CHROME
Chrome.
Ce métal est d’un blanc grisâtre, et très-dur. Il n’est pas magnétique, ne s’oxyde pas à l’air et s’oxyde même difficilement à la chaleur rouge. Les acides l’attaquent difficilement; mais les alcalis l’attaquent, au contraire, facilement à l’aide de la chaleur et de l’oxygène. Il est susceptible de trois degrés d’oxygénation : 1° un oxyde vert (Cra03), qui existe dans l’émeraude, le diallage, la serpentine, le fer chromé du Var; 2° un acide rouge (Crû3) qui existe dans le plomb rouge de Sibérie, ou chromate de plomb, d’où Vauquelin l’a retiré en 1797 ; 3° un oxyde brun intermédiaire ou chromate de protoxyde de chrome, très-peu stable.
L'oxyde vert de chrome se trouve quelquefois isolé, ou du moins simplement mélangé à des matières siliceuses, comme à la montagne des Écouchets, entre Gonches et le Greuzot (Saôneet-Loire) ; ou bien au diallage et à la serpentine, comme dans les Alpes de Savoie et de Piémont. C’est du reste tout ce que nous en dirons ici ; les silicates auxquels l’oxyde de chrome ne sert que de principe colorant devant être examinés beaucoup plus tard; le fer chromé du Yar faisant partie des états naturels du fer et le chromate de plomb ayant été décrit avec les sels de plomb.
FAMILLE DE L’URANE.
L’urane est un métal dont l’existence a été signalée la première fois en 1787, par Klaproth, dans un minéral nommé pechblende, que l’on considérait auparavant comme une variété de la blende ou sulfure de zinc. Klaproth a même passé pour en avoir extrait le métal, en traitant l’oxyde d’urane, à une haute température, par du charbon, de même qu’on a admis plus récemment que M. Arfvedson était parvenu à obtenir l’urane très-pur en réduisant l'oxjde ou le chlorure d’urane, à une température peu élevée, par un courant de gaz hydrogène; mais, en 1842, M. Péligot a démontré que le prétendu urane métallique de Klaproth et d’Arfvedson était un protoxyde irréductible par le charbon et l’hydrogène, et que pour obtenir l’urane pur, auquel il donne le nom d'uranium, il fallait d’abord préparer du protochlorure d’urane, en faisant passer, à la couleur rouge, un courant de chlore sur un mélange d’oxyde d’urane et de charbon, et ensuite décomposer le chlorure d’urane par le potassium. On enlève le chlorure de potassium par l’eau, l'on obtient l’urane
Guibouht, Drogues, 7* Mit. T. I. 14
210 FAMILLE DE L’URANE.
sous forme d’une poudre noire, qui prend sous le brunissoir l’éclat de l’argent, en acquérant une certaine malléabilité. Le métal ainsi obtenu brûle à l’air, à une température très-peu élévée, avec un très-grand éclat. Il ne décompose pas l’eau pure à la température ordinaire-; mais il se dissout avec dégagement d’hydrogène dans les acides dilués. Depuis lors, M. Péligot l’a obtenu en globules, un peu malléables, durs, mais facilement rayés par l’acier, ayant la couleur du nickel ou du fer. Sa densité est 18,4. D’après M. Péligot, l’urane n’aurait pas moins de 5 degrés d’oxydation.
1° Un sous-oxyde brun à l’étal d’hydrate, obtenu en décomposant le sous-chlorure par l’ammoniaque. Il est formé de U3Oiil paraît décomposer l’eau et se convertir en un autre sous-oxyde vert-pomme indéterminé.
2° Un protoxyde brun, ancien urane de MM. Acfvedson etBerzélius, obtenu en réduisant les oxures supérieurs de l’urane par l’hydrogène et le charbon, ou en calcinant en vase clos l’oxalate jaune d’urane. Il est quelquefois pyrophorique ; il forme avec les acides dilués des dissolutions vertes. Il est formé de :
Urane . 1 atome 750 88,24
Oxygène . I 10° 11 >'6
3° Un deutoxyde noir, obtenu en chauffant fortement le nitrate d’urane. Il est formé de U*0* ou de 2UO -f U203. ,
4° Un tritoxyde d'uranium ou oxyde vert-olive, obtenu en soumettant les oxydes précédents à l’action de l’air ou de l’oxygène, à une température rouge sombre. Il est d un vert-olive et d’un aspect velouté. Traité par les acides, il donne un mélange de sels jaunes et de sels verts. Il est formé de U304 ou de UO -(- U203; il répond à l’oxyde de fer magnétique FeO -j- Fe2Ü3.
5° Le peroxyde d’urane ou oxyde des sels jaunes, jouant le rôle de base avec les acides forts et le rôle d’acide avec les alcalis . H est formé de :
On l’obtient en exposant à la lumière solaire un soluté d’oxalate jaune d’urane; il se dégage de l’acide carbonique et de l’oxyde de carbone, et l’urane se précipite à l’état d’hydrate de tritoxyde, qui, bien lavé et exposé à l’air, repasse à l’état d’hydrate d’oxyde jaune (Ebelmen). On peut également faire éva-
URANE OXYDÉ, PECHBLENDE OU PECHURANE. 211 porer à une douce chaleur un soluté alcoolique de nitrate uranique. A un certain degré de concentration, il se produit une réaction entre l’acide nitrique et l’alcool, d’où résultent de l’éther nitreux, de la vapeur nitreuse, de l’aldéhyde et de l’acide formique. L’oxyde d’urane mis à nu se précipite. On évapore presque à siccité, on traite par l’eau pour laver l’oxyde et on le fait sécher.
L'urane se trouve dans la nature à l’étal d’oxyde intermédiaire (urane oxydulé de Haiiy) constituant la pechblende, à l’état d’oxyde jaune hydraté et à l’état de phosphate hydraté combiné au phosphate de chaux ou de cuivre, et à l’état de carbonate hydraté combiné au carbonate de chaux.
Urane oxydulé, Pcch bonde ou Pecliluranc.
L’urane oxydulé constitue la pechblende, et cependant n’est jamais pur dans ce minéral. On y trouve du fer oxydé, des sulfures et arséniures de fer, de plomb, de cuivre, de zinc, et quelquefois de cobalt et de nickel. Sa gangue habituelle est un carbonate de chaux, de magnésie et de manganèse. Un échantillon choisi, analysé par Klaproth, lui a donné :
Oxyde d’urane . 86,5
Sulfure de plomb . 6
Silice . 5
Protoxyde de fer . 2,5
C’est une substance amorphe, compacte, noirâtre, d’un éclat gras et légèrement métalloïde. Elle pèse de 6,378 à 6,530. Elle est assez difficile à entamer par le couteau. Elle offre une structure un peu feuilletée dans un sens. Elle est presque inattaquable par l’acide chlorhydrique, qui dissout seulement l’oxyde de fer, la chaux et la magnésie qui peuvent s’y trouver. Mais elle est facilement dissoute par l’acide nitrique, qui peroxyde l’urane et change les sulfures et arséniures de plomb, de fer, etc., en sulfate de plomb, arséniate de fer, etc. On évapore à siccité, on reprend par l’eau froide qui ne redissout guère que le nitrate d’urane. On fait évaporer et cristalliser. Pour obtenir le nitrate d’urane dans un plus grand état de pureté, on le dissout dans l’éther sulfurique, qui l’abandonne ensuite par son évaporation spontanée. On le fait enfin redissoudre dans l’eau et cristalliser. C’est ce nitrate qui sert à la préparation des oxydes et de tous les autres composés artificiels de l’urane.
FAMILLE DE L’URANE.
L’urane oxydulé présente quelque ressemblance extérieure avec le zinc sulfuré brun, le wolfram et le fer chromité du Var; mais on peut facilement reconnaître ces trois substances aux caractères suivants :
Zinc sulfuré brun. Pesanteur spécifique, 4,166 ; facilement rayé par le couteau ; poudre grise ; clivages dirigés en plusieurs sens;
Wolfram ou tumj state de fer et de manganèse. Pesanteur spécifique, 7,3; poudre brune tirant sur le violet; clivage net suivant deux sens perpendiculaires ;
Fer chromité du Var. Pesanteur spécifique, 4,498; fondu au chalumeau avec le borax, le colore en vert;
L’urane oxydulé se trouve principalement à Joachimsthal en Bohême, à Schneeberg et à Johann-Georgenstadt en Saxe, dans des dépôts argentifères et aurifères.
Urane hydroxydé.
Substance fort peu abondante, jaune, pulvérulente, qui se forme à la surface des morceaux de l’espèce précédente et probablement par l’action de l’air humide. Elle donne de l’eau à la calcination elle se dissout dans les acides, et offre alors les caractères des dissolutés d’urane peroxydé, qui sont:
Couleur jaune ;
Alcalis, précipité jaune d’uranate alcalin;
Carbonates alcalins, précipité jaune-citron, soluble dans un excès de carbonate ;
Métaux purs, rien ;
Sulfide hydrique, rien ;
Sulfhydrates alcalins, précipité noir ;
Cyanure ferroso-potassique, précipité rouge de sang;
Phosphates solubles, précipité jaune pâle ;
Arséniates, précipité blanc-jaunâtre ;
Arsénites, précipité d’un très-beau jaune.
Urane phosphaté.
Ce sel n’existe que combiné soit au phosphate de chaux, soit à celui de cuivre. Il en résulte deux sels doubles que les minéralogistes ont longtemps confondus avec l’urane oxydé, mais qui for ment deux espèces minéralogiques distinctes.