‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 52 sur 194 · PLATINE · texte numérisé non relu

PLATINE

Il y a vingt-cinq ans, tout le platine du commerce provenait encore des sables aurifères, qui sont si répandus et si abondants au Brésil et dans la Colombie. Il s’y trouve sous forme de paillettes ou de grains compactes, unis et polis par le frottement. On le prépare de l’or par le triage et par l’amalgamation, qui ne dissout que l’or sans toucher au platine. Le volume des grains de ce dernier est généralement inférieur à celui de la. semence de lin ; il est rare qu’ils atteignent la grosseur d’un pois ; on cite comme des exceptions très-rares une pépite de platine du poids de 53 grammes, rapportée de Choco par Alex, de Humboldt et celle du musée de Madrid, trouvée en 1814 dans la mine d’or de Condoto, qui est plus grosse qu’un œuf de dinde et qui pèse 760 grammes.

Les mêmes sables aurifères qui contiennent le platine ont été trouvés à Haïti, dans le sable de la rivière Jacki, auprès des montagnes de Sibao; ce platine est en petits grains polis et brillants comme celui de Choco.

Enfin, en 1824, on a découvert du platine à l'est des monts Ourals, en Sibérie, et, plus récemment encore, dans la partie européenne de la même chaîne. Il s’y trouve dans le même gisement qu’au Brésil ; mais il est d’un aspect différent.

Il est moins roulé, moins poli, rempli d’aspérités, sans éclat et d’une teinte noirâtre ; mais cet aspect n’est que superficiel, car il devient éclatant dans l’acide chlorhydrique, qui dissout l’oxyde de fer qui le recouvre. Il est généralement plus gros que celui du Brésil, et il n’est pas rare d’y trouver des pépites de 2 à 3 grammes, et quelques-unes de 30 à 40 grammes, ou même de 250 grammes et plus. On en cite une, trouvée à Nischne-Tagilsk, qui pèse d,750 grammes, et une autre, provenant des mines Demidoff, dont le poids est de 4,320 grammes.

En Russie, ce platine parait être appliqué immédiatement à la fabrication d’une monnaie qui a cours dans cet empire, mais que son état d’impureté rendra probablement un simple objet de curiosité pour les autres peuples.

On a aussi trouvé du platine dans l’Amérique septentrionale, en Californie, au Canada et dans la Caroline du Nord.

Le platine d’Amérique, que l’on peut considérer comme le plus pur, est cependant encore d’une composition très-compliquée, puisqu’on n’y trouve pas moins de huit métaux, dont six lui sont tout à fait particuliers ; de plus, en examinant avec soin les grains dont se compose ce platine, tel que le commerce le fournit, on peut y distinguer six sortes de substances :

1° Des grains assez malléables, pesant spécifiquement 17, 70, aplatis et lenticulaires. Ils forment, à proprement parler, la

mine de plaine, bien qu’ils n’en contiennent guère que 84 à 83 pour 100. Le reste se compose de

Rhodium . 3,40 Fer . . ... 5,31

Iridium . 1,46 Cuivre . 0,74

Palladium . 1,06 Quartz el chaux . 0,72

Osmium . 1,03

2° Des grains petits peu nombreux, à structure fibreuse et divergente, composés principalement de platine, de rhodium et de palladium ; c’est ce qu’on nomme la mine de palladium. Les ouvriers exercés les reconnaissent et peuvent les trier.

3° Des grains assez semblables à ceux du platine, mais beaucoup plus durs, cassants et nullement malléables. 11 sont composés principalement d’iridium et d’osmium, et constituent la mine d'iridium. C’est dans cet osmiure que M. Claus a découvert le ruthénium.

4° Des grains noirs composés des oxydes de fer, de chrome et de titane. Ils sont très-attirables à l’aimant ; mais on ne peut guère les séparer par ce moyen, les grains de platine eux -mômes étant très-souvent magnétiques.

5° Quelques paillettes d’aurure d’argent, appartenant à lamine d’or au milieu de laquelle se trouve le platine, et qui ont échappé à l’amalgamation.

6° Quelques globules de mercure.

Telle est la composition du platine d’Amérique. Celui de Sibérie est bien plus impur encore : non-seulement il est tout atlirable à l’aimant, en raison de la forte proportion de fer qu’il contient à l’état d’alliage, mais beaucoup de grains possèdent par eux-mêmes le magnétisme polaire, font fonction d’aimant el peuvent soulever des parcelles de fer. Berzélius, ayant analysé séparément les grains magnétiques et ceux qui ne le sont pas, en a retiré :

Non magnétique.

Magnétique.

Platine .

Iridium .

Rhodium .

Palladium .

Osmium .

Iridium .

Fer .

Cuivre .

Je n’entreprendrai pas de décrire ici la manière d’analyser la mine de platine ; mais je ferai connaître le moyen d’obtenir le

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