‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 53 sur 194 · PLATINE · texte numérisé non relu

PLATINE

platine forgé, propre à la fabrication des ustensiles de chimie.

Le procédé de Janety, qui est aujourd’hui abandonné, consistait à convertir, par la voie sèche, le platine à l’état d’un arséniure fusible, que l’on décomposait ensuite par le grillage afin de rendre au platine sa pureté et son infusibilité. Janety pilait la mine de platine et la lavait ensuite afin de la débarrasser du sable et des grains de fer titané et chromé. Il en prenait alors 3 parties qu’il fondait avec 6 parties d’acide arsénieux et 2 parties de potasse du commerce. L’acide arsénieux, fixé momentanément par la potasse, était décomposé par les métaux oxydables de la mine, et l’arsenic s’unissait au platine. Les métaux oxydés étaient dissous par la potasse ; mais comme la séparation était loin d’être complète, on fondait l’alliage trois ou quatre fois avec de la potasse, tant que celle-ci en sortait colorée. Enfin, une dernière fois, on fondait l’alliage avec 1 partie 1/2 d’acide arsénieux et 1/2 partie de potasse. Le produit était un culot très-riche en arsenic et bien fusible.

On chassait l’arsenic par plusieurs grillages successifs, en ayant soin, à chaque chaude, de tremper le lingot dans l’huile, destinée à faciliter la volatilisation de l’arsenic. A la fin, on le traitait par l’acide nitrique, puis par l’eau bouillante, et enfin on le chauffait, au rouge, afin de le soumettre au martelage.

Le traitement par la voie humide, qui est .aujourd’hui le seul employé, est fondé sur la propriété que possède le chlorure de platine d’être précipité plus facilement que les autres chlorures qui l’accompagnent, à l’état de chlorure double, par le sel ammoniac ajouté à la dissolution de platine. Pour arriver à ce résultat, on pourrait, comme le faisait Vauquelin, traiter la mine de platine par l’acide chloronitrique (eau régale) très-concentré, afin de dissoudre la mine le plus entièrement possible, et retenir ensuite l’iridium et les autres métaux en acidifiant la liqueur et l’étendant d’une certaine quantité d’eau ; mais, à l’exemple de Wollaston, on préfère aujourd’hui traiter le platine brut par un peu d’acide affaibli, en employant un excès de platine et en opérant par digestion. On décante la liqueur et on la mêle directement avec du sel ammoniac dissous dans 5 parties d’eau. On obtient ainsi, pour 100 parties de minerai dissous, 163 parties de chlorure double, d’un beau jaune (1), qui peut donner 66 parties de platine pur. L’eau mère retient environ 11 parties de platine mêlé à un peu des autres métaux. Quant au précipité jaune, on le lave avec une solution saturée de sel ammoniac, et non avec de l’eau qui le dissoudrait ; on le fait égoutter, on le met à la presse,

(1) Le précipité serait plus ou moins rougeâtre s’il contenait de l'iridium.

et on le chauffe dans un creuset de graphite, tout juste assez pour chasser le chlorhydrate d’ammoniaque et le chlore, et donner la plus faible adhérence possible au platine. On divise ce métal avec les mains, ou seulement dans un mortier de bois, afin d’éviter de le brunir par le frottement d’un corps dur ; car alors il perdrait la propriété de pouvoir se souder. On le tamise, on le délaie dans l’eau, et on forme une houe liquide dont on remplit des moules en laiton, dans lesquels le platine se tasse également et sans aucun vide. On soutire l’eau, on soumet le platine à une forte pression, et déjà il se trouve sous forme de bâtons assez durs pour pouvoir être maniés sans se rompre. On chauffe chacun de ces lingots au rouge sur des charbons, puis dans un fourneau à vent, en le recouvrant d’un creuset réfractaire renversé, afin d’éviter que la cendre vienne s’y attacher; enfin on le forge debout, jusqu’à ce qu’il ait l’apparence et la consistance d’un métal solide. Alors on peut le travailler comme tous les métaux durs et ductiles, en le chauffant et le martelant alternativement. Mais auparavant encore, pour enlever toutes les impuretés qui se trouvent à sa surface, on l’enduit d’un mélange humide de borax et de sel de tartre et on le chauffe dans un creuset de platine, au feu d’un fourneau à vent ; on dissout le flux par l’acide sulfurique étendu.

Pour se procurer le platine pur, le meilleur moyen est, d’après M. Sainte-Claire Deville, de le fondre et de l’affiner dans la. chaux (I).

Le platine pur est presque aussi blanc que l’argent, très-éclalant, assez mou, très-ductile et très-malléable. 11 pèse 21, 13 et c’est le plus pesant de tous les corps connus. 11 résiste au plus violent feu de forge et n’entre en fusion qu’au moyen d’un feu alimenté par le gaz oxygène. Il ne s’oxyde à aucune température, est inattaquable par tous les acides. L’acide chloronitrique, luimême, l’attaque difficilement lorsqu’il est pur et forgé. C’estcelte grande inaltérabilité qui rend le platine si précieux pour faire des creusets, des capsules, des cornues et d’autres ustensiles de chimie. 11 faut éviter cependantde mettre ces vases en contact, à une haute température, avec des métaux fusibles, ou des corps propres à en fournir, ou avec des alcalis caustiques. Dans le premier cas, on fondrait le platine; dans le second, on en oxyderait une partie.

Le platine divisé ou spongieux , tel qu’il résulte de la calcination du chlorure ammoniacal, jouit d’une propriété qu’il partage avec d’autres métaux, mais qu’il possède à un plus haut degré qu’aucun d’eux. Quand on dirige sur l'éponge de platine, et à travers l’aie, un jet de gaz hydrogène, il détermine la combinaison de ce gaz

(1) Sainte-Claire Deville, Ann. min., X* série, XVI, 38.

OSMIUM.

avec l’oxygène de l’air, il s’échauffe, rougit bientôt et enflamme le jet gazeux. On a mis cette propriété à profit pour établir des briquets à gaz hydrogène qui joignent la simplicité à l’élégance. Le platine précipité de sa dissolution par le zinc agit sur le mélange d’air ou d’oxygène et d'hydrogène d’une manière bien plus marquée que l’éponge de platine : une parcelle introduite dans le mélange gazeux suffit pour en déterminer l’explosion. Enfin le noir de platine , qui n’est encore que du platine très-divisé (I), jouit de la même propriété à un degré extrême, et possède de plus celle de rougir lorsqu’on l’humecte d’alcool avec le contact de l’air : l’oxygène est absorbé et l’alcool se change en acide acétique. Ce même noir de platine absorbe et retient les gaz avec une très-grande force. 11 condense 745 fois son volume d’hydrogène'. On retrouve cette même propriété de condenser les gaz à sa surface dans le platine fondu. Le platine forme deux oxydes composés de PtO et PtO2, et deux chlorures correspondants susceptibles de se combiner comme acides avec les chlorures alcalins. Il se combine également au soufre, au phosphore, au bore, au silicium, etc.

SI étaux de la mine de platine.

Osmium. — Métal bleuâtre dur, non ductile, infusibfe, dont la pesanteur spécifique a été trouvée par M. Deville 21,4. Dissous dans l’étain chauffé au rouge vif, il sc sépare par le refroidissement en une poudre cristalline très-dure, qu’on obtient en enlevant l’étain au moyen de l’acide chlorhydrique. Ces cristaux, trop petits pour être mesurés, présentent au microscope deux genres de faces, dcs.rhombes et des carrés, et l’on peut supposer, d’après la position relative de ces faces, qu’on a à faire à des dodécaèdres rhomboïdaux avec des faces du cube. Chauffé avec le contact de l'air, il produit de l 'acide osmique volatil , d’une odeur très-âcre et fort dangereuse à respirer. Lorsqu’il n’a pas été fortement chauffé, il se dissout, à l’aide de la chaleur, dans l’acide nitrique, et donne lieu au même acide volatil qui passe à la distillation. Il forme d’ailleurs au moins cinq combinaisons avec l’oxygène, que l’on se procure par différents procédés, et qui sont représentées par OsO, 0s203, OsO2, OsO3, OsO*. C’est celle-ci qui constitue 1 acide osmique, dont la volatilité rapproche l’osmium des métal-

(1) On l’obtient en dissolvant il chaud du chlorure de platine dans un soluté concentré do potasse caustique. On ajoute peu à peu de l’alcool qui produit une vive effervescence d’acide carbonique, réduit le chlorure et en précipite le métal sous forme d’une poudre très-pesaiite d’un noir de velours. On fait bouillir le précipité successivement avec de l’alcool, de l’acide chlorhydrique et de 1 eau, et on le fait sécher sur une capsule de porcelaine, en le mettant à l’abri de toute matière organique.

loïdes, et peut le faire considérer plutôt comme un minéralisa-

teur des métaux que comme un métal proprement dit.

Iridium. — Blanc pur, tout à fait infusible au feu et inaltérable à l’air et à tous les acides; il forme au moins quatre oxydes IrO, lr203, IrO2 et Irl3, quatre chlorures correspondants et deux iodures Irl2 et IrO*. Combiné principalement à l’osmium, il constitue, dans la mine de platine, de petites tables hexagonales d’un blanc d’étain, plus dures que le platine natif et plus pesantes -, à tel point que, tandis que la pesanteur spécifique du platine natif varie de 16,3 à 19,4, celle de l’osmiure d’iridiüm pèse de 19,47 à 21,118, avec une quantité d’osmium qui varie de 24,5 à 75. M. Deville a trouvé que la densité de l'iridium fondu était égale à celle du platine, c'est-à-dire 21, 15.

Palladium. — Métal d’un blanc d’argent, pesant 11,5, dur, trèsmalléable, un peu moins infusible que le platine. Il est inaltérable à l’air et d’une oxydabilité douteuse au feu. Lorsqu’il est divisé et non forgé, il est soluble dans l’acide nitrique qu’il colore en rouge-brun. Il forme deux oxures PdO et PdO2, et deux chlorures correspondants. Il se combine facilement au soufre, au phosphore et à l’iode. On le distingue même facilement du platine par le caractère qu’il possède d’être attaqué et taché lorsqu’on pose dessus une goutte de teinture alcoolique d’iode ; tandis que le platine résiste à cette épreuve. Le palladium possède une autre propriété caractéristique et qui sert à le séparer des autres métaux auxquels il est associé; ses dissolutions forment avec le cyanure de mercure un précipité blanchâtre de cyanure palladeux PdCy2.

Le palladium se trouve mêlé à la mine de platine sous forme de grains arrondis, à structure fibreuse et divergente, qui le contiennent uni au platine et au rhodium. On l’a trouvé combiné au sélénium, dans un minerai de séléniure de plomb, au Harz.

Rhodium. — Métal d’un blanc gris, ayant, lorsqu’il est pur, la même couleur que l’aluminium, cassant, pour peu qu’il soit mêlé d’impuretés, mais ductile et malléable lorsqu’il en est débarrassé, très-dur, pesant 12,4, d’après M. Deville, tout à fait infusible au feu, mais pouvant s’y oxyder, inattaquable par les acides. Il forme deux oxures RO et R203, et plusieurs oxures intermédiaires. On lui connaît deux chlorures, dont l’un (R2C15) est rose et insoluble, et dont l’autre RC13 est d’un brun noir trèssoluble, et donne un soluté d’une belle couleur rouge. Ce même chlorure, combiné aux chlorures alcalins, forme des sels cristallisés d’une belle couleur rouge : c’est ce caractère qui a valu au rhodium le nom qu’il a reçu de Wollaston. Ces chlorures doubles sont insolubles dans l’alcool. t

OR NATIF

Ruthénium. — Métal d’un gris blanc, beaucoup plus léger que l’iridium, ayant pour densité dl àld,4, très-difficilement fusible, s’oxydant à l’air par la calcination, et formant un oxure bleu foncé irréductible par la chaleur seule. On ne connaît pas encore l’oxure ruthéneux RuO; mais on a obtenu 3RuO -f-Ru203, RuO-f- Ru2 O3 et Ru203. M. Deville a aussi obtenu RuO2. Ce métal présente donc les plus grands rapports avec le rhodium, et paraît avoir le même poids moléculaire, de même que la molécule d’iridium a le même poids que celle du platine ; mais il en diffère par des caractères très-tranchés.

1° Le ruthénium fondu avec du nitre ou de la potasse se dissout complètement dans l’eau. Le rhodium, par le même traitement, donne un oxyde vert-brun insoluble dans l’eau et les acides ;

2° Le ruthénium n’est pas dissous par la fusion avec le bisulfate de potasse;

3° Le chloride ruthénique (RuCl3) est jaune-orange et fournit avec les alcalis un hydrate d’oxyde noir. Le chloride de rhodium est rouge et donne avec les alcalis un hydrate d’oxyde d’un jaune clair;

4° L’hydrogène sulfuré qui traverse une solution de chlorure ruthénique convertit celui-ci, avec élimination de sulfure de ruthénium, en un chlorure bleu foncé. Le chloride de rhodium est également décomposé en partie, mais la liqueur conserve une couleur rouge rosée.

Or natif.

L’or se trouve presque toujours à l’état natif, non qu’il soit ordinairement véritablement pur; mais comme les petites quantités d’argent, de cuivre ou de plomb qu’il contient alors ne lui ôtent ni sa couleur ni son éclat métallique, on le considère comme pur ou natif. Nous distinguerons cependant de l’or natif différents aurures d’argent, où la proportion de ce dernier métal se trouve plus ou moins considérable, ainsi que les alliages natifs de l’or avec le palladium et le rhodium, et le tellurure d’or.

L’or natif se reconnaît à sa couleur jaune jointe à son éclat métallique et à une grande ductilité ; sa pesanteur spécifique ne dépasse pas 19,25. Il est inaltérable au feu; cependant il s’yfond à 32 degrés du pyromètre de Wedgwood.

L’or se trouve quelquefois cristallisé en cube ou en formes qui en dérivent, comme en octaèdre , en cubo- octaèdre, en dodécaèdre pentagonal , et en trapézoèdre. Les cristaux sont toujours petits et atteignent rarement le volume d’un pois. Le plus souvent l’or est en formes indéterminables, etjirend les surnoms de :

4° Lamelliforme, en lames planes ou contournées, à surface souvent réticulée ;

2° Ramuleux, en ramifications ou en dendrites qui paraissent être composées de petits octaèdres ou de prismes carrés implantés les uns sur les autres ;

3° Granuli forme, en grains aplatis ou en paillettes;

4° Massif, en grains semblables, sub-orbiculaires, ayant la forme des substances roulées par les eaux, mais d’un volume plus considérable. On donne à ces masses d’or natif le nom de pépites. Le muséuïn d’histoire naturelle de Paris en possède une qui pèse plus de 500 grammes : mais on en cite de bien plus considérables, entre autres une de 2lk,7, trouvée en 1821, dans le comté d’Anson aux États-Unis, et une de 36 kil. trouvée en 1842, dans les alluvions de Miask, sur la pente asiatique de l’Oural. Cette dernière localité avait déjà fourni précédemment des pépites de 4 kil., 6k, 5 etlOk, 113.

L’or appartient essentiellement aux terrains primitifs et de transition, quoiqu’on le trouve aussi dans les terrains trachytiques et trappéens, et surtout dans ceux de transport. Mais les terrains trachytiques et trappéens étant le résultat du feu d’anciens volcans sur les roches primitives, et les seconds provenant de leur destruction par les eaux, il n’est pas étonnant que l’or, l’une des substances les plus indestructibles de la nature, se retrouve dans ces nouveaux terrains avec toutes ses propriétés, et il pourra même arriver, comme cela a lieu dans les terrains de transport, qu’il y paraisse beaucoup plus abondant que dans ses gîtes primitifs, parce que, en raison de son indestructibilité et de sa grande densité, toute la quantité d’or d’une grande étendue de terrains, broyés et détruits par les eaux, pourra se rassembler dans des parties basses où il sera très- facile de la trouver.

Cette idée générale des gisements de l’or étant donnée, indiquons plus particulièrement les lieux qui le fournissent.

Dans les terrains primitifs, l’or peut être disséminé dans la masse même delà roche, ainsi que cela a lieu au Brésil, dans la Sierra de Cocaês, où l’on a trouvé, dans un terrain de micaschiste, une roche composée principalement de quartz grenu, de fer oligiste micacé et de paillettes d’or disséminées. Mais ce métal est beaucoup plus commun dans les filons des terrains primitifs, quoiqu’il n’y soit jamais assez abondant pour former à lui seul des filons proprement dits, lesquels- sont principalement composés en tout ou en partie :

De quartz hyalin oulaiteux(au Pérou, à la Gardette, département de l’Isère; en Californie, dans le bas Canada, en Australie, etc.);

De silex corné ;

De jaspe simple (à Minas-Geraès, Brésil);

De chaux carbonatée spalhique;

De baryte sulfatée;

De feldspath compacte.

Quant aux composés métalliques qui accompagnent j^entans -, ces liions, ce sont : x \

Le fer sulfuré intact ou altéré; / r-

Le cuivre pyriteux (Isère) ; // ■ .

Le plomb et le zinc sulfurés; ■

Le mispickel ou fer sulfoarséniuré ; * y,

Le cobalt gris; w »

L’argent sulfuré (à Kônigsberg en Hongrie). ■ '?v

Très-souvent l’or existe dans les mines pyriteuses, ment divisé ou masqué par la couleur de la pyrite, qu’on ne l’y aperçoit pas tant que celle-ci est intacte, et qu’il ne devient visible que lorsqu’elle a été décomposée et hydroxydée; telles sont les pyrites aurifères de Bérésof en Sibérie. Quelquefois l’or ne forme que 0,0000002 de la mine, comme à Ramelsberg, au Harz, et cependant on l’en retire encore avec profit.

J’ai dit que l’or se trouvait en plus grande abondance dans certains terrains de transport qui forment en quelques pays des dépôts plus ou moins étendus. Ces dépôts ont été nommés par M. Brongniart terrains plusiaques, c’est-à-dire riches, parce qu’ils oflrent généralement l’or mélangé avec les substances les plus précieuses, provenant comme lui de la destruction des terrains primitifs : tels sont le platine, les diamants, les corindons, les émeraudes, etc. L’or qui est exporté de là Colombie, du Brésil, du Chili, de la Californie, de l'Australie, et celui qui provient de la pente des monts Ourals, ou des gorges de l’Altaï en Sibérie, appartiennent à ce mode de formation.

L’or est aussi fort commun dans le sable des rivières, soit qu’il ait été arraché par les eaux aux roches primitives où les rivières prennent leur source, soit, comme on le pense aujourd’hui, qu’il provienne plutôt du lavage du terrain d’alluvion où coule l’eau ; car on le trouve ou on ne le trouve pas dans le sable, suivant la nature du terrain parcouru. Par exemple, en France, l’Ariége offre de l’or aux environs de Mirepoix ; le Rhône en produit seulement depuis l’embouchure de l’Arve jusqu’à 5 lieues au-dessous; le Rhin' en présente depuis Bâle jusqu’à Manheim, et surtout près de Strasbourg, entre le Fort-Louis et Guermersheim.

Cet or est exploité en beaucoup d’endroits par des hommes nommés orpailleurs. La poudre d’or qui est apportée de l’intérieur de l’Afrique par les caravanes paraît venir d’une source semblable .

Guibouiit, Drogues,

Extraction. — Le travail, pour l’exploitation des mines d’or, se réduit à peu de choses. Lorsque c’est du sable des rivières qu’on veut le retirer, on lave ce sable dans des sebiles de bois d’une forme particulière, ou sur des tables inclinées recouvertes d’une étoffe de laine. L’or, en raison de sa grande pesanteur, tombe au fond des sebiles ou s’arrête sur le drap. Lorsqu’il n’est plus mêlé que de peu de sable, on l’amalgame avec du mercure ; on exprime l’amalgame pour en séparer le mercure en excès; on en retire le reste par la distillation.

L’exploitation des mines d’or en roches ne consiste de même qu’à les pulvériser et à les laver dans des sebiles ou sur des tables inclinées ; lorsque l’or est séparé de sa gangue, on le fond et on l’affine comme les autres espèces d’or.

Quant aux sulfures aurifères, on les grille pour en séparer le soufre et l’arsenic et pour brûler une partie des métaux oxydables; on les fond ensuite pour rassembler l’or dans une masse métallique moins considérable; on grille de nouveau, et l’on fond la matière grillée avec du plomb, qui s’empare de l’or, de l’argent qui s’y trouve habituellement, d’un peu de cuivre, de fer et quelquefois d’étain. On coupelle cet alliage de la même manière que lorsqu’on veut obtenir de l’argent. La seule différence est que la natte d’argent, au lieu d’être pure, contient de l’or (1).

D’autres fois, au lieu de fondre la mine grillée avec du plomb, on la traite par le mercure, ce qui se fait de même que pour l’argent. On retire le mercure de l’amalgame par la distillation.

L’or provenant de l'affinage avec le plomb peut encore contenir de l’argent, du cuivré, du fer et de l’étain. Celui qu’on obtient par l’amalgamation ne contient que de l’argent. On sépare le cuivre, le fer et l’étqin du premier en le fondant avec du nitre, qui oxyde ces trois métaux. On ne peut en séparer 1 argent qu’au moyen du départ, opération fondée sur la propriété que possède l'acide nitrique de dissoudre l’argent sans toucher à 1 or.

Mais, pour que le départ s’opère exactement, la quantité d’argent contenue dans l’alliage doit être assez grande pour que le métal attaqué devienne très-poreux et soit entièrement pénétré par l’acide ; car autrement l’or retiendrait une partie de l’argent. Cette quantité d’argent nécessaire est de trois parties contre une d’or. Lorsqu’on s’est assuré, par un essai préliminaire, que l’alliage ne la contient pas, il faut la compléter en y ajoutant de l’argent parla fusion et couler l’alliage en grenaille. Ajouter ainsi à l’or la

(l) A vrai dire, l’argent retiré des mines de plomb, etc., contient toujours de l’or, ce dont on peut s’assurer en le soumettant aux deux opérations de l’mquartation et du départ; mais on n’y fait passer que celui qui contient assez d’or pour couvrir les frais du travail, l’autre est regardé comme argent pur.

AURURE D’ARGENT.

quantité d’argent nécessaire pour que celui-ci forme les trois quarts de la masse, est ce qu’on nomme en faire Yinquartation.

On divise alors la grenaille dans des pots de grès disposés sur un bain de sable, et on la traite à chaud par une égale quantité d’acide nitrique à 25 degrés. On décante la liqueur et on la remplace par de l’acide à 30 ou 32 degrés, que l’on fait bouillir comme le premier. Ensuite, après avoir décanté l’acide et lavé l’or, on traite celui-ci par de l’acide sulfurique concentré et bouillant, qui dissout les portions d’argent échappées au premier acide. On lave l’or de nouveau et on le fond dans un creuset pour le mettre en lingot.

L’argent, qui a été dissous par les acides nitrique et sulfurique, est précipité à l’état métallique en plongeant dans ces liqueurs des lames de cuivre. Mais cet argent contient toujours du cuivre dont on le prive par la coupellation, ou dont on tient compte lorsqu’on amène l’argent à l’un des litres autorisés par la loi.

On appelle titre de l’or ou de l’argent la quantité d’alliage que la loi permet d’y introduire pour donner à ces métaux plus de dureté et pour qu'ils résistent mieux au choc et au frottement. En France, l’or des monnaies est au titre de 900 millièmes, c’està-dire que, sur 1000 parties, l’alliage contient 900 parties d’or et 100 parties de cuivre ou d’argent. L’or d'orfèvrerie peut avoir trois titrés, qui sont 0,920, 0,840 et 0,750. Anciennement on estimait le titre de l’or en vingt-quatrièmes de l'unité, que l’on nommait karats : ainsi l’or pur était à 24 tarais; l’or qui contenait 2/24 d’alliage était à 22 karats = 0,917. L’or à 20 karats répond au titre actuel de 0,833; et l’or à 18 karats, =0,750.

Les joailliers, sans recourir à l’analyse de l’or, ou aux procédés chimiques des essayeurs, reconnaissent assez bien le titre de l’or, en frottani ce métal sur une roche dure nommée pierre de touche, qui peut être de différente nature, mais qui doit être noire, compacte, unie et inattaquable par l’acide nitrique; tel est surtout le jaspe noir schisteux ou phtanite de Haüy. En touchant la trace jaune et brillante laissée par l’or sur la pierre avec une goutte d’un acide nitrique à 32 degrés, contenant quelques centièmes d’acide chlorhydrique, on en altère d’autant moins l’éclat que le métal est plus pur; et comme on opère comparativement sur de petits lingots d’or à litre déterminé, on en conclut à peu près celui de la pièce essayée.

Aurure (l’argent.

J ai dit que l’or pur était très-rare. On cite, comme deux faits extraordinaires, une pépite d’or du Brésil que Fabrioni a trouvée à 24 karats, et un or de Sibérie, probablement aussi pur, que

G. Rose a trouvé à 0,993. Ordinairement le titre de l’or vierge varie de 0,940 à 0,980. Alors on peut le considérer comme or natif; mais, au-dessous de celte proportion, on doit le considérer comme un aurure d’argent dont les proportions paraissent, au premier abord, n’être soumises à aucune règle ; mais il est probable que l’or et l’argent s’y trouvent en rapports moléculaires, comme on le voit par la table suivante, qui a été dressée par M. Boussingault.

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