MALVACÉES. — BAOBAB
semences arrondies, un peu terminées en pointe d’un côté, entassées régulièrement les unes sur les autres, et entourées d’un duvet soyeux et lustré formant autour de chaque semence un globule à peu près sphérique. 11 est fâcheux que ce duvet soit trop court pour être filé, car on en ferait des étoffes qui imiteraient la soie. Mais il peut remplacer l’édredon, duvet d’un prix trèsélevé, enlevé, dans les contrées du Nord, aux nids de l’elder {Anas mollissima, L.).
Baobab (l)
Adamoniadigitata, !.. — Le baobab est un arbre monstrueux qui croit au Sénégal et dans les pays environnants. Son tronc, à partir de terre jusqu’aux branches, n’a que 4 à 5 mètres de liauteur; mais il acquiert jusqu’à 25 mètres etplus de circonférence, ou 8à9 mètres dediamètre, Le tronc se divise à son sommet en un grand nombre do rameaux fort gros, longs de 10 à 20 mètres, dont les plus inférieurs s’étendent horizontalement et louchent quelquefois, en raison de leur poids, jusqu’à terre; de manière que, cacbant la plus grande partie de son tronc, cet arbre parait former de loin une masse hémisphérique de verdure, de 40 à 50 mètres de diamètre, sur une hauteur de 20 à 24 mètres.
Aux branches de cet arbre répondent des racines aussi considérables et beaucoup plus longues : celle du milieu forme un pivot qui s’enfonce perpendiculairement à une grande profondeur ; les autres s’étendent horizontalement à fleur de terre, et Adanson en a mesuré une qui avait 3.5 mètres de longueur dans sa partie découverte, et qui pouvait se prolonger encore de 13 à 16 mètres sous le sol.
Les feuilles du baobab ressemblent, pour la forme et la grandeur, à celles du marronnier d’Inde ; mais elles sont alternes, accompagnées de 2 stipules à la base, lisses et sans aucune dentelure sur le contour des folioles. Les fleurs répondent par leurs dimensions à celles de l’arbre qui les porte ; elles sont larges de 1 7 centimètres, solitaires et pendantes à l’extrémité d'un pédoncule cylindrique long de 36 et quelques centimètres. Le calice est évasé en forme de soucoupe, à 5 divisions recourbées en dessous et caduques. La corolle est à 5 pétales blancs, orbiculaires, trôs-étalés, soudés entre eux par le bas des onglets et avec le tube des étamines. Ce tube est épais, cylindrique, divisé à la partie supérieure en un nombre très-considérable de filets filiformes (plus de 706 d’après Adanson), très-étalés, terminés chacun par une anthère réniforme. L’ovaire est sessile, libre, velu, à 10 ou 15 loges, surmonté d’un style longuement exserte, flexueux, terminé par 10 à 15 stigmates rayonnants. Le fruit, d’après Adanson, est une capsule ligneuse, ovoïde, amincie en pointe aux deux extrémités, longue de 35 à 50 centimètres, large de 11 à 10 centimètres, marquée de 10 à 14 sillons àans le sens de sa longueur ; mais lous ceux de ces fruits que
(1) Voy. pour les ligures, Adanson, Mémoires de t Académie des sciences, année 17<il, et Tussac, Flore des Antilles, t. III, pl. 33 et 34.
652 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
j’ai vus, venant des Antilles, étaient plus arrondis, longs de 18 à 29 centimètres seulement, épais de 12 à 15 centimètres, et à surface trèsunie. Ce fruit est revêtu extérieurement d’un duvet dense, un peu rude et de couleur verdâtre, formé de poils courts et couchés. Sous ce duvet se trouve une coque noire, ligneuse, épaisse de 5 & 7 millimètres, divisée intérieurement en tO à 14 loges, toutes remplies d’une pulpe fibreuse et aigrelette, qui est bonne h manger et très-rafralchissanle. Cette pulpe, en se desséchant, devient friable et se sépare d’elle-môme en petites masses polyédriques renfermant chacune une semence réniforme, portée à l’extrémité d’un long funicule.
Toutes les parties du baobab abondent en mucillage et ont une vertu émolliente. Les nègres font sécher ses feuilles et les réduisent en une poudre nommée lalo, dont ils font un usage journalier dans leurs aliments, et à laquelle ils attribuent la propriété d’exciter une transpiration abondante et de calmer la trop grande ardeur du sang. Adanson lui-même en a éprouvé les bons effets, et la tisane de ces mômes feuilles Ta préservé des diarrhées, des fièvres inflammatoires et des ardeurs d’urine, maladies auxquelles sont fréquemment en proie les Français qui résident au Sénégal. En 1818, M. le docteur Duchassaing, médecin à la Guadeloupe, a préconisé Técorce de baobab comme succédanée du quinquina et du sulfate de quinine, et il ne parait pas douteux que la qualité émolliente de cette écorce ne puisse la rendre utile dans les cas spécifiés par Adanson, et dans d’autres qui prendraient également leur source dans un état phlegmasique des intestins ; mais il est moins certain qu’on doive reconnaître à l’écorce de baobab une propriété antipériodique analogue à celle du quinquina. Combien d’illusions de ce genre n’ont pas été détruites par un examen ultérieur !
Bao-lam-paijaui;.
Cette semence, nommée aussi boochgaan-tam-'paijaiig, a été rapportée de l’Inde, par un officier beige. Il lui attribuait de grandes propriétés médicinales, et spécialement celle d’être un spécifique certain contre la diarrhée et la dyssenteric. Ayant été présentée à l’Académie de médecine, dans la vue d’obtenir une récompense du gouvernement, elle a été essayée à l’hôpital Beaujon, par M. Martin-Solon, (I) qui ne lui a trouvé aucune propriété, dans les deux affections précitées, qui ne puisse être expliquée par l’action réunie du repos, de la diète et d’une boisson mucilagineuse. La conclusion du rapport fut donc négative ; ce qui n’empêche pas que plusieurs médecins, entraînés par l’attrait de l’inconnu, ne prescrivent le tam-paijang à leurs malades, qui ont l’avantage de payer fort cher un médicament dont les équivalents indigènes (racine de grande consoude, semences de lin et de psyllium) ne coûtent presque rien.
I.e tam-paijang a généralement une forme ovoïde, un peu renflée au milieu, quelquefois amincie en pointe aux deux extrémités. 'Mais le
(1) Martin-Solon, B»//, de FAcud. de midecine.
MALVACÉES. — BAO-TAM-PAIJANG.
plus ordinairement il est aminci seulement du côté du pédoncule, où il offre une cicatrice oblique, souvent partagée en deux par une ligne proéminente. Il est long de 25 à 27 millimétrés et épais de 12 à 14. Sa surface est plus ou moins ridée par la dessiccation et d’un gris jaunâtre ou brunâtre, avec une teinte verdâtre. Dessous l’épiderme, se trouve une partie charnue desséchée, brun noirâtre, mince, légère, brillante par places dans sa fracture, soudée avec une pellicule interne.
Les cotylédons sont droits, ovoïdes, épais, charnus, réduits par la dessiccation à l’état de deux lames concaves laissant entre elles un espace vide : ils sont alors durs, difficiles à rompre et comme gorgés d’un suc desséché ; ils offrent à la partie inférieure une radicule très-courte et turblnée.
Le hao-tain-paijang est éminemment gommeux et très-faiblement astringent. La graine entière surnage l’eau ; quand on la laisse macérer dans ce liquide, la substance se gonfle, et paraît sous la forme d’une gelée transparente que l’on peut comparer à celle qui recouvre la glaciale, et qui est de môme nature. Après quelques heures de séjour dans l’eau, on trouve l’enveloppe extérieure réduite en une masse gélatiniforme.
D’après l’analyse que j’en ai faite, le bao-tam-paijang est composé des substances suivantes :
Dans i’amande :
Matière grasse.
Extrait salé et ai
Amidon .
Tissu cellulaire.
Dans le périsperme :
Huile verte . .
Bassoriiie . .
Matière brune astringente .
Mucilage . .
Ligneux et épiderme .
[Le bao-tam-paijang a. été regardé tout d’abord par Guibourt comme un fruit de Sapindus ; plus tard il l’avait attribué à une sapotée, l’Jsonandra Gutta ; enfin, il l’a étiqueté dans le droguier de l’École Scaphium scaphigerum {Sterculia scapitigera, Wall.). G’est en effet à cette espèce que les échantillons apportés au Musée des colonies françaises permettent de rapporter ces semences.
C’est aussi au groupe des Sterculiacées, au Sterculia acuminata, Pal. de Beauv. {Cola acuminata, Hob. Brown), que se rapportent les grosses graines connues dans l’Afrique occidentale, de la Sénégambie au Gabon, sous le nom de noix de Kola. Ces semences sont fort employées comme masticatoire ; elles laissent dans la bouche une saveur âpre, qui a l’avantage de donner aux aliments et aux boissons, même â l’eau saumâtre, un goût agréable. M. üaniell y a soupçonné la présence d’un
i>!)4 dicotylédones tiialamiflores.
principe analogue à la théine, et M. Atlfield a confirmé cette hypothèse par l’analyse chimique. 11 y a trouvé 2,(3 pour 100 de ce principe (I).]
Le cacao est la semence (i’un arbre peu élevé de l’Amérique, nommé Theobroma Cacao, L. {fig. 776), appartenant à la sous-
Fig. 776. — Cacao.
lamille des Byttnériacées. Ses caractères génériques, assez différents de ceux des Malvacées propres et des Bombacées, consistent dans des feuilles simples et entières, dans un calice coloré, à 5 divisions profondes, régulières, aiguës, tombantes. Corolle à 5 pétales hypogynes, formé par une sorte de cornet ou de capuchon qui se termine en une languette élargie en spatule au sommet. Le tube staminal est très-court et à 10 divisions, dont cinq, alternes avec les pétales, sont linéaires-subulées et stériles, et dont les 5 autres, plus courtes et opposées aux pétales, portent chacune 2 anthères biloculaires cachées sous le capuchon du pé-
(I) Voir Pharm. Jvwn., VI, 450