ARGENT SULFURÉ
Argent sélénlé.
Découvert par M. André del Rio, en petites tables hexagonales, d’un gris de plomb, très-ductiles, dans des minerais de Tasco, au Mexique. Il est peu connu, et j’en parle seulement poiir en constater l’existence.
Argent sulfuré (argyrose, mine d’argent vitreuse).
Sulfure noir, lamelleux, brillant lorsqu’il est cristallisé; mat et informe, quand il se trouve disséminé dans les roches. Pesanteur spécifique 6,9. Il est malléable, tendre, et se laisse entamer au couteau. La flamme d’une bougie suffit pour le fondre. Au chalumeau, il dégage de l’acide sulfureux et laisse un bouton d’argent. Il cristallise en formes qui dérivent du cube. G’est un des composés d’argent les plus répandus. Il occupe des filons dans les montagnes de gneiss, de mica schistoïde et de schiste. Il est très-abondant à Yalentiana au Mexique, à Freyberg en Saxe, à Joachimstadt en Bohême, à Schemnitz en Hongrie. On a quelquefois profité de la malléabilité de l’argent sulfuré pour en frapper des médailles; on peut même ensuite chauffer peu à peu les pièces pour en dégager le soufre, et l’argent qui reste garde encore assez fidèlement l’empreinte.
D'après les analyses de Klaproth, l’argent sulfuré doit être composé de 1 molécule d’argent et de 1 molécule de soufre ; soit AgS.
Argent (I) . 1330 87,1
Soufre . 200 12,9
On a trouvé sur l’argent sulfuré cubique de Joachimstadt, un argent sulfuré en prismes hexagonaux, auquel on a donné le nom d 'acantite.
Nous signalerons aussi un minéral, nommé jalpaïte, ayant pour
(I) Depuis quelques années, les chimistes admettent que la molécule de l’argent est seulement de 675, de sorte que, les nombres ci-dessus restant les mêmes, la formule devient AgâS. Pour opérer ce changement, ils se fondent sur deux raisons : d’une part sur la caloricité spécifique <fe l’argent, qui semble indiquer qu’en effet l’ancien poids moléculaire de l’argent doit être divisé par 2; de l’autre, sur l'isomorphisme qu’ils supposent exister entre le sulfure d’argent et le sulfure de cuivre Cu2S. Mais il est certain que les deux sulfures naturels ne sont pas isomorphes, puisque celui d’argent se présente en cristaux dérivés du cube, et celui de cuivre en prismes hexaèdres dérivés d’un rhomboèdre. Il y a donc autant de raisons pour conserver l’ancien poids moléculaire de l’argent que pour le changer.
formule (3/4 A g, 4/4 CuS). C’est de l’argent sulfuré cuprifère, d’un gris de plomb noirâlre, trouvé à Jalapa, dans le Mexique. Sa densité varie de 6,87" à 6,890.
Argent suifoarséniuré (prouslite, argent rouge en partie).
Substance non métalloïde, rouge, transparente, fragile, devenant d’un rouge clair par la pulvérisation, pesant de 5,5-2 i à 5,552. Elle est flusible au chalumeau, en dégageant des vapeurs d’arsenic très-prononcées, et laissant à la tin un globule d’argent. Elle se dissout dans l’acide nitrique sans former de précipité immédiat. Elle cristallise en prismes hexagones réguliers, terminés par des rhomboèdres très-surbaissés, qui dérivent d’un rhomboèdre obtus très-rapproché de celui de l’argent sulfo-antimonié, avec lequel elle avait été confondue jusqu’à Proust, qui a le premier remarqué qu’il y avait deux espèces d 'argent rouge : l’une, la plus commune, composée de sulfure d’argent et de sulfure d’antimoine; l’autre, plus rare, dans laquelle le sulfure d’arsenic remplace celui d’antimoine, sans presque rien changer aux propriétés du minéral.
L’analyse de l’argent sulfoarsénié de Joachimstadt, faite par Rose, a donné :
Argent . .
Soufre .
Arsenic . : .
Antimoine .
Formule : As*S3 3AgS
Argent sulfoantimoiilé-
Composé naturel de sulfure d’argent et de sulfure d antimoine, dont il existe trois espèces distinctes, en raison des rapports divers des deux sulfures qui le constituent. La plus commune et la plus importante est connue des minéralogistes sous le nom d’argent rouge ou argyvylhrose. Elle contient 3 molécules de sulfure d’argent contre 4 de sulfure d’antimoine, et présente, par conséquent, une composition correspondante à celle de la proustite , dont il vient d’être question. La seconde espèce, nommée autrefois argent noir, argent vitreux fragile, argent antimonié sulfuré noir, et aujourd’hui psaturose, contient 6 atomes de sulfure d’argent sur 4 atome de sulfure d’antimoine; enfin, la troisième, nommée, comme la précédente, argent noir, etc., et aujourd’hui miargyrite, contient 4 atome seulement de chaque sulfure.
Argent rouge vrai ou argyrythrose. — Substance non métalloïde,
Molécules.
ARGENT SULFOANTIMONIÉ. 157
ronge ou donnant une poudre d’un rouge sombre; fragile, à cassure conchoïde, pesant de 5,83 à 3,91. Au chalumeau, elle dégage une odeur alliacée faible, beaucoup d’acide sulfureux, des vapeurs blanches d’oxyde d’antimoine, et laisse un bouton d’argent métallique.
L’argent sulfoantimonié se trouve en cristaux, tantôt transparents et d'un rouge vif, tantôt opaques et offrant un brillant métallique gris, lorsque la surface en a été altérée; mais il suffit de la gratter pour faire paraître la couleur rouge de la poudre.
Cescrislauxdérivent d’un rhomboïde ob¬
tus de 108° 30 et de 71° 30 (fig. 86), presque sembable à celui de la chaux carbonatée; et les formes secondaires, qui sont des prismes hexaèdres terminés par des sommets rhomboédriques ou do- , décaédriques, ou des dodécaèdres à triangles scalènes, rappellent aussi complètement ceux de la chaux carbonatée. On la rencontre aussi en dendrites, en petits mamelons groupés les y uns sur les autres, ou amorphe. En Europe, il ne se trouve jamais qu’en petites quantités, subordonnées aux gîtes d’argent sulfuré ou de plomb sulfuré argentifère (comme à Kônigsberg, Joachimstadt, Schemnitz, Sainte-Marie aux Mines, etc.). Il est plus abondant en Amérique, où il forme quelquefois la partie principale des dépôts argentifères et est la 1 source de produits immenses en argent.
On a supposé pendant longtemps que cette substance contenait
de l’oxygène ; mais les analyses de Proust, confirmées par celles
de Bonsdorff, ont montré qu’elle était formée de
Molécules.
Argent . .
Antimoine .
Soufre .
Substance terreuse .
Perte .
Formule : SbsS3 -f- 3AgS.
Psaturose, argent antimonié-sulfuré noir. — Substance métalloïde, d’un gris de fer, pesant de 5,9 à 6,23, aigre, fragile, à poussière noire. Les cristaux dérivent d’un prisme rhomboïdal. Elle fond au chalumeau avec dégagement d’acide sulfureux et de vapeurs d’oxyde d’antimoine ; elle contient :
Molécules.
Argent .
Antimoine .
Soufre .
Cuivre . . .
Formule : SbaS3 -f- 6AgS
Cette substance se trouve dans les mômes gisements que la précédente, mais en plus petite quantité.
Miargyrite. — Substance métalloïde, noire, à cassure conchoïdale, cristallisant en prismes. rhomboïdaux obliques. Pesanteur spécifique de 5,2 à 5,4. Fragile, poussière rouge sombre. Se conduisant au chalumeau comme les précédentes. Soluble dans l’acide nitrique avec dépôt blanc d’acide anlimonieux. La liqueur offre par l’acide chlorhydrique la réaction du nitrate d’argent, et par le nitrate de baryte celle de l’acide sulfurique.
L’analyse de ce minéral a fourni à Henri Bose :
ilaires. Excédant.
Argent. . . .
Antimoine.
Souire . . . .
Cuivre ....
Fer .
d’oü l’on tire SbaS3-}-AgS, plus un mélange de sulfures d’argent, de cuivre et de fer, avec un excès de soufre que rien ne justifie.
Trouvée à Braunsdorff, en Saxe.
Argent sulfuré stibiocuprifère.—lndêpendammenl des combinaisons précédentes entre les sulfures d’argent et d’antimoine, que l’on peut considérer comme assez simples encore et bien définies il en existe un grand nombre d’autres qui offrent ces sulfures en proportions plus compliquées et réunis d’ailleurs à d’autres sul-
ARGENT IODURÉ.
fures basiques, tels que ceux de plomb ou de cuivre, ce qui nous engage à renvoyer ces composés aux familles minéralogiques de ces deux métaux. Il en est deux cependant que nous ne pouvons nous dispenser de mentionner ici, à cause de la forte proportion d’argent qui s’y trouve. Le premier a reçu le nom de polybasite. C’est une substance métalloïde, d’un gris de fer, cristallisant en prismes hexaèdres; elle pèse 6,21, et possède tous les caractères chimiques des sulfures précédents, sauf que le bouton obtenu au chalumeau contient du cuivre, et que la dissolution nitrique prend une belle couleur bleue par l’addition de l’ammoniaque.
Une polybasite de Guarisamey, analysée par H. Rose, a fourni :
Argent. . .
Cuivre. . .
Fer .
Antimoine Arsenic. . .
Soufre. . . .
d’où l’on tire, commi
; formule très-rapprochée :
Sb*\
)SS -+- 48Ags -f 12Cu‘S.
Le second composé est un weissgultigerz de Freyberg, analysé par Henri Rose également, et qui lui a donné :
Argent. . . .
Cuivre. . . .
Fer .
Zinc .
Antimoine.
Soufre. . . .
Molécules.
- (AgS)24
ou 8
= (Cu*S)18
= (FeS)18
— (Sb*S»)15
Cette analyse, si compliquée, est remarquable en ce que, en ajoutant à chaque métal la quantité de soufre qui lui est nécessaire pour le convertir en sulfure, on tombe exactement sur la quantité de soufre trouvée ; ensuite, en réunissant le sulfure d’antimoine au sulfure d’argent, et le sulfure de cuivre à celui de fer, on trouve la formule 5Sb2S3,8AgS + 6 (Cu*à + FeS), qui indique la combinaison d’un argent sulfoantimonié particulier avec 6 atomes de cuivre pyriteux.
Argent ioduré.
Découvert par Vauquelin en analysant un minerai apporté de Mexico sous le nom d 'argent vierge de Serpentine. 11 offrait une
couleur blanchâtre avec un reflet vert jaunâtre et une cassure lamelleuse. Il contenait 48 d’iode pour 100, et était accompagné d’argent natif et de plomb sulfuré, sur une gangue calcaire. Ce composé a fourni le premier exemple de l’existence de l’iode dans le règne minéral.
trient chloruré.
Argent corné ou kérargyre. — Chlorure lilhoïde, translucide, d’une couleurgrisde perle, etd’un aspeetgras et diamantaire; il se coupe comme de la cire, offre une cassure écailleuse et pèse 4,74. Il fond à la flamme d’une bougie. Chauffé au chalumeau, il dégage de l’acide chlorhydrique, qui entraîne une partie de chlorure et laisse un bouton d’argent. Frotté sur une lame de fer ou de zinc il se réduit superficiellement et prend l’éclat de l’argent.
Composition : Chlore . . 24,67 2 moléc.
Argent . 75,35 1 —
Le chlorure d’argent forme souvent une couche mince à la surface de l’argent natif, qu’il prive de son éclat. D’autres fois, il est sous forme de lames ou de masses amorphes d’un volume sensible; plus rarement il est en petits cristaux cubiques, souvent allongés en prismes rectangles, ou en octaèdres. 11 accompagne toujours les minerais d’argent: mais il est rare en Europe, tandis qu’on le rencontre en grande quantité au Mexique et au Pérou, où on le trouve principalement disséminé en parties invisibles dans les gangues des minerais d’argent, ou dispersé dans un minerai de fer hydraté, nommé pac os au Pérou et colorados au Mexique. Ce minerai forme des dépôts considérables dans les calcaires pénéens (secondaires inférieurs). 11 est en outre traversé par des filets d’argent métallique et est exploité comme mine d’argent.
Argent chlorobromuré.
Embolite. — Minéral de la mine Colorada, à Copiapo (Chili), d’une couleur olive à l’extérieur, jaune ou vert-serin à l’intérieur.. Sa forme primitive est le cube. — 11 est parfois amorphe et compacte, mais dans ce cas même il possède un clivage cubique. Sa densité est de 3,806. Sa composition :
Argent . — 66,862
Chlore . . . 20,087
Brome . 13,050
d’où l’on déduit la formule : 2AgBr -f 3AgCl.