Mémoires de l’Académie des sciences
(2) On a publié quelques extraits de ses observations dans les Réflexions .«ur
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Cependant le gouvernement français n’avait pas renoncé à l’exploration des riches contrées de l’Amérique méridionale. En 1776, Dombey fut chargé de récolter les plantes du Pérou; mais l’Espagne, dont l’agrément était nécessaire pour une.pareille entreprise, ne voulut point rester en arrière de la France, et retarda le départ de Dombey jusqu’au moment où elle put elle-même organiser une expédition dirigée par les deux botanistes Ruiz et Pavon. Dombey partit avec eux, visita plusieurs localités à quinquina, entre autres le district de Huanuco, pénétra dans le Chili, et revint enfin en Europe en 1785, avec une immense collection, dont une partie seulement est arrivée au Muséum d’histoire naturelle de Paris, à travers mille obstacles élevés par le gouvernement espagnol. Les mesquines jalousies du même gouvernement empêchèrent Dombey de publier les résultats de son voyage.
Ruiz et Pavon récollèrent aussi de nombreux matériaux et lorsqu’ils durent retourner en Espagne, en 1789, ils laissèrent pour continuer leur œuvre, deux de leurs disciples, J. Tafalla et Juan Manzanilla, qui expédièrent en Europe les fruits de nouvelles explorations.
Plusieurs ouvrages importants furent le résultat de cette expédRion scientifique : la Quinologie de Ruiz (1), publiée en 1792, et qui fut augmentée, en 1801 (-2), d’un supplément de Ruiz et Pavon ; le Flora Peruviana (1798-1802) (3), qui donna
la description et la figure de douze espèces de quinquinas; enfin une Quinologie de Pavon, « Nueva Quinologia » , œuvre longtemps inédite dont M. Howard vient tout récemment de faire profiter la science (4). Ces mémoires originaux et les collections sur lesquelles ils sont fondés servent encore de nos jours à la solution de bien des questions obscures.
Tandis que Ruiz et Pavon exploraient les provinces du bas Pérou, au nord de Lima, l’expédition botanique de la Nouvelle- Grenade recherchait dans la partie septentrionale de la Cordillère les espèces officinales auxquelles le gouvernement espagnol attachait tant de prix. Mutis qui, en 1760, avait suivi dans le pays, en
deux espèces de quinquina dècouvei les nouvellement aux environs de Snnla-Fé, dans l’Amérique méridioneile {Histoire de la Société royale de médecine, année 1779, p. 252). — M. Weddell, qui a pu consulter la totalité de ses manuscrits en B également fait quelques extraits intéressants.
(1) Ruiz, Quinolo'jia à Tratado ciel eirbol de la quina ô cascarilla. Madrid
(2) Ruiz et Pavon, Supplemento d la Quinologia. Madrid, 1801.
(3) Idem, Flora Peruvinna et Chilends, t. Il, 1799, in-fol.
(4) John Elliott Howard, Iliustralions of the Nueva Quinologia of Pavon uiith Observations on the Barks. London, 1862, in foi., wdh coloured plates.
RUDIACÉES. — QUINQUINAS. 103 •
qualité de médecin, le vice-roi don Pedro Messia'de la Gerda avait déjà trouvé, en 1772, aux environs de Santa-Fé, une des espèces aujourd'hui officinales de quinquinas (1). On le choisit, en 1782, pour diriger les explorations, et il ne tarda pas à annoncer la découverte de plusieurs écorces aussi efficaces que celles des environs de Loxa(2).
Une discussion fort vive s’est élevée entre les auteurs du Flora Peruviana et les élèves de Mutis, Caldas et Zea, qui, après sa mort, continuèrent son œuvre. Mutis avait cru devoir identifier les espèces néo-granadines avec celles de Loxa, et il n’avait pas hésité à donner au quinquina de Santa-Fé le nom de Quina primitiva, d’après l’idée que c’était l’espèce décrite par La Gondamine, la première découverte. Ges prétentions, soutenues par les disciples avec plus d’opiniâtreté que par le maître, provoquèrent des dénégations violentes de la part de Ruiz et Pavon :
(1 Nous sommes forcés, dirent-ils (3), pour la défense de noire œuvre, de réfuter les allégations de M. Zea, et, pour le bien de l’humanité, nous nous trouvons dans l’obligation de prévenir le public que les quinquinas de Santa-Fé sont des espèces bien différentes de celles de Loxa, reconnues comme excellentes et supérieures dans l’emploi médical . Le premier quinquina de la
Quinologie est reconnu par tous les cascarilleros de Loxa qui exploitèrent la province de Huanuco, comme l’espèce supérieure et la plus estimée dans le commerce et en médecine... Il nous paraît également impossible que l’Amérique septentrionale {c’est-à-dire au nord de la ligne) puisse produire des quinquinas de bonne qualité comme ceux du Pérou. »
Nous aurons l’occasion de discuter cette question litigieuse; pour le moment, bornons-nous à constater qu'elle peut provoquer des réponses différentes suivant la manière dont elle se pose. S’il y a, sur l’identité spécifique des quinquinas de Santa-Fé et
(1) Bien longtemps avant, en 1735, don Miguel do Santesteban avait vu aux environs de Popayan une espèce de quinquina, probablement le Pitayensis ; mais sa relation était restée ignorée dans les papiers de la vice-royauté.
(2) L’ouvrage que Mutis avait préparé sur les quinquinas, et qui est resté longtemps égaré dans le Musée d’histoire naturelle de Madrid, a été retrouvé depuis quelques années. M. Triana l’a étudié avec soin et a pu établir la synonymie des diverses espèces indiquées par Mutis. M. Rampon a fait photographier le manuscrit et les belles ptanphes qui l’accompagnent et peut ainsi offrir aux quinoiogistes l’avantage de consulter à Paris une copie rigoureusement exacte de ce précieux document : M. Markham en a publié le texte avec des annotations de M. J. E. Howard. Enfin M. Triana nous en a donné à la fois le texte et les figures, avec un commentaire très-intéressant ettrès-importantpour l’histoiredes quinquinas.
(3) Ruiz et Pavon, Supplémenta à la Quinologia, cité par Delondre et Bouchardat, Quinologie. Paris 1851, p. 5.
ÜlGOTYLÉUONES CALICIFLORES.
de ceux de Loxa, des doutes qui provoquent presque une réponse négative, on ne saurait nier, d’autre part, que plusieurs écorces officinales de Mutis ne renferment beaucoup plus de quinine que les quinquinas de Loxa ; aussi, quelles que soient les conclusions à tirer de l’examen comparatif de ces formes végétales, on ne peut partager le dédain de Ruiz et Pavon pour les produits de l’hémisphère septentrional (1).
Mutis vivait encore à Santa-Fé, lorsque deux illustres voyageurs entreprirent l’exploration de la région des quinquinas. Ilumboldt et Bonpland, partis d’Europe en 1799, avaient consacré l’année 1800 à parcourir le bassin de l’Orénoque; en 1801, ils prenaient terre à Carthagène, recevaient à Bogota l’hospitalité de Mutis, traversaient toute la Nouvelle-Grenade, le royaume de Quito, les provinces septentrionales du Pérou, pour continuer à travers le .Mexique l’un des voyages les plus féconds de notre époque. De nouvelles espèces de quinquinas découvertes et décrites, la distribution géographique de ce groupe naturel bien indiquée pour la première fois, de nouveaux matériaux pour l’étude des écorces officinales : tels furent, en ce qui concerne spécialement notre questio'n, les résultats de cette exploration fructueuse. On les trouve consignés dans les divers ouvrages de botanique (2) consacrés à la description des plantes du voyage, et dans un mémoire de M. de Humboldt sur les forêts à quinquinas de l’Amérique du Sud (3).
(I) Mutis parait avoir très-bien compris la valeur thérapeutique des diverses écorces de la Nouvelle-Grenade, et n'avoir accordé des effets fébrifuges qu’à celles qui les possèdent en réalité. C’est du moins ce qu’on peut conclure du tableau suivant, extrait d’une des publications de Mutis dans Papel periodico de Sailtn-Fé de Bogota.