‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome premier (volume 2)Chapitre 96 sur 194 · COBALT OXYDÉ · texte numérisé non relu

COBALT OXYDÉ

d’où l’on tire pour le cobalt gris CoAsS, avec un mélange de sulfo-arséniure de fer, dont la composition différente tient peutêtre à une imperfection de l’analyse. On représente ordinairement le cobalt gris par CoS2-}-CoAs2, et on le considère comme une combinaison de bisulfure et de biarséniure de cobalt. Mais son isomorphisme complet avec le fer bisulfuré FeS2 doit le faire considérer plutôt comme ce même bisulfure dans lequel une molécule de soufre est remplacée par une molécule d’arsenic. Alors sa formule doit être plutôt exprimée par CoS (2.

As}

Cobalt oxydé.

Substance noire, terreuse, prenant un certain éclat métallique par le frottement d’une lame d’acier, infusible au chalumeau, ne donnant que peu ou pas d’odeur arsenicale sur le charbon, et ayant la propriété, par sa moindre parcelle, de colorer en bleu foncé le verre de borax. Le cobalt parait y être à l’état de sesquioxyde (Co203), et alors il doit dégager du chlore avec l’acide chlorhydrique. On trouve le cobalt oxydé en un assez grand nombre de lieux et dans les mêmes gîtes que le cobalt arsenical, dont il provient peut-être, et dont il contient souvent des restes dans son intérieur. Il est très-recherché pour la fabrication de l’azur; maison a souvent confondu avec lui, soit de l’hydrate de sesquioxyde de manganèse terreux, soit un composé naturel d’oxyde de manganèse et d’oxyde de cobalt, tel que celui de Rengersdorf, dont on doit l’analyse à Klaproth.

Peroxyde de cobalt . ; . 19,4

Oxyde de manganèse . : . 16,0

— de cuivre . 0,2

Silice . 24,8

Alumine . ! . £0,4

Eau . 17

Cobalt arseniaté.

Arséniate d’un rose foncé ou violâtre, lorsqu’il est cristallisé, ou d’une couleur de (leur de pêcher, quand il est terreux et pulvérulent. Les cristaux sont des prismes rectangulaires obliques, d’un clivage facile, et parallèle aux pans de prisme. Sa pesanteur spécifique est 2,95 à 3. Il est tendre et rayé par la chaux carbonalée; il donne de l’eau par l’action du calorique, est fusible au chalumeau sur le charbon, en dégageant l’odeur de l’arsenic, et laisse un globule métallique cassant, qui colore le borax en bleu foncé.

Il est soluble dans l’acide nitrique ; le dissoluté, qui est rose, forme un précipité bleu-violâtre par les alcalis, et vert par le cyanure ferroso-potassique.

Le cobalt arsénialé d’Allemont, analysé par Laugier, lui a donné :

Rapports moléculaires.

Acide arsénique . 40 X 0,0987 = 28 t

Oxyde de cobalt . 20,8 x 2,132 = 44)

de nickel . 9,2 X 2,129 = 20 |87 3

- de fer . . 6,1 X 2,222 = 13.’

Eau . 22,8 X 8,889 = 200 7

Co* As 7Aq.

Une autre analyse de Bucholz, sur l’arséniate de cobalt de Riechelsdorf, a fourni :

Acide arsénique . 37 X 0,6957 = 28 3

Oxyde de cobalt . 39 X 2,132 = 83 10

Eau . 22 X 8,889 = 178 22,5

Co«As* +22Aq.

Quelques minéralogistes admettent l’existence d’un arsénite de cobalt rose, pulvérulent, recouvrant l’arséniure de cobalt ou mêlé aux matières terreuses qui l’accompagnent. Ils se fondent sur ce que celte substance dégage de l’acide arsénieux lorsqu’on la chauffé dans un tube de verre, ce que ne fait pas l’arséniate. Mais comme l’arséniure de cobalt CoAs'2 ne peut, en s’oxydant à l’air humide, produire de l’arséniale tribasique qu en perdant les 2/3 de son arsenic, qui ne passent probablement qu’à l’état d’acide arsénieux,

3(CoAs») + 140 — 3CoO,As’Ü8 + 2As*03,

il en résulte que l’arséniate doit souvent être mêlé d’acide arsénieux, que l’action du calorique suffit pour en dégager.

Cobalt sulfaté.

Sel rougeâtre, soluble, d’une saveur styptique et amère, p0u vant se présenter en prismes obliques rhomboïdaux. 11 pe’rd de l’eau par la chaleur et devient d’un rose clair. Il forme de légers enduits dans les mines de cobalt, ou se trouve dissous dans les eaux qui les traversent. Une analyse faite par Beudant, sur un sulfate de Bieber, dans le Hanau, a donné :

COBALT SULFATÉ.

Oxygène.

Acide sulfurique . 30,2 18,07 3

Oxvde de cobalt . 28,7 6,11 1

- de fer . 0,9 0,20 »»

Eau . 41,2 36,62 6

Co S + 6Aq.

Une autre analyse du même sel, par M. Winkelblech, a présenté un mélange de sulfate de magnésie :

Oxygène.

Acide sulfurique . 29,05 17,39 12

Oxyde de cobalt . 19,91 4,24 3

Magnésie . 3,86 1,46 1

Eau... . 46,86 39,66 28

Formule : 3Co S + Mg S -+- 28Aq.

Enfin une troisième analyse d’une matière de la même localité dénote l’existence d’un sulfate d’une composition très-différente :

Oxygène.

Acide sulfurique . 19,74 11,81 3

Oxyde de cobalt . 38,71 8,25 2

Eau . 41,55 36,93 9

Co*S -+- 9Aq.

Le cobalt pur n’étant d’aucun emploi dans les arts, on ne l’extrait de sa mine que pour l’usage des laboratoires de chimie. Le meilleur procédé pour y parvenir a été donné par M. Liebig.

On grille avec soin du cobalt gris de Tunaberg; on le pulvérise et on le projette par parties dans du bisulfate de potasse fondu. Le mélange s’épaissit bientôt en pâte ferme. On pousse au feu pour faire entrer en fusion, et on chauffe jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeur blanche. La masse fondue et refroidie contient du sulfate de cobalt, du sulfate de potasse, de l’arséniate de fer et très-peu d’arséniale de cobalt. On la fait bouillir dans l’eau pour dissoudre les deux sulfates. Il ne peut y avoir de sulfates de fer ni de nickel, qui sont décomposés à la chaleur rouge. La liqueur ne contient donc, en fait d’oxydes précipitables par les alcalis, que celui de cobalt. On précipite donc par le carbonate de potasse, on lave le carbonate de cobalt, et on le calcine pour avoir l'oxyde, que l’on réduit au moyen du noir de fumée et de l’huile. Le,cobalt ne fond qu’à 130 degrés de Wedgwood environ ; il est blanc, éclatant, et pèse 8,5 à 8,7. Il est peu ductile, plus magnétique que le nickel, mais moins que le fer dans le

FAMILLE DU FEK.

rapport de 2 à 3. Il s’oxyde à l’air humide, et décompose l’eau à la chaleur rouge ou par l'intermède des acides.

Le cobalt forme deux oxydes. Le protoxyde (CoO) est d’un gris légèrement verdâtre, et soluble dans les acides, avec lesquels il forme des dissolutés roses. Les alcalis les précipitent sous forme d’un hydrate bleu-violâtre, que l’ammoniaque redissout en reformant une liqueur rose. L’hydrate exposé à l’air en absorbe l’oxygène et passe en partie à l’état de peroxyde hydraté. Le protoxyde lui-même, chauffé au rouge obscur, se change en peroxyde • mais, à une température plus élevée, le peroxyde repasse à l’état de protoxyde.

Le peroxyde de cobalt (Co203) est noir et .non salifiable.il en résulte qu’il dégage de l’oxygène avec les acides sulfurique et nitrique concentrés, et du chlore avec l’acide chlorhydrique. De môme que le protoxyde, il colore en bleu très-foncé le verre et le borax. Le smalt ou azur, ainsi que je l’ai déjà dit, est un verre siliceux coloré par l’oxyde de cobalt impur, qui provient du grillage de la mine du cobalt arsenical. Le bleu de Thénard est un phosphate de cobalt mélangé d’alumine, d’une magnifique couleur et très-usité dans la peinture. Enfin, on prépare avec le chlorure de cobalt une encre de sympathie fort curieuse, qui consiste en ce que des caractères formés sur le papier avec un soluté étendu et rose de ce sel, disparaissent complètement par la dessiccation à l’air libre; mais ils deviennent visibles et d’une couleur bleue, lorsqu’on approche modérément le papier du feu. Les caractères disparaissent de nouveau lorsque le sel, devenu presque sec par la chaleur, a repris de l’eau à l’air ambiant. Cependant, si l’on chauffait trop, les caractères deviendraient et resteraient noirs, en raison de l’altération dii papier par 1 acide de la dissolution.

Ce métal est un des plus anciennement connus, Le plus répandu dans la terre et le plus utile à l’homme. Il se trouve sous dixsepl états principaux :

natif, hydraté, chromité,

arséniuré, sulfaté, tungslalé,

• sulfuré, cnrbonaté, tantulaté,

sulfuro-arsêniuré, osalaté, titanaté,

oxydulé, phosphaté, silicaté.

oxydé, arséniaté,

FEK NATIF.

Fer natif»

Le fer est un métal si facilement oxydable, qu’il ne peut se trouver que bien rarement dans la terre à l’étal métallique. Son existence ne peut même être qu’accidentelle et due le plus souvent à l’action des feux volcaniques. C’est ainsi qu’on le trouve dans les laves de la montagne de Graveneire (Puy-de-Dôme), enveloppé de fer oxydé et dans un terrain évidemment volcanique. On le trouve aussi dans un filon, aux environs de Grenoble, et dans un amas de fer hydraté, à Kamsdorff, en Saxe. On a encore trouvé du fer métallique en grains poreux (M. Bahr) dans un fragment de bois pétrifié, provenant d’une lie flottante du lac Bal&nger, en Smàland. — M. Bornemann en a signalé la présence dans les couches argileuses et charbonneuses du Keuper, des environs de Mülhausen, en Thuringe. M. Andrews a cru pouvoir conclure de ses recherches que le fer existe à l’état métallique dans certains trapps et divers schistes métamorphiques et pétrosiliceux. Enfin, on cite un acier natif trouvé dans les produits de houillères embrasées, à Labouiche, près de Néris (Allier), mais qui peut être considéré, jusqu’à un certain point, comme causé par le travail des hommes.

Mais il existe une autre espèce de fer natif, sinon très-abondante, . au moins éparse çàet là à la surface du globe, et dont les masses, souvent très-considérables et éloignées de tout pays civilisé, ne permettent pas d’en attribuer la formation à la main des hommes. On a trouvé, par exemple, dans l’Amérique méridionale, au milieu d'une plaine immense du Tucuman, entre le fleuve Paraguay et le Chili, une masse de fer du poids de 15,000 kilogrammes ; une autre, trouvée aux environs de Durango, dans la Nouvelle Biscaye, pesait 20,000 kilogrammes, d’après l’estimation de Alex, de Humboldt. Celle observée par Pallas, en Sibérie, pesait 700 kilogrammes. On en cite d’aulres à Galam en Afrique, au cap de Bonne Espérance, au Mexique et dans la Louisiane. En Europe, on fait mention d’une masse de fer malléable de 8,000 kilogrammes, trouvée sous le pavé de la ville d’Aken, près de Magdebourg, et d’autres plus petites trouvées en Bohême.

Comme on le voit, cette sorte de fernatif se trouve indifféremment sur toutes les parties du globe: et ce qu’il y a de plus singulier, c’est qu’il offre partout à peu près les mêmes caractères physiques. Il est celluleux, et les cavités sont remplies par une matière siliceuse de la nature du péridot ou de l’olivile. Enfin il contient toujours du nickel, en quantité très- variable cependant, et qui s’élève quelquefois à 16 pour 100.

Guiboudt, Dragues, 7« édit. T. I. — 17

famille du fer.

Si l’on réfléchit maintenant que toutes les pierres tombées du ciel, nommées aussi aérolitkes ou météorites , contiennent également du fer allié au nickel, et que ces pierres, de même que le fer natif, se trouvent éparses à la surface de la terre, et jamais dans son intérieur, on sera porté à croire que les masses de fer dont j'ai parlé sont aussi des météorites.

Fer sulfuré-.

11 existe dans la nature, plusieurs combinaisons de soufre et de fer, mais qui ne suivent pas le même rapport que les oxydes. Ainsi

Le protoxyde de fer (oxure ferreux) . — FeO,

Le sesquioxyde (oxure ferrique) . = FeO1.11 ou Fe’O*,

L’acide ferrique . = FeO8.

Enfin, il existe un composé naturel et artificiel des deux premiers oxydes, forméde FeÔ-|-Fea03=Fe30*. Quant aux sulfures, on trouve bien un protosulfure (FeS) qui répond au protoxyde, mais il n’existe pas, au moins à l’état de liberté, de sesquisulfure (FeaS3) répondant au sesquioxyde, ni de sulfide ferrique (FeS3) répondant à l’acide ferrique. Le persulfure de fer naturel = FeS3, et, pour ce qui est des sulfures intermédiaires, on en a déterminé trois, dont l’un, formé de Fe9S7 = 5 FeS+FeSa, peut être obtenu artificiellement en chauffant fortement le bisulfure dans un vase fermé; un autre, composé de Fe3S4, parait répondre d’abord à l’oxyde noir de fer Fe3U4 ; mais il est formé différemment, en raison de la composition différente du sesquioxyde et du bisulfure de fer.

L’oxyde intermédiaire est formé de . + *e>Os>

tandis que le sulfure contient . . 2r cS -H b eS

Fer protosulfuri.

Ce sulfure existe dans les mines de Cornouailles. 11 est difficile d’en préciser les caractères physiques, parce qu’on l’a toujours confondu avec les sulfures intermédiaires. Cependant il doit posséder l’éclat métallique avec une couleur de tombac ou de bronze. Il est soluble dans l’acide sulfurique affaibli, avec dégagement de sulfide hydrique; il exerce une forte action sur l’aiguille aimantée ce qui lui a valu le nom de pyrite magnétique ; mais ce nom est également porté par les sulfures intermédiaires.

°L’analyse de Halchctt a donné :

Rapports moléculaire,.

per 63, 5>0 X 2,857 = 181,5 1

Soufre. . . 36,50 X 5 = 482,5 j

Formule : FeS.

FER SULFURÉ

Le fer protosulfuré est très -rare à l’état d’isolement; mais il est assez commun dans le cuivre pyriteux, dont plusieurs espèces ou variétés ne peuvent être représentées que par une combinaison de PeS avec 2, 4 ou 5 molécules de Cu*S.

Fer sulfuré intermédiaire.

Magnetkies, Leberkies. — lien existe plusieurs espèces nommées également pyrite magnétique, parce qu’elles attirent l’aiguille aimantée; mais elles agissent moins sur cet instrument que le protosulfure de fer, et lorsqu’on les traite par de l’acide sulfurique affaibli, indépendamment du sulüde hydrique qui se dégage, il se dépose du soufre. Elles jouissent d’un éclat métallique médiocre, joint à une couleur gris jaunâtre ou brunâtre, et ne font pas feu avec le briquet. Elles ont un tissu lamelleux très-sensible, dont la division mécanique parait conduire à un prisme droit rhomboïdal, ou à un prisme hexaèdre régulier que l’on suppose être la forme primitive. Les analyses qui en ont été faites paraissent conduire à 3 formules différentes.

1. Pyrite magnétique de Bodenmais en Bavière. — La formule qui se rapproche le plus de l'analyse faite par Henri Rose est Fe9S10 = 8FeS + FeS2, laquelle produit

Fer . 61,10 9 moléc.

Soufre . 38,81 10

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