EXEMPLES
d’êtres naturels. Bioxyde de manganèse, Pavots,
Scolopendre,
Bourrache,
Sangsues,
Cantharides.
de parties ou produits utiles.
Litharge,
Quinquina gris,
Gomme adragante, Opium,
Miel,
Cire jaune.
Il résulte de ce qui précède que l’histoire naturelle pharmaceutique tire, sans aucun doute, ses principales connaissances des trois branches de l’histoire naturelle générale, qui sont la Minéralogie, la Botanique et la Zoologie; mais qu’elle emprunte aussi des indications très-utiles et très-nombreuses à la science du commerçant et du droguiste. C’est une étude qui, pour être mixte et variée comme les corps qui en sont l’objet, n’en est pas moins indispensable au pharmacien. Sans elle, en effet, il risquerait de compromettre journellement la vie des hommes, soit en recevant et délivrant une substance pour une autre, soit en remplaçant une bonne drogue simple, sur l’efficacité de la-
Gcibouht, Drogues, 7» édit. *• '
quelle le médecin est en droit de compter, par une sorte inférieure ou de vertu nulle. C’est ce qui arriverait infailliblement si le pharmacien délivrait, par exemple,
Conyze squarrouse, pour . Digitale,
Anguslure fausse, pour . Angusture vraie,
Quinquina carihagéne, pour . Quinquina calisaya,
Opium d’Égypte ou Opium faux, pour. . . Opium de Smyrne. Redoul, etc., pour . Séné, etc.
Les corps naturels qui, par eux-mêmes ou par leurs produits nous fournissent tous les médicaments que nous employons, ont été, presque de tout temps, partagés en trois grandes divisions auxquelles on a donné le nom de règnes. Ce sont les règnes minéral, végétal et animal. Linné a exprimé d’une manière aussi heureuse que laconique ce qui les distingue principalement ; il a dit : les minéraux croissent; les végétaux croissent et vivent; les animaux croissent, vivent et sentent.
On peut remarquer cependant, à l’égard de cette ancienne division, que, depuis que la chimie nous a fait connaître l’existence de plusieurs corps (air, acide carbonique, hydrogène carburé) quj n’appartiennent à aucun des deux derniers règnes, et qu’il serait difficile de conserver dans le premier, en lui conservant son nom ; depuis, surtout, qu’on a mieux apprécié la distance infinie qui sépare la matière inerte de la matière vivante, comparativement à celle que l’on observe entre les deux classes d’êtres vivants, on a été porté à changer la première division, et à ne piu s distinguer que deux grands règnes dans la nature : le règne inor . gamque et le règne organique.
Le règne inorganique comprend tous les corps qui ne sont sou mis, dans leur structure, leur durée et leurs autres qualités, qu’au ^ lois générales de la matière agrégée, telles que l’ étendue, la p0 ^ rosité, 1 "inertie, la pesanteur, et aux lois de l 'affinité chimique. (]e règne comprend les minéraux, l 'eau, l’air et les autres fluides aériformes naturels.
Le règne organique renferme tous les corps doués d’une struc^ turc autre que celle qui résulte des lois générales de la matière ou qui sont formés de parties distinctes et agissantes, nommée^ organes, dont le but commun et l’effet sont l’entretien de la vie Ce règne comprend les végétaux et les animaux.
Yoici d’ailleurs les principaux caractères qui différencient ces deux grands règnes.
Les corps inorganiques sont formés de particules toutes sert* blables entre elles, jointes par simple juxtaposition, en vertu q ~ la force d’attraction universellement répandue, et pouvant se
INTRODUCTION
réunir toutes les fois qu’elles se trouvent en contact. Ces corps peuvent, à la rigueur, avec une croissance et une durée indéfinies ; et si une cause extérieure vient à séparer leurs parties, chacune d’elles, considérée isolément, sera encore un corps complet, existant de la même manière que le tout primitif.
Les corps organisés, au contraire, sont formés de parties hétérogènes, qui ne peuvent se réunir ou s’accroître que par un travail intérieur nommé intus-susception, et qui, séparées, ne peuvent vivre ou exister de la même manière que le tout qu’elles formaient par leur réunion. Ces corps ne peuvent descendre que d’individus préexistants et semblables à eux ; ne croissent qu’autant que le permet le développement des organes dont ils sont formés, et ne peuvent vivre indéfiniment; car ces organes, après avoir atteint leur plus grand développement, ne tardent pas à dépérir. D’abord leurs fonctions s’affaiblissent, bientôt elles cessent entièrement, et l’individu n’existe plus.
Éclaircissons ces différentes propositions par quelques exemples.
J’ai dit que les corps inorganiques étaient formés de parties similaires, jointes par simple juxtaposition. Prenons une eau terrestre saturée d’acide carbonique et contenant du carbonate de chaux en dissolution. Cette eau, en coulant à l’air libre, perd son acide et le carbonate calcaire se précipite. Mais, en se déposant, les petites particules de ce sel, qui sont déjà toutes du carbonate de chaux, ou qui sont similaires et qui ont une forme déterminée, bien qu'elle échappe à nos sens par sa petitesse, ces particules, dis-je, se juxtaposent par certaines faces, adhèrent entre elles, et forment des masses dont l’accroissement n’aura d’autre borne que celle de la cause qui les produit. N’est-ce pas ainsi que s’est formée, à Clermont dii Puy-de-Dôme, cette masse énorme de dépôt calcaire, nommée le Pont de Saint- Allyre, qui n’a pas moins de 80 mètres de longueur, sur une hauteur de 0 à 7 mètres? ou bien ces belles et grandes stalactites formées dans les grottes d’Antiparos, l’uqe des îles grecques, par l’infiltration des eaux calcaires qui y tombent goutte à gou tte?
Au contraire des minéraux, les corps organisés, par exemple les végétaux, sont formés de particules hétérogènes qu’ils puisent dans la terre et dans l’air, et qui sont principalemen t de Veau, de V acide carbonique , de V oxygène, de V azote, et quelques oxydes ou sels métalliques (les animaux ajoutent à ces substances premières celles qu’ils prennent à des êtres déjà organisés). Mais jamais ces divers éléments juxtaposés, et soumis à la seule influence des forces qui régissent la nature inorganique, ne pourront former un végétal ou un animal. Il faut qu’il existe un noyau primitif ou
i HISTOIRE NATURELLE DES DROGUES SIMPLES.
embryon , pourvu en lui-même d’une force encore inconnue, nommée force vitale, qui lui donne le pouvoir d’attirer dans son intérieur, d’absorber et de combiner de mille manières les éléments qu’il puise au dehors, pour en former du ligneux, de la gomme, de la matière verte, des feuilles, des fleurs,, des fruits, ou bien de la bile, du sang, de la chair musculaire et des os.
Les minéraux peuvent croître indéfiniment, c’est-à-dire, au moins tant que les circonstances de leur formation ne changent pas. J’en citerai encore pour exemple le pont de Saint-Allyre, qui n’a cessé de s’accroître que lorsqu’une circonstance fortuite a changé le cours de l’eau qui lui donnait naissance. Dans les êtres organisés la croissance est limitée, au contraire, sans que les conditions premières paraissent changées. Prenons, par exemple, un végétal en germination, fixé au sol, et qui sera entouré toute sa vie des mêmes sucs nourriciers de la terre et des mêmes circonstances atmosphériques : pourquoi ce végétal s’arrêtera-t-il tantôt à la hauteur de quelques centimètres, et tantôt parviendra-t-il à celle de 10, 20, 30, 50 mètres, suivant son espèce, comme si -l’arbre, l’herbe, et l’on peut en dire autant du jeune animal, avaient autour d’eux un espace limité par une enveloppe invisible, qu’ils sont tenus de remplir, sans pouvoir la dépasser?
Les corps inorganiques peuvent avoir une durée indéfinie, à moins que des causes extérieures ne viennent s’opposer à leur conservation. Tel est le feldspath, composé minéral contemporain de la première solidification du globe, qui fait partie du granité et des autres roches primitives; qui dure, par conséquent, depuis un nombre incommensurable de siècles, et qui ne se détruit que lorsque l’eau, jointe à des forces électriques qui, dans des circonstances peu connues, se développent entre les minéraux, par vient à en dissocier les éléments. Alors, mais seulement alors, le feldspath, qui peut être considéré comme un silicate double d’a~ lumine et de potasse, perd toute sa potasse et une certaine quantité de silice, et se convertit en un silicate d’alumine hydraté, qui est le kaolin.
Par opposition aux corps inorganiques,. les êtres organisés n'ont qu’une durée limitée, après laquelle ils ne peuvent plus vivre. Alors leurs éléments se dissocient et rentrent sous l’empire des lois de la nature inorganique. Il est vrai qu’un certain nombre d’animaux et plusieurs grands végétaux peuvent avoir une durée considérable. Les carpes, par exemple, peuvent vivre deux ou trois cents ans, et on a vu, dans les forêts du Liban, des cèdres et des chênes tellement gros, qu’en calculant leur durée par le diamètre de leur tronc, on ne pouvait pas leur accorder moins de neuf à dix siècles d’existence. Il existe aussi à Ténériffe, une des îles
INTRODUCTION
Canaries, un dragonnier (JJracœna draco) dont le tronc a 25 mètres de circonférence à sa base, et dont l’âge paraît être de quatorze ou quinze cents ans. Enfin, on voit encore sur l’Etna, en Sicile, les débris d’un châtaignier, dont le tronc, à la fin du siècle dernier, n’avait pas moins de 52 mètres de circonférence, et dont on estime la durée à quatre mille ans (d).
Ces exemples sembleraient montrer que les êtres organisés peuvent quelquefois avoir autant de durée que les corps inorganiques, mais ils ont plus d’apparence que de réalité.
Les corps inorganiques peuvent bien réellement avoir une durée indéfinie, et si l’un de ces corps, le granité, par exemple, s’est formé avant presque tous les autres minéraux, et bien avant tous les végétaux et les animaux ; à partir de l’instant de sa formation, et depuis un temps véritablement incalculable, c’est bien la même matière qui existe sans aucune espèce de modification. Mais, dans les végétaux et dans les animaux, la matière se renouvelle sans cesse par celle qu’ils tirent de l’air, de la terre ou de leurs aliments : cette matière remplace celle qui s’en échappe continuellement par exhalation, exsudation, respiration ou sécrétion , de telle sorte que la matière dont ils se composent aujourd’hui n’est pas celle qui les constituait hier, et que, au bout d’un certain temps, ils ne conservent plus rien de la substance qui les avait formés h une époque antérieure..
Il y a plus, non-seulement la matière se renouvelle, mais l’individu lui -même peut être supposé ne plus exister. Ce châtaignier de l’Etna, que je citais tout à l’heure, dont le tronc a 52 mètres de circonférence, laisse au milieu un espace vide si considérable qu’on y a construit une maison avec ses dépendances, et un four pour faire sécher les fruits mêmes qu’on y récolte. Or, un arbre dicotylédone pouvant être considéré comme une réunion d’individus qui naissent chaque année les uns des autres, en s’appliquant à l’extérieur de leurs devanciers, il en résulte que l’arbre d’aujourd’hui est formé par la soudure des individus annuels les plus nouveaux, et que les milliers d’individus antérieurs, qui occupaient le centre de l’arbre, ont été rendus aux éléments où va se confondre tout ce qui a vécu sur la terre.
Il est à peine nécessaire que je revienne sur la différence qui ressort de la division mécanique, lorsqu’on l’applique aux corps inorganiques et aux êtres organisés. Les premiers, divisés ou atténués autant que l'on pourra, ne changeront pas de nature, et chacune de leurs particules existera toujours de la même manière que le tout. Les seconds, divisés suffisamment, perdront tou-
(1) Voyez Hufeland, l'Art de prolonger la vie ou la Macrobiotique. NouveUe édition. Paris, 1871, p. Gi.
jours la vie, ne constitueront plus ni un animal ni un végétal et n’offriront qu’une matière morte , propre à subir toutes les modifications que les agents chimiques viendront lui imposer.
Si nous comparons maintenant les deux classes d’ôtres organisés, ou les végétaux et les animaux, nous y verrons aussi des distinctions marquées, mais d’un ordre inférieur à celles que nous avons signalées entre les corps organisés et non organisés, et qui ne seront, pour ainsi dire, que des modifications de la môme manière d’exister.
Les végétaux, qui sont ceux de ces êtres dont l’organisation est la plus simple, sont dépourvus de sensibilité et de la faculté de se mouvoir volontairement. D’après cela, ne pouvant aller chercher leur nourriture, ils doivent se nourrir et se nourrissent, en effet de substances universellement répandues, inertes et déjà très-divisées • tels sont Veau, l 'air, et les corps qui peuvent s’y trouver dissous
Ils n'ont pas de cavité pour recevoir leurs aliments, et l’absorption de leur nourriture paraît se faire par tous les points de leur surface. Enfin, n’ayant pas d’estomac, ils peuvent être souvent partagés en plusieurs individus et peuvent se propager par boutures .
Les animaux ont la faculté de se mouvoir selon leur volonté, et, par suite, celle de chercher leur nourriture. Alors cette nourriture peut être plus diversifiée et moins abondamment répandue. Devant chercher leur nourriture, et pouvant rester un certain temps sans trouver celle qui leur est propre, il faut aux animaux une cavité pour déposer celle qu’ils prennent, et qui leur serve comme de magasin : cette cavité est leur estomac. Enfin de ce que leur centre de nutrition est unique, ils ne peuvent être divisés eu plusieurs individus. A la vérité, cependant, quelques animaux des classes les plus inférieures paraissent pouvoir se diviser; mais c’est qu’ils ont plusieurs centres de nutrition, ou plutôt c’est parce qu’ils sont formés de plusieurs animaux réunis et vivant en commun, d’une manière analogue à celle des végétaux.
En résumé, on a établi une première grande division entre tous les corps de la nature, savoir, le règne inorganique, comprenant principalement les minéraux, et le règne organique, formé des vé~ gétaux et des animaux.
Les minéraux, les végétaux et les animaux, considérés sous le rapport de leurs produits utiles à l’art de guérir, forment l’objet de la science que nous avons nommée précédemment V histoire naturelle pharmaceutique.
Nous allons commencer leur étude par les minéraux, en nous occupant tout d’abord d’une manière générale des caractères qui servent à les décrire et à les reconnaître.