‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 151 sur 194 · SOUDE ET CHAUX SULFATÉES · texte numérisé non relu

SOUDE ET CHAUX SULFATÉES

dans le sel gemme de Vie et à Villa-Rubia, dans la province de Tolède. Ses cristaux dérivent d’un prisme rhomboïdal oblique de 116° 30', dont la base est inclinée sur les surfaces de 136° 43'. Il est plus dur que le gypse, pèse de 2,72 à 2,73. Celui de Villa-Rubia est transparent et d’un gris jaunâtre ; celui de Vie est opaque et coloré en rouge par une argile ferrugineuse. Il décrépite au feu et se fond au chalumeau en un émail blanc. Celui qui est incolore et transparent devient blanc et opaque lorsqu’on le trempe dans l’eau, parce que le sulfate de soude se dissout et que le sulfate de chaux forme une couche à la surrace du cristal.

L’analyse de la glaubérite a donné :

Villa-Rubia. Vie.

Sulfate de soude . 51 48,50

— de chaux . 49 46,60

Chlorure de sodiu ni . » 1,20

Argile ferrugineuse . » 2,70

Toutes deux conduisent également à la formule Sd S + Ga S. Seulement le minéral de Vie est mélangé d’un peu de chlorure de sodium et d’argile.

On trouve, au milieu des argiles salifères des mêmes localités, et principalement à Vie, des rognons d’une substance grise ou rougeâtre et à structure fibreuse, qui sont des mélanges variables d’un assez grand nombre de sels. On a donné à ces mélanges le nom de polyhalile; mais il est difficile d’en faire une espèce particulière, quoique les sulfates s’y montrent souvent en proportions déterminées.

Polyhalile de Vie.

Rouge Rouge

amorphe, cristallisée.

cristallisée.

Gri.e.

Sulfate de chaux .

— de magnésie. .

— de manganèse.

Chlorure de sodium. . .

Argile et oxyde de fer.

Perte par la calcination

Les deux premières a

nalyses nous offrent encore les deux sul-

fates de soude et de chaux dans le même rapport que dans la glaubérite; la troisième présente un excès considérable de sulfate de chaux; dans la quatrième, on trouve sensiblement 2 molécules de sulfate de magnésie, 3 de sulfate de soude et 4 de sulfate de chaux.

On a trouvé, dans la saline d’Ischel (basse Autriche), une polyhalite remarquable par la substitution du sulfate de potasse à celui de sçude, et par la présence simultanée et en rapport simple des

deux sulfates de chaux, anhydre et hydraté. Stromeyeren a retiré :

Bapports moléculaires.

Sulfate de chaux anhydre . 22,22 26 l

— de potasse — 27,63 26 l

— de magnésie— . 20,03 26 1

— de fer — 0,29 » ,,

— de chaux hydratée . . 28,46 27 t

Chlorure de sodium . 0,19 » „

de magnésium . 0,01 » „

Oxure ferrique . 0,19 » »

Soude carbonatée.

Natron, trôna, urao. — On a cru pendant longtemps que le natron ou carbonate de soude naturel de l’Égypte était un carbonate neutre formé de Sd C. Ensuite on l’a cru semblable au trôna etàl’urao, dans lesquels on a constaté la présence de 1 molécule 1/2 d’acide; mais il parait que l’on doit admettre définitivement l’existence de deux carbonates de soude naturels : l’un neutre, l’autre avec excès d’acide.

Carbonate de soude neutre. — Ce carbonate était connu des anciens sous le nom de nitrum ou de natrum. On l’extrayait, ainsi qu’on le fait encore aujourd’hui, de quelques lacs situés à l’ouest du Nil, dans une vallée qui en a pris le nom de vallée des lacs de Natron. Dans l’hiver, une eau d’un rouge violet transsude à travers le fond de ces lacs et s’y élève à près de 2 mètres ; mais, dans l’été, cette eau s’évapore complètement et laisse une couche de sel qu’on brise avec des barres de fer, pour le livrer immédiatement au commerce. Il est en masses cristallines, dures, translucides, qui s’effleurissent superficiellement en absorbant l’humidité de l’air. Il contient, d’après l’analyse de Beudant :

Happons moléculaires.

Acide carbonique . 30,9 112,36 1

Soude . 43,8 113 1

Eau . 13,5 l‘20 1

Sulfate de soude sec . 7,3 8,24 »

Chlorure de sodium . 3,1 » »

Matière terreuse . 1,4 » »

Formule : Sd C -+- H.

Sesquicarbonate de soude. — On a trouvé près de Sukéna, dans l’État de Tripoli en Afrique, une quantité considérable de ce sel sous forme de grandes masses striées, inaltérables à l’air et d’une si grande dureté que les murailles de Cassar, fort actuellement

détruit, en avaient été construites. Ce sel porte le nom de trôna , qui n’est que l’anagramme de natron. Klaprolh en a retiré :

Soude . 37 ‘P 93,48 2

Acide carbonique . 38 138,18 2,9

Sulfate de soude . . 2,8 » »

d’où l’on lire Irès-sensiblement Sd*G3-{-4H.

Le même sel a été observé par MM. Boussingault et Mariano de Rivero, au village de Lagunilla, dans les environs de Mérida, en Colombie. On le trouve dans un terrain argileux, qui contient aussi de gros fragments de grès secondaire. Il y forme un banc peu épais recouvert par une couche d’argile qui contient des cristaux de Gay-lussite.

Bicarbonnate de soude. — Ce sel existe dans un grand nombre d’eaux minérales saturées d’acide carbonique : telles sont surtout celles de Vais et de Yichy en France, et celles de Seltz et de Carlsbad en Allemagne. Mais on ne peut l’en retirer par l’évaporation, qui fait perdre au sel une partie de son acide carbonique. On est donc obligé de le préparer artificiellement en saturant d’acide carbonique le carbonate de soude neutre ordinaire du commerce.

Quant au carbonate de soude neutre, anciennement on se le procurait presque exclusivement par l’incinération de plusieurs plantes de la famille des chénopodées qui croissent sur le bord de la mer, en Espagne et dans le midi de la France; mais après la révolution de 1789, les relations avec l’Espagne s’étant trouvées interrompues, le gouvernement français demanda aux chimistes un procédé pour retirer la soude du sel marin, et parmi les moyens qui furent alors. proposés, il y en eut un, (donné par Leblanc, qui réussit parfaitement et qui n’a pas cessé d être employé depuis ; de manière qu’à partir de celte époque, la France a été affranchie d’un tribut considérable à l’étranger.

Pour convertir le chlorure de sodium en carbonate de soude, on commence par le changer en sulfate de soude sec, au moyen d’un traitement par l’acide sulfurique concentré. On opère dans un appareil fermé, et l’on reçoit dans l’eau l’acide hydrochlorique qui se dégage, lorsqu’on veut le recueillir mais, comme on est loin de pouvoir utiliser tout celui que l’on produirait ainsi, le plus souvent on opère la décomposition du chlorure dans un four chauffé, où le sulfate formé se dessèche immédiatement. On môle ensuite le sulfate de soude avec partie égale de craie et demi-partie decharbon pulvérisés, et l’on chauffe le mélange, dans un four

à réverbère, jusqu’à ce que la fusion en soil complète. Dans cette opération, le charbon réduit le sulfate de soude à l’étal de sulfure de sodium, et celui-ci éprouve une double décomposition avec le carbonate de chaux, d’où résultent, d’une part, du carbonate de soude soluble dans l’eau, et de l’autre un composé de sulfure decalcium et de chaux sensiblement insoluble. On traite donc par l’eau plusieurs fois, on concentre les liqueurs, et on les laisse crilalliser.

D’autres fois, cependant, on évapore à siccilé, et on obtient ainsi un sel anhydre qui olfre un grand avantage pour le transport et la conservation, à cause de la grande quantité d’eau qui existe dans le sel cristallisé. Dans le commerce, on connaît ces deux produits sous des noms différents : on nomme cristaux de soude le carbonate cristallisé, et sel de soude le carbonate desséché (i).

Le carbonate de soude est blanc, d’une saveur alcaline, et verdit fortement le sirop de violettes. Cette double réaction est cause qu’il a longtemps été considéré comme un sel avec excès de base, et qu’il a porté le nom de sous-carbonate de soude. Mais sa composition, que j’ai exposée plus haut, doit le faire considérer comme un sel neutre. Il est bien soluble dans l’eau, beaucoup plus à chaud qu’à froid, et cristallise facilement par le refroidissement. Les cristaux sont des prismes rhomboïdaux ou des octaèdres tronqués par les deux bouts; mais le plus souvent ils sont très-irréguliers ou réunis en masse. Ils sont transparents et contiennent 63 pour I0U d’eau de cristallisation : ce sel devient opaque, s’effleurit à l’air et s’y réduit en petits cristaux fins qui ne reliennentplus que 30 pour 100 d’eau. Exposé au feu, il y éprouve d’abord la fusion aqueuse, puis il s’y dessèche et ne se fond plus qu’au-dessus de la chaleur rouge.

Le carbonate de soude fait une vive effervescence avec les acides, et forme, avec les dissolutions de chaux, de magnésie, de plomb, de baryte, etc., des précipités qui sont entièrement solubles dans l’acide nitrique. Ordinairement, cependant, les précipités formés par les sels de plomb et de baryte ne se redissolvent pas en entier, à cause d’une quantité plus ou moins grande de sulfate de plomb ou de baryte insoluble, dû à ce que le carbonate de soude du commerce est rarement exempt de sulfate de soude : il faut choisir celui qui en contient le moins, ou, ce qui

| Il On peut aussi obtenir le carbonate de soude on décomposant le sulfate de soude par l’acétate de cliaux provenant des fabriques d’acide pyroligneux On forme alors du sulfate de cliaux presque insoluble, ef de l’acétate de soude soluble. Celui-ci, desséché et calciné, donne, par la solution dans l’eau du carbonate de soude presque pur.

SOUDE NITRATÉE.

est la môme chose, celui qui, après avoir été précipité par le plomb ou la baryte, laisse le moins de sulfate insoluble dans l’acide nitrique.

Le carbonate de soude est employé, en pharmacie, pour former un grand nombre de sels à base de soude, et surtout pour obtenir la soude caustique liquide, dite lessive des savonniers ; luimême est, quelquefois usité en médecine, comme excitant, fondant et dissolvant de certains calculs urinaires ; mais son plus grand usage est pour les verreries, les blanchisseries, les savonneries et les ateliers de teinture.

Soude et chaux carbonatêcs.

Gay-lussite. — Ainsi que je l’ai dit précédemment, ce sel à double base a été trouvé par M. Boussingault dans la couche d’argile qui recouvre l’urao, à Lagunilla. Il s’y présente en cristaux qui dérivent d’un prisme rhomboïdal oblique de 68° 50' et 111° 10', dont la base est inclinée sur les faces de 96° 3tf. Les cristaux non altérés sont transparents; mais ils deviennent opaques à l’air, dont l’humidité les décompose lentement. Ils pèsent 1,93 ; ils rayent la chaux sulfatée, et sont rayés par la chaux carbonatée. Ils décrépitent au feu, et deviennent opaques en perdant l’eau qu ils contiennent. L’acide chlorhydrique les dissout avec effervescence ; l’oxalate d’ammoniaque précipite la chaux de la dissolution ; la liqueur, évaporée et calcinée, laisse pour résidu du chlorure de sodium. L’analyse a montré que la gay-lussite était composée de :

Carbonate do soude . 35,8 \ molécule.

— de chauv . 34 I

Eau . 30,2 b

Formule : Sd C -f- Ca C -(- 5tl.

Soude nitratée.

Ce sel était nommé autrefois nitre cubique, parce qu’il cristallise en rhomboèdres obtus, que l’on prenait pour un cube, mais qui en diffère beaucoup, puisque ses angles dièdres sont de 106° 33' et 73° 27'.

11 pèse 2,090 ; il présente une saveur piquante et amère ; il est soluble dans 3 parties d’eau à 1«°, dans une partie d’eau à 50°, et dans moins que son poids d’eau bouillante. La solution ne précipite par aucun des réactifs qui font reconnaître la potasse. Lorsqu’il est pur, il est formé de :

Acide nitrique . 62,8

Soude..., . 37,2 Formule : Sd Az.

Il ne contient pas d’eau.

Pendant longtemps ce sel a été un produit de l’art, et il n'offrait d’ailleurs aucun emploi utile; mais vers l’année 1820, il a été découvert au Pérou, sur une étendue de plus de 40 lieues, au nord et à l’ouest d’Atica, dans la province de Taracapa, et au sud de cette ville, jusque près de la rivière de Loa. Le pays forme un bassin élevé, fermé à l’ouest par les falaises de la mer, au nord et à l’est par des collines de grès, et au sud par le ravin dans lequel coule la Loa. Vers le milieu du bassin, il existe une forêt souterraine composée de grands arbres qni ont la couleur du vieil acajou. La matière saline se trouve au-dessus, en lits distincts, séparés par de minces couches de terre argileuse brune. Pour l'extraire, on bocarde les parties les plus riches, et on les traite par l’eau houillante pour avoir une solution saturée. On fait cristalliser. Le résidu, qui est rejeté, contient encore plus de la moitié du nitrate qu’il pourrait fournir.

D’après une analyse de M. Hayes, le sel natif se compose de :

Nitrate de soude . 04,08

Sulfate de soude . 3,00

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