‹ Histoire naturelle des drogues simples, ou Cours d'histoire naturelle professé à l'École supérieure de pharmacie de Paris. Tome troisièmeChapitre 136 sur 139 · MÉNISPERMACÉES. — COQUE DU LEVANT. 7H · texte numérisé non relu

MÉNISPERMACÉES. — COQUE DU LEVANT. 7H

Voici les caractères du genre Anamirla: fleurs dioïques. Fleurs mâles offrant un calice court, tnpartile ; une corolle à 6 pétales bisériés, réfléchis ; des étamines nombreuses réunies en un tube central, cylindrique, dilaté et arrondi au sommet, lequel se trouve couvert d’anthères sessiles, adnées, quadriloculaires. Fleurs femelles à calice triphylle, très-caduc; corolle nulle; 3 ovaires libres et sessiles au sommet d’un gynophore cylindrique; styles très-courts, stigmates arrondis sur le côté. Le fruit est formé de 3 drupes charnus dont un seul persiste le plus souvent; ce drupe persistant et un peu recourbé en forme de rein, renferme un noyau incomplètement séparé en deux loges par un repli de la suture ; la semence est inverse et contient un embryon droit, au milieu d’un endosperme charnu.

La coque du Levant, telle que le commerce la fournit, est plus grosse qu’un pois, arrondie et légèrement réniforme;»elle est formée d’un brou desséché, mince, noirâtre, rugueux, d’une saveur faiblement âcre et amère, et d’une coque blanche, ligneuse, à 2 valves, au milieu de laquelle s’élève un placenta central rétréci par le bas, élargi par le haut et divisé inférieurement en deux petites loges. Tout l’espace compris entre ce placenta central et la coque est rempli par une amande creuse à l’intérieur et ouverte sur le côté pour recevoir le placenta. L’embryon est formé d’une radicule cylindrique, supère, et de deux cotylédons foliacés, écartés et recourbés comme les branches d’un forceps, et plongeant, de chaque côté du placenta, dans une loge plate et longitudinale, pratiquée dans l’endosperme (voir figure 807).

L’arnande de la coque du Levant est grasse et très-amère. Pol. Boullay en a extrait un principe vénéneux cristallisable, qu’il a nomxaè picrotoxine. dette amande se détruit avec le temps, de môme que cela a lieu pour les racines et les grains de Tilly, et il n’est pas rare de voir les vieilles coques du Levant presque entièrement vides. 11 faut donc les choisir récentes, si l’on veut obtenir quelque résultat de leur analyse chimique.

La coque du Levant est usitée dans l’Inde pour la pêche du poisson, qui, après avoir avalé l’appât contenant cette substance, vient tournoyer et mourir à la surface de l’eau. D’après les expériences du docteur Goupil (1), cet emploi peut être suivi de graves inconvénients lorsqu’on n’a pas le soin de prendre et de vider le poisson aussitôt qu’il paraît sur l’eau, car alors la chair devient vénéneuse et agit sur l’homme et les animaux comme la coque du Levant môme.

Cette action vénéneuse réside dans l’amande du fruit, etl’en- (1) Goupil, Bulletin de pharmacie, i. U, â09.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

veloppe ligneuse est purement vomitive. Pol. Boiillay n’en a retiré, en effet, ciu’une matière jaune extractive, sans picrotoxine. Cependant M.M. Pelletier et Couerbe, qui l’ont soumise à un examen plus approfondi, y ont découvert une base alcaline cristallisablc nommée ménüpermine; mais cette base est insipide et sans action marquée sur l’économie animale.

D’après Pol. Boullay, l’amande de la coque du Levant contient moitié de son poids d’une huile concrète, formée d’élaïne et de stéarine; de l’albumine; une matière colorante particulière; 0,02 de picrotoxine ; des surmalales de chaux et de potasse ; du sulfate de potasse, etc. Suivant Lecanu et Casaceca, le corps gras se trouve dans la coque du Levant en partie à l'étal d’acides margarique eloléique; mais il est probable que la présence de ces acides lient à l’état de détérioration dans lequel se trouve ordinairement 1(? fruit. Quant à la picrotoxine, qui a passé quelque temps pour une base alcaline, elle paraît douée plutôt d’un faible caractère d’acidité; on l’obtient d’ailleurs facilement, d’après .MM. Couerbe et Pelletier, en traitant la coque du Levant concas,sée par de l’alcool à 36 degrés bouillant, filtrant, distillant, et traitant l’extrait par l’eau bouillante, afin de dissoudre la picroloxine, qui cristallise par le refroidissement de la liqueur préaliiblementel faiblement acidulée.

La picrotoxine est blanche, brillante, inodore, d’une amertume insupportable; elle cristallise en prismes quadrangulaires très-fins; elle demande, pour se dissoudre, 130 parties d’eau froide et 23 parties seulement d’eau bouillante; elle est soluble dans 3 parties d’alcool rectifié et dans 2 parties 1/2 d’éther sulfurique. Projetée sur des charbons ardents, elle brûle sans se fondre ni s’enflammer, en répandant une fumée blanche, et une odeur de résine. Elle ne contient pas d’azote, et n’est pas alcaline, ainsi que je l'ai déjà dit : exception remarquable aux autres principes vénéneux tirés des végétaux, qui, jusqu’à présent, sont tous rangés dans la classe des alcaloïdes azotés.

Famille des anünacées.

Les Anonacées sont des arbres ou des arbrisseaux dont les feuilles sont simples, entières, alternes, dépourvues de stipules. Leurs fleurs sont hermaphrodites, munies d’un calice persistant à 3 sépales, et d’une corolle à G pétales disposés sur deux rangs; les étamines sont libres, quelquefois en nombre égal ou double de celui des pétales ; mais le plus ordinairement elles sont indéfinies, insérées en séries nombreuses, sur un torus : les filaments sont très-courts et les anthères presque sessiles. l-es ovaires sont plus ou moins nombreux, libres ou en partie soudés, sessiles sur le sommet du torus, ils deviennent

ANONACÉES. — POMME CANNELLE.

autant de fruits tantôt distincts, et offrant une seule toge qui contient un ou plusieurs ovules attachés à leur suture interne ; d’autres fois les fruits se soudent tous entre eux et forment une sorte de cône charnu et écailleux. Les graines sont ordinairement accompagnées d’un arille et contiennent sous un double tégument, un endosperme corné et profondément sillonné. I.’embryon est très-petit, placé vers le point d’attache de la graine.

Les Anonacces habitent presque exclusivement la zone torride; elles sont pourvues d’écorces plus ou moins aromatiques et stimulantes, de fleurs odorantes et de fruits très -aromatiques et poivrés lorsqu’ils sont formés de baies séparées, ou seulement savoureux et comestibles lorsque les baies sont soudées entre elles, h’ Uvaria odorata, Lamk. [Cananga, Ilurnph.), croissant aux îles Moluques, est renomqié par l’odeur suave de ses fleurs, semblable à celle du narcisse. On en fabrique avec de l’huile de coco, en y joignant des fleurs de Michelia Champacca et du curcuma, une pommade demi-liquide nommée borri-borri ou borbori, dont onse frictionne le corps dans la saison froide et pluvieuse pour se mettre à l’abri des fièvres, et dont les femmes aident à inonder leur chevelure noire et pendante, au sorlirdu bain. C’est cellehuile, sans aucun doute, qui, connue ou imitée en Europe, est vendue sous le nom à’ huile de Macassar.

[Le Cœlocline polycarpa, A. DC. {[/nom? polycarpa, DG.) fournit une écorce amère d’une couleur jaune employée par les naturels de l’Afrique tropicale du Soudan et de Sierra-Leone comme substance tinctoriale et en môme lemps comme médicament. Cette écorce doit ses proprié lés à la, berbérine, qu’elle contient Cn assez grande abondance (1).] ‘■■'S- 808. - Pomme 0.1000110.

V Unona œt/iiopica produit un fruit dont le premier est connu

(I) Daniel, On Calocline pnlycnri-.n, A. DC.., The Berberine or Jel/ow Üue Iree o/Smlan {Pharm. Jour., XVI, 3981.

WCOTYLÉDOi\£S TilALAMIFLORES.

depuis très-longlemps sous le nom de poivre d’ Éthiopie. Les Xylopta d'Amérique jouissent des mômes propriétés. Les corossoliers ou anones, répandus dans toutes les contrées chaudes du globe, mais originaires peut-être d'Amérique, sont recherchés pour leurs fruits formés par la soudure d’un grand nombre do baies monospermes, dont les sommets seuls paraissent souvent à l’extérieur, sous forme de lobes imbriqués, d’écailies, d’aiguillons ou de réseaux. Les plus connus sont l’anone écailleuse {Anona squamosa, Gærtii., t. CXXXVIII), dont le fruit a reçu les dilférents noms de ate, guanabane, pomme cannelle {fig . 808), etc. ; l’anone hérissée ou cachiman [Anona mm'ica/a), l’anone réticulée [Anona reticulala), le Cherimolia du Pérou [Anona Cherimolia, Mill.), etc.

I*«iTPe il'Ùtlilopie.

Unona œthiopica, Dunal; Habzelia œlhiopica, A. DG. Arbre élégant, à feuilles alternes, épaisses et luisantes, qui habile les contrées les plus chaudes de l’Afrique, depuis Sierra-Leone jusqu’à l’Abyssinie. Ses fleurs présentent un calice à 3 divisions, une corolle à 6 pétales, disposés sur deux rangs; des étamines très-nombreuses insérées sur les côtes d’un lorus convexe; une vingtaine d’ovaires grêles, cylindriques, pressés les uns contre les autres, terminés chacun par un stigmate aigu et portés sur le torus. Ces ovaires deviennent autant de baies charnues, courtement stipilées sur le lorus , grosses comme une plume à écrire, longues de 27 à 55 millimètres, devenant un peu moniliformes par la dessiccation [fig. 809).

Ces baies contiennent de 4 à 10 semences lisses, noirâtres, pourvues d’un arille formé de deux membranes blanches, obeordées, inégales. Ces semences sont disposées obliquement en une seule série longitudinale, et sont fortement attachées à la pulpe fibreuse, desséchée, qui les entoure. Je trouve à la baie une saveur et une faible odeur de curcuma ou de gingembre. Les

MAGNOLIACÉES. 745

semences ont une saveur beaucoup moins piquante et rance.

Le poivre d’Éthiopie parait avoir été mentionné pour la première fois par Sérapion, tant sous ce nom que sous celui de habzéli ou de grana zeliin.

Aublet a trouvé dans la Guyane une espèce de canang aromatique, dont les nègres se servent en place de poivre et qui diflère peu du précédent : c’est YUnona aromatica, Dùnat {Habzelia aromalica, A. DG). Le fruit de YUnona musaria, représenté dans Rumpliius (I), s’en rapproche aussi beaucoup.

PacoYi».

M. Théodore Martius m’a fait parvenir sous ce nom un fruit aromatique, usité comme épice au Brésil, et qui ressemble pour la forme aux anciens sébestes (Cordia Mixa, L.). Comme eux il est oblong, aminci en pointe aux deux extrémités, obscurément quadrangulaire, mais souvent déformé et ridé par la dessiccation. Ce fruit se distingue des sébestes par sa petitesse, n’ayant guère que 10 à la millimètres de long; par sa surface lisse et rougeâtre, par son odeur et sa forte saveur de poivre, enfin par la disposition de ses parties intérieures, étant formé d’une baie capsulaire desséchée, à une seule loge renfermant deux semences ovales, noires, lisses, pourvues d’un arille très-court. Souvent la capsule est ouverte par la phrlie supérieure, et séparée en deux parties dont les bords se roulent en dedans. Tous ces caractères appartiennent au fruit du Xylopia frustescens d’Aublet, (lui sert d’épice ;\ la Guyane, et qui d’ailleurs paraît être le môme que VEmbira ou le Pindaiba de Pison [Xylopia grandiflora, A. St-Hil.). On cite comme une autre espèce non moins active le Xylopia sericea, A. St-Hil.

FAMILLE DES MAGNOLIACÉES.

Arbres ou arbrisseaux élégants, dont les feuilles alternes, souvent coriaces et persistantes, sont accompagnées de stipules tombantes. Fleurs grandes, d’une odeur suave, pourvues d’un calice caduc à T) ou 6 sépales, et d’une corolle a 6 ou 27 pétales disposés par verlicilles ternaires et imbriqués. Étamines fort nombreuses et libres, disposées en spirale sur le même réceptacle qui porte les pélales. Pistils nombreux, verticillés sur une seule rangée, ou disposés en capitules allongés ; ovaires uniloculaires à 2 ovules, surmontés d’un style peu distinct et d’un stigmate simple. Fruit multiple composé de carpelles distincts, provenant d’ovaires distincts contenus dansnne même (leur; carpelles indéhiscents ou s’ouvrant par une suture longitudinale; graine asses

(I) Rumpliius, t. V, p. 42.

DICOTYLÉDONES THALAMIFLORES.

souvent portée sur un trophosperme filiforme qui s’allonge au dehors. Embryon droit placé à la base d’nn endbsperme charnu,

La famille des Magnoliacées se divise en deux tribus, de la manière suivante :

I. M.4GNOI.IÉES. Carpelles disposés en épi ou en capitule sur un torus allongé; feuilles non ponctuées. Genres : Talamia, Aromadendron, Magnolia, Michelia, Liriodendron, etc.

II. lu-iciéES. Carpelles verlicillés sur une seule série ; feuilles ponctuées. Genres : Tasmania, Drimys, lllicium, etc.

Les Magnoliacées se rapprochent beaucoup des Anonacées par la disposition de leurs fleurs et de leurs fruits, ainsi que par leurs qualités amères et aromatiques, qui s’y trouvent même généralement plus développées.

J’ai déjà mentionné Michelia Champacca, L. (Isjampacca) dont les Heurs récentes répandent une odeur des plus suaves et dont les Malais dos deux sexes aiment à parfumer leur maison, leurs bains, leurs corps et leurs vêtements. L’écorce est douée d’une saveur amère et d’une ficreté aromatique qui Ij rend excitante, fébrifuge, emménagogue, utile contre les rhumatismes, etc. Le Michelia montana et y Aromadendron elegans de Java, le Magnolia gracitis du Japon jouissent des mûmes propriétés. Les Magnolia de l’Amérique septentrionale font l’ornement des forûts par leur beau feuillage, leurs superbes fleurs, et ne sont pas moins remarquables par leurs semences pendantes hors des capsules, à l'extrémité d’un long funicule. On en cultive un grand nombre d’espèces dans les jardins, principalement les Magnolia grundtflora, glauca, acvminata, macrophylla, etc. Le Liriodendron tuliiafera (tulipier de Virginie), arbre de 30 mètres d’élévation dans son pays natal, se fait aussi remarquer dans nos jardins par sa tige droite, scs rameaux largement étalés, ses feuilles longuement péliolées, tronquées au sommet, à 4 lobes aigus; ses fleurs grandes, terminales, en forme de tulipe, et d’un jaune verdâtre. L’écorce de tulipier est jaunâtre, fibreuse, peu compacte, d’une saveur amère et faiblement aromatique. Elle a obtenu en Amérique une grande réputation comme; fébrifuge et comme succédané du quinquina. On en a retiré une substance cristalline, non azotée, non alcaline, amère, cristallisable, nommée liriodetidrine, qui paraît avoir quelques rapports avec la salicine.

La tribu des llliciés nous fournit un fruit connu depuis longtemps sous le nom de badiane ou d'anfs étoilé, et une écorce aromatique nommée écorce de Winter, mais dont l’origine me parait encore trèsobscure.

Ilutliaite OU anlit éSuilé.

lllicium anisalum, L. {fig. 810). Arbrisseau toujours vert, haut de .4 mètres environ, dont les feuilles sont lancéolées, éparses sur les rameaux ou rapprochées en rosettes vers leur sommet. Les Heurs sont jaunâtres, présentant un calice à 6 folioles caduques dont 3 extérieures ovales et concaves, et 3 intérieures plus élroi-

Page 1