10,80 x 2,522 = 24 )

d’où l’on peut admettre la formule (Ÿ,Ce,Fe)3Si.

7° Yttrium sihcatéferroglucifère, ou ytterbite. — Minéral trouvé à Ytterhy, analogue à la gadoiinite, mais dans lequel la glucine remplace en tout ou en partie l’oxyde de cérium, et contenant en outre un plus grand excès de base.

8° Yttrium niobaté ferro uranifère, ou samarskite. — Substance métalloïde, d’un noir de velours, à poussière brun-rouge foncé, de Miask, en Sibérie. Elle est disséminée dans les roches granitoïdes, en grains aplatis, ayant pour densité 5, 7.

9° Yttrium phosphaté, ou xénotime. — Ce dernier minéral cristallise en octaèdre très-obtus, comme le zircon, et à quelque ressemblance de coûleur avec lui. Berzélius avait cru d’abord qu’il contenait une nouvelle terre à laquelle il avait donné le nom d o thorine; mais, en ayant depuis reconnu la véritable composition, il donna ce môme nom de thorine à un autre oxyde métallique qu'il découvrit véritablement dans un minéral noir et vitreux provenant de l’île de Loewen, en Norwége. Ce minéral, nommé thorite, contient 19 pour 1U0 de silice, 58 de thorine; 9, 5 d’eau; des oxydes de fer, d’urane et de manganèse ; de la chaux, et des quantités minimes d’oxyde de plomb, d’oxydes d’étain, de magnésie, de potasse, de soude et d’alumine.

FAMILLE DU ZIRCONIUM.

La zircone, à laquelle nous arrivons maintenant, est encore une substance fort rare, qui fait cependant partie d’une pierre précieuse très-anciennement connue, nommée jargon ou zircon, dans laquelle Klaproth la découvrit en 1789. Il la trouva ensuite dans une autre pierre nommée hyacinthe, tirée de Ceylan, comme la première, à laquelle on la réunit aujourd'hui sous le seul nom spécifique de

FAMILLE DU ZIRCONIUM.

zircon. Cette substance est un silicate de zircone bien défini. Les autres composés naturels de la zircone sont peu nombreux, compliqués et encore mal définis.

1° Zircone silicatéc, ou zircon. — Cette substance se trouve sous forme de cristaux qui dérivent d’un octaèdre très-obtus, à base carrée ( fig . 146), ou d’un prisme droit à base carrée, dont la hauteur est au côté comme 67 est à 74. Les octaèdres sont rares, mais les cristaux Fig. i46. — zircon. prismatiques sont très-communs.

Le prisme carré qui les constitue est toujours terminé par une pyramide obtuse, dont les quatre faces correspondent, tantôt aux arêtes du prisme comme dans la figure 147, tantôt aux faces, comme dans la figure 148. Quelquefois les faces du prisme (fig. 147) se raccourcissent au point que les arêtes verticales deviennent nulles, et, dans ce cas, le cristal se trouve converti en un dodécaèdre rhomboïdal que l’on serait tenté de confondre, à la première vue, avec celui du système

cubique que présente le grenat; mais l’incidence de toutes les faces de celui-ci est de 120 degrés; tandis que l’incidence des faces de l’octaèdre obtus, les unes sur les autres, est de 123° ly' et que l’incidence des mêmes faces sur celles du prisme est seulement de 118° 54'. Très-souvent les arêtes des cristaux précédents se trouvent remplacées par des facettes, comme on en voit un exemple dans la figure 149, qui présente un passage du prisme de la figure 147 au prisme de la figure 148. Ce sont les prismes de la forme 148 qui portaient spécialement autrefois le nom de

ZIRCONIUM.

zircons; la forme dodécaèdre ( fig . 147), jointe à une couleur orangée brunâtre, constituait l’ hyacinthe.

Le zircon est transparent, ordinairement orangé brunâtre; maison en trouve aussi de verdâtre, de jaunâtre et de blanc. Il possède un éclat un peu gras, analogue à celui du diamant, ce qui est cause que les zircons blancs sont souvent vendus ou employés comme diamants; mais ils s’en distinguent facilement par leur densité plus forte (4,4), par leur double réfraction, et par leur dureté beaucoup plus faible, puisqu’elle se borne à rayer le quartz et qu’ils sont rayés par la topaze. Le zircon est infusible au chalumeau qui lui fait perdre seulement sa couleur. 11 est inattaquable par les acides. 11 est composé de :

Silice . 33,61 1 molécule.

Zirconc . 66,39 1

Formule : Zr Si.

Les zircons se trouvent disséminés dans les syénites, comme en Norwége, au Groenland, en Égypte; ou dans les gneiss qui en dépendent, comme à Oylan. On le trouve aussi dans le basalte, comme en Auvergne, à Expailly et aux environs du Puy. Enfin on le rencontre abondamment, en cristaux roulés, dans le sable de quelques ruisseaux, comme à Expailly, àCeylan, au Pégu. Il provient alors de la destruction des roches qui le renfermaient.

Les hyacinthes étaient prescrites par les anciens formulaires dans un grand nombre d’électuaires aromatiques auxquels on attribuait de grandes propriétés. Elles avaient même spécialement donné leur nom à la confection d' hyacinthes ; mais on employait en place de petits cristaux fort réguliers de quartz prismé coloré en rouge de sang par de l’oxyde de fer argileux (p. 78). Aujourd’hui ces diverses substances siliceuses sont tout à fait supprimées.

2° Zircone hydrosilicatée, zircon hydraté, molacon. — Ce minéral fort singulier a été trouvé dans les filons de Hitteroë (Norwége), avecTla gadolinite. Il offre la môme forme cristalline que le zircon et la même constitution moléculaire, sauf qu’il contient 3,03 d’eau pour 100, qui lui donnent une dureté et une pesanteur spécifique moins considérables. Il est d'un blanc bleuâtre ou d’un blanc de laitavec mélange de gris; il est translucide en fragments minces; il n’offre pas de clivage, et sa cassure est esquilleuse ; il est rayé par le quartz et, à plus forte raison, par le zircon; il pèse 2,903. Il perd 3,03 d’eau parla calcination et acquiert alors une densité de 4,82. L’acide chlorhydrique et l’acide sulfurique concentré l’attaquent à chaud, lorsqu’il a été porphyrisé sans avoir été

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calciné. Lorsqu'il a élé calciné, il résiste à tous les acides, comme

le zircon.

3° Zircone et alumine süiealée, chrichtonite. — Une substance analysée sous ce nom par Drappiez contenait 33 de silice, 46 de zircone, 14 d’alumine, 4 d oxyde de fer et 1 d’oxyde de manganèse .

4° Zircone silicatée alcaline, eudialïte. — Substance à structure lamelleuse, inégale ou grenue, d’un violet rougeâtre, translucide sur les bords. Elle pèse 2,9; elle raie la chaux carbonalée; elle fond au chalumeau en un vert foncé. Elle se dissout en gelée dans les acides. On en trouve des cristaux qui dérivent d’un rhomboèdre aigu. En voici trois analyses :

Acide silicique. . . .

Zircone .

Oxure ferreux .

— manganeux .

Chaux .

Soude .

Potasse .

Chlore .

Haramclsbcrg. par Stromcyer.

L’eudialite a été trouvé au Groenland, dans la môme localité que la sodalite.

On peut encore compter au nombre des composés naturels de la zircone Vœschynite , la polymignite et le polykrase, dont il a été fait mention parmi ceux de l’yltria.

La glucine a été découverte par Vauquelin, en 1798, dans deux pierres précieuses, le béril et l 'émeraude, et voici à quelle occasion. Plusieurs minéralogistes, et principalement itoméde l’Isle, se fondant sur l’identité de forme cristalline, de dureté et de densité des deux substances, avaient pensé qu’elles devaient* former une seule espèce. Mais cette opinion avait élé contredite par Werner, lorsque Haüy, reprenant l’examen des cristaux des deux pierres gemmes, prononça qu’on devait certainement n’en former qu’une espèce. Or l’émeraude avait été analysée par Klaprolh et par Yauqueiin, qui, môme, venait d’y découvrir l’oxyde de chrome, et il semblait résulter de l’analyse de ces deux chimistes que l’émeraude, à part l’oxyde qui la colore, était composée d’environ 65 centièmes d’alumine et de 30 centièmes de silice. Sur ces entrefaites, Vauquelin, ayant analysé le béril

GLUCIUM.

y découvrit une nouvelle terre qui reçut le nom de (/lutine, et ce résultat fut opposé aux conclusions de Hatiy. Mais celui-ci pria Vauquelin de recommencer l’analyse de l’émeraude, et c’est alors que l’on reconnut l’identité de composition des deux pierres. Ce résultat vint donner une grande valeur à l’opinion de Haüy, que l’étude des formes cristallines d’un minéral fournit un des meilleurs moyens d’en déterminer l’espècei

La glucine est une terre blanche, douce au toucher, happant à la langue, faisant pâle avec l’eau, mais moins que l’alumine, et ne pouvant pas être moulée. D’ailleurs elle est soluble dans les acides, même après avoir été calcinée; de sorte qu’elle ne pourrait servir dans aucun cas à la fabricalion des poteries. Le sulfate, le nitrate, le chlorure, l’iodure et le bromure sont solubles et sucrés. Le carbonate et le phosphate sont insolubles.

Les sels solubles de glucine ne sont pas précipités par le cyanure ferroso-potassique, ce qui les différencie de ceux de thorine et d’yttria. Ils sont précipités par les alcalis libres ou carbonatés. Le précipité se redissout dans la potasse et dans la soude caustiques, non dans l’ammoniaque; mais il se redissout facilement dans le carbonate d’ammoniaque, ce qui donne un moyen de séparer la glucine de l’alumine.

Jusqu’à ces dernières années, on a supposé que la glucine était formée, comme la zircone et l’alumine, de 2 molécules de métal et de 3 molécules d’oxygène, et qu’elle contenait en poids :

Glucium . 68,83

Oxygène . 31,17 Glucium = 331,26

Mais les expériences de M. Awdejew, capitaine au corps des mines de Russie, semblent prouver que la glucine possède une constitution bien différente; car elle contient véritablement :

Glucium . 36,74 58,084

Oxygène . 63,26 100

Et en admettant, ce qui parait probable, qu’elle soit formée d’une molécule de métal et d’une molécule d’oxygène, la molécule de glucium se trouve réduite à 58,084 : poids moléculaire le plus faible après celui de l’hydrogène, puisque la molécule du carbonate pèse 75, et celle de l’azote 88,5.

La glucine se trouve à l’état d ’aluminate, de silicate simple et de silicate composé, constituant un petit nombre d’espèces minéralogiques.

Guibocrt, Drogues, 7* édit.

FAMILLE DU GLUCIL'M.

Ailucine nlnminatiV.

Cymophane, chrysolite orientale, c/irysopal, chrysobéril. — Il n’y a que peu d’années que l’on sait, par l’analyse de M. Seybert, que la cymophane contient de la glucine; auparavant on la supposait formée d’une .forte proportion d’alumine et de silice. Ensuite Thompson et Rose ont montré que la silice y était accidentelle et provenait du mortier d’agate que l’on avait employé jusque-là pour pulvériser la matière. En se servant d’un mortier d’acier pour broyer la cymophane, et en enlevant par un acide le fer que l’opéralion a dû introduire dans la substance, on ne la trouve plus composée que de glucine, d’alumine et d’une petite quantité d’oxyde métallique colorant, ainsi qu’on le voit par les analyses suivantes :

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