MAGNOLIACÉES. — ÉCORCE DE WINTER
les el pélaliformes, IG à 20 pétales disposés sur trois rangs, 10 fi 20 étamines plus courtes que les pétales; 10 à 20 ovaires supôres, redressés et ramassés en un faisceau conique, et se terminant chacun par un style très-court, au sommet duquel est un stigmate oblong et latéral.
Le fruit présente, sous la forme d’une étoile, la réunion de 6 à 12 capsules épaisses, dures, ligneuses, brunâtres, renfermant chacune une semence ovale , rougeâtre, lisse et fragile, qui contient elle-même une amande blanchâtre et huileuse. Tout le fruit a une odeur trèsanalogue à celle de l’anis, mais plus douce et plus suave. 11 est stimulant et stomachique. Les liquorisles en font un grand usage.
On en retire aussi par la distillation une huile volatile liquide, un peu plus légère que l’eau el d’une odeur très-agréable.
Le bois de Vlllicium aui- rig. sio. - Badiane.
salum paraît participer de
l’odeur du fruit, et beaucoup d’auteurs ont pensé qu’il produisait le bois d’anis du commerce ; mais celui-ci vient d’Amérique, où il est tiré très-probablement de VOcotea piclmrhn, H. B. (1).
On trouve â la Floride deu.v autres espèces d'JUicùm {lllicium tloridanum, el lllicium parviflonun), dont les fruits aromatiques peuvent être substitués à l’anis étoilé de la Chine.
Ecorce de Wiiiter.
Cette écorce a pris son nom de celui de John Winler, commandant de vaisseau, parti avec Drake, en 1577, pour faire le tour du monde, et qui, obligé par la tempête de séjourner au détroit de Magellan, abandonna le chef de re.vpédilion, et revint en Angleterre en 1589, apportant avec lui celte écorce, dont il lit usage, comme d’épice, durant la traversée. 11 crut pouvoir attribuer à son emploi la guérison du scorbut dont son équipage fut attaqué, el lui donna par là une sorte de célébrité.
il) Voir t. U, p. 3UG.
748 DICOTYLÉDONES TIULAMIFLORES.
C’est Charles de l’Écluse, généralement connu sous le nom de Clusius, qui a décrit le premier celte écorce et qui lui a donné le nom qu’elle porte. C’est donc à sa description qu’il faut recourir pour éclaircir les doutes que l’on peut élever sur l’origine de la substance qui porte aujourd’hui le nom à' écorce de Winter, D’après la description de Clusius (I), l’écorce de Winter est assez semblable à de la cannelle commune, tant pour la substance que pour la couleur; mais elle est plus épaisse que la cannelle, d’une couleur cendrée ou brune à l’extérieur, rude au toucher comme l’écorce d’orme, quelquefois comme disséquée à l’intérieur et entr’ouverte par des gerçures nombreuses, à la manière de l’écorce de tilleul; quelquefois aussi elle est très-solide et dure, d’une odeur non désagréable, mais d'une saveur très-âcre, qui brûle la langue et le palais non moins que le poivre. A cette description se trouve jointe la figure d’une écorce trèsépaisse et compacte, reçue de Londres, en 1603, qui se rapporte évidemment à la dernière partie de la description et à noire écorce de Winter actuelle.
D’après un capitaine de navire, nommé Sebalde de Wert, dont Clusius rapporte une lettre écrite en 1601, l’arbre qui produit cette écorce croît sur toute l'étendue des terres qui bordent le détroit (le Magellan. 11 est toujours vert et pourvu de feuilles aromatiques ; il est très-élevé, et son tronc, acquérant quelquefois deux ou trois fois la grosseur du corps de l’homme, peut fournir plusieurs fortes planches de 2 pieds 4/2 de largeur. Solander lui donne également 30 pieds d’élévation; mais, d’après Georges Forsler, cet arbre est d’une grandeur Irès-variable, sa hauteur variant de 6 à 40 pieds, suivant les lieux et le sol où il croît. Cet arbre a élé nommé par Solander Wmterana aromatica, par Murray lÉfnfera aromafica ; mais le nom Drimys Winteri qui lui a été donné par Forsler est le seul admis aujourd'hui. 11 présente des feuilles simples, oblongues, obtuses, épaisses, persistantes, très-glauques en dessous ; (les pédoncules axillaires ou presque terminaux, simples, uniflores, réunis en faisceau, un calice à 2 ou 3 sépales; une; corolle à 6 pétales oblongs; des étamines nombreuses, très-courtes, épaissies au sommet, portant chacune deux anthères adnées, à loges latérales écartées et presque séparées; le pistil se compose de 4 à 8 ovaires dressés, terminés chacun par un stigmate sous forme de point. Le fruit se compose de 4 à 6 baies uniloculaires renfermant plusieurs semences.
Maintenant il me reste à dire que les échantillons d’écorces
(I) Clusius, Exotic., p. 15-
MAGNOLIACÉES. — ÉCORCE DE WINTER. . 7i9
de différents Drimys que je possède sont tellement différents de l’écorce de Winter du commerce, qu’il en résulte pour moi un doute très-grand que celte écorce appartienne au Drimys Winteri.
Le premier échantillon m’a été donné par M. Robert Brown : il porte écrit sur le bois même : Port-Famine, capitaine P. Kiny, Drimys Winteri. Il consiste en un tronçon de tronc ou de branche large de 8 à 9 centimètres, formé d’un bois un peu rougeâtre et peu compacte, et d’une écorce épaisse de 3 millimètres, couverte par un épiderme gris blanchâtre très-mince et assez uni. Celte écorce est d’un rouge brun foncé à l’intérieur et d’apparence spongieuse, surtout dans la partie qui touche au bois, laquelle parait formée de lames ligneuses longitudinales èt rayonnanles, isolées les unes des autres. Cette écorce possède une odeur forte, un peu analogue à celle de la cannelle et un peu camphrée, et une saveur également très-aromatique, accompagnée d’une âcrelé assez grande, mais non comparable à à celle de l’écorce du commerce.
Le second échantillon faisait partie de celui qui a été rapporté de la terre de Magell an, en 1840, par M. Le Guillou (1). Les feuilles qui l’accompagnent sont très-remarquables, et répondent bien à la figure du Drimys punctata de Laraarck (2). Elles sont longues de 8 centimètres environ, larges de 3, 3, presques noires et luisantes à la face supérieure, d’un gris bleuâtre à la face inférieure, avec une seule nervure médiane noire. Examinée à la loupe, la face supérieure présente un réseau noir d’une extrême finesse, cl la face inférieure une infinité de petits points glanduleux, lilanehàlres et très-serrés, sur un fond bleuâtre. Ces feuilles ont une consistance solide, et leur cassure présente l’apparence d’une pâte brune, desséchée. L’écorce est roulée, de la grosseur du du petit doigt, épaisse de 2 millimètres, formée d’un épiderme mince et uni, dont la couleur blanche tranche beaucoup avec la couleur brune rougeâtre de l’intérieur. Sous l’épiderme se trouvent un certain nombre de couches concentriques trèsserrées ; mais la plus grande partie de l’épaisseur de l’écorce est formée de lames ligneuses rayonnanles et distinctes, tout à fait semblables à celles de l’échantillon précédent, et répondant bien â la première description de Clusius, Celle écorce possède, comme la première, une odeur et une saveur de cannelle camphrée, et son âcrelé est très-inférieure à celle de l’écorce du commerce.
(1) Voyage lie C Uranie.
(2) Lauiarck, lllust., t. CCCCXCIV, pg. 1.
7S0 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Ecorce île palo piquante du Mexique. En 1842, il a été apporté du Mexique, sous le nom à.’'écorce de Chachaea ou de piquante, une écorce tellement analogue à la précédente, qii’il n’est pas douteux qu’elle n’appartienne à un Drimtjs, que je suppose être le Drimys Mcxicana, DC. Cette écorce est en fragments de la grosseur du petit doigt, formée d'un périderme blanchâtre, un peu fongueux, et d’un liber rougeâtre, peu serré, grossièrement fibreux, offrant à l’intérieur des rides ou des replis proéminents. Elle possède une odeur douce, indéfinissable, et une saveur très-aromatique et un peu astringente, accompagnée d’une âcrelé véritablement brûlante.
Écorce du Drimys granatensis. — J’ai dit précédemment (t. II, p. 368) que plusieurs personnes avaient regardé le Drimys granatensù comme la source de l’écorce de malambo; mais j’ai montré combien cette opinion était peu fondée. J’ajoute à présent que l’écorce du Drimys granatensis que j’ai reçue de Goudot est tout à fait différente de celle de malambo, et qu'elle présente au contraire de grands rapports avec les trois précédentes. Elle est grosse comme le doigt, épaisse de 4 à 5 millimètres, couverte d’un périderme rougeâtre, très-rugueux à l’extérieur. Le liber est peu dense et présente de larges fibres ligneuses blanches et rayonnantes, sur un fond rougeâtre. Ces libres ligneuses forment à l’intérieur de l’écorce des côtes ou des arêtes longitudinales proéminentes. L’écorce possède une odeur aromatique un peu analogue à celle de la cannelle, et une saveur aromatique semblable, accompagnée d’une grande âcreté.
Écorce dite canciio. M. Marchand, droguiste, m’a remis anciennement, sous ce nom, une écorce qui, par ce nom même et par sa qualité aromatique, me paraît être celle du Drimys c/tilensis, DC. Cette écorce est en longs morceaux aplatis, larges de 23 millimètres environ, cintrés, épais de 2 à 3 millimètres seulement; elle est formée d’un périderme gris, marquée à sa surface de nombreux tubercules blanchâtres, arrondis et aplatis; le liber est léger, très-fibreux, d’un gris rougeâtre, formé de longues fibres aplaties, qui se séparent facilement sous forme de lames difficiles à rompre transversalement. Sous ce rapport, cette écorce ditl'ère beaucoup de toutes les précédentes. Elle est pourvue d’une odeur de cannelle camphrée faible, et d’un goût semblable accompagné d’âcreté. Celte écorce paraissait avoir été détériorée par l’humidité.
Je possède encore trois autres écorces aromatiques, dont deux rouges et pourvues d’une âcrelé brûlante, qui ne peuvent se confondre avec aucune de celles que j’ai décrites jusqu’ici. Je crois inutile de les décrire.
RENONCULACÉES.
FAMILLE DES RENONCULACÉES.
Plantes généralement herbacées portant des feuilles embrassantes à la base, le plus souvent divisées en un grand nombre de segments; opposées dans le seul genre Clemalis, alternes dans tous les aulres. Fleurs très-variables, régulières ou irrégulières, quelquefois privées de corolle. Étamines (fig. 8tl}, nombreuses, libres, liypogynes, à anthères terminales, biloculaires. Ovaires plus ou moins nombreux, surmqntés chacun d’un style et d’un stigmate simple; ils sont quelquefois soudés en un seul, le plus souvent libres, ne contenant qu’un seul ovule {fig. 812), ou en renfermant plusieurs. Dans le premier cas, les ovaires sont réunis en tète {fig. 813), et deviennent un fruit multiple, composé
Fig. su. — Anémone. Fig. 812. — Ficaria. Fig. 813. — Hépatique.
d’achaines disposés en tète ou en épi. Dans le second, les ovaires deviennent des follicules rapprochés, distincts ou parliellement soudés. Des graines renferment un embryon très-petit, placé à la base d’un en- Posperme corné.
I.a famille des Renonculacées, quoique formant un groupe trèsnaturel, peut cependant être divisée en cinq tribus faciles à distinguer par le port et les caractères. Én voici le tableau comprenant, comme e.vemples, un grand nombre de plantes, ou très-communes dans notre pays, ou cultivées pour l’ornement des jardins, ou renommées par leurs propriétés médicales ou vénéneuses.
D'-' tribu, Clématidées. Calice coloré ; corolle nulle ou formée de pétales plus courts que le calice et plans. Fruits libres, monospermes, indéhiscents, surmontés par le style barbu coudé à la base, semence inverse. Herbes ou arbrisseaux grimpants, à feuilles opposées, toutes caulinaires.
Clématite droite . Clematis erecta, DC.
— odorante . — PlammuUt, L.
— des liâtes . — ynulba, L.
— bleue . — Viticellp, L,
II” tribu, Anémonéf.s. Calice très-souvent coloré; corolle nulle ou à pétales plans. Achaiiies surmontés d’un style barbu et coudé; semence inverse. Herbes droites, à feuilles toutes radicales, ou altcMcs sur la tige. Fleurs souvent accompagnées d’un involucre. ^L.
DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
Pigamon jaune, ou rue des prés . .
Anémone pulsatile, ou coquelourde. .
Anémone des prés .
— des fleuristes . .
— des bois, ou Sylvie .
Hépatique des jardins .
Adonis printanier .
— d'automne .
Queue de souris .
Tltaliclrum flavum, L.
Anemone Puhalilla, L.
— pratensis, L.
— coronaria, L.
Hepalica triloba, Cliaix.
Adonis vernalis, L.
— auluninalis, L.
Myosurus mim'mus, L.
I!l*lribu, Renonculiîes. Calice et corolle; péiales à onglet tubuleux, pourvus à la base d’une petite lèvre intérieure squammirorme, ou nulle ; acliaines; semence droite. Plantes herbacées à feuilles radicales ou alternes sur la tige; à fleurs solitaires à l'extrémité de la tige ou des rameaux, non accompagnées d’involucre.
Renoncule des jardins .
Grande douve .
Petite douve .
Renoncule scélérate .
— âcre, ou bouton d’or .
— bulbeuse .
— des cliamps .
Ficaire, ou petite cliélidoine.
Ranunculus asialicus, L.
— Thora, L.
— Flammula, L.
— sceleratus, L.
— bulbosus, L.
IV' tribu, IlfLLÉBORÉEs. Calice corolloïde; corolle nulle ou formée de pétales irréguliers, souvent bilabiés ; capsules folliculeuses, polyspermes, libres ou plus ou moins cohérentes, déhiscentes par une suture longitudinale ventrale. Plantes herbacées, à feuilles toutes radicales ou caulinaires et alternes.
Populagc. ou SOUCI dos marais.
Ellébore d b.ver .
— d’Oriont .
— fétide, ou pied de gnITon. . ,
Nigelle dos cbamps .
— cultivée .
— â semences jaunes .
Ancolie .
Pied-d’alouette des jardins...,
— des champs .
Staphlsaigre .
Aconit anthoro .
— tue-loup .
— paniculé .
— de Stoork .
— napel .
— féroce .
C ait ha palustris, L.
Erunth.'s hyemalis, Sablis.
Hellehorus niger, L.
— orientalis, L.
— viridis, L.
— fatidus, L.
Nigulta ai'vensis, L.
Aqmlegia vulgaris, L.
Delphinium Ajacis.
— Consolida.
— Staphisagria.
Aconitum Anlhora^ L.
— Lycoclonum, L.
— paniculatum,
— stoerkianum.
— Napellus.
— ferox, Wall.
drihu, Pæoniéïs. Calice très-souvent corolloïde, rarement coriac ,.o,.oiie nulle ou à pétales plans; ovaires mulliovulés^
RENONCULACÉES. — CLÉMATITE. 733
capsules déhiscentes ou charnues, souvent monospermes par avortement. Herbes ou arbrisseaux.
Actée en épi, ou herbe do Saint-
Cliristoplie . . Acicea spicata, L.
Chasse-punaise . Cimicifuga fœtida, L.
Pivoine mâle . Pæcnia coralUna, Retz.
— femelle . Pceonia officinaiis, Retz.
— on arbre . — Moutan, Sims.
Les Renonculacées sont des plantes généralement dangereuses, dont un certain nombre môme sont des poisons très-actifs, mais qui n’en ont pas moins été préconisées contre les maladies les plus rebelles. Je ne décrirai toujours que les principales, soit 4 cause de l’usage que l’on en fait encore en médecine, soit pour que l’on reconnaisse en elles des poisons dont il est nécessaire de se garantir.
Clématite des haies, ou vlg^ne blanche.
Clematis Vitalba, L. {fig. 814). — Car. gén. : calice à 4 ou 5 sépales ; corolle nulle; étamines nombreuses ; ovaires plus ou moins nombreux, chargés d’un style persistant, ordinairement soyeux
ou plumeux. Feuilles opposées. — Car. spéc.: Ugp Igiimpanle ; feuilles plnnées, composées de 3 folioles un peu en pointues, plus ou moins dentées ; pétioles grimpants.
Cette plante, très-commune dans les haies, pousse des sarments nombreux, anguleux, grimpants, longs de 2 mètres et^s. Ses fleurs sont d’un blanc sale, petites et disposées en une bleuie formée par des pédoncules plusieurs fois trifides. Ses fruits
OutfiovRT, Drogues, édil. T. III. — » 48
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
sont composés d’un grand nombre d’achaines ramassés, qui forment, par leurs aigrettes, des plumets blancs, soyeux, trèsélégants. Toutes les parties de la plante ont une saveur âcre et brûlante ; ses feuilles vertes, écrasées et appliquées sur la peau, la rougissent, l’enflamment, et y produisent des ulcères superficiels et peu dangereux, dont les mendiants se couvrent quelquefois les membres pour exciter la commisération publique : de là lui est venu le nom à’ herbe aux gueux. On a, dit-on, fabriqué d’assez beau papier avec les aigrettes plumeuses de ses fruits. Du reste, elle n’est pas employée.
Autres espèces :
C'it-matite droite, Clematü recta, L., Clematis erecta, DG. Cette espèce diffère de la précédente par ses tiges cylindriques, droites non grimpantes, hautes de un à 2 mètres tout au plus. Ses feuilles sont formées de 5 à 9 folioles longuement pétiolulées, glabres, glaucescenles, ovale s-lancéolées, très-entières. Les fleurs sont blanches, disposées en panicule terminale, à 4 ou S sépales. Les fruits sont orbiculaires, comprimés, glabres, surmontés d’un long style plumeux.
Clématite odorante, Clematis Flammula, L. Sa tige est grimpante, longue de4 à 7 mètres. Ses feuilles sont une ou deux fois ailées, à folioles ovales-lancéolées. Ses fleurs sont blanches, plus petites que dans la première espèce et d’une odeur très-agréable; elles sont disposées sur des pédoncules rameux, de manière à former une petite panicule. Les styles deviennent des aigrettes plumeuses. Cette plante croît naturellement dans le midi de la France, et on la cultive dans les jardins pour en couvrir des berceaux, des murs, etc.
Clématite bleue, Clematis Viticella, L. Ses tiges sont des sarments anguleux, longs de 3 à 4 mètres ou plus. Feuilles composées de 5 pinnules, divisées elles-mêmes en 3 folioles ou 3 lobes ovales ou lancéolés, glabres ; les pétioles s’entortillent comme des vrilles autour des objets environnants. Fleurs bleues, longuement pétiolées, solitaires à l’extrémité des rameaux ou dans leur bifurcation; les pétales sont élargis au sommet et les pistils sont glabres.
J’ai distillé autrefois, sur l’invitation de Chaussier, une certaine quantité de fleurs de clématite odorante, et j’en ai obtenu une eau distillée limpide et incolore, qui, en quelques jours, a formé un dépôt blanc, pulvérulent, très-abondant. Ce dépôt avait une sa^ur d’abord amylacée, puis âcre. Il était insoluble dans l’eau, YsMoo\ et l’éther. En redislillant dessus l’eau qui l’avait laissé P recipiter, l’eau passait seule et la matière restait dans la cornue ayant acquis par l’ébullition une couleur jaune sale, et s’étant ras-
RENONCULACÉES. — ANÉMONES.
semblée en une masse, comme l’albumine ou le gluten. Mais cette matière dillère essentiellement de ces deux corps en ce qu’elle redevient pulvérulente par la dessiccation. Elle est un peu soluble dans l’ammoniaque et dans la potasse caustique bouillante ; enfin elle brûle à une chaleur inférieure à la chaleur rouge, sans se fondre ni se contracter, et en scintillant comme le ferait de l’amadou imprégné d’une tr^s-petite quantité de nitre. Cette singulière substance m’a paru azotée. Je n’ai pas eu lieu de m’en occuper depuis.
Car. gén. : invoiucre distant de la fleur, à 3 feuilles diversement incisées; calice à 5-13 sépales pétaloïdes; corolle nulle ; étamines nombreuses ; carpelles nombreux, monospermes, tantôt surmontés d’une longue queue barbue, tantôt nus. Plantes vivaces herbacées, à souche tubéreuse à la manière des Cyclamen, tantôt
rig. 815. — AuémoDC des Üeuristcs.
horizontale et rampante, d’autres fois fibreuse. Feuilles radicales, pétiolées, simples, plus ou moins divisées. Tige destituée de vraies feuilles, portant l’involucre foliacé au-dessous du sommet. Toutes les anémones sont âcres et rubéfiantes à l’état récent;
756 DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.
mais elles perdent leurqualilé dangereuse par la dessiccation ; ce qui permet de croire qu’elles doivent cette qualité à un principe qui se volatilise pendant la préparation de leur extrait, ou passe à la distillation avec l’eau. Les principales espèces sont :
L’anî-mnnvdfs fli-urlstes, Anemone coronoria, L. Feuilles à trois divisions multilldes et à lobes linéaires et mucronés; celles de l’involucre sont sessiles, multifides ; les sépales sont au nombre de six, ovales, rapprochés, souvent multipliés par la culture. Les fruits sont dépourvus de plumet. Cette plante fait l’ornement des parterres, mais elle est inusitée en médecine.
La pulaatille OU coque-iourdc, ylnemone Pukatilla, L. {fig. 815). Feuilles pinnées-divisées, à segments mullipartites. Fleur penchée, à 6 sépales ouverts; fruits munis d'une queue plumeuse. Cette plante fleurit au printemps, dans les terrains secs et montagneux.
L’anémone des prés, Anemone pratensis, L. Cette plante diffère de la précédente, par sa fleur plus petite, foncée en couleur et penchée; par ses sépales plus aigus, connivents à la base et réfléchis au sommet. Toutes deux, distillées avec de l’eau, donnent une eau limpide ou laiteuse qui laisse déposer, après quelque temps de préparation, une substance blanche, cristalline, volatile et inflammable, pourvue d’une assez grande âcreté, ni acide ni alcaline (t). L'anémone des bois, ou sylvie (Anemone nemorosa, L.), donne un produit semblable, auquel on a cru reconnaître une propriété acide, et qui a été nommé acide anémonique (2).
Itononcules.
Car. gén. : calice à 5 sépales herbacés, tombants ; corolle à 5 pétales, rarement à 10, arrondis, portant une petite écaille à la base de l’onglet. Étamines et ovaires très-nombreux. Fruits comprimés, secs, indéhiscents, monospermes, disposés en capitule globuleux ou cylindrique, terminés chacun par une corne à peine plus longue que l’achaine.
Les renoncules sont des plantes herbacées, vivaces ou annuelles, à racines fibreuses, fasciculées ou grumeuses. Leurs tiges sont cylindriques, dressées ou couchées, ou quelquefois railicantes. Leurs feuilles sont entières, dentées ou multifides, la plupart radicales, les autres situées sur la tige, à l’origine des rameaux ou des pédoncules. Les fleurs sont jaunes ou blanches
(1) Journ. clepharm., t. VI, p. 259.
(2) Juurn. de pharmacie, t. MI, p. 2Î2.
RENONCULACÉES. — ELLÉBORES.
très-raremenl pourpres, presque toutes inodores. Les plantes fraîches sont presque toutes âcres et rubéfiantes à l’extérieur et plus ou moins vénéneuses à l’intérieur ; mais elles perdent la plus grande partie de leurs propriétés dangereuses parla dessiccation. Les principales espèces sont :
La renoncule iieg Jariiiiis, Ranunculus asialtcus, L. — Car. spéc. : feuilles découpées-ternées ou biternées ; segments dentés ou incisés-trifldes. Tige droite, simple ou rameuse par le bas. Calice ouvert et ensuite réfléchi. Les fruits sont disposés en épi cylindrique. Originaire d’Orient ; cultivée dans les jardins.
La $(rande douve, Ranunculus Lingm^ L. — Car. spéc. : feuilles indivises, lancéolées, sous-dentées, sessiles, demi-amplexicaules. Tige droite et glabre. Pleurs jaunes ; racine fibreuse et vivace. Cette plante croît sur le bord des étangs et des fossés aquatiques, parmi les roseaux.
La renoncule flumme OU petite douve, Ranunculus Flammula, L. — Car. spéc. : feuilles glabres, linéaires-lancéolées, les inférieures pétiolées. Tige déclinée un peu radicante ; pédoncules opposés aux feuilles. Pleurs jaunes. Fruits lisses. Croît dans les prés humides.
La renoncule Bcéitsrate, Ranunculus sceleratus, L. — Car. spéc.: feuilles découpées, glabres : les radicales tripartites, à lobes trilobés, sous-incisés ; les supérieures tripartites, à lobes oblongslinéaires entiers ;Tes florales oblongues. Fleurs jaunes. Fruits trèspetits, disposés en épis oblongs. © . Croît dans les marais, par toute l’Europe; très-vénéneuse.
La renoncule àcre OU bouton d’or, Ranunculus acris, L. — Car. spéc. : feuilles un peu pubescentes, à divisions palmées, à lobes incisés-dentés, aigus; celles du sommet linéaires. Tige droite sous-pubescente; pédoncules cylindriques. Pleurs jaunes; calice un peu velu. Fruits terminés par une pointe roide. Croît dans les prés et les pâturages.
La renoncule bulbeuge OU grenouillettc, Ranunculus bulbosus. — Car. spéc. .-feuilles radicales pétiolées, partagées en trois parties, à segments trifldes, incisés-dentés, celui du milieu comme pétiolé. Tige droite, à collet bulbeux. Fleurs jaunes; calices réfléchis. Commune dans les prés, le long des haies et dans les jardins.
Ellébore noir.
Les anciens ont donné le nom à'ellébore à plusieurs plantes très-dangereuses ou suspectes qui appartiennent à deux familles très-différentes, celle des Colchicacées, ou Mélanthacées, et celle
75S DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
des Renonculacées. Ils en distingii.aient deux espèces, le blanc et Je noir. Il n’y a aucun doute h élever sur le premier, qui est le Veratrum album de la famille des Golchicacées (I) ; mais on est incertain si l’ellébore noir des anciens était \’ Helleborus niger, L., de la famille des Renonculacées, ou une espèce voisine trouvée par Tournefort dans l’île d’Anticyre, et nommée Helleborus orientalis; ou si, enfin, cet ellébore noir n’était pas plutôt la racine du Veratrum nigrum, L., dont la propriété fortement drastique peut seule expliquer celle qui avait été attribuée à la racine des Helleborus.
Quoi qu’il en soit, l’ellébore noir de Dioscoride, auquel il donne aussi le nom de Melampodium, est certainement une racine A' Helleborus. Le nom de Melampodium lui a sans doute été donné à cause de la couleur noire de sa racine : suivant d’autres, ce nom serait celui d’un berger nommé Melampus, qui, ayant observé que ses chèvres étaient purgées lorsqu’il leur arrivait de manger de l’ellébore, imagina de s’en servir pour guérir de leur folie les illles de Prœtus, roi d’Argos. Le meilleur ellébore noir croissait dans l’île d’Anticyre et sur la côte de Tliessalie. Tournefort, qui a parcouru ces contrées, n’y a trouvé que l’espèce d’ellébore nommée depuis Helleborus orientalis, dont les feuilles radicales sont très-larges, épaisses, à 7-9 divisions pédalées; les feuilles de la tige sont plus petites, à 3-b divisions palmées. La tige est haute de 35 à 30 centimètres, simple par le bas, rameuse dans sa partie supérieure, terminée par un petit nombre de fleurs larges de 40 à 53 millimètres, pédoneulées, penchées, d’un vert brunâtre. La racine est grosse comme le pouce, dure, ligneuse, placée transversalement dans la terre et munie de radicules à sa partie inférieure. On ne peut douter que cette espèce ne constituât une des sortes d’ellébore noir des anciens. Nous possédons, quant à nous, et nous employons sous le même nom, la racine de deux ellébores indigènes qui sont V Helleborus niger et VHelkborus viridis, L. Voicileurs caractères respectifs :
Helleborus niger, L. {fig. 816). Cette plante croît dans les lieux rudes et montagneux d’une partie de l’Europe; elle est cultivée dans les jardins, où elle porte le nom de rose de Noël, à cause de la forme de sa fleur et de l'époque de l’année où elle fleurit ordinairement. Elle pousse de sa racine des feuilles longuement pétlolées, à divisions très-profondes et pédalées, fermes, luisantes et d’un vert très-foncé. Ses fleurs, d’une belle couleur incarnat, sont portées au nombre de une ou 2 sur une hampe de i6 â 19 centimètres. Ces fleurs sont composées d’un calice persistant â
(1) T. II. p. 148.
RENONCÜLACÉES. — ELLÉBORES.
5 sépales arrondis, de 8 à 10 pétales très-courts et formés en cornet, cachés entre le calice et les étamines; de 30 à 60 étamines et de 6 à 8 ovaires supères qui deviennent autant de capsules folliculeuses, polyspermes.
La racine de V Ilelleborus niger est entièrement noire au dehors et blanche en dedans. Elle se compose d’un tronçon principal très-court, muni d’un certain nombre de radicules tendres et succulentes, noires au dehors également, blanches en dedans, n’oll'rant aucun meditullium ligneux, devenant très-cassantes par la dessiccation. Toute la racine a une saveur astringente, douceâtre, amère, un peu âcre, nauséeuse, fort désagréable. Suivant beaucoup d’auteurs, cette racine, séchée et pulvérisée , purge à la dose de 30 centigrammes à un gramme, mais cause de violentes irritations qui doivent en faire proscrire l’usage. J’ai dit que ees propriétés appartiennent seulement aux racines de Veratrum, tandis que la racine de VHelleborus niger, séchée et pulvérisée, ne possède presque aucune propriété purgative, ainsi que Rayer s'en est assuré.
[M. Bastick (1) en a retiré une substance cristallisable blanche, soluble dans l’eau, l’élher et l’alcool ; amère au goût et produisant sur la langue la même impression que la racine. Elle est sans action sur le papier de tournesol, et ne se combine ni avec les acides ni avec les bases. L’acide sulfurique la dissout et la décompose en se colorant en rouge; l’acide nitrique concentré la dissout et la décompose en se colorant en rouge ; l’acide nitrique concentré la dissout et l’oxyde.]
La racine de VHelleborus niger ne se trouve pas dans le com-
I) Bastick, Phannac. Joacnat, XII, 274.
760 DICOTYLÉDONES TDALAMIFLORES.
mercc à Paris; pour se la procurer, il faut la faire venir d’Allemagne.
Ellébore à fleurs rertes, Ilelleborus Viridis, L. Celle espèce produit de sa racine des feuilles palmées-divisées, longuement pétiolées, et des tiges faibles, droites, glabres, hautes de 15 à 30 centimètres, garnies de quelques feuilles sous-sessiles ; les tiges sont comme dichotomes à la partie supérieure. Les fleurs sont peu nombreuses, à divisions du calice ouvertes et d’une couleur herbacée. La racine de celte plante est formée de plusieurs tronçons d’un brun noirâtre, très-irréguliers, accolés les uns aux autres, d’où partent un grand nombre de longues radicules. Celle racine, desséchée, est plus dure et plus ligneuse que celle de VHelleborus niger, ce qui tient à ce qu’elle est vraiment vivace et dure plusieurs années; tandis que la racine A’Helleborm niget' est au plus bisannuelle, et se détruit à mesure qu’une nouvelle racine et une nouvelle plante se forment à côté de la première. Ses radicules desséchées sont donc ligneuses dans leur intérieur tandis que celles de VHelleborus niger ne le sont pas. Cette racine sèche était vendue autrefois, à Paris, sous le nom à.' ellébore noir ; mais elle ne s’y trouve plus depuis longtemps. Ses longues radicules étaient tressées à la manière de celles de l’angélique de Bohême. Elle a une odeur forte, nauséeuse, et une saveur trèsamère. Celte amertume, mentionnée aussi par Murray, doit être regardée comme un des caractères de celte espèce.
Ellébore fétide OU pied-de-ffrliron, Helleborus fœtiduS, L. [fig. 817). Cette plante est pourvue d’une lige droite, haute de 30 à 50 centimètres, rameuse et comme paniculée à la partie supérieure. Les feuilles inférieures sont pétiolées, d’un vert noirâtre, coriaces, partagées jusqu’à leur base en 8 ou 10 digitations pédalées aiguës dentées en scie. Les feuilles supérieures, servant de bractées aux fleurs, sont d’un vert pâle et jaunâtre, presque réduites à l’état d’un pétiole dilaté et membraneux. Les fleurs sont paniculées, verdâtres, bordées de rouge. Toute la plante, telle que nous la voyons dans nos contrées, dans les pâturages, sur la lisière des bois et sur le bord des routes qui les traversent, est pourvue d’une odeur nauséeuse et fétide. Ses feuilles sont très-amères et trèsâcres; séchées et pulvérisées, elles ont été vantées comme un anthelminthique puissant. Sa racine sert quelquefois à entretenir les sétons des chevaux : elle est formée d’un tronc principal pivotant, d’un gris noirâtre, ligneux, muni d’un grand nombre de radicules ligneuses qui se ramifient elles-mêmes en un chevelu très-fln. Cette racine possède, quoique séchée, une odeur fort désagréable ; mais je la trouve à peine âcre et nullement amère.
Fausse racine d’ellébore noir du commerce. J’ai dit qu’an-
RENONCULACÉES. — ELLÉBORES.
ciennement on trouvait dans le commerce de l’herboristerie, à Paris, sous le nom A’ ellébore noir, la racine de VHelleborus viridis. Mais, vers l’année 1836, ayant voulu me procurer de nouveau cette racine, je n’en ai trouvé que chez un seul droguiste, et encore était-elle brisée, mêlée de racine d'aconit napel, et d’une
autre racine inconnue, longue de plusieurs pouces, réduite à l’état de squelette fibreux et d’une saveur amère fort désagréable. Chez tous les autres droguistes ou herboristes, je n’ai plus trouvé, sous le nom A'Ellébore noir, qu’une autre substance apportée du Midi, laquelle, au lieu d’être une véritable racine, est plutôt une souche rameuse ou articulée, longue de 6 à 14 centimètres, brunâtre ou rougeâtre au dehors, presque toujours privée de ses radicules, terminée supérieurement, et à chaque articulation, par un tronçon de tige creuse, et présentant sur toute sa longueur des impressions circulaires, qui sont les vestiges de l'insertion des feuilles. Cette souche est rougeâtre à l’intérieur, avec un cercle de fibres blanches et ligneuses placées immédiatement sous l’écorce. Les radicules, quand elles existent, sont également ligneuses. La souche offre une saveur purement astringente, avec un léger goût aromatique non désagréable. Cette même odeur aromatique se manifeste pendant la pulvérisation. La poudre, administrée à la dose de 4 à 6 grammes, n’a produit aucun effet appréciable.
762 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLOUES.
Murray (1) dit que la seule racine vendue en France comme ellébore noir est celle de VActæaspicuta, ou herbe iie Naint-OhrUtophe, et Bergius, dans sa Materia medica, donne à la racine de Y Actœaracemosa, plante américaine peu différente de la première, des caractères de forme et de texture qui sont bien ceux du faux ellébore noir du commerce; enfin, la racine de Y Actœa spicata, que je me suis procurée au Jardin des Plantes de Paris, offrant bien la texture fibreuse et les tiges radicantes rougeâtres du faux ellébore, il paraissait naturel d’en conclure que celte dernière racine était bien celle de V Actœa spicata. Cependant comme la racine récoltée au Jardin des Plantes présentait l’odeur désagréable des ellébores, et une saveur très-amère et nauséeuse, j’ai cru pouvoir en conclure, dans ma dernière édition, que ce n’était pas elle qui était vendue à Paris comme e!l ébore noir, et j’ai avoué ne pas connaître la plante qui produit celle-ci. L’année d’après, je m’assurais que cette racine était produite par l’ellébore fétide, et c’est un exemple frappant des différences d’aspect et des propriétés que peuvent offrir les plantes, suivant les eontrées où elles croissent.
Dans notre pays, dans les lieux humides et ombragés, le piedde-griffon offre une couleur verte foncée et presque noire, et une odeur fortement nauséeuse; sur les Alpes de la Savoie, ou je l’ai observée en 1837, toute la plante présente une teinte générale rougeâtre, une odeur non désagréable, et la souche desséchée présente exactement la forme, la teinte rougeâtre, l’odeur aromatique et la saveur de la racine du commerce; de sorte que je crois avoir trouvé là l’origine de la fausse racine d’ellébore du commerce.
IVigellei.
Les nigelles, ou nielles, sont de jolies plantes annuelles dont plusieurs sont cultivées dans les jardins. Leurs feuilles sont pinnatisectées, à divisions multifldes et capillaires. Leurs fleurs sont solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux, formées d’un calice à 5 sépales pétaloïdes, ouverts, le plus souvent de couleur bleue, et d’une corolle à 5 ou tO pétales très-courts bilabiés. Les ovaires sont au nombre de 5 ou dO, plus ou moins soudés à la base, terminés par de longs styles simples et persistants. Les capsules sont plus ou moins soudées, déhiscentes du côté intérieur, polyspermes. Leurs semences sont presque toujours noires, ce qui a valu aux plantes leur nom grec de Melanthium, et le nom latin de Nigella, dérivé de niger.
(I) Murray, /l/)par(jtus medicamiivm, IW, •p. 48.
RENONCULACÉES. — NIGELLES.
:visplle ües eiiampg, Nigella arvensis, L. Tige droite, haute de 22 à 28 centimètres, glabre comme toute la plante, simple ou divisée en rameaux divergents. Feuilles deux foi spinnatiüdes, à lobes linéaires. Fleurs dépourvues de collerette, portant cinq sépales étalés, d’un bleu clair, quelquefois blancs, ayant leurs onglets longs et très-étroits; les pétales sont an nombre de huit, d'un bleu plus foncé, rayés de brun en travers. Les cinq ovaires deviennent des capsules allongées, renfermant des graines noirâtres qu’on peut comparer à de grosse poudre à canon. Ces semences sont triangulaires, amincies en pointe à l’extrémité ombilicale, comme chagrinées à leur surface. L’embyron est trè.s-pelit, droit, placé près de l’ombilic dans un endosperme huileux.
Cette semence possède une odeur aromatique qui devient plus forte par l’écrasement, en acquérant de l’analogie avec celle du carvi et non du cumin, à laquelle on l’a comparée; d’où lui est venu le nom de cumin noir qu’on lui a donné anciennement. Pour la distinguer des suivantes, j’ajouterai qu’elle est d’un gris noir foncé, mais non complètement noire ; qu’elle offre des angles très-marqués et un peu marginanls; que ses surfaces sont planes, un peu enfoncées et seulement chagrinées, sans indice de plis transversaux proéminents; enfin, qu’elle est moins aromatique.
î^'lîjelle culiivée OU nl^rdlc romaine, cumin noir également ; Nigella saliva, L. Tige droite, légèrement pubescente, haute de 30 centimètres, ramifiée. Feuilles sessiles, deux fois pinnalilides, à folioles linéaires, aiguËs. Les fleurs sont bleues ou quelquefois blanches, solitaires à l’extrémité de la tige ou des rameaux, dépourvues de collerette. Les pistils et les capsules sont chargés de petits points tuberculeux. Les semences sont noires, excepté dans une variété dite citrina, qui les a jaunes.
La nigelle cultivée ordinaire a les semences noires, triangulaires, amincies en pointe du côté de l’ombilic ; leurs surfaces sont planes, plus profondément rugueuses que celles de la nigelle des champs, et offrent quelques indices des plis transversaux proéminents; leur odeur est forte, agréable et lient à la fois du citron et de la carotte. La variété citrina a les semences semblables, sauf leur couleur jaune grisâtre et leur odeur encore plus forte, qui tient du poivre et du sassafras.
On trouve dans l’Inde une nigelle nommée par lloxburg Nigella indica, mais avec l’indication qu’elle est à comparer au Nigella arvensis; elle est nommée par Ainslie Nigella saliva, et est rangée par De Candolle parmi les variétés de celte dernière espèce. Celte plante porte dans l’Inde le nom de hala-jira, et j’ai raconté
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
(page 71) comment ses semences, arrivées en France par la voie du commerce, avaient été prises pour celles du Vernonia anihelminthica. Ces semences ne dilfèrent pas de celles du ISigella saliva a et p, non plus que d’autres venues d’Égypte sous les noms de graine noire et de suneg.
iVigelie «le Damas. NigoUa damascena, L. Celte espèce diffère de la précédente par l’involucre polyphylle, multifide et capillacé qui est situé immédiatement sous la Heur et qui l’entoure presque complètement, et par la singulière disposition de ses cinq capsules qui, étant soudées jusqu’au sommet, sont chacune divisées intérieurement en deux loges concentriques : l’une intérieure, séminifère; l’autre extérieure, vide, paraissant résulter de la séparation de l’épicarpe, accru et tuméfié, d’avec l’endocarpe. Les semences sont un peu plus grosses que les précédentes, complètement noires, triangulaires, mais à faces bombées, ce qui leur donne une forme presque ovoïde. Leur surface est traversée par de nombreux plis transversaux, proéminents. Elles exhalent, lorsqu’on les écrase, une odeur des plus agréables que j’ai peine à comparer à une autre.
Toutes les espèces ou variétés de semences de nigelle dont je viens de parler, auxquelles il faut ajouter celles de nigelle de Crète (variété du Nigella saliva), qui sont très-aromatiques, sont usitées comme épice, dans tout l’Orient. En Égypte, on en saupoudre le pain et les gâteaux pour les rendre plus appétissants, et les femmes lui attribuent la propriété d’augmenter l’embonpoint, qui constitue la beauté suprême chez les Orientaux.
Il ne faut pas confondre les vraies nigelles avec une plante qui en porte aussi le nom, mais que l’on désigne plus habituellement sous ceux de nielle des blés, de fausse nielle ou de Nigellaslrum, et qui doit ses différents noms à ces semences noires et tuberculeuses. Cette plante, qui est très-commune dans les blés, est le Lychnis GiïAag'o, Lamk. (Agroslemma Gilhago, L.), de la famille des Caryophyllées (page 43). Ses semences ont à peu près la grosseur de la vesce, sont tout à fait noires, recourbées sur elles-mêmes, couvertes de tubercules rangés par lignes longitudinales; elles ont été comparées par Ray, quand on les voit à la loupe, à un hérisson roulé; elles sont inodores et ont une saveur farineuse accompagnée d’un peu d’amertume et d’âcrelé.
Racine de Cliynlen ou «le Maugouste.
Il est peu de substances qui aient porté plus de noms que celleci ; car, si je ne me trompe,, c’est elle dont les auteurs ont voulu parler sous les différentes dénominations de Chonlin, Ckouline,
RENONCULACÉES. — RACINE DE CllYNLEN. 763
chuline, souline, racine d'or y racine jaune, racine amère de la Chine, racine de mmgo ou de mangouste.
J’ai reçu, en effet, en 1829, de M. Idt, de Lyon, une racine nommée foli des Chinois ou racine d'or, qui s’est trouvée être la même que la chuline ou rcecine amère de la Chine, que j’obtenais dans le môme moment de l’obligeance de M. Lodibert ; et en comparant ces deux racines au chynlen de Bergius (1) et au raiz de mungo décrit par Humphius, il m’a paru que ces substances n’offraient aucune différence essentielle ; de sorte que l’origine bien connue de cette dernière peut être raisonnablement appliquée à toutes les autres.
La racine de chynlen, telle que je l’ai reçue de M. Idt {fig. 818) sous le nom de racine d’or, est de la grosseur d’une petite plume à écrire, longue de 25 millimètres et plus, tortueuse, d’une teinte
Fij;. 818, — Raciue de Chynlen.
générale jaune obscur, inodore et d’une forte amertume. Elle colore la salive en jaune safrané, et forme avec l’eau un infusé jaune très-amer, rougissant par le sulfate de fer. Examinée plus eu détail, cette racine est presque toujours formée d’une souche un peu renflée, annelée ou ondulée, armée de courtes pointes épineuses, rétrécie brusquementà sa partie inférieure, et terminée par un prolongement cylindrique et ligneux, que l’on prendrait pour la tige de la plante, si une petite touffe de pétioles radicaux, qui reste souvent à l’autre extrémité, ne montrait où se trouve
(1 Bergius, Maleria medica, t. Il, p. 967.
760 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
la partie supérieure de la racine. Ce prolongement ligneux est tellement gorgé de matière extractive desséchée qu’il offre souvent une cassure vitreuse: la souche présente la même cassure dans son écorce, tandis que le centre est formé de libres d’un beau jaune et rayonnées.
La Chuline ou racine amère que m’a remise M. Lodibert {fig. 819) ne diffère en rien, dans les plus petites racines, de la racine d’or ; mais elle est généralement plus grosse, pouvant acquérir le volume du petit doigt et une longueur de 3a millimètres. Elle parait plus âgée ou mieux nourrie, et amylacée, car les larves d’insectes l’attaquent facilement, et sa couleur, étant affaiblie, est d'un jaune plus pur; sa cassure est plutôt ligneuse que vitreuse, elle offre un plus grand nombre de radicules piquantes, et son
Fig. 819. — Chuline,
collet, qui est très-ragneux, est souvent entouré de fibres dressées qui sont les débris des pétioles des feuilles radicales.
Occupons-nous maintenant de la plante qui fournit le Chynlen ou la racine d’or. J’ai répété, après un auteur moderne, dans une notice sur ce sujet (1), que Loureiro avait attribué la racine d’or au Thalictrum sinense (2). Loureiro ne parle pas de la racine d’or , et donne au Thalictrum sinense, une racine tubéreuse arrondie, solide et très-blanche, ce qui ne convient aucunement au Chynlen; l’erreur ne peut donc pas lui être reprochée.
RENONCUUCÉES. — ANCOLIE VULGAIRE. 767
D'autres attribuent seuleuicnt la racine d’or à un Thaiictrum, sans désignation d’espèces; mais cette opinion sans preuve doit céder à celle que j’ai émise, fondée sur la conformité de caractères du chynlen ou de la racine d’or avec la racine de mangouste de Ilumphius (i). Or, celle-ci est produite par YOphioxylum serptentinum, L., de la famille des Apocynées; c’est donc à ce végétal qu’il convient également d’attribuer les autres (2).
La racine de mangouste tire son nom de ce que la mangouste, animal du genre des civettes, en mâche préalablement lorsqu’elle veut combattre les serpents, ou après en avoir été blessée. Ce fait, qui est attesté par Garcias, Kæmpfer et Ilumphius, a conduit les habitants de l’Inde, de Ceylaii, des îles de la Sonde et des îles Moluques, à adopter la racine de mangouste comme antidote de toute espèce de venin. A Batavia, on l’emploie contre l’anxiété, la fièvre, les coliques et les vomissements. En Chine, la racine de chynlen est usitée contre les mêmes affections, et Bergius l’a employée avec avantage, en observant qu’el le produit quelquefois un etfet émétique suivi cependant de soulagement.
La racine de mangouste est encore une de celles qui ont porté le nom si prodigué de bois de couleuvre, à cause de l’usage qu’on en faisait contre la morsure des serpents venimeux ; c’est même, de toutes, celle qui était le plus estimée, .puisque Garcias la décrit sous le nom de Uynum colubrinum primum seu laudatissimum (3).
La racine de Chynlen est maintenant rapportée par les auteurs au Coptis Teeta, Wallich, petite plante herbacée du pays d’Assam (4).
.lucolie vulgaire.
Aquüegiavulgaris, L. — Car. gén. : calice pétalo'ide, tombant, à .5 divisions; corolle à 3 pétales ouverts supérieurement, bilabiés: lèvre extérieure grande et plane; l’intérieure très-petite, prolongée en un éperon creux, calleux au sommet, sortant entre les divisions du calice; étamines nombreuses disposées en 3 â 10 faisceaux; les plus intérieures abortives et se transformant en
(1) Rumph., Herb. Amboin, t. Vil, p. 29, tab. 16.
(2) Il est possible d’ailleurs que la racine de chynlen soit synonyme de racine de mungo; car chulon est le nom du chat cervier dans la Tartarie chinoise, et le nom de cet animal, assez voisin des civettes, a pu être employé par les Chinois comme la traduction do mungo.
(3) On peut consulter sur ce sujet le Mémoire que j’ai publié dans le Journal de chimie médicale, t. VI, p. 481.
(4) Voir Cleyer, Syecimen medicinœ sinicce med. sinops., n” 27, et Flükiger et Hanbury, Pharmacoyrophia, 4.
7fi8 DICOTYLÉDONES TIIALAMIFLORES.
écailles qui entourent les ovaires après la floraison. — Car. spêc. : S ovaires ; 5 capsules droites, polyspermes ; éperons recourbés ■ capsules velues. Tige feuillue, multiflore. Feuilles presque glabres; style ne surpassant pas les étamines.
Cette plante s’élève à la hauteur de 50 centimètres. Ses feuilles ressemblent à celles de la grande cbélidoine ; leur couleur verte est inégalement mélangée de brun et de noir. Ses fleurs sont d’une belle couleur bleue lorsqu’elle croît naturellement dans les prés, dans les buissons et dans les bois un peu humides; mais leur couleur varie beaucoup par la culture, ainsi que le nombre et la situation de leurs cornets. Ou les dit corniculées lorsque les pétales accessoires, nés de la transformation des étamines, sont tous éperonnés, les éperons étant prolongés en dessous; inverses, quand les éperons sont dirigés eu l’air par la torsion de l’onglet des pétales ; étoilées, quand les pétales accessoires sont plans et privés d’éperons; dégénérées, lorsque les pétales et les étamines avortent, et que les sépales du calice, multipliés, prennent une couleur verte.
L’ancolie a été usitée comme diurétique et apéritive, et scs semences, mises en émulsion, passaient pour faciliter la sortie des pustules varioliques. Ses Heurs bleues peuvent servir à faire un sirop susceptible d’être employé comme réactif à l’instar de celui des violettes, pour démontrer la présence des acides et des alcalis.
naiipliincllc.
Genres de plantes llenonculacées, appartenant à la tribu des Elléborées, dont voici les principaux caractères : calice coloré, tombant, à 5 sépales dont le supérieur est terminé, à la base, par un éperon creux; corolle à 4 pétales quelquefois soudés entre eux, et dont les deux supérieurs sont allongés, par la base, en appendices renfermés dans l’éperon; étamines nombreuses; de 1 à .f) ovaires devenant autant de follicules distincts.
Ce genre comprend un assez grand nombre d'espèces dont plusieurs sont répandues en Europe et sont cultivées comme plantes d’ornement. Les deux plus communes portent le nom vulgaire de pied-d’alouette et se distinguent en pied-ii’alouftt« «le» ciKimpa et pied-d’alouette de* Jardin*. La première portail aulrelois le nom de conHoude rojaie {Consolida regain), et a reçu de Linné le nom Ae. Delphiniim Consolida. Elle croit dans les champs. Sa racine libreuse et annuelle donne naissance à une lige droite, haute de 35 à 50 centimètres, divisée en rameaux étalés et garnie de feuilles à trois divisions principales, découpées elles-mêmes en plusieurs lanières linéaires. Ses fleurs, dont le calice est ordinal-
RENONCULACÉES. — STAPHISAIGRE.
rement d’un beau bleu, sont disposées à l’extrémité de la tige et des rameaux en grappes peu garnies. Les quatre pétales sont soudés et forment une corolle monopétale blanchâtre, prolongée à sa base en un éperon renfermé dans celui du calice. Il n’y a qu’un ovaire, et le fruit se compose d’une seule capsule glabre, polysperme. On dit que les semences possèdent l’âcrelé de celles de la staphisaigre, et qu’elles peuvent servir également à détruire la vermine de la tête.
Le pied-d’alouette des Jardins {Delphinium Ajach, L.) diffère de la précédente en ce qu’il s’élève davantage et se ramifie moins. Ses feuilles sont plus rapprochées, plus grandes, h un plus grand nombre de divisions, et ses fleurs sont plus nombreuses également, plus rapprochées, plus grandes, portées sur des pédoncules plus courts. Elles sont formées, de même que dans la première espèce, d’un calice à 5 sépales naturellement bleus, mais pouvant devenir blancs ou roses et pouvant se doubler par la culture. La corolle est blanche et marquée, vers le haut, de quelques lignes d’un pourpre foncé, dans lesquelles on a cru voir les lettres Al AI, ce qui a fait penser aux commentateurs que la plante pouvait être l’hyacinthe de Théocriteet d’üvide, de laquelle ce dernier poète a dit en parlant d’Apollon :
Ipse sues gemitus foliis inscribit, et AI, AI Flos Imbot iiisci’iptum; funosta littera ducta est.
Ou bien la fleur d’Ajax, à laquelle Virgile (1) fait allusion :
Die quibus in terris inscripti nomina regain Nascuntur flores, et Pliylida solus liabeto.
Staphisaigtre.
Delphinium Staphisagria, L. {fig. 820). Racine, annuelle, pivotante, simple ou peu divisée. Tige cylindrique, droite, peu rameuse, velue, ainsi que les pétioles des feuilles; haute de 33 à 65 centimètres. Feuilles palmées, toutes pétiolées, découpées, en 5 ou 7 lobes. Les fleurs sont d’un bleu clair, disposées en grappes terminales, munies de bractées à la base des pédicelles. Les pétales sont libres; les deux inférieurs sont onguiculés et les deux supérieurs prolongés en appendices qui pénètrent dans l’éperon. L’éperon est très-court. Le fruit est composé de 4 capsules courtes et ventrues, terminées par les styles persistants. Les semences sont volumineuses, au nombre de cinq dans chaque capsule, et tellement comprimées les unes contre les autres qu’elles forment une seule masse solide, remplissant toute la capsule et simulant une
(I) Virgile, troisième Églogue. .
r, Drogues, 7*
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
semence unique. Les semences isolées sont grosses comme celles de la gesse, irrégulièrement triangulaires, à surface noirâtre et réticulée, contenant une amande blanche et huileuse. I/amande et le test ont une odeur désagréable et une saveur âcre, insupportable.
La staphisaigre croît dans les lieux ombragés de la France méridionale et de l’Italie ; on peut la cultiver dans les jardins comme plante d’agrément. Ses semences sont un poison très-actif pour l’homme et les animaux;elles enivrent lepoisson, comme le fait la coque du Levant. Elles sont aujourd'hui complètement bannies de la médecine interne, et ne servent à l’extérieur que pour faire mourir la vermine de la tête, ce qui a valu à la plante le nom
A' herbe aux poux ou pour guérir la gale et quelques affections dartreuses.
Lassaigne et Feunelle ont obtenu de l’analyse de semences de staphisaigre : un principe amer brun, une huile volatile, une huile grasse, de l'albumine, une matière animalisée, du mucoso-sucré, une substance alcaline organique nouvelle, qu’ils ont nommée delphine et qui existe dans la semence à l’état de surmalate; un principe amer jaune, des sels minéraux.
[L’étude des semences de staphisaigre a été reprise en 1833 par M. Couerbe (1), qui a donné une méthode rapide pour isoler le principe alcalin, et par M. Darbel, qui pense que la delphine obtenue parle procédé de M. Couerbe
n’est pas un corps parfaitement
pur. Il a retiré de la Staphisaigre trois principes, tous trèsvénéneux, auxquels il a donné le nom de delphine, staphisagrine et staphisine {staphüain de M. Couerbe), et qu’il regarde comme des alcaloïdes ; et une quatrième substance résineuse qui présente quelques-unes des propriétés des alcalis organiques (2).
La delphine pure a une couleur légèrement ambrée, mais de-
(1) ;Couerbe, Annales de phys, et de chimie, V série, LU, p. 352.
(2) Darbel, Recherches chimiques et physiologiques sur les alcaloïdes du Delphinium Slaphisagria (Thèse de la Faculté de médecine de Montpellier, 18G4).
RENONCULA.CÉES. — ACONITS.
vient presque blanche par la pulvérisation. Sa saveur est âcre et amère : elle est presque insoluble dans l’eau même bouillante, soluble dans l’alcool, l’kber, le sulfure de carbone, la benzine et les acides.
La staphisagrine pure a des propriétés analogues; précipitée de ses dissolutions par l’ammoniaque, elle se présente sous la forme d’une matière gélatineuse très-différente de la delphine.
Quant à la staphisine [staphisain de M. Couerbe), c’est une matière résineuse d’un blanc sale, soluble dans l’alcool, le chloroforme, mais insoluble dans le sulfure de carbone et l’éther. Sa réaction est alcaline et elle forme avec les acides des sels colorés en brun et à réaction acide.] '
Aconits.
Car. gén. : calice à o sépales pétaloïdes, dont le supérieur est ample, concave et en forme de casque ; corolle formée de 5 pétales dont deux supérieurs dressés dans l’intérieur du casque, longuement onguiculés et en forme de cornet ou de capuchon; les trois autres pétales sont très-petits, réduits à l’état d’onglets ou convertis en étamines. Étamines très-nombreuses ; 3 ou 3 pistils; 3 ou 5 capsules ovales, dressées, aiguës, à une seule valve, polyspermes.
Les aconits sont des plantes fort vénéneuses, que la beauté de leurs fleurs fait cultiver dans les jardins. Les principales espèces sont:
L’aconit antliore, AcOîlitum Aritkora, L. Cette plante est vivace et croît dans les contrées montagneuses de l’Europe. Elle pousse une tige anguleuse, ferme, un peu velue, haute de 50 centimètres. Ses feuilles sont nombreuses, à divisions palmées, multifldes, terminées en lobes linéaires. Les fleurs sont d’un jaune pâle, pourvues d’un casque en forme de bonnet phrygien. La racine est composée de tubercules charnus, fasciculés, pourvus d’un grand nombre de radicules; elle est brune au dehors, blanche eu dedans, d’une saveur âcre et amère. On l’a conseillée autrefois comme contre-poison des autres aconits, et spécialement d’une
772 DICOTYLÉDONES TlIALAMIFLORES.
espèce de renoncule très-vénéneuse nommée Thora ou Phthora {Ranvnculus Thora, C.), et de là est venu à la première le nom A'Anthoreoü A’ Aconit salutifère; mais ses seules bonnes qualités sont peut-être d’être un peu moins pernicieuses que les autres.
Aconit tne-loup, Aconitum Lycoctonum, L. Plante haute de 60 à 100 centimètres, pourvue de feuilles pubescentes profondément divisées en 3 ou 3 lobes trifides et incisés ; bractéoles placées au milieu des pédicelles. Fleurs d’un blanc jaunâtre à casque conique, obtus, pubescent. Sa racine, coupée par morceaux et mélangée à une pâtée de viande, sert à empoisonner les loups.
Aconit uapel, Aconùum Napellus, L. {fig. 821). Espèce trèsvariablé dans sa forme, haute de 63 à 100 centimètres, ayant une tige droite terminée par un épi plus ou moins long ou plus ou moins serré, ou par une panicule de belles fleurs bleues. Ses feuilles sont d’une belle couleur verte, luisantes, presque’entièrement divisées en lobes palmés, pinnatifldes, dont les divisions sont élargies vers l’extrémité. Le casque est demi-circulaire, comprimé, terminé par une pointe courte. Le sac formé par le cornet des pétales est sous-conique, terminé par un éperon court, épais, incliné. Les ovaires elles capsules sont au nombre de trois. La racine, qui est très-vénéneuse, a la forme d’un petit navet, et c’est de là que lui est venu le nom de Napellus, diminutif de Napus; mais cette racine est ligneuse, munie d\in grand nombre de radicules, et elle offre ordinairement l’assemblage de deux ou trois tubercules fusiformes, développés horizontalement à côté les uns des autres, et qui se détruisent successivement après avoir duré deux ou trois ans.
On a publié (1) le récit de l’empoisonnement de quatre personnes, dont trois sont mortes, pour avoir bu environ 30 grammes d’eau-de-vie dans laquelle on avait fait infuser, par erreur, de la racine d’aconit au lieu de celte de livèche. Les jeunes pousses de l’aconit sont peu actives, et Linné rapporte que les Lapons les mangent cuites dans la graisse; mais les feuilles développées sont fort dangereuses, comme plusieiM's accidents l’ont prouvé. Cependant l’extrait, employé à petite dose, a été préconisé par Stoerk comme sudorifique dans les cas de syphilis, de rhumatismes goutteux, articulaires, etc., et employé depuis, par beaucoup d’autres médecins, dans un certain nombre d’autres maladies. Malheureusement, le mode de dessiccation de la plante, de préparation de l’extrait, et l’ancienneté plus ou moins grande des préparations, paraissent influer beaucoup sur l’activité des médicaments. On admet également que la plante venue natu-
(1) Journal de chimie médicale, t. III, p. 344.
RENONCULACÉES. — ACONITS. 773
rellement sur les montagnes est beaucoup plus active que celle cultivée dans les jardins. Enfin, il est probable que l’espèce ou la variété d’aconit employée influe également sur les résultats qu’on peut en attendre; mais il est difficile de dire quelles sont celles qui méritent la préférence, en raison du grand nombre d’espèces ou de variétés qui paraissent avoir été employées à peu près indifféremment sous le nom à'aconit napel. Ces plantes sont :
Les Aconüutn tauricum, spicatum, macrostachyum, neubergense, etc., variétés de V Aconüutn Napellus.
Et \tsAconitum variegatum, rostratum,paniculatum,s(oerkianum, iniei'medium, etc., espèces ou variétés formées de VAconüum cammarum, L.
Pendant longtemps les chimistes ont vainement cherché à isoler le principe actif de l’aconit, et l’on avait fini par supposer que ce principe, étant volatil, se perdait pendant les opérations employées pour l’obtenir. Cependant MM. Geiger et Hesse, d’un côté, et M. Berthemot, de l’autre, sont parvenus à extraire des feuilles d’aconit un alcaloïde fortement vénéneux, auquel la plante doit nécessairement ses propriétés; mais comme les propriétés assignées à l’alcaloïde ne sont pas identiques, puisque celui de M. Hesse dilate la pupille, tandis que l’autre la contracte, il est à désirer que de nouvelles recherches soient entreprises sur la racine de la plante, de laquelle, probablement, le principe sera plus facile à retirer que des feuilles.
[M. E. nottot(i) a montré que la racine était en effet l’organe le plus actif de la plante. Il a ainsi étudié VAconùine qu’il a obtenue à un degré d’activité beaucoup plus considérable que celle du commerce. Il lui attribue les caractères suivants : substance amorphe, en poudre blanche, très-légère, d’une amertume trèsmarquée, contenant 20 p. 100 d’eau,- qu’elle perd en fondant à 85“ ; elle est alors jaune d’ambre, transparente. Elle est à peine soluble dans l’eau; très-soluble dans l’alcool, l’éther, la benzine et le chloroforme. L’acide sulfurique la colore en jaune, puis en rouge-violet. Elle ramène au bleu la teinture de tournesol rougie par les acides et forme avec les acides des sels amorphes.
Depuis lors M. Duquesnel a donné un procédé qui permet d’obtenir une assez grande quantité d’aconitine cristallisée (2).
A côté de l’aconiline, M.M. T. et H. Smith (3) ont signalé un alcaloïde, cristallisant très-facilement, et qui paraît avoir la même formule que lanarcotine. Ils font nommée aconelline.]
(1) E. Ilotlot, Thèse de la Faculté de médecine de Paris. ISGi.
(2) Duquesnel, Comptes rendus de l'Académie des sciences, LXItl, 207, et de VAconiline cristallisée. 1872.
(3) T. et II. Smith, Pharm. Juuni. 2' série. V, 317. 18C3-Gd.
774 DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
Aconit féroce, Aconüumferox, Wallich. Cette plante croit dans leNépauI, aux lieux élevés de la chaîne de rHitnalaya. Elle ressemble beaucoup à YAconitum Napellus par la couleur et la disposition de ses fleurs, et par ses feuilles à 5 lobes palmés et pinnatifides. La racine est également formée de un, deux ou trois tubercules ovoïdes allongés ou presque fusiformes, longs de 5, 3 à 11 centimètres, d’un brun noirâtre au dehors, blanchâtres à l’intérieur; ils sont amylacés, inodores, d’une saveur âcre et amère, et renferment un des poisons les plus actifs du règne végétal, ainsi qu’il résulte des expériences du docteur Wallich et de M. J. Pereira. Un seul grain d’extrait alcoolique, introduit dans la cavité du péritoine d’un lapin, le tua en deux minutes; 2 grains introduits dans la veine jugulaire d’un fort chien l’ont tué en trois minutes. L’extrait introduit dans l’estomac agit beaucoup moins, et l’extrait aqueux est plus faible que l’alcoolique (1).
Ce sont les racines de cet Aconitum ferox, ou bish, qui, envoyées en 1863 comme jalap à Constantinople, y ont produit des empoisonnements nombreux (2).]
Plvoinei.
Car. gén. : calice à 5 pétales concaves, orbiculaires, persistants ; corolle à 5 ou 10 pétales orbiculaires privés d’onglets ; étamines très-nombreuses; de 2 à S ovaires épais, entourés â leur base d’un disque charnu, couronnés chacun par un stigmate sessile, épais, falciforme, coloré. Le fruit consiste en plusieurs capsules ovales-oblongues, ventrues, terminées par une seule loge, s’ouvrant du côté interne et renfermant des semences globuleuses, lisses et luisantes.
Les pivoines sont de très-belles plantes qui croissent naturellement dans les lieux montueux de l’ancien monde, du Portugal jusqu’à la Chine, et qui font l’ornement des jardins par leurs magnifiques fleurs souvent doublées par la culture, très-souvent d’un rouge vif, quelquefois roses ou blanches, jamais bleues ni jaunes. Une des plus belles espèces est le mou-tan ou plToiue eYi arhre de Chine (Pœonia Mou-tan, Sims), dont la tige est ligneuse, ramifiée, haute de 3 à 4 pieds dans nos jardins (plus élevée dans son pays natal), garnie de feuilles bipinnatisectées, à segments ovales-oblongs, glauques en dessous. Les fleurs sont
(1) Journ. de chim. méd., 1830, p. 6G2, et 1835, p. 109.
(2) Voir Schroff, Eine hoclisl gefahrliche Verweschelung der Jalapwürzer {Zeitsch. derallgem. aster. Apolheker-Yereines. Juni, 1865).
M. Guibourt avait rassemblé sur le bish de nombreux matériaux, pour un travail que la mort est venue interrompre et dont il n’avait pu malheureusement écrire que quelques pages d'introduction.
RENONCULACÉES. — PIVOINES. ITH
larges de 13 à 19 cenlimèlres, d’un rouge clair, quelquefois blanches, d’une faible odeur de rose ; les capsules sont velues, portées sur un disque charnu qui, dans une variété {Pœonia papaveracea), les renferme presque complètement.
Deux espèces de pivoines indigènes, connues sous les noms vulgaires de pivoine mâle et de pivoine femelle, ont été longtemps préconisées en médecine contre l’épilepsie; mais elles sont aujourd'hui presque complètement oubliées. La première, nommée aujourd’hui Pœonia corallina, est herbacée, haute de 60 à 100 centimètres, rougeâtre dans la partie supérieure des rameaux. Les feuilles sont découpées, en segments deux fois ternés, ovés, glabres, entiers, d’un vert foncé et luisantes en dessus, blanchâtres en desous, portées sur des pétioles rougeâtres. Les fleurs sont solitaires à l’extrémité des rameaux, le plus souvent simples et de couleur purpurine ou incarnate. Les capsules sont écartées dès la base, recourbées en dehors, cotonneuses, déhiscentes par la partie supérieure du côté interne, et montrant des semences globuleuses grosses comme des petits pois, d’un beau rouge d’abord, puis d’un bleu obscur, enfin noires. La racine est napiforme, grosse comme le pouce ou davantage, pivotante ou ramifiée, de couleur rougeâtre au dehors, blanchâtre en dedans, d’une odeur forte, analogue à celle du raifort, lorsqu’elle est récente. Nouvellement séchée, elle conserve encore une partie de son odeur et une saveur assez marquée ; mais lorsqu’elle commence à vieillir, et telle qu’elle existe presque toujours dans le commerce, elle n’est plus que farineuse et un peu astringente. Elle entre dans le sirop d’armoise composé et dans la poudre de Guttëte. Ses se- Fig. sîs. — Pivoine femelle, mences servent à faire pour les jeunes enfants des colliers auxquels on attribue la propriété de faciliter la dentition ; on prépare avec les fleurs une eau distillée et un sirop. La racine a été analysée par M. Morin (1).
La pivoine mâle est rare dans les jardins, où l’on ne trouve guère que la pivoine femelle qu’on lui substitue le plus ordinairement.
(1) Morin, Jour», de pharm., t. X, p. 287.
DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.
PiTolne femelle, Pœonia officinalis, llelr. {/tg, 822). La racine de cette plante est formée de tubercules oblongs, comme ceux de l’asphodèle, suspendus à des fibres. Sa tige est haute d’un mètre environ, ramifiée, verte et non rougeâtre, pourvue de feuilles découpées en segments deux fois ternés, et le lobe terminal partagé en deux ou trois parties. Les fleurs sont ordinairement d’une belle couleur rouge et souvent doublées par la culture ; les capsules sont velues, dressées à la base, divergentes par le sommet. Les semences sont plus petites que dans l’espèce précédente et oblongues.
On cultive dans les jardins beaucoup d’autres espèces ou variétés de pivoine, et principalement les Pœonia peregrina, lobata, albiflora, hybrida^ laciniata, etc.
FhN DU TOME TROISIÈME.