III. Cinchona offlcinalla. L. (t
(Lin., Edit. X, pag. 9‘J9.)
C. à feuilles lancéolées, ovales ou arrondies, glabres et luisantes à la face supérieure, le plus souvent scrobiculées ; capsule oblongue ou lancéolée, beaucoup plus longue que large.
Habile la province de Loxa et les régions voisines.
M. Howard a établi dans celle espèce les variétés suivantes:
{" Cinchona officinalis, L., XJritusinga, Ilow., (C. IJntuiinga, Pav.), i/îg. 618). C’est la plante rapportée par La Condamine et décrite par lui sous le nom de quina-quina.
2» Cinchona officinalis, L., Bonplandiana, How., {fiq. GtO). Celle variété répond à une des formes qne Pavon avait décrite sous le nom de Cahuarguera {Cahuargucra amorilla del Rey et Cahuarguera [cohrado del Rey).
3“ Cinchona officinalis, L., Condaminea, How. C’est le Cinchona Ca-
(I) Sous le nom de C. Condaminea, de Humboldt et Bonpiand ont décrit deux plantes différentes, l’une i Plant, éguw., I, 37, tab. X, flg. en fleur) se rapportant au vrai quinquina de La Condamine {(\ aradeniica de Guib.), l’autre (même pl. écliant. en fruit) appartenant au C. fiilayenHs. Nous avons cru bien faire de ne pas conserver à l’espèce de La Condamine son nom de Condamviea et, A l’exemple de MM. llooker, Triana, etc., de lui restituer son nom primitif C. o/ficinalis, en en établissant la synonymie de la manière suivante : C. Condaminea, H. et B., {Plant. éqnin.,l.it, tab X, excl. flg. spec .fruct.); — VVeddell., Hist. des giwiqninns (excl. flg. spec. fruct.); Cmciionn a ademica (Guib., Hist. des Drogue-.)-, C. Vritasinga, vto wea, otitusi/olia, Pnlton, Chuhuargucra, macroca/yx [ad. Qninot. et lierb. Boissier) ; C, ertspa. Tafalla; — An coveinea et erythrantha? ^Pay., Quino!.), Les plantes que M. Boissier, de Genève, a bien voulu me communiquer et qui contiennent les types principaux de l’herbier de Pavon, ont servi de base principale à cette synonymie.
UUBUCÉES. — CINCnONA OFFICINALIS. 1 4o
huargucra, Huiz et Pav., que M. Triana, dans ses Noticellcs Étules sur les quinquinas, a conservé comme une espèce distincte.
Enfin lout près des Cinchona offidnalis, L., et n’en étant peut-être que des variétés, il faut placer :
t“Le Cinchona Palton, Pav., Quinoloyic, à feuilles ovales, oblongues, acuminées, légèrement ondulées, qui habite la province de Loxa.
2“ Le Cinchona crispa, Tafalla, à feuilles lancéolées, acuminées, atténuées à la base, à scrobicules très-marqués, à calice muni de dents lancéolées.
3“ l-e Cinchona macrocahjx, Pav., à feuilles ovales arrondies, à dents du calice longuement acuminées. Il habile Cuença, dans l’Équateur.
Quinquina officinalis. — Les produits du Cinchona officinalis sont nombreux et la plupart très-importants. Pour les étudier en
détail, nous passerons successivement en revue les écorces fournies par les diverses formes végétales énumérées ci-dessus.
A. Quinquina officinalis Uritusinçja {fig. 618) (1). — On rapporte généralement à TUritusinga de Pavon, l’écorce primitive de
;1) Original or old Loxa hnrk; Pereira, Mat. méd., 18â8 ; — Cortex China: juscns, s. de Loxa vera, s. China officinalis, s. Cascarilla fina de Urilusingu; China coronalis, Cortex peruviamts (Gôbel et Kuiizo, pa^. il, tab. VI). — Quinquina de Loxa rouge fibreux du roi d’Espagne pas;. 105). — Vulj'a
Cnscaritltt fina de Uritusinga.
146 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Loxa, celle quî a eu longtemps le plus de réputation, mais qui ne se trouve dans le commerce qu’exceptionnellement.
Elle se distingue, d’après Gôbel et Kunze, des quinquinas gris de Loxa du commerce, par la couleur plus brune de sa surface extérieure, ses verrues subéreuses, ses tissures transversales peu profondes et qui ne décrivent pas un cercle complet, enlin par sa saveur beaucoup plus astringente.
J’ai retrouvé tous ces caractères dans (ies échantiilons donnés par M. Howard comme appartenant au C. Uritusinga. Ils présentent aussi les particularités du quinquina rouge fibreux de M. Giiibourt : ils sont « très-légers, très-fibreux, d’une couleur de rouille vive et foncée ou môme presque rouge. »
Les Cinchona d’Uritusinga, exploités pendant le dix-septième siècle, avaient déjà considérablement diminué de nombre, à l’époque où La Gondamine les décrivit. Les écorces étaient réservées pour la pharmacie du roi d’Espagne.
C’est, paraît-il, une écorce analogue qui fut prise en 1803 par les Anglais sur un galion espagnol. Elle était contenue dans des caisses qui portaient cette désignation particulière : « pour la famille royale. » Ce n’est que par exception qu’il entre de temps à autre dans le commerce quelques échantillons de ce quinquina.
L’analyse faite par M. Howard de l’ancien quinquina de Loxa a donné une proportion considérable d’alcaloïdes qui explique la réputation de cette écorce.
B. Quinquina officinalü Bonplandiana. — Deux sortes de celle variété arrivent quelquefois dans le commerce. En outre, il existe une forme du C. Bonplandiana, qu’on a appelé angustifolia, dans les plantations anglaises des Indes, et dont l’écorce donne un rendement extrêmement remarquable. M. Broughton y a trouvé, en effet, un total de 8 pour 100 d’alcaloïdes, dont 7,13 pour 100 de quinine. Aussi a-t-on recommandé la multiplication de celte forme.
Les deux écorces qui viennent dans le commerce sont :
1“ Écorce du Chahuarguera,yAV. Amarilladel /%(!). —Laubert donne à celle espèce les caractères suivants : « Celte écorce est mince, de la grosseur d’une plume d’oie ou à peu près, assez bien roulée et recouverte d’un léger épiderme fin et d’un gris fauve ; sa surface interne a la finesse et l’aspect de la cannelle deCeylan ; sa cassure est bien nelle, excepté à sa partie interne, qui présente de petits filaments fibreux, extrêmement lins ; son odeur,
(1) La Cascaiiila aniari/la jaune (Laubert, 7<«ï/. p/iarmac., ^d2). — Qui,.quina de Loxa jaune fibreux; Quinquina jaune île la Coiulamine {Guih., /oc. cit., pag. lOG). — [J. O. Crown bark (Percira, Mal. niéd., IC39).
RUBIACÉES. — CINCHONA OFFICINALIS. 147
assez aromatique, devient plus sensible par la pulvérisation et par la coction, son amertume se développe successivement par une mastication prolongée, mais elle est toujours très-inférieure à celle du Calisaya; elle est aussi styptique, mais sans être acerbe. On trouve rarement cette écorce sans mélange ; on remarque i\ sa surface externe quelques légères fissures trausver sales et presque parallèles. »
2® Écorce du Chahuarguera, var. Colorado del Rerj (I). — Voici ses caraclères d’après Laubert : « Épiderme lin, mais un peu plus épais que celui de VAmarilla, ridé, d’un brun-marron, et recouvert de plaques argentines eide lichens très-fins; fissures transversales plus nombreuses et mieux prononcées, épaisseur au-dessous d’une ligne, roulage complet, cassure nette avec quelques petits filaments dans la partie interne; grosseur, la môme que la précédente ; surface interne moins fine et d’un jaune grisâtre, tirant dans quelques écorces un peu plus sur le rouge, ce qui lui a fait donner sans doute le nom de colorada; sa poudre d’un jaune grisâtre; aucune différence sensible avec la précédente pour ses autres qualités. On la trouve souvent dans le commerce avec \a. peruviana, la delgadilla, la carrasquena et autres; mais elle forme avec la première l’assortiment le plus estimé (2). »
C. Quinquina officinalü Condaminea. — C’est Y écorce du Chahuarguei'a type (3}. — JM. Howard, après M. Pereira, rapporte au Chahuarguera de Pavon l’écorce connue sous le nom A^rusty crown hark du commerce anglais, que Pereira donne comme synonyme du Quinquina huamalies mince et rougeâtre de M. Guibourt. Nous verrons plus tard que cette synonymie est encore douteuse.
Voici les caractères du rusty croiun bark, tels que les a donnés Pereira : Écorces roulées à épiderme blanchâtre ou grisâtre, longitudinalement strié, sans sillons transverses et pouvant être rayé par l’ongle. Sur quelques points, on observe des verrues couleur de rouille qui, lorsqu’elles sont nombreuses, se groupent en séries régulières. Des échanlillons donnés par AI, Howard comme produits du Chahuarguera rappellent \e Huamalies brunâtre figuré par Gobel et Kunze à la couleur près, qui est beaucoup plus noire. Comme le fuit observer M. Howard, les grands
,0 La Cascnrilla cohrada, (Laub., Bull, phurm., 2D4\ — Quinquhtn qiis compac.’e; Quinquina rouge de la Condamine (Guibourt, toc. cil., 101). — Vulgo Onscarilla colorada del Rcy.
(2) Laubert, Bull, vltarm., II, 29 i.
Q) Rus ly Crown bark .'Pereira; Mat. méd., 1635). — Quinquina huamnlies mince et rougeâtre, Guib., 115'?
lis DICOmÉDOiNES CALICIFLORES.
morceaux d'écorce prennent l’apparence du qninquina noueux
de Joseph de Jussieu.
Cette espèce est remarquable par sa richesse en cinchonidine ; le total des alcaloïdes est de 2 à 3*/(i- C’est, d’après la tradition, l’écorce qui guérit la comtesse d’El Chinchou.
D. Quinquina crispa (1). — La Cascarilla crespilla negra est la même écorce que le Quina fina de la collection de Pavon ; elle porte encore ce nom dans son pays d’origine; du moins M. Seeman a reçu du gouverneur de Loxa des échantillons de Cinchona crispa étiquetés Quina fina. Sa surface extérieure est recouverte de lichens blancs et jaunes sur un fond argenté ou noirâtre; elle a une odeur prononcée de tabac, elle est beaucoup moins riche en alcaloïdes que son prix ne le ferait supposer. C’est surtout son apparence extérieure et son arôme qui l’ont fait apprécier et lui ont quebiuefois donné une valeur vénale supérieure à celle des Calisayas.
E. Quinquina Palfon{^). — Celte écorce, qui est quelquefois importée comme qninquina Carthagène, ressemble au quinquina rouge; elle en diffère par sa moindre densité et son amertume moins agréable. Les échantillons de la collection Pavon sont, d’après Howard, des morceaux enroulés d’un brun-orange ; leur structure est libreuse intérieurement; les couches subéreuses sont grises, ridées longitudinalement et marquées de fentes transversales dans les jeunes rameaux ; çà et là recouvertes de plaques d’un blanc micacé.
Une écorce plate, envoyée par M. Howard, offre une surface extérieure rouge-brun, sillonnée dans le sens de la longueur, marquée de quelques plaques micacées. La fracture est libreuse à l’intérieur, résineuse à l’extérieur; la surface interne est jaunecannelle, uniformément libreuse, à fibres longues se courbant sous l’ongle.
L’écorce du C. Vallon a donné à M , Howard : Cinchonidine (Pasteur) et Cinchonidine (3) Wittstein 1,34 p. 100, quinidine 0,71 ; total de 2,05 p. 100.
F. Quinquina macroculyx (4). — D’après l’herbier Boissicr, la
(1) Quinquina jaune du roi d’Espayne. Guib., loc. cil., 130. — SUvercrown hark, Pereira, 163. — Vulgo Cascarilla parecida à la huena, ou Cascarilla crespilla negra parecida à la Atnarilla fina àbueiia, ou Quina carusquena.
(2) Carthagem du commerce anglais (ex Howard, /oc. cit.). China pseudo-regiu , Wittstein.
(3) La cinchonidine do Wittstein paraît différer de celle de M. Pasteur par
un équivalent d'eau en moins. Elle est beaucoup moins soluble dans l’eau l'alcool et l’éther (fide Howard, article C. Palton). ’
(1) Quinquina de Loja cendré ». (Guib., loc. cit , 1,32). — Asy crown hark du commerce anglais (Pereira, loc. cil., 1639). — China pseudo-Loxa ou Dunkele-
RUBIACÉES. — CINCHONA OFFICINALIS. U'J
Cascarilla de hojas crespas é concavas esl la mCme espèce que le C. macrocalyx.
Celle écorce, allribuée d’abord par MM. Howard et Perdra au C. cordifoha, var. rotundifolia, à cause du nom vulgaire ton hojas redondas, appartient en réalité au C. macrocalyx, ainsi que M. Howard l’a démontré plus lard au moyeu d’échantillons authentiques de la collection de Pavon.
D’après Pereira, cette écorce est en cylindres de la grosseur du doigt et recouverte d’un nombre considérable de lichens foliacés ou filiformes; la couleur de la surface extérieure varie du blanc au noir, celle surface esl quelquefois parsemée de protubérances subéreuses couleur de rouille. Le périderme esl marqué de sillons longitudinaux et transversaux, qui distinguent celte écorce du quinquina jaune pâle de Jaen, La surface interne est de couleur jaune ou orange ; la saveur esl amère.
Celle écorce vient d’ordinaire eu surons par le port de Lima.
Un échantillon de M Howard, mar{|ué par Pavon C. macrocalyx, paraît répondre au quinquina jaune fibreux du commerce actuel (1).
L’écorce du C. macrocalyx, donne une petite quantité de cinchonine avec très-peu de cinchonidine et de quinine.
Examen microscopique des écorces de C. officinalis. — Les écorces de C. Urilusinga et Chahuarguera présentent les plus grands rapports dans leur structure anatomique, qui rappelle celle du C, Calisaya. Les rayons médullaires sont nombreux dans les couches du liber, et les fibres corticales rares et minces ; l’enveloppe cellulaire est large, les couches subéreuses plus ou moins développées, remplies dans le Cascarilla colorada d'une matière rouge brunâtre ; on voit quelques vaisseaux lalicifères dans le Cascarilla amarilla (i).
Le Cascarilla con hojas redondas {C. macrocalyx) diffère des écorces précédentes par ses fdjres corticales rangées en groupes allongés dans le sens du rayon, et par ses cellules à résine répandues çâ et là dans les couches herbacées.
Enfin, le Cascarilla con hojas de P ail on (C. Palton) se distingue par de nombreuses couches subéreuses de couleur pâle, et surtout par une abondance considérable de cellules à résine, donnant au derme l’aspect rouge orangé qui le caractérise. L'enve-
Ten-Chino, Borgen. — Dunkle Jaen China (Gobcl et Ktinzc, pag. 6-8, tab. XIII, 1-4 . — Quinquina de Loxa jaune, fibreux, du commerce actuel (Guibourt, 166). — Vulgo Cascarilla con hojas redondas y de quiebro ou Cascarilla con hojas unpnco vil! O ms.
(I! Voir Guibourt, loc.cit., pag. 100.
(J) Voie Howard, loc. cil., h.icroscop.' observ., pag. 8, tab. J, fig. 1, 2, et tab. III, fig. 20.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
ISO
loppe cellulaire est séparée du liber par des vaisseaux lalicifères ; les rayons médullaires sont peu distincts et les fibres du liber très-rares (t).
Écorces des Cinchona coccineaet Ctnchona erylhrantlia (2). — L’échantillon de C. erythrantha de l’herbier Boissier, dont il a été question plus haut, portait la dénomination vulgaire : Cascarilla serrana y pata de Gallinazo de Jaën, qui est aussi le nom usuel de l’écorcc du C. coccinea. Les deux espèces doivent donc produire des écorces très-semblables ; elles n’ont point été distinguées l’une de l’autre. C’est, d'après M. Howard, le quinquina décrit par MM. Delondre et Boucbardat (3) sous le nom de Quinquina jaune de Guayaquil. u Les écorces de ce quinquina sont roulées sur elles-mêmes et très-longues; leur couleur a quelque rapport avec celle de la cannelle de Chine. La surface externe est à sillons longitudinaux et peu profonds, avec des traces d’un épiderme blanc très-mince ; la surface interne est plus brune, à texture unie et très-serrée. La cassure est résineuse à l’extérieur et à fibres courtes à l’intérieur; l’épaisseur est de 3 à 4 millimètres ; l’amertume est piquante et sans astriction. On en retire 30 grammes de sulfate de ciiiQhonine par kilogramme, et 3 à 4 grammes de sulfate de quinine. On sera peut-être trop heureux de le retrouver un jour à venir, lorsque les autres espèces seront épuisées et que l’on sera venu à l'emploi de la cinchonine ; mais aujourd’hui on n’en fait aucun cas, et il n’en est arrivé, à notre connaissance, qu’une très-petite quantité en Kiirope. »
Schleiden avait rapporté cette écorce à V Urüusinga, mais les caractères microscopiques ne confirment point cette opinion. L’écorce du C. coccinea n’a pas encore été étudiée au pointde vue anatomique. Voici, d’après M. Phœbus (4), les caractères du quinquina jaune de Guayaquil : fibres corticales rares, isolées, ou exceptionnellement groupées dans le sens du rayon ou en couches concentriques; pas de lacunes; saber manquant par places ; cellules à cristaux dans le liber et l’enveloppe cellulaire.