Vernoniacées
TRIBU DES CfllCORACÉES.
Genre Lacluca: capitules pauciflores, liguliflores; involucre cylindrique formé de deux à quatre rangs de squammes imbriquées, les extérieures plus courtes ; réceptacle plane et nu ; acbaines comprimés, striés longitudinalement, surmontés d’un col filiforme terminé par une aigrette.
lütltue offlcliialf>, Lactuca capitata, DG; Lactuca sativa capitata.
SYNANTllÉRÉES. — CUICORACÉES. 13
L. Plante herbacée, annuelle, entièrement glabre et sans épines, dont la patrie est inconnue et qu’on suppose avoir pu être produite par la culture de quelque espèce voisine. Elle offre dans son jeune âge une large touffe de feuilles arrondies, concaves, ondulées, bosselées, très-succulentes, pressées les unes contre les autres et formant ensemble une tète arrondie ; c’est à cet état qu’elle est usitée com'me aliment, en salade ou cuite. Lorsqu’on la laisse croître, elle produit une tige haute de 65 centimètres, munie de feuilles embrassantes de plus en plus petites, terminée par un corymbe irrégulier de fleurs d’un jaune pâle. La tige présente, dans son écorce fibreuse, un grand nombre de vaisseaux remplis d’un suc laiteux, blanc, d’une saveur très-amère et d’une odeur vireuse analogue à celle de l’opium, ce qui a conduit le docteur Coxe de Philadelphie, André Duncan d’Édimbourg et le docteur Bidault de Villiers à Paris, à la proposer comme succédané de l’opium. Ce suc, obtenu par des incisions transversales faites à la tige, a reçu le nom de lactucarium-, tel qa’il a été préparé pour être livré au commerce, par RL Aubergier, pharmacien à Clermont, il se présente sous forme de pains orbiculaires aplatis, de 3 à 6 centimètres de diamètre et du poids de 10 à 30 grammes; il possède une odeur fortement vireuse et une saveur trèsamère; il est complètement sec, d’une couleur brune terne; il se recouvre souvent d’une efflorescence blanchâtre qui est de la mannite. 11 contient, suivant l’analyse de M. Aubergier (1):
Une matière amère cristallisable;
De la mannite;
De l’asparagine;
Un acide libre;
Une matière colorante brune;
Une résine mélangée de cérine et de myricine;
De l’albumine et de la gomme ;
Du nitrate de potasse et du chlorure de potassium ;
Des phosphates de chaux et de magnésie.
Suivant d’autres observateurs, le lactucarium contiendrait une quantité plus ou moins considérable de caoutchouc (2).
La matière que M. Aubergier regarde comme le principe actif de la laitue est peu soluble dans l’eau froide, facilement soluble dans l’eau bouillante et dans l’alcool fort ou dilué; insoluble dans l’éther; ni acide, ni alcaline.
Indépendamment du lactucarium, on emploie très-souvent comme calmant un exli’ait de laitue préparé avec le suc de l’écorce
(1) Aubergier, Recherches sur le lactucarium, flapport de M. Boullay {Bulletin de l’Académie de médecine, Paris, 184l-t2, t. VU, p. 2£.9).
(2) Guibourt, Pharmacopée raisonnée, 3' édition, Paris, 1847, p. 144.
14 DICOTYLÉDONES CALICI FLORES,
de la lige, connu sous le nom de thndace, et l’eau distillée de la plante. Les semences de laitue faisaient également partie autrefois des quatre petites semences froides. On les a importées d’Égypte à Marseille, comme semences oléagineuses. Elles ont ù peu prés la grosseur et l’aspect des graines de carvi, mais elles sont inodores; elles sont d’un gris brunâtre, aplaties, ovoïdes-allongées, atténuées en pointes à la base, glabres et striées longitudinalement, d’une saveur grasse.
liaitue romaine, Lactuca sativa, DC. Cette espèce, exclusivement réservée pour l’usage de la table, a les feuilles allongées, rétrécies à la base, élargies au centre, arrondies et concaves au sommet, non bosselées ni ondulées, dressées les unes contre les autres et formant un assemblage oblong, obovoïde.
liaitue flaaTafft^, Lnctuca sijlvestris, Lamk; Lactuca Scariola, L. Tige haute de üO à lOü centimètres, ramifiée supérieurementfeuilles alternes, sessiles, embrassantes, allongées, sagillées à l,à base, aigues fiu sommet, souvent pinnatifldes, glabres, mais garnies en dessous d’une rangée d’épines sur la nervure médiane; les feuilles inférieures sont dirigées verticalement. Cette plante habite les lieux incultes et pierreux.
Imitue vireuae, Lactuca virosa, L. Plante annuelle ou bisannuelle, très-analogue à la précédente, dont elle diffère cependant par ses feuilles beaucoup moins découpées, obtuses au sommet • les inférieures, non lobées et seulement sinuées et dentelées, conservent toujours la position horizontale. Elle habite les mêmes lieux que la précédente, mais possède des propriétés plus énergiques. Son suc laiteux est âcre, très-amer, d’une odeur fortement vireuse et parait être très-narcotique. Il est certain que, si l’on veut chercher parmi les laitues une succédanée de l’opium, c’est cette espèce qui devrait être préférée. [C’est celle que les Allemands emploient pour faire leur lactucarium, et que les Anglais utilisent également, en même temps que le Lactuca sativa. Ce suc épaissi, en masses irrégulières, brunâtres au dehors, blanchâtres à l’intérieur, contient entre autres principes : une matière odorante, une substance amère, crislallisable, réduisant le réactif cupro potassique, appelée lactucine; une matière neutre aussi crislallisable, soluble dans l’alcool et l’éther, c’est la lactucérine ou lactucone, ou la cire du lactucarium ; de la résine, de l’albumine, de la gomme, des acides oxalique, citrique, maliqué, du sucre, de la mannite, de l’asparagine et divers sels, a Scorsonère d’Eapncne, salsifla noir d’Eapngne, Scorzonera hispanica, L, Cette plante croit naturellement dans les pâturages des montagnes, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France, et est cultivée très-abondamment dans nos contrées, à cause de sa
SYNANTHÉRÉES. — CHICORACÉES. 18
racine fusiforme, charnue, noire au dehors, blanche en dedans, remplie d’un suc doux et laiteux, qui est très-usitée comme aliment. Sa lige est haute de 60 à 100 centimètres, munie de feuilles alternes, amplexicaules, lancéolées-acuminées, ondulées sur le bord; les capitules sont solitaires, portés sur de longs pédoncules llstuleux; l’involucre est oblong, formé d’écailles scarieuses, imbriquées; le réceptacle est nu; les demi-fleurons sont jaunes, tous hermaphrodites, suivis d’achaines étroits, allongés, cannelés, surmontés d’une aigrette plumeuse.
Cette plante ne doit pas être confondue avec le véritable ■alsifla {Tragopogon pratensis, L.), qui croît naturellement dans nos prés et dont la racine est aussi usitée comme aliment ; non plus qu’avec le saUifls idanc {Tragopogon porrifolius) . Ces deux plantes ont les feuilles sessiles, longues, étroites, aiguës, trèsglabres, creusées en gouttière à la base; les capitules sont solitaires à l’extrémité d’un long pédoncule, pourvus d’un involucre composé d’un seul rang de folioles très-longues et aiguës. Les corolles sont d’un jaune foncé dans la première espèce, d’un pourpre violet dans la seconde; les achaines sont sessiles, surmontés d’un rostre allongé terminé par une aigrette plumeuse. L’ensemble des aigrettes complètement épanouies forme une sphère volumineuse et d’un bel effet.
PlMenlit.
Taraxacum Dens-leonis, Desf.; Leontodon Taraxacum, L. Petite plante sans tige dont les feuilles, toutes radicales, sont sessiles. glabres, allongées, élargies au sommet et terminées par une grande partie de limbe triangulaire, un peu incisée à la partie inférieure. Le reste de la feuille est profondément pinnatifide et formé de découpures de plus en plus petites en descendant vers la racine, elles-mêmes laciniées et recourbées en crochet vers le bas (feuilles runcinées). Du milieu des feuilles s’élève une hampe simple terminée par un capitule à double involucre, à réceptacle nu, à demi-fleurons jaunes, tous hermaphrodites; les achaines sont oblongs, striés, entourés de côtes épineuses et surmontés d’un rostre allongé terminé par une aigrette très-blanche. De même que dans les salsifis, lorsque les achaines approchent de la maturité, l’involucre se renverse, le réceptacle prend une forme convexe, les aigrettes s’écartent en rayonnant et forment une •tête globuleuse que le vent disperse bientôt par parties dans les airs, en laissant le réceptacle dépouillé de sa légère parure.
Chicorée lauvage.
Cichorium Intubus, L. {fig. 565). — Car. gén. . capitule miiltiflore
i6 DICOTYLÉDONES CALICIFLOKES.
involiicre double : l'extérieur court, à 5 folioles, l’intérieur îi 8 ou 10 folioles longues, dressées ; réceptacle nu ou garni de quelques poils épars; achaines obovés, un peu conipriinés, striés, glabres, couronnés par deux séries de squamelles très-courtes. — Car. spéc. : feuilles inférieures runcinées, munies de poils rudes sur • la côte du milieu; feuilles supérieures oblongues, sous-enlières;
capitules axillaires presque sessiles, ordinairement géminés.
Celte plante croit partout le long des chemins; sa lige est haute de 40 à 60 centimètres , très-rameuse; les rameaux sont très-ouverts et hispides. Les corolles sont d’une belle couleur bleue, quelquefois roses ou blanches. Les feuilles adultes sont très-amères, inodores, et fournissent cependant à la dislillalion un bydrolal odorant et doué d’une amertume très-marquée. Les feuilles trèsjeunes sontd’unearaerlume moins prononcée, tendres, et sont alors mangées en salade ou cuites. C.ette môme plante, élevée dans les caves, à l’abri de la lumière, s’étiole complètement, devient maigre et effilée, sans perdre son amertume, et est usitée en salade sous le nom de barbe de capucin.
La racine de chicorée est longue, blanche, grosse comme te doigt, et fait partie, ainsi que les feuilles, du sirop de chicorée ou de rhubarbe composé. Celle môme racine séchée et torréfiée a été proposée, lors du blocus continental, comme succédané du café, et depuis cette époque on n’a pas cessé d’en consommer des quantités très-considérables pour cet usage, lîlle forme cependant, à elle seule, un breuvage fort désagréable, laxatif, et sans aucune autre analogie de propriétés avec le café, que sa couleur noire. Chicorée endive, Cichorium Endivta, L. Espèce supposée par les uns originaire de l’Inde, supposée par les autres être une simple variété de la chicorée sauvage. Elle présente deux variété* cultivées, fort différentes par la forme et le goût. L une est la gcarlole (1), dont les feuilles sont larges, oblongues, un peu char-
(1) Blackwell, tab. CCCLXXVllI.
SYNANTIIÉRÉES. — CYNARÉES. 17
nues, ondulées, crépues sur le bord, d’une amertume peu sensible ; l’autre est la chicorée crépue, dont les feuilles sont arrondies, mais très-profondément divisées et crépues, et dont ramertume est très-prononcée; toutes deux sont très-usitées en salade.
Tchlni^el — MAkcsey.
[[.es Chicoracées contiennent presque toutes un suc laiteux, qui dans certains cas peut donner une espèce de caoutchouc : c’est ainsi que la Clwndrilla graminea, piquée sur sa racine, laisse découler, pendant vingt-quatre heures environ, un latex dont les hahitanls de Kapoulou- Hamman, font, lorsqu’il estconcrété, de petites masses en forme de noyaux de dattes. Ces masses sont conservées dans l’eau fraîche qui a la propriété de les blanchir. Etalées en lamelles ellipsoïdales, elles forment le tchirigel-sdkesey, de Beybazar, espèce de caoutchouc, d’un gris bleuâtre, que les Orientaux ont l’habitude de mâcher. Une autre espèce de tchingel est celui de Mnlatia, dans le Kurdistan. Il a une odeur vireuse plus prononcée, et se présente sous forme de lames minces, de 0,5 à un millimètre, arrondies et repliées sur leurs bords (1). Il est aussi produit par une synanthérée, du groupe des carduacées.
Quant au ghuidjir, substance élastique, sans saveur ni odeur, en masses brunâtres, delà grosseur d’une petite noix, rebondissant quand elles sont lancées sur le sol, M. Bouclier en rapporte l’origine à des baies de Smilax. Les fruits de ces plantes seraient mises dans l’eau bouillante, puis dans l’eau froide; les graines en seraient séparées avec soin et le parenchyme restant soumis à la mastication serait ensuite pétri sous la forme décrite ci-dessus.]
TRIBU DES CYNARÉES.
Barilane,
Genre Lappa : capitules homogames (2), mulliflores, égaliflores. Involucres globuleux formés d’écailles coriaces, imbriquées, pressées les unes contre les autres, ensuite suhulées, enfin terminées par une pointe cornée recourbée en crochet. Réceptacle sous-charnu, plane, garnie de fibrilles roides et suhulées ; corolles qninquéfides, régulières, dont le tube présente 10 nervures;
(1) Voir Bourlier, Le Ghiiiiijir et le Tchingel-Sdkesey [Journal de chimie et de pharmacie, 3' série, XXXIII, p. 184).
(2) Womojnnirs (mariag.'s semblables), c'est-à-dire ne contenant que des fleurs semblables par rapport à la présence simultanée des étamines et du pistil, ut à la fertilité de l’ovaire ; toutes les fleurs sont donc liermaphrodites fertiles ; cette disposition répond à la syngénésie polygamie égale de Linné.
Multi flores, pauci flores, egaliflores, etc. ; ces mots n’ont pas besoin d’explication.
GoiiooaT, Drogues, 7e éilü.
T. III. — a
iS
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
lUets des étamines couverts de papilles ; anthères terminées en appendices filiformes, pourvues à la base d’appendices subulés ; stigmates séparés, divergents, recourbés en dehors; achaine oblong, comprimé latéralement, glabre, h rugosités transversales ; aigrette courte fortifiée de plusieurs rangs de poils rudes, caducs.
Trois espèces de happa, comprises par Linné sous la seule dénomination d.’Arctium happa, fournissent la rarinc de bardantemployée en pharmacie. La première, nommée grande bardanc on happa major {fig. 566), croît à la hauteur de un mètre à 30.
Les feuilles radicales sont très-grandes, pétiolées, cordiformes, vertes-brunes en dessus, blanchâtres et un peu cotonneuses en dessous ; celles de la tige sont successivement moins grandes et ovales. Les capitules sont terminaux, solitaires, rougeâtres, analogues à ceux des chardons, reconnaissables à leur involucre globuleux qui, en raison des crochets dont il est armé, s’attache à la toison des troupeaux ou aux habits des passants. Sa racine est pivotante, longue, grosse, charnue, noire au dehors, blanche en dedans, d’une saveur douceâtre, austère, nauséeuse et d’une odeur désagréable qui devient encore plus caractérisée par la dessiccation. Cette plante croit sur les chemins, dans les haies et dans les bois un peu humides.
SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES. 19
La deuxième espèce, Lappa mmor, croit dans les lieux pierreux et au bord des roules. Elle est plus petite que la précédente, et ses fleurs, qui sont grosses, au plus, comme des noisettes, naissent cinq ou six ensemble sur des pédoncules axillaires.
La troisième espèce, Lappa tomentosa, Arctium Bardam, Willd. et Nees d’Esenbeck, grande bardane à racine très-volumineuse, diffère des deux premières par un duvet cotonneux semblable à une toile d’araignée, qui recouvre les écailles de ses involucres globuleux. Du reste elle jouit des mêmes propriétés.
La racine de bardane est employée avec succès à l’intérieur, dans les maladies chroniques de la peau et dans les affections syphilitiques et rhumatismales. Elle contient une grande quantité A'inuline, comme je l’ai reconnu en 18H. Les feuilles de bardane jouissent de propriétés encore plus actives et ne sont usitées qu’à l’extérieur.
Artichaut cultivé.
Cynara Scolymus, L. — Car. gén. : capitule homogame, miilliflore, égaliflore; squammes de l’involucre très-nombreuses, imbriquées, larges et charnues à la base, coriaces au milieu, se terminant en une pointe épineuse. Réceptacle charnu, plane, garni de paillettes ; corolles à limbe épaissi à la base, égal en longueur à la moitié du tube, à S divisions très-inégales; filets des étamines couverts de papilles; anthères terminées par un appendice très-obtus; stigmates épaissis et rapprochés; achaines obovés, comprimés, télragones, durs, glabres, à aréole large, sous-oblique; aigrette plumeuse, plurisériée. L’artichaut commun croît naturellement dans le midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins ; sa racine est longue, épaisse, fusiforme ; elle produit une tige droite, cannelée, cotonneuse, garnie de quelques rameaux, haute de CO à 100 centimètres ; ses feuilles sont trèsgrandes, blanchâtres, profondément découpées, presque pinnées, à découpures pinnatifldes et épineuses. Ce sont les capitules non épanouis de cette plante que l’on sert sur les tables sous le nom à'artichauls. La racine d’artichaut'passe pour diurétique; les tiges sont très-amères et contiennent probablement un principe actif dont la médecine pourrait tirer parti. Les fleurons macérés dans l’eau lui donnent la propriété de coaguler le lait.
Artlchaiit-cardon.
Cynara Cardunculus, L. Celte espèce est originaire des contrées méridionales de l’Europe, et est très-commune également en Ai-
20 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
gérie. Sa tige est droite, cotonneuse, haute de 1“,30 à 2 mètres; ses feuilles sont plus longues que celles de l’artichaut commun, pinnatifides, munies d’une longue épine à l’extrémité de chacune de leurs découpures ; elles sont vertes en dessus, trèsblanches et cotonneuses en dessous ; les capitules sont, moins gros que ceux de l’artichaut, formés d’écailles peu charnues terminées par une épine aiguë; les fleurons sont bleus et jouissent d’une manière très-marquée de la propriété de faire cailler le lait; ce sont eux principalement qui sont employés pour cet usage sous le nom de fleurs de chardonnette. Le principal mérite de celle plante consiste dans la côte longue et charnue de ses feuilles qui, attendrie par l’étiolement, forme un mets agréable et facile à digérer. On les sert sur les tables sous le nom de cardons.
Charilon aux âne*.
Onopordon Acanthium. Plante commune aux environs de Paris, haute de 60 à 100 centimètres, à feuilles décurrentes, sinuéesdentées, épineuses. Les réceptacles sont charnus et pourraient être mangés comme les artichauts, si on prenait la peine d’en augmenter le volume par la culture. Les semences, qiii sont perdues, devraient être récoltées et soumises à l'expression pour en retirer rhuile. D’après Murray, un seul pied d’onopordon peut fournir 12 livres de graines, dont on retirerait 3 livres d’huile.
Un pharmacien m’a communiqué anciennement deux échantillons de fleurs vendues comme fleurs de chardonnette, dont un était de la fleur A' Onopordon Acanthium. Il me prévenait que cette fleur formait avec l’eau un infusé d’une saveur très-amère, qui ne jouissait pas de la propriété de coaguler le lait. Ces fleurs se distinguaient d’ailleurs de celles de chardonnette par leur couleur blanche, leur odeur peu agréable, leur longueur qui ne dépassait pas 3 centimètres ; enfin par leurs achaines mêlés, qui étaient oblongs, obovés, tétragones, couronnés par une aigrette courte. Les véritables Heurs de chardonnette sont longues de 4 à 6 centimètres, d’une couleur violacée, souvent entourées à la base par une couronne de poils fort longs; elles possèdent une odeur très-marquée, agréable, semblable à celle du carthame. Elles sont moins amères que les précédentes, et ont la propriété de coaguler le lait.
Chardon-marié.
Silybum marianum, Gærtn.; Carduus marianus, L. Plante haute de 60 à 100 centimètres, dont la lige épaisse et rameuse par le
SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES. 21
haut porte des feuilles fort grandes, larges, sinuées, épineuses, parsemées, sur un fond d’un beau vert, de grandes taches blanches. Les capitules sontierminaux, entourés d’un involucre ventru dont les squammes extérieures sont dilatées en un appendice renversé, ové et denté, terminé par une longue pointe; les squammes intérieures sont lancéolées, très-entières. Le réceptacle est charnu, garni de paillettes ; les corolles sont inégalement quinquélides ; l’achaine est surmonté d’une aigrette plurisériée, caduque, portée sur un anneau corné.
On a attribué à cette plante de grandes propriétés qui n’ont pas été conlirmées par l’expérience ; mais ses jeunes feuilles, débarrassées de leurs épines, ses tiges cuites, ses réceptacles charnus, peuvent être employés comme aliment.
Carthame dc8 teiiiturlera ou Safraiiuiu.
Carthamus tinclorius, L. {fig, 567). — Car. gén. : capitule homogame, multiflore, égalillore; squammes extérieures de l’involucre foliacées, ou vertes; celles du milieu dressées, élargies en un appendice ové, légèrement épineux à la marge; les plus intérieures oblongues, entières, terminées par une pointe piquante.
Uéceplacle pourvu de paillettes linéaires ; corolles à 5 divisions presque régulières, glabres, dont le tube dépasse l’involucre; filaments des étamines glabriuscules ; anthères terminées par un appendice obtus; stigmates à peine distincts; achaines ovéslétragones, glabres, très-lisses; aigrette nulle.
Le carthame est une plante annuelle del’Inde et de l’Égypte, cultivée en France et en Allemagne à cause de sa fleur qui est usitée dans la teinture. Sa tige est simple par le bas, rameuse par le haut, garnie de feuilles ovées-lancéolées, plus ou moins denlées-épineuses, et terminée par plusieurs capitules globuleux, surmontés par des fleurons nombreux, d’un beau rouge orangé, plus longs que
22 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
l’involucre, serrés et rapprochés par l’ouverture rétrécie de l’involucre, mais épanouis en une tôle globuleuse à l’extrémité. Ces fleurons, que l’on fait sécher seuls, sont composés d’un tube rouge, divisé supérieurement en cinq parties et contenant encore les organes sexuels. Ils ont une odeur assez marquée, qui n’est pas désagréable, et une certaine ressemblance extérieure avec le safran, ce qui est cause qu’on le môle souvent à ce dernier dans le commerce. J’ai indiqué précédemment le moyen de reconnaître cette fraude (t).
Le carthame contient deux matières colorantes: l’une jaune, soluble dans l’eau, en est séparée et est rejetée comme inutile; l’autre rouge, qui ne se dissout qu’à l’aide d’un alcali, en est extraite par ce moyen, et est ensuite précipitée par un acide végétal, ou sur la soie, qu’elle teint en rose, ou sous forme d’une laque nommée communément rouge végétal, dont les dames se servent pour se peindre le visage.
Cette couleur rose est une des plus belles que l’on puisse voir, mais c’est aussi une des plus fugaces. On la trouve encore sous deux autres formes ; l’une est une laque rouge, dure et compacte, préparée en Égypte ; l’autre est un petit carton, recouvert, en Chine, d’une couche de matière colorante pure. Ce qu’il y a de singulier, c’est que cette couche desséchée offre la couleur verte dorée et l’éclat des élylres de cantharides; la couleur rose paraît aussitôt qu’on la touche avec de l’eau.
Dufour, pharmacien, a publié une bonne analyse des fleurs de carthame (2).
Les semences de carthame sont dépourvues d’aigrette, blanches, oblongues, lisses et quadrangulaires ; elles sont émulsives, et fournissent par expression une huile qui est employée en Égypte, mais non en France. Elles entrent dans les tablettes diacarthami, auxquelles elles ont donné leur nom.
Chardon bénit.
Cntcus benedictus, Gært. {fig. 568). Plante annuelle, croissant naturellement dans le midi de l’Europe et cultivée dans nos contrées; sa tige est droite, haute de 50 centimètres, rameuse, laineuse, garnie de feuilles demi-décurrentes, oblongues, sinuées ou dentées et un peu épineuses. Les capitules sont solitaires et terminaux, entourés de bractées foliformes; l’involucre propre est ové, composé d’écailles appliquées, coriaces, prolongées en
(I) Tome II, p. 198.
(3) Dufour, Âniia/es de chimie, t. XLVIU, p. 283. Voir également t. L, p. 73.
SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES.
un long appendice dur et épineux, pourvu d’épines latérales pinnées et distancées ; le réceptacle est pourvu de paillettes. Les fleurs sont nombreuses, presque régulières, hermaphrodites fertiles, excepté celles de la série la plus extérieure, qui sont stériles. L’achaine est glabre, régulièrement et longitudinalement strié, surmonté d’un bourrelet extérieur très-court et d’une double couronne formée chacune de 10 soies, les extérieures plus longues que les intérieures.
On lit dans plusieurs ouvrages que le chardon hcnit îles ParîNiena est le Carthamus lanatus, L. {Kentrophyllum lunatum, DG.) (1). Je ne sais sur quoi cette assertion est fondée ; mais le chardon bénit de nos officines est bien le Cnicus benedictus de Gærtner (2), et le Carduus benedictus de Blackwell (3). On en a une analyse, faite par iM. iMorin, de Rouen (4).
Centaurées.
Genre très-nombreux de la tribu des Cynarées, dont l’involucre est formé de squammes variées; les fleurons de la circonférence sont presque toujours stériles et pourvus d’une corolle accrue et rayonnante ; les achaines sont comprimés, à hile latéral antérieur; l’aigrette est formée de soies rudes, multisériées, celles de la série intérieure étant plus petites et conniventes, plus rarement égales aux autres ou plus grandes. Ce genre avait été divisé par plusieurs botanistes en un grand nombre d’autres qui n’ont été considérés par De Gandolle que comme de simples sections du môme genre. Plusieurs des plantes qui le composent ont été employées en médecine, mais sont presque inusitées aujourd’hui.
Ciruiide centaurée, Centaurea Centaurium, L. Tige droite, ra-
(1) Blackwell, tab. CDLXVllI.
(2) Gærtner, tab. CLXII.
,3) Blackwell, tab. GÜLXXVI.
(4) yiona, Jmmal de chimie médicale, 1827, p. lOô.
2'» DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
meuse, haute d’un mètre à f”,50; feuilles grandes, alternes, embrassantes, profondément pinnalifldes, à lobes dentés en scie ; inyolucres globuleux à écailles ovales, appliquées, obtuses et privées d’épines; corolles purpurines. Cette plante croit en Italie.
Jacée dea prêt, Centaurea Jacea, L. Plante herbacée, haute de 35 à 50 centimètres, munie de feuilles rudes au toucher, éparses, lancéolées, les inférieures découpées sur le bord, les supérieures entières. Les capitules sont formés de fleurs purpurines, quelquefois blanches, dont les extérieures sont stériles et plus grandes que celles du disque. Lès acbaines sont absolument dépourvus d’aigrette.
Bluct ou barbeau, Centaurea Cyanus, L. Tige droite, rameuse, cotonneuse; feuilles alternes, cotonneuses, sessiles, linéaires, très-entières, les inférieures plus larges, pinnatifides ou dentées ; capitules entourés de bractées; involucre oval ou sous-globuleux, composé de squammes ceintes jusqu’au sommet d’une marge membraneuse, dentée et ciliée. Les corolles {fig. 569) de la circonférence sont beaucoup plus grandes que celles du disque ; les stigmates sont libres; le fruit présente un ombilic nu et une aigrette plus courte que l’achaine. Cette plante croit spontanément au milieu de nos moissons qui se parent, au mois de juin, de ses fleurs d’un bleu céleste, rarement rouges ou blanches, mélangées à celles des coquelicots. La Fig. 569. - Corolle <le bluct esl peu odorante et fournit peu de
de bluet. principes à la distillation. On en préparait cependant autrefois une eau distillée à laquelle on a attribué de si grandes propriétés contre diverses maladies des yeux que la plante en a pris le nom de casse-lunettes.
Chardon étoilé OU ChauBst—irnppe, Centaurea Calcitrapa, L. Tige très-rameuse, difl'use, poilue, munie de feuilles sessiles, pinnatilobées; capitules ovés, sessiles entre les feuilles extrêmes sous-indivises ; squammes extérieures de l’involucre terminées en une longue épine ouverte, avec 2^ ou 3 spinules à la base ; squammes intérieures scarieuses, obtuses au sommet; acbaines dépourvus d’aigrette. Cette plante croît en France sur le bord des chemins et des fossés; elle est amère et a été vantée comme fébrifuge ; on a employé dans ce but les différentes parties de la plante, racines, fleurs ou feuilles.
[Behen blanc, c’est probablement la racine du Centaurea Behen, L., observée par plusieurs voyageurs dans la Perse, en Cappadoce et au pied du mont Liban, en Syrie; elle est employ*^® les Arabes comme tonique et pour réparer les forces viriles. Tel e
SYNANTllÉRÉES. — CYNARÉES.
qu'elle est venue à l’Exposition universelle de 1855, elle est blanche et charnue, inondée au couteau de sa partie corticale, qui y a laissé l’impression de fibres tortueuses, disposées en réseau. Toute la racine a été gorgée d’un suc gommo-miellé, qui lui communique un peu de translucidité, et lui conserve une consistancp molle et pâteuse sous le couteau. Elle est mucilagineuse, faiblement sucrée et très-faiblement amère. Elle ne contient pas d’amidon.] Cette racine a d’ailleurs été toujours tellement rare en Europe qu’on lui substituait celle de quelques plantes caryophyllées de notre pays, telles que celles du Silene inftata, Smith {Cucubalus Behen, L.), du Silene Armeria, L. et du Silene Behen, L. Aujourd’hui les unes et les autres sont oubliées.
[Quant au behen rouge, que M. Guibourt rapporte au Statice Limonium (1), le fragment qu’il en a eu entre les mains présente de l’extérieur à l’intérieur : 1° un périderme brun, marqué de petits sillons transversaux et annulaires, très-nombreux et trèsserrés, se détachant en fragments; 2“ une première écorce mince, rouge, feuilletée; 3° une seconde écorce, épaisse de près d’un centimètre, présentant sur ses parties dénudées une surface jaunâtre, sillonnée, formée de fibres anastomosées agglutinées par un suc gommeux. Sur la coupe transversale on y voit une matière blanche, d’apparence amylacée, non colorahle par l’iode, traversée de fibres ligneuses radiantes, devenant plus serrées à la partie interne et d’une couleur rouge : la surface interne de l’écorce, très-unie, présente l’aspect d’une pellicule rougeâtre formée par un suc desséché. En somme, la racine a une teinte rouge ou rose, elle est sans odeur et légèrement astringente.
Ce behen rouge est, comme on le voit, l’écorce d’une racine dont on a enlevé la partie ligneuse. Xn premier abord elle ne ressemble pas beaucoup à la racine du Statice Limonium de nos jardins de botanique; on retrouve cependant dans ce AVah’ce tous les éléments du behen : de sorte qu’il n’y a pas d’objection sérieuse à le regarder comme l’origine de cette substance (2).]
Carlluea et C'iiamtpli'-ons.
Car. gén. : capitule homogame, multiflore, égaliflore; squammes extérieures de l’involucre ouvertes, foliacées, dentées-épineuses; squammes intérieures allongées, rayonnantes, scarieuses, colorées; réceptacle plane; paillettes soudées â la' base en forme d’alvéoles, inégalement multifides au sommet; corolles glabres,
(i; Voir t. II, p. 455).
(2) Voir Guibourt swr les liehen rouge et titane {Journ. de pharm et de chim., 1857, 3* série, tom. XXXI, pag. 277).
26 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
qiiinquéfides; anthères longuement apperuliculées au sommet, à double queue plumeuse à la base ; filets glabres ; achaines cylindriques, couverts de poils soyeux, appliqués, bi-apiculés ; aigrette formée de lamelles plumeuses, unisériées, soudées inférieurement par 3 ou 4.
La rarlinc officinale, Carlina subacauUs, DC., paraît avoir été connue des anciens sous les noms d’û-mè ou de helxine. Elle a pris son nom moderne de celui de Charlemagne, sous le règne duquel on dit qu’elle fut employée avec succès contre la peste. On en connaît deux espèces que les botanistes considèrent comme deux variétés de la même plante. La première est le Carlina subacaulis acaulis DG., le Carlina acaulos magno flore albo de G. Bauhin, le Chamœleon albus de Clusius, la carline ou le chamœleon
blanc de Lemery. Celte plante {fig. 570) pousse de sa racine des feuilles grandes, longues, larges, profondément découpées, garnies de pointes rudes et piquantes, comme celles des artichauts. Ces feuilles sont étendues à terre, et il sort du milieu d’elles, sans aucune apparence de lige, un capitule fort large, orbiculaire, entouré d’un double involucre épineux, dont l’intérieur est formé de squammes simples, linéaires, rayonnantes, blanches ou purpurines, qui donnent au capitule l’apparence d’une grande fleur radiée. La racine de cette plante est droite, pivotante, longue de 6ü centimètres, grosse comme le pouce, de couleur obscure hu dehors, blanche en dedans, d’une odeur forte et aroma-
SYNANTHÉRÉES. — CYNARÉES. 27
tique, d’un goût âcre, aromatique, non désagréable. Au dire de Geoffroy, la surface en est ordinairement comme rongée et percée. Cette variété est fort rare, et ne fournit probablement pas la racine de carline du commerce.
L’autre est beaucoup plus commune. C’est le Carlina subacauhs caulescens, DG., le Carlina elalior ou C/iarnœlc’on albus vulgaris de Clusius ; la carline ou le chamœléon noir de Lemery. Elle diffère de la première en ce que son capilule est moins volumineux, et porté seul à l’extrémité d’une tige qui s'élève, d’entre les feuilles, à la hauteur de 30 centimètres environ. Sa racine est ordinairement à demi ouverte, dit Lemery, et ce caractère doit être remarqué, car on le retrouve dans plusieurs racines de la môme famille, et c’est lui qui m’a servi pour trouver la véritable origine de la racine de costus.
La racine de carline, telle que le commerce la fournit, est longue de 13 à IC centimètres, grosse comme le petit doigt, d’une couleur grise, toujours ouverte longitudinalement, ou comme rongée d’un côté, d’une odeur et d’une saveur mixtes d’aunée et de bardane, que quelques personnes comparent à celles du champignon comestible.
On vient de voir que la carline acaule a été nommée par Clusius et Lemery chaméleon blanc, et la carline à tige, par Lemery, chamœléon noir. Cette synonymie, admise par beaucoup d’auteurs, était fondée sur ce que ces auteurs croyaient que leurs racines étaient celles que les anciens nommaient chamœléons ; mais c’est une erreur qui a été reconnue par Pierre Bélon. Ce botaniste a trouvé, en effet, dans l’île de Crète, le vrai charaH-irou Manc des anciens. [11 a été étudié par M. Lefranc, pharmacien militaire, qni a mis en évidence les propriétés toxiques narcolicoâcres de cette racine; ces propiélés, connues des anciens, mais oubliées ou passées sous silence par les autuurs modernes, ont causé plusieurs empoisonnements : elles méritent donc d’être signalées. M. Lefranc a extrait de cette racine une substance très-intéressante : un sel de potasse à acide copulé tribasique du genre des acides viniques et du groupe des saccharides, auquel il donne le nom d’acide atractylique. En outre, on trouve dans le chamæléon blanc un principe sucré cristallisant en prismes à sommets obliques, susceptible de fermenter, quoique ne réduisant le réactif cupro-polassique qu’après avoir subi l’action de l’acide chlorhydrique étendu. L’inuline s’y rencontre dans la proportion de 46,3 pour fOO de la substance sèche (t).] Celte plante, dont la
(1) Voir Lefranc, Sur les plantes connues des Grecs sous les noms de channeléon noir et de chamœléon blanc {bull, de la Soc. bot. de France, XIV, p. 48, 1807, et Journal de pharmacie et de chimie, 4' série, VllI, p. 572,.)
28 DICOTYLÉDONES CALICIKLüRES.
racine est grosse comme la cuisse, et exhale lorsqu’elle est sèche,
une forte odeur de violette, est le Cariino gummiffra de Lesson,
VAcarm gummifera de Widenow, V Atractylis gummifera de Linné,
le Cnicus carlinœ folio, acaulos, gummifer cauleatus de Tourne-
fort.
Quant au vrai chamæiéon noir, 11 a été trouvé par Belon dans l’île de Lemnos ; c’est le Cariiopatium corymbogum, J. ; Le Broiera corymbosa, W., le Carthamus corymbosus, L.; le C/iamœleon niger, mnbellatus, flore cæruleo hyacinthino de G. Baiihin. Cette plante dont la tige est droite et haute de 33 centimètres, porte près de sa base de grandes feuilles étalées, pinnalifides, épineuses, et forme au sommet un corymbe très-serré de capitules nombreux, sessiles, composés de Heurs bleues. Se racine renferme un suc très-âcre et caustique, et Dioscoride la décrit comme étant à demi rongée; elle ressemble donc parce singulier caractère aux deux racines de carline; mais elle en dilfère par sa causticité.
Racine de rostua.
Les anciens auteurs grecs et latins ont parlé du costus, el en ont distingué plusieurs sortes. Dioscoride, par exemple, en reconnaît trois, à savoir : Varahique, qui est blanc, léger, et d’une grande suavité d’odeur; l'indien, moins estimé, qui est léger, plein, noir comme une férule; enfin le syriaque, qui est pesant, d’une couleur de buis el d’une odeur fatigante. Dioscoride ajoute qu'on sophistique le costus en y mêlant la racine d’une espèce d’aunée qui croit en Comagène; mais que cette tromperie est facile à reconnaître, l’aunée n’étant pas brûlante au goût, et n’ayant pas une odeur aussi forte et qui porte à la tête.
Au total, d’après Dioscoride, le costus est une racine qui doit avoir de la ressemblance avec celle de l’aunée, el qui doit être blanchâtre, d’une odeur forte et pénétrante et d’une saveur brûlante.
Pline ne dit rien autre chose du costus, si ce n’est qu il a une saveur brûlante et une excellente odeur, el que tout le reste de la plante est inutile. 11 ajoute cependant que dans l’île fatale, à l'embouchure de l’Indus, le costus est de deux sortes : l’une noire et l’autre blanchâtre, qui est la meilleure. D’autres auteurs distinguent le costus en doux el amer; mais, suivant Galien, tout le costus est amer : il semble, d’après cela, qu’on peut ajouter l'amertume au nombre des caractères propres au costus des anciens.
Spivant Bontius et Gardas ab Ilorto, qui ont longtemps séjourné dans l’Inde, il n’y a qu’une seule espèce de costus, douée d’une odeur très-forte et qui n’est ni douce ni amère au goût lorsqu elle est récente ; car alors elle est très-âcre; mais elle devient amère en vieillissant. Garcias dit s’ètre informé de commerçants arabes, turcs el persans, s'il naissait chez eux quelque autre espèce de costus que celle tirée de l’Inde, el que tous lui ont répondu ne connaître que le costus de l’Inde.
SYNANTllÉRÉES. — CYNARÉES. 2**
On trouve à la vérité dans Gaspard Bauhin, Jean Bauhin et Chabræus, des figures de costus qui semblent en indiquer plusieurs espèces ; mais c’est parce que ces botanistes, voulant retrouver les sortes de costus mentionnées par les anciens, en donnaient le nom à quelques racines aromatiques que ces anciens n’avaient pas décrites ailleurs, et que l’on pouvait supposer, par cela seul, avoir été comprises par eux dans les costus : telles étaient le gingembre sauvage et la zédoaire. Mais si l’on consulte Ponaet, de Meuve, I.emery, de Renou, Charas, on reconnaîtra qu’ils n’ont tous vu qu’une seule et même espèce de costus, qui est celle que nous avons.
Je suis entré dans ces détails, afin de montrer qu’il n’existe véritablement qu’un seul costus (nommé par les Arabes cast ou cost), dont la patrie paraît être une contrée presque inculte et inconnue, comprise entre la presqu’île de Guzerate, le royaume de Delhi et le cours de l’Indus. Ge costus a été tiré par C.lusius de Portugal, alors que celte puissance dominait seule en Asie et en faisait le commerce exclusif ; et la figure qu’il en a laissée, ainsique la description, se rapportent exactement ii notre costus actuel, De plus, il faut bien reconnaître que ce costus s’accorde assez bien avec la description de Dioscoride ; ce qui, joint à la tradition nominale , m’autorise à conclure que c’est le même.
En voici maintenant les caractères :
Le costus des officines (/ig. üTl) est une racine qui, lorsqu’elle est entière, parait napiforme, non articulée ni fibreuse, assez pesante; elle est terminée supérieurement par une tige qui est fibreuse à l’extérieur, et entièrement remplie par une moelle blanche.
La grosseur de cette racine varie depuis celle du petit doigt jusqu’à o4 milliraètres de diamètre. Elle est grise à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur, d’une odeur analogue à celle de l’iris; mais il s’y mêle une odeur de 6o«c, qui donne à la première beaucoup de force et de ténacité. Sa saveur est assez fortement amère et un peu âcre.
La racine de costus est rarement entière; ordinairement elle est brisée en tronçons irréguliers devenus aussi gris à l’intérieur qu’à l’extérieur, et qui olfrent dans leur cassure un grand nombre de cellules.
30 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
remplies d’une substance rouge transparente, probablement dénaturé gommo-résineuse. La substance mûme de la racine est criblée d’une infinité de pores visibles à la loupe, surtout après qu’on a dissous, par l’eau et l’alcool, la matière soluble qui les remplit ()). Ce caractère est commun à la racine de turbith, à laquelle d’ailleurs le costus ressemble beaucoup ; mais le turbith est inodore, et le costus possède, comme je l’ai dit, une forte odeur d’iris et de bouc mâlés.
Enfin la racine de costus offre un caractère remarquable, qui doit nous mettre sur la voie de son origine botanique : la plupart des morceaux sont à moitié ouverts sur le côté, et sont souvent comme rongés jusqu’au centre. Ceux des morceaux qui n’olfrent pas encore cette solution de continuité sont au moins déprimés d’un côté, ce qui indique un caractère non accidentel et qui tient i l’organisation môme du végétal. Si l’on ouvre la plupart des auteurs, on y voit que la racine de costus sentant l’iris, Costus iridem redoleni, Costus indiens violæ mnrtis odore, est produite par le tsjnna-kua de Van Hheede, qui est le Costus urabicus do Linné, ou mieux le Costus speciosus de Wildenow, le Costus arabicus, L. se rapportant plutôt à une espèce américaine ; mais la ra cine du Costus speciosus est noueuse et articulée, comme presque toutes celles de la famille des Amomées, et elle est entourée d'un grand nombre de fibres. De plus, elle a une saveur presque nulle et une odeur peu marquée. Enfin j’ai examiné avec soin tous les genres et toutes les espèces de la famille de Scitaminées que l’on trouve dans les magnifiques ouvrages de Roxburgh et de Roscoë, et Je puis dire que notre racine de costus n’appartient à aucune plante de cette famille. J’ai prié M. Pereira de soumettre celle question au docteur Wullicli, directeur du jardin botanique de Calcutta. Ce savant a répondu, comme je l’avais fuit, que le costus officinal n’appartenait ni au genre costus ni A aucun genre de la famille des Scitaminées. Cette racine lui était môme tout à fait inconnue, ce qui tient è ce qu’elle est étrangère au Bengale, et qu’elle ne doit provenir, ainsi que je l’ai dit, que des contrées situées entre la Perse et la presqu’île occidentale de l’Inde.
Quant à la plante qui produit la racine de costus officinal, rien ne me paraît encore contredire l’opinion que j’ai émise (2), que cette plante est voisine des cailines et des chamæléons. On peut voir en effet à l’article Catiine et Chamæléon, qui a précédé, que les racines de ces plantes sont toutes ouvertes et comme à demi rongées sur le côté. J’y ai rappelé que le chamæléon blanc, trouvé par Bclon dans l’ile de Crète, produisait une racine si odorante que la pièce où on la conserve en contracte une odeur de violette capable d’entôler. Je dois ajouter qu’en comparant la racine de carline du commerce au costus, on trouve des morceaux tellement semblables entre eux qu’on les dirait produits par la môme plante. Je crois pouvoir en conclure encore que le costus officinal provient d’une plante voisine des carlines et des chamæléons, qui dill'ère de la carline par l'odeur, l’amertume, l’ûcrelé
(l) Le costus communique il l’étlicr, U l’alcool et à l’eau une couleur jaune oncée ; le macéré aqueux est très-amer, l'alcoolique l’est beaucoup moins.
(;) Guibonrt, Journal de chimie médicale, t. VIII, p. CCG.
SYNANTllÉUÉES. — CYNAHÉES. 31
et le volume plus considérable de sa racine ; du chamæléon blanc, parce qu’elle est à son tour plus petite que lui, et qu’elle porte une tige, tandis que le chamæléon blanc en est dépourvu ; du chamæléon noir, parce que celui-ci est dere et caustique, ce que ne présente pas la racine de costus, au moins dans l’état où nous la connaissons ; enlin de VAgrioc^nara de Belon, en ce que celui-ci a la racine noire à l’intérieur comme à l’extérieur.
J’ai transcrit littéralement ici l’article Costus de ma troisième édition, qui n’est que le résumé de deux articles sur le même sujet publiés par moi (t) ; parce que je liens à honneur de montrer que c’est moi qui, en m’aidant des seuls caractères physiques de la racine et en repoussant l'opinion généralement admise que cette racine était produite par une plante scilaminée, suis arrivé le premier à en découvrir la véritable origine. M. Falconer, surintendant du jardin botanique de Sabarunpore, en trouvant dans un voyage au Cachemire la plante qui produit le costus, n’a fait que confirmer toutes les données précédentes (2).
Cette plante croît en grande abondance sur les pentes découvertes des montagnes qui entourent la vallée de Cachemire, à une élévation de 8 à 9,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Sa racine, nommée koot, forme un article important de commerce, et on en récolte annuellement environ 2 millions de livres pesant, dont la plus grande partie est importée en Chine, où elle est tenue en grande réputation comme aphrodisiaque. On l’emploie également comme vermifuge chez les enfants, et pour préserver les ballots de châles de l’attaque des teignes. La plante est regardée par M. Falconer comme formant le type d’un nouveau genre de Cynarées, voisin des Saussurea, auquel il a donné le nom de Auklandia, en l’honneur de lord Aukland, gouverneur général de l’Inde, et lui a imposé le nom spécifique de Costus. Voici les caractères qu’il en donne :
Capitule homogame, multiflore ; involucre ové-globuleux, imbriqué, miillisérié; squammes oblongues, appliquées, avec un sommet endurci, écarté, terminé en soie; réceptacle convexe couvert de squamelles formant alvéoles par le bas. Corolles égales, quinquéfides, à tube grêle, allongé, sous-dilaté à la base, renflé à la gorge, à lobes linéaires égaux; anthères courtement appendiculées au sommet, terminées à la base par deux queues plumeuses ; filets glabres ; styles à rameaux allongés, libres, divergents ; achaines glabres, obovés, épais ; paillettes de l’aigrette égales, bisériées; soies plumeuses cohérentes à la base par 3 ou 4, réunies en un anneau caduc.
Herbe haute d’une loise, vivace; racine épaisse, sous-fusiforme, rameuse, très-aromatique; tige simjile, droite, striée, feuillue; feuilles alternes, très-amples, sous-lyrées, à lobe terminal très-grand, hasté-
(1) Guibotirt, Journal de chimie médicale, 1831 et 1832.
(2) Falconer, Mémoire communiqué le 17 novembre 1840, par M. Royle, A la Société linnéenne de Londres, imprimé par extrait, dans les Anno/s and magazine of nalural history 1811, t. VI, p. 475 et in extenso dans les Ti ansaciions of the linnean Society, 1845, t. XIX, p. 23.
32 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
cordé, inégalement denté, à dénis terminées par une soie; capitules terminaux sessiles, réunis au nombre de 5 à 8; fleurs d’un pourpre, noirâtre.
Cette môme plante, si bien décrite par M. Falconer, avait été trouvée avant lui, en 1831, par Victor JacquemonI, sur les montagnes du Cachemire, à une hauteur de 2,600 à 3,000 mètres, et a été décrite par M. Decaisne (1) sous le nom de Aplotaœis Lappa. Le seul caractère différentiel qu’on y trouve, c’est que, dans l'Aplotaxis Lappa (fiij. 572), l’aigrelte de l’ovaire est unisériée, tandis qu’elle présente deux séries de soies dans V Auklandia. Mais si l’on veut bien remarquer que M. Falconer reproche ù De Candolle d’avoir séparé son genre Aplotaxis du genre Sanssurea sur ce seul caractère que l’aigrette des Aplotaxis présente une seule série de soies, tandis que d’après l’observation de M. M.-p’ Edgeworth, le plus grand nombre des Aplotaxis de l’Himalaya possède réellement un rang extérieur de soies très-caduques, qui disparaissent fréquemment dans les échantillons desséchés, on sera convaincu de l’identité des deux plantes. Voici ma conclusion dernière : si la plante possède deux séries de soies à l’aigrette, elle appartient au genre 5««sswrea, dont elle ne se distingue par aucun caractère essentiel, et son nom doit être Saussurea Costus; si l’aigrelte est véritablement unisériée, comme l’a vue M. Decaisne, c’est un Aplotaxis (2), et je pense que le nom Aplotaxis Costus, qui rappelle son produit le plus essentiel, doit lui être appliqué préférablement à celui d’Aptotaxis Lappa,
La racine de costus, comme toutes les substances aphrodisiaques, était autrefois très-usitée dans les parfums et les pommades odoriférantes. Elle n’entre plus guère aujourd’hui que dans la thériaque. Il y a un certain nombre d’années qu’un droguiste de Paris, se trouvant à Londres, à une vente de la Compagnie des Indes, en a acheté une assez forte partie, sous le nom de racine d’iris, et à vil prix. C’est cette racine qu’on a trouvée pendant quelque temps dans le commerce, à Paris. Malheureusement, beaucoup de personnes ne la connaissant pas, la plus grande partie a été employée comme racine de turbith et a été perdue pour la pharmacie. Elle est devenue aujourd’hui presque aussi introuvable qu’auparavant.
(1) Decaisne, in Jacquemont, Voyage dans Clnde, t. IV, p. 96 ; atlas, pl. CIV.
(2) Ce nom étant dérivé de âaXéo,-, simpie et de série, doit s’écrire haptc-
taxis et non aplotaxis. ^
Fig. 57Î. — Aplotaxis Lappa.
SYNANTIIÉRÉES. — SÉNÉCIOMDÉES.
as
Koiiei iIcH Jardins.
Calendula offcinalis, L. Celle planle el ses congénères, quoique comprises encore dans la Iribu des Cynarées, en diffèrent beaucoup par leur port el par leurs capitules hélérogames, dont les Heurs de la circonférence sont ligulées, radiées, femelles et fertiles, tandis que celles du disque sont tubulées, à 5 dents, hermaphrodites, mais stériles par l’avortement du pistil, ou mâles; le réceptacle est nu; l’involucre est formé de un ou deux rangs de folioles égales, lancéolées; les achaines sont courbés en arc, épineux sur le dos, privés d’aigrette; les feuilles sont parsemées de points transparents et pourvues d'une odeur désagréable.
Le souci officinal croit naturellement dans les champs du midi de l’Europe et est cultivé dans les jardins à cause de ses fleurs d’un jaune foncé, radiées et d'un assez bel effet ; ses feuilles sont pubescentes, les inférieures entières et spatulées, les supérieures cordées-amplexicaules, lancéolées, un peu dentées. Cette planle a été très-employée, aûlrefois dans un grand nombre de maladies diverses ; elle est inusitée aujourd’hui. Il en est de même du souci des champs {Calendula arvensis, L.), qui est assez semblable au précédent, si ce n’est qu’il est plus petit dans toutes ses parties.
TRIBU DES SÉNÉCtONlDÉES.
Arnica de nioiilag;iie.
Arnica montana, L. {fig. 573). — Car. gén. : capitule mullillore hétérogame; (leurs du rayon unisériées, femelles ligulées, présentant parfois des étamines rudimentaires, tube velu; fleurs du disque hermaphrodites, tubuleuses, à 3 dents; involucre campanulé formé de deux séries de squammes linéaires-lancéolées, égales. Réceptacle couvert de soies fines; slyles du disque à rameaux longs, couverts d’un duvet descendant ti’ès-bas, tronqués par le haut ou surmontés d’un cône court; achaines sous-cylindriques, atténués à chaque extrémité, à côtes peu marquées, un peu velus; aigrette unisériée à poils i-amassés, un peu rigides, couverts de petites barbes rudes.
"C arnica croit en Allemagne, en Suisse et dans les Vosges. Il pousse de sa racine plusieurs feuilles obovées, entières, à 5 nervures, d’entre lesquelles s’élève une lige haute de 3,5 centimètres, qui porte une on deux paires d’autres feuilles plus petites, opposées, plus étroites, el qui se termine par une belle fleur jaune radiée, accompagnée plus tard de une ou deux fleurs latérales,
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
portées sur de longs pédoncules sortis de l’aisselle des deux feuilles supérieures. La racine, la feuille et la fleur de l’arnica sont usitées, et en France c’est la fleur qui l’est le plus, La racine est brune ou rougeâtre à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur, menue, fibreuse, d’une odeur forte et âcre, d’une saveur également âcre, aromatique, non désagréable. Elle est excitante, antiseptique, résolutive et quelquefois vomitive. La feuille est employée en poudre comme sternutatoire ; quant à la fleur, qu’il est facile de reconnaître à ses demi- fleurons d’un jaune doré et aux semences noires couronnées d’une aigrette gris de lin qu’elle renferme toujours, elle a une odeur forte, agréable, et jouit à un trèshaut degré de la propriété sternutatoireil suffit même, pour éprouver de violents Fig. 573.- Arnica. étcmuments, de remuer les fleurs avec les mains, ce qui est dû à des parties soyeuses extrêmement fines qui s’introduisent dans les narines et les irritent fortement.
La fleur d’arnica prise en infusion est excitante, sudorifique et utile dans les affections rhumatismales et la paralysie. Elle est émétique à trop haute dose, ce qu’il faut éviter. M. Mercier, médecin de Rochefort, avait cru devoir attribuer ce dernier eflèt à des larves d'insectes qui se trouvent souvent dans la fleur d’arnica (i); mais, d’après une observation rapportée par MM. Chevallier et Lassaigne, il parait certain que la fleur d’arnica jouit par elle-même de la propriété vomitive.
Ces mêmes chimistes ont analysé la fleur d’arnica et en ont retiré une résine jaune ayant l’odeur de l’arnica, une matière nauséabonde à laquelle ils attribuent la propriété vomitive, de l’acide gallique, une matière colorante jaune, de l’albumine, de la gomme, du chlorure de potassium, du phosphate de potasse, un sel à base de chaux, des traces de sulfate et de silice (2).
[D’après M. Walz (3) les fleurs d’arnica contiennent une matière amère, qu’il appelle arnicine; une huile essentielle de couleur jaune, une résiné soluble dans l’éther, une autre résiht''iii-
(1) Mercier, A<ih. de chim., t. LXXVli, p. t37.
(2) Chevallier et Lassaigne, Journ.pliarm., t. V, p. 2, s.
(3) Walz, Chemie centrulblad, 1860, n» 47, p. -178, d'après JoMi nu/ de pluii macie et de dm ie, 3* série, t. XXXIX, 23â.
SYNANTHÉRÉES. — SENÉCIONIDÈES. 33
suluble dans ce dissolvant; du tannin, une matière colorante jaune; un corps gras fusible à 28®; une matière séreuse.]
Ont trouve sur les montagnes, en Europe, un genre de plantes qui a été longtemps confondu avec les arnicas, auquel il ressemble beaucoup par le port et peut-être aussi par les propriétés. Ce sont les iiorontca {Doronicum Pardatianches, auslriacum, scorptoides, plantagineum, etc.), dont les feuilles sont généralement assez grandes, cordiformes ou ovales, dentées sur le bord ; les fleurs sont grandes également, jaunes et radiées; le réceptacle est nu, alvéolé, un peu convexe; les styles du disque ont les rameaux tronqués, couverts de duvet au sommet seulement; les achaines sont turbinés, creusés de sillons longitudinaux; ceux du rayon sont chauves; ceux du disque sont pourvus d’une aigrette soyeuse plurisériée.
Pendant longtemps les racines de doronic ont passé pour trèsvénéneuses, sur l’opinion que les anciens s’en servaient pour empoisonner les animaux féroces et principalement les loups et les panthères. On peut croire en effet que le Doronicum Pardalianckes de Linné est V Aconüum Pardalianches (1) qui, suivant Dioscoride et Pline, servait à cet usage; mais l’assimilation môme que font ces auteurs du Pardalianches avec l'aconit permet de croire que c’était plutôt un véritable aconit qui servait à la destruction des animaux sauvages qu’une racine de doronic. Un certain nombre de médecins modernes ont employé la racine de doronic contre plusieurs maladies, telles que les vertiges et l’épilepsie; elle est aujourd'hui tout à fait inusitée.
Vleur «le ple<l-de-t'hat.
Antennaria dioica, Gærtn.; Gnapkaliumdioicum, L. Caractères du genre Antennaria : capitules raulliflores, dioïques ou sous-dioïques; involucre formé de squammes imbriquées, rudes, colorées au sommet; réceptacle convexe, pourvu d’alvéoles à bord denticulé; corolles tubuleuses à 5 dents égales; les fleurs mâles ont les anthères semi-exsertes, pourvues de deux soies à ta base, et un ovaire non fertile surmonté d’un style simple au sommet ou à peine bifide, et couroniié d’une aigrette unisériée, formée de soies barbues, élargies au sommet. Les fleurs femelles sont filiformes, à limbe très-petit, sans rudiments d’étamines, pourvues ’ d’un style à sommet bifide, et d’une aigrette unisériée à soies filiformes; l’achaine est sous-cylindrique.
Lepied-de-chat est une petite plante qui croit dans les collines
(«) De TTapdo;, psntlière, et âTxe.v, étrangler.
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
exposées au vent, surtout en Suisse, dans les Vosges et dans le midi de la France. Elle est traçante, munie de feuilles radicales spatulées et d’une tige qui porte d’autres feuilles linéaires, toutes entières; toute la plante est cotonneuse et blanchâtre; ta tige s'élève à peine à la hauteur de 30 centimètres, et est terminée par un petit nombre de capitules disposés en corymbe. Chaque capitule est muni d’un involucre imbriqué, dont les écailles extérieures sont cotonneuses et blanchâtres comme les feuilles, et dont les écailles intérieures, plus développées, arrondies et pétaloïdes, sont colorées en blanc sur la plante à capitules , ou en rose sur la plante femelle. Le centre des capitules est occupé par un duvet très-fin et soyeux, composé de l’aigrette plumeuse des achaines. C’est ce duvet arrondi et velouté qui donne à la fleur quelque ressemblance avec la patte d’un chat, et lui a valu le nom pied- de-chat : la plante a aussi porté les noms de //«. pidula et de /^»7ose//a qui. veulent dire velue.
La Heur de pied-de-chat est rouge ou blanche, ce qui dépend de la couleur des écailles pétaloïdes de l’involuere ; la rouge est préférée à l’autre, parce qu’elle est plus agréable à la vue; je la crois aussi plus odorante.
C’est au môme genre Gnaphalium, ou au genre voisin flelichrysiim, qu’appartiennent les immortelles, plantes dont le nom est d’une si grande ressource ponr les poëtes chantants et les flatteurs. On leur a donné ce nom A’ immoiHelles à cause de ce que, leurs fleurs étant cueillies et abandonnées â elles-mêmes, les écailles colorées qui les composent presque entièrement se dessèchent sans se flétrir et se conservent ainsi plusieurs années. Les espèces les plus usitées sont l’immortelle blanche {Antennaria margaritacea), l’immortelle argentée (^Helichrysum argenteum), l’immort€>iie jaune {Ilelichrysum orientale), et le storchua cltrin {Helkhryium Stœc/ias).
Tnnalsic vulgaire.
Tanacetum vulgare, L. (fig. 374). — Car. gèn, : capitule homogame, rarement rendu hétérogame à la circonférence, par une série de fleurs femelles tri-ou quadridehtées ; involucre campanule, imbriqué; réceptacle nu, convexe; corolles du disque à 4 ou 3 dénis; achaines sessiles, glabres, anguleux, pourvus d’un large disque épigy ne ; aigrette nulle ou réduite à l’état d'une couronne membraneuse entière ou dentée.
La tanaisie s’élève à la hauteur de C3 centimètres ; ses tiges sont nombreuses, ramassées en touffe, rameuses, pourvues de feuilles profondément divisées et presque bipinnées, glabres ou
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un peu velues, d’un vert jaunâtre. Les capitules sont nombreux,
I approchés en corymbe, d’une belle couleur jaune, très-rarement pourvus d’un rang de fleurs rayonnantes ; les corolles sont un peu plus longues que l’involucre; les acbaines sont presque pentagones, obeoniques, couronnés par une membrane à 5 dents, fort petite. Toute la plante est pourvue d’une odeur très-forte et d’une saveur très-amère; elle est stimulante et anlbelmintique. On en retire par la distillation une huile volatile jaune; on en prépare également una eau distillée, un extrait, etc.
ArmoiNrg et
Ce sont des plantes, la plupart très-utiles à l’art de guérir, que Tournefort avait laissées séparées en deux genres, suivant que leur réceptacle est nu (armoises)^ ou hérissé de poils (absinthes) ; mais Linné les a réunies en un seul genre sous le nom à’ Artemisia, dont voici les caractères : capitules entièrement tubuliflores , pauciflores, homogames ou hétérogames ; involucre imbriqué, à squammes sèches, rudes à la marge; réceptacle nu ou garni de soies; au rayon (c’est-à-dire à la circonférence), un seul rang de fleurs souvent femelles, à 3 dents, à style longuement bifide, exserte; fleurs du disque à 5 dents, hermaphrodites ou mâles par avortement du pistil; achaines obovés, chauves, à disque épigyne peu apparent. Ce genre est aujourd’hui divisé en quatre sections :
1. Dracuneuh . réceptacle nu; capitules hétérogames; fleurs du rayon unisériées, femelles, fertiles; Heurs du disque bisexuelles, mais stériles par l’avortement des ovaires (syngénésie polygamie
nécessaire de L.).
Espèces principales :
Armoise paniculée. Artemisia paniculata.
— des champs. — campestris.
— Estragon. — Dracunculus.
2. Scriphidia: réceptacle nujcapilules homogames, tous hermaphrodites fertiles (syngénésie polygamie égale de L.). Exemples :
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Semen-conlra d’Alep,
— de Barbarie.
Sangucnié ou sanguenita.
Ginadu Volga.
Absinthe maritime.
Armoise très-odorante.
Artemisia Cina, Berg.
— ramosa, Smith.
— gallica.
— pauciflora.
— marittma.
— fragrans.
3. Abrotana : réceptacle nu; capitule hétérogame, fleurs du rayon femelles; celles du disque hermaphrodites; les unes et les autres fertiles (syngénésie polygamie superflue de L.). Exemples :
Armoise de Judée.
Aurone élevée.
— mâle ou citronelle.
Absinthe pontique.
— d’Autriche.
Armoise vulgaire.
Génipi noir.
Antre génipi noir.
Artemisia judaica.
— procera.
— Abrotanum.
— ponlica.
— austriaca.
— vulgaris.
— spicata.
— eriantha.
4. Absinthia : réceptacle garni de soies ; capitules hétérogames; fleurs du rayon femelles ; celles du disque hermaphrodites ; les unes et les autres fertiles; involucres globuleux.
Moxa des Chinois.
Génipi blanc.
— vrai des Alpes.
— des roches.
Grande absinthe oualuine.
Artemisia Moxa.
— mutellina.
— glacialis.
— rupestris.
— Absinthium.
Estrai^on.
Artemisia Dracunculus, L. Celle plante, cultivée dans les jardins potagers, croît à la hauteur de 60 à 100 centimètres ; ses liges sont grêles et rameuses; ses feuilles sont très-entières, linéaireslancéolées, vertes et glabres ; les fleurs sont très-petites, jaunâtres, portées au sommet de la lige et des rameaux.
L’estragon a une saveur âcre, piquante, mais agréable et aromatique. 11 est stomachique, emraénagogue, antiscorbutique ; il excite l’appétit et on l’emploie comme assaisonnement, surtout allié au vinaigre, avec lequel son goût et son odeur s’associent très-bien. On en extrait une huile volatile verte, d’une odeur qu’on peut dire fortifiante, d’une pesanteur spécifique de 0,935. Celle huile volatile, d’après Gerhardt, paraît formée d’un hy-
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drogène carboné liquide el d’une essence oxygénée qui a la même composition el présente les mômes réactions chimiques que le sléaroptène d’anis (G’®Ii'W).
Semcn-contra.
Celte substance, nommée aussi sertfencine el barbotine, a longtemps été regardée comme une semence, ainsi que l’indiquent ses deux premiers noms; mais il suffit de regarder attentivement les petits corps oblongs qui la composent pour y distinguer un involucre écailleux el des fleurons semblables à ceux des armoises, de sorte que c’est parmi ces plantes qu’il faut en chercher l’origine.
On connaît d’ailleurs dans le commerce deux espèces de Semenconlra qu'il convient de décrire séparément.
Semen-contrn du licvunt. Celte espèce est nommée aussi semen-contra d'Alep ou A’ Alexandrie, parce qu’elle arrivait jadis par la voie de ces deux villes; mais le vrai lieu de son origine parait être la Perse el le Tliibel. [D’après O. Berg, elle vient principalement de Perse et de Boucharie soit par Astrakan sur la Caspienne, soit plus au nord par Nijni-Nowgorod, Moscou el Saint- Pétersbourg. Les caravanes le portent en sacs de 80 à 160 livres.] Ce semen-contra (/îÿ, 573) est verdâtre, lorsqu’il est récent; mais il devient rougeâtre en vieillissant. Il est composé de pédoncules brisés, dépourvus de duvet et privés de leurs capitules, dont quelques-uns, cependant, à peine formés, sont encore sous la forme de boulons globuleux attachés à l’extrémité de ces pédoncules. Mais le plus grand nombre de ces capitules sont plus développés et séparés des liges. Us sont ovoïdes-allongés, atténués aux deux extrémités, et composés d’écailles imbriquées, scarieuses, tuberculeuses à leur surface; à l’intérieur, le réceptacle est nu et les fleurons sont peu nombreux et tous hermaphrodites, ce qui indique la section des Seriphidium. Ce semen-contra possède une odeur très-forte et très-aromatique, surtout lorsqu’on l’écrase; il a une saveur amère el aromatique.
[Le semen-contra du Levant a longtemps été attribué à plusieurs espèces d armoises qui ne doivent pas le produire. VArtemùia Vahliana de Koslelelzky s’en distingue par ses capitules ovales obtus, à bractées arrondies; YArtemisia judaica par ses gros capitules globuleux ; l’A . SieberiAe Besser par le petit nombre de glandes qu’on observe sur les bractées de l’involucre. Ne trouvant dans aucune des espèces connues des caractères exactement identiques à ceux du Semen-contra, O. Berg avait établi, sur l’examen de la substance officinale, une espèce qu’il avait désignée
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sous le nom de Artemisia Cina. Celte plante a été trouvée, en 1870, par le professeur Petzhold, dans le Turkestan, par 44° latitude nord et 68° longitude est, entre le lac d’Aral et le lac Balkasch. M. Wilkoram, professeur à l’université de Dorpal, l’a décrite avec soin, et lui assigne les caractères suivants : Plante de 3 à 5 décimètres de hauteur, sufFruliculeuse, à tiges ligneuses à la base; feuilles inférieures péliolées, bipinnaliséquées, couvertes de poils aranéeux, les moyennes et les supérieures glabres. Capitules nombreux, solilaires, ou en glomerules sur les rameaux, en épis lâches, longs de 3 millimètres environ au moment de l’au- Ihèse, oblongs. Involucre formé d’une douzaine de braelées glabres, oblongues-linéaires, obtuses, concaves, lâchement imbriquées, largement scarieuses sur les bords, marquées d’une bandelette verte sur le milieu, toutes couvertes de papilles glanduleuses; fleurs au nombre de 3 à 6, sessiles, disposées par paire à l’aisselle des braelées supérieures; ovaire obové égalant à peine le quart de la longueur de la corolle; celte dernière tubuleuse, à dents obtuses, couvertes extérieurement de papilles résineuses.
Semen-contra de Russie. On donne ce nom à une espèce de semen-contra qui vient de Saralof ou de Sarepla dans les steppes
du Volga. On distingue deux variétés de ce semen-contra : 1° les capitules de VA.paucifloraei àeVA.monogyna, bruns; couverts de poils blanchâtres, peu épais; à bractées intérieures, lancéolées-
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linéaires, et 2“ les capitules couverts d’une pubescence épaisse et blanche de VA. Lertheana, p. Gmeliana, DG. (1).
Mcmen-conira île Harbarie (fig. .'S7C). Ce semen-contra est produit, d’après Berg, par VArtemisia ramosa Smith. Il est composé, comme le premier, de pédoncules hachés cl de fleurs; mais on n’y trouve pas de capitules développés et isolés; ils sont tous sous la forme de petits boulons globuleux réunis plusieurs ensemble à l’extrémité des rameaux. Ces boulons sont recouverts d’un duvet blanchâtre, ce qui donne la môme couleur à la masse.
Ce semen-contra est sensiblement plus léger que celui. d’Alexandrie; son odeur, lorsqu’on le frotte, me parait être enlièment semblable. On lit dans quelques ouvrages qu’il est plus gros et beaucoup plus chargé de bûchettes ; le fait est qu’il est plus petit et qu’il y a autant de bûchettes dans l’un que dans l’autre.
Autre* fleura lie aemrncine. Il est probable qu’onse Sert CD plusieurs pays, en place du véritable semen-contra, des fleurs de plusieurs armoises indigènes, plus ou moins propres à le remplacer; telles sont probablement les fleurs des Arlemisin judaica et santonica, déjà nommées; et en France, celles de V A}-lemisia gallica, usitées en Provence sous le nom de sanguenié ou de sanguenùa. ün a vendu aussi à Paris pour semen-contra, lorsque, par suite de la grande guerre continentale, ce dernier était devenu très-rare et d’un prix élevé, les fleurs de quelques armoises indigènes, et surtout celles de l’aurone dca diampa {Artemtsia campestris, L.), ou de la grande aiisinthe {Artemüia Absinthium).
J’ai conservé une substance de ce genre que j’ai soumise à l’examen de W. Gay. Klle est d’un jaune fauve et beaucoup plus menue que le vrai semen-contra, ce qui lient à ce qu’elle n’est pas formée de capitules entiers comme celui-ci, mais seulement de fleurons isolés, dont la plupart sont hermaphrodites et les autres femelles; on y trouve peu de pédoncules brisés, mais beaucoup de fllaments lianes, qui sont les folioles de l’involucrc de l’absinthe. Ainsi, suivant eeiie description, le semen-contra indigène serait produit par |a grande absinthe, Artemisin Absintliium, plutôt que par TA. campestns. Celle substance présente une faible odeurd’absinthe qui ne devient pas plus forte par le frottement; mais elle est douée d’une amertume si considérable qu’il suffit de l’agiter avec la main devant soi pour en avoir le palais affecté. Ce caractère peut même servir à reconnaître du semen-contra mêlé d’absinthe, car il ne le présente pas du tout lorsqu’il est pur.
(I) Voir sur les semen-contra : O. Berg, Betchreibung und Darsieliung officinel/en Gewilchse, Leipzig, t. IV, tab. XXXIX.
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Quelques personnes aussi s’amusent à teindre le semen-conlra en vert. On ne peut concevoir cette manie de tromper, ni la sottise de ceux qui achètent une marchandise si évidemment falsifiée.
Le nom de semen-contra est l’abrégé du mot latin semen contra vermes, qui en indique la propriété médicamenteuse. On emploie cette substance en poudre, en infusion aqueuse ou en sirop. On en relire, par la distillation, une essence jaune, plus légère que l’eau, d’une odeur forte et pénétrante, qui parait très-active contre les vers. Indépendamment de cette essence, le semen-contra contient une matière cristalline nommée santonine, qui a été découverte par M. Kahler de Dusseldorf, et étudiée depuis par un grand nombre de chimistes. M. Calloud père, pharmacien à Annecy, a publié un procédé pour l’obtenir, plus avantageux que ceux connus jusqu’ici (I). Cette substance pure se présente en petits cristaux blancs, brillants, aplatis, sexangulaires; elle est inodore, très-peu amère, insoluble dans l’eau froide, soluble dans