‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 45 sur 194 · ACIDE SULFURIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE SULFURIQUE

dans la nature qu’il faut chercher la source de l’acide que nous employons.

Fabrication. — Autrefois on obtenait généralement cet acide en chauffant fortement du sulfate de fer, préalablement desséché, dans une cornue munie d’un récipient. 11 distillait encore [de l’eau que l’on séparait. Ensuite une partie de l’acide se décomposait pour faire passer le fer au maximum d’oxydation, et l’autre partie distillait dans un grand état de concentration, mêlée d’acide sulfureux, et jcolorée par une matière charbonneuse due aux substances organiques accidentellement mêlées au vitriol.

On prépare encore de l’acide sulfurique par ce procédé, à Nordhausen, petite ville de Saxe; et comme cet acide, en partie anhydre et imprégné d’acide sulfureux, cristallise avec une grande facilité et répand d’épaisses vapeurs à l’air, on lui a donné le nom d 'acide sulfurique glacial ou fumant de Nordhausen.

Maintenant presque tout l’acide sulfurique consommé en France s’y prépare, à Rouen, à Paris, et dans les autres villes manufacturières, par la combustion du soufre. A cet effet, on fait construire une grande caisse ou chambre en lames de plomb, soutenues par une charpente en bois. Le sol de cette chambre est légèrement incliné et se recouvre d’une couche d’eau. Vers l’un des côtés, il est traversé par un fourneau recouvert d’une plaque de fonte, et dont le foyer ne communique pas avec la chambre ; au moyen d’une trappe pratiquée à la paroi latérale de la chambre, on porte sur la plaque un mélange de huit parties de soufre et d’une partie d’azotate de potasse, et l’on chauffe le fourneau. Bientôt le soufre s’enflamme et donne lieu, d’une part, à de l’acide sulfurique qui reste combiné à la potasse, sur la plaque de fonte; de l’autre, à de Y acide sulfureux qui se mêle à l’air de la chambre et au deutoxyde d'azote provenant de la décomposition de l’acide azotique. Ce deutoxyde d’azote se transforme en acide nitreux, en absorbant l’oxygène de l’air. Mais sous l’influence de la vapeur de l’eau, il cède à l’instant même cet oxygène à l’acide sulfureux, qu’il change en acide sulfurique, en redevenant luimême deutoxyde d’azote. Ce gaz s’ajoute à celui qui ne cesse de se produire dans l’opération, et recommence, à l’aide de l’air de la chambre et de la vapeur d’eau, la même transformation de l’acide sulfureux en acide sulfurique.

Lorsque le soufre est entièrement brûlé, ce dont on peut s’apercevoir par un petit carreau adapté à la trappe, on retire le sulfate de potasse ; on renouvelle l’air de la chambre, on recharge la plaque d’un nouveau mélange de soufre et de nilre, et, après avoir refermé toutes les ouvertures, on chauffe le fourneau. On brûle

ainsi de nouveaux mélanges jusqu’à ce que l’acide ait acquis de 50 à 55 degrés. Alors on le relire de la chambre au moyen d’un siphon plongeant dans une petite cavité extérieure qui communique avec la partie la plus basse de la chambre. On introduit cet acide dans de grandes cornues de verre placées sur des bains de ' sable, ou mieux dans des vases distillatoires en platine, et on le concentre jusqu’à ce qu’il marque 66 degrés au pèse-acide, ce qui revient à 1,842 de pesanteur spécifique. On le laisse refroidir, et on le renferme dans de grandes bouteilles de verre ou de grès, pour le verser dans le commerce.

L’acide sulfurique obtenu par ce procédé est un liquide épais, oléagineux, transparent, incolore, d’une saveur caustique. Il contient encore une molécule d’eau à l’état de combinaison, ou 18,32 pour 100. Il se congèle à 4 degrés au-dessous de 0,et cris tallise en prismes hexaèdres terminés par des pyramides à six faces. Il bout à 285 degrés du thermomètre centigrade.

L’acide sulfurique mêlé avec de l’eau lui fait éprouver une si grande condensation, que le mélange s’élève à près de 150 degrés de chaleur. Exposé à i’air, il en attire l’humidité, devient plus fluide, et augmente de poids absolu. En même temps, aussi, il acquiert une couleur brune due aux particules organiques qui voltigent dans l’air et qui se carbonisent en se déposant à la surface de l’acide. Cette carbonisation et cette coloration ont lieu sur-le-champ, en plongeant dans l’acide sulfurique concentré du papier ou un éclat de bois.

L’acide sulfurique, chauffé sur du charbon ou du mercure, se décompose en partie et exhale l’odeur vive, irritante et suffocante de l’acide sulfureux. Un dernier caractère est de former dans les dissolutions de plomb ou de baryte un précipité insolu,? ble dans l’acide nitrique.

Usages. — Les usages de l’acide sulfurique sont très-nombreux. On s’en sert, en effet, pour obtenir presque tous les autres acides, pour décomposer le sel marin et former du sulfate de soude, dont ensuite on peut extraire la soude ; pour faire de l’alun, du sulfate de fer, du sublimé corrosif, etc. ; pour préparer l’éther sulfurique ; pour décomposer les os calcinés et en extraire le phosphore. On s’en sert également pour dissoudre l'indigo; mais pour cet usage, l’acide sulfurique de Nordhausen, qui contient une certaine quantité d’acide anhydre, l’emporte de beaucoup sur l’acide hydraté préparé dans les chambres de plomb.

Sélénium et Tellure.

Après le soufre, dont nous venons de décrire les états naturels

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