FAMILLE DES MYRTACÉES
Famille indispensable à connaître, à raison des produits qu’elle fournit au commerce, à la vie domestique et à la médecine. Elle renferme des arbres et des arbrisseaux généralement aromatiques, dont les feuilles sont opposées ou alternes, très-entières, souvent persistantes, marquées de points translucides comme celles des Aurantiacées. Les fleurs présentent un calice tubuleux, adhérent à l’ovaire, surmonté d un limbe à 4, 5 ou 6 divisions. La corolle est formée de 4, 5 ou 6 pétales insérés sur un disque, à la gorge du calice, et alternes avec ses divisions; les étamines sont généralement très-nombreuses, le plus souvent libres, d’autres fois différemment réunies par leurs filets, ou polyadelpbes. L’ovaire, qui est infère ou semi-infère, est- quelquefois uniloculaire; mais il présente le plus souvent de 2 à 6 loges à ovules fixés à l’angle central et pendants. Le style est simple. Le fruit varie suivant les tribus de la famille; mais il est le plus souvent pluriloculaire et polysperme. Les graines sont dépourvues d’endosperme.
DeCandolle a divisé les .Myriacées on cinq tribus :
tribu, CHAMÆLAL-CIÉES : Calice à 5 lobes ; corolle à 5 pétales ; 20 étainines libres ou polyadelpbes, le plus souvent en partie stériles. Fruit uniloculaire, monosperme, indéhiscent ou incomplètement bivalve. Arbrisseaux de l’Australie, offrant le port de bruyères, ayant peud’inlérêt pour nous.
^ 2® tribu, i.EPTosPEnuÉEs ; Étanijnes indéfinies, libres ou polyadelpbes. Fruit sec, pluriloculaire, à déhiscence loculicide ou seplicide. Cette tribu nous offre les Melaltuca, les Eucalyptus les Metrosi'Icros et les Leptospermum, arbres ou arbrisseaux de l’Australie ou des îles environnantes, à feuilles étroites, ponctuées et aromatiques; plusieurs Eucalyptus donnent une manne que nous avons déjà mentionnée (1) et
(1) Voyez t. Il, pag. 585.
268 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
des huiles essentielles très-odorantes; l'EKCalyjjfHsresiiu/era fournit en outre un suc rouge très-astringent, qui est une des espèces de kino du commerce. Mais la description en sera réunie i celle des sucs astringents dus à la famille des légumineuses.
3' tribu, MYRTÉES : Étamines indéfinies, libres. Fruit charnu à 2 ou plusieurs loges souvent monospermes par avortement. Arbres ou arbrisseaux à feuilles opposées et ponctuées, répandus dans toutes les régions chaudes du globe, où ils produisent, tantôt des fruits alimentaires très-estimés, à cause de leur saveur très-parfumée, acidulé et sucrée, tels que les gojave» {fig. 660) (Psidium), les Jambose» [Jam-
hosa), les nèQe* des ilea Miinrlce {Jossiiiià) ; d’autres fois des fruits très-aromatiques, connus sous le nom de piment, très-usiiés comme épices. C'est également à cette tribu qu'appartient le giroflier dont les fleurs non développées sont si généralement connues sous le nom de girofles ou de clous de giiofle.
4“ tribu, BARRiNGTONiÊEs : Étamines’ nombreuses, souvent monadelphes. Fruit charnu, à épicarpe coriace, à une ou plusieurs loges, mono- ou oligospermes. Feuilles alternes, non ponctuées. Arbres croissant en .4.sie et en Amérique, entre les tropiques. Les genres Barrinytonia, Sfravadium, Gustavia, Fœtidia, appartiennent à cette tribu.
5« tribu, LÉCYTiDÉEs : Anthères très-nombreuses, monadelphes, formant d’une part un urcéole très-raccourci, à anthères fertiles, et
MYRTACÉKS.
fie l’autre une lame pétaloïde portant des anthères stériles et recouvrant le pistil. L’ovaire est demi-infère, pluriloculaire et pluri-ovulé. Le fruit est sec ou charnu, indéhiscent ou s’ouvrant par un opercule. Arbres de l’Amérique, à feuilles alternes, non ponctuées, à stipules nulles ou caduques, remarquables par la grosseur ou la forme do leurs fruits, que je vais décrire succinctement, afin de n’y plus revenir.
Conroiipltn de la Ciajrane, Cow'oupüa guianensis (i). Arbre trèsélovédes forêts de la Guyane, dont les fleurs sont grandes, à 6 pétales dont 2 plus grands, d’une belle couleur rose et d’une odeur très-suave. Le fruit, nommé vulgairement boulet de canon, est sphérique, de la grosseur de la tête d’un enfant, quelquefois du poids de O kilogrammes : il présente, vers les deux tiers de sa hauteur, un rebord circulaire qui marque l’endroit où le tube du calice cessait d’étre soudé à l’ovaire ; mais il est indéhiscent. Le péricarpe est peu épais, formé d’un épicarpe ligneux, d’un mésonarpe pulpeux et d’un endocarpe mince et osseux, divisé intérieurement en 6 loges qui sont remplies d’une pulpe acidulé, non désagréable, mais qui, dans son état sauvage, ne paraît pas être recherchée comme aliment. Les semences sont remplies par un embryon dont la radicule, très-grosse et courbée en cercle, entoure deux cotylédons foliacés et chiffonnés ; elles ne sont d’aucun usage, de sorte que jusqu’à présent cet arbre, qui est un des plus beaux de l’Amérique, otTi'epeu d’utilité.
<|iiatelé ite la Ciuyani-, marmite de aiiige, Lecytliii grandijloru d’Aublet, pareillement son Lecythis Zabucajo et le Lecythis Ollaria, L., qui parait être le zabucajo de Pison (2). Ces différents arbres portent des fleurs semblables à celles du couroupita ; mais leurs fruits consistent en une capsule ligneuse, très-épaisse, en forme d’urne pourvue, vers le milieu de la hauteur, d’un bourrelet plus ou moins proéminent et à six angles plus ou moins marqués; au-dessus de ce bourrelet, la capsule se rétrécit brusquement, puis s’ouvre par une fissure circulaire, et se termine par un opercule ligneux, arrondi en forme de calotte en dessus, mais prolongé en dessous en un axe conique quadranguluire, et marqué de quatre cavités qui répondent aux quatre loges du fruit. C’est à la base de cet axe que sont fixées les semences qui sont peu nombreuses et quelquefois solitaires dans chaque loge, enveloppées d’une membrane charnue, et pourvues d’une amande huileuse, bonne à manger et usitée comme aliment et pour l’extraction de l’huile, au Brésil et dans la Guyane. On trouve dans les cabinets des curieux un assez grand nombre d’espèces de ces fruits, variables par leur forme et leur grosseur.
Chàtaig^Hier du nommé J ayla sur les bords de l’Orénoque
et touka à Cayenne ; Bertholleiia ex-cetsa, H. B. Très-grand arbre du Brésil et des forêts de l’Orénoque, dont Alex, de Humboldt n’avait pas vu les fleurs, ce qui Ta empêché d’en reconnaître les affinités naturelles ;
{t)Aublet, t. II, p. 708; de Tussac, Flore des Antilt., t. II, p. 45, fig. 10 et II.
(2) l’ison, Bras., p. 66.
270 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
mais que la structure de sa fleur, observée par M. Poiteau à Cayenne, et celle de sou fruit, placent tout auprès Lecythis. La structure des fleurs est exactement celle des Lecythis et des Courou/iita; et quant au fruit, que Alex, de Ilumboldt avait cru supère, il est au contraire presque complètement infère, et le limbe du calice, en tombant, n’y laisse presque aucune trace. Ce fruit, d’après Alex, de Ilumboldt, est sphérique et peut acquérir le volume de la tête d’un enfant ; mais ceux cultivés iV Cayenne n’ont guère que 10 à 12 centimètres de diamètre et sont sensiblement déprimés sur leur hauteur. Ce fruit, à l’état récent, est formé d’un bnu vert, uni et luisant, peu épais, sous lequel se trouve une coque ligneuse assez épaisse, très-raboteuse à sa surface. L’intérieur est divisé en 4 loges contenant chacune 0 ou 8 semences fixées à un axe central, ligneux, quadrungulaire, s’épaississant vers l’extrémité et se terminant par un bouton qui servait de base au style. Ce bouton se détache par la dessiccation du péricarpe, et y forme une ouverture circulaire fort petite, à travers laquelle Tes semences et l’axe ligneux lui-même ne peuvent sortir. Les semences sont trigones, longues de 3 ou 4 centimètres, épaisses de 2 ou 3, formées d’un test osseux, de couleur cannelle, très-raboteux à sa surface, et d’une amande blanche, très-bonne à manger, dont on peut retirer par expression une huile propre à remplacer celle d’olive, soit pour l’usage de la table, soit pour la fabrication du savon (I).
Myrte commun.
Myrtus commums, L. Car. gén. : calice à tube globuleux soudé avec l’ovaire, h limbre libre à o parties, rarement à 4. Pétales en nombre égal aux divisions du calice ; étamines nombreuses, libres. Baie globuleuse, à 2 ou 3 loges, couronnée par le limbe du calice ; plusieurs semences (très-rarement une seule) dans chaque loge, réniformes, à lest souvent osseux. Embryon arqué, à cotylédons très-courts, demi-cylindriques, à radicule deux fois plus longuè que les cotylédons.
Le myrte commun n’est qu’un arbrisseau très-élégant dans nos jardins; mais, dans le midi de l’Europe et dans le Levant, c’est un arbre à tige droite, divi>ée en nombreux rameaux. Les feuilles sont opposées, presque sessiles, assez petites, ovules-lancéolées, très-entières, lisses, d’un vert foncé, fermes, persistantes, parsemées de points glanduleux translucides, et douées d’une odeur forte et très- agréable lorsqu'on les froisse. Les fleurs sont blanches, solitaires dans l’aisselle des feuilles. Le fruit est une petite baie globuleuse, d’un bleu noirâtre, douée d’une odeur aromatique assez forte également. On préparait autrefois
(t) Jour/i. p/iarm., t. X, p. 61 ; Journ. pharm. et chim., t. VI, p. 132.
1\1.YRTACÉES. — GIROFLIER, 271
avec les feuilles de cet arbuste, qui était consacré à Vénus, une eau distillée aromatique très-recherchée pour la toilette, et les baies faisaient partie de compositions astringentes qui jouissaient aussi d’une grande réputation.
Cîiroflier et girofles.
Carynphyllus aromatkus, L. {fig. CCI). Le giroflier est un arbre originaire des îles Moluques, d’où il a passé dans l’île Bourbon en 1770, deux ans plus tard à Cayenne, et de là dans nos autres colonies.
Il aies feuilles opposées, coriaces , ponctuées , oblongues, rkrécies en pointe aux deux extrémités. Les fleurs sont disposées en cymes terminales, ou en corymbes partant de l’aisselle des rameaux ; elles sont composées d’un calice tubuleux, cylindracé, divisé supérieurement en 4 lobes ; d’une corolle 5 4 pétales insérés au haut du tube du calice, adhérents par leur sommet et se séparant du calice, sous forme de coiffe, lors de l’anthèse. Les étamines sont insérées sur un aiineau charnu, tétragone; elles sont libres, mais disposées en 4 phalanges qui s’écartent en rayonnant du centre de la fleur. L’ovaire est infère et à 2 toges, contenant chacune 2 ovules; mais le fruit est une haie à 1 ou 2 loges qui ne contiennent qu’une seule semence ovoïde ou demi-ovoïde, suivant qu’elle est solitaire ou double. Les cotylédons sont épais et charnus, convexes en dessus, sinués sur la fRce interne; la radicule naît du centre des cotylédons et s'élève perpendiculairement entre eux.
Le girofle du commerce, qui porte le nom vulgaire de clou de girofle, est la fleur du giroflier cueillie avant que la corolle se soit détachée, et lorsque les pétales, encore soudés, forment comme une tête ronde au-dessus du calice. On le fait sécher au soleil, et non, comme quelques-uns l’ont dit, à la fumée; car le bon girolle ne présente d’autre c.ouleur brune que celle ue peutpren-
DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
dre à la dessiccation un corps éminemment huileux, et dont l’huile possède spécialement la propriété de brunir à l’air et à la lumière.
On distingue dans le commerce trois principales sortes de girofle : 1" le girofle des Moluques, dit aussi girofle anglais, parce que c’est la compagnie des Indes qui en fait le commerce. Il est d’un brun clair et comme cendré à la surface, gros, bien nourri, obscurément quadrangnlaire, obtus, pesant, d’une saveur âcre et brûlant. 2“ Le girofle de Bourbon, qui diffère peu de celui des Moluques; cependant il est un peu plus petit. 3“ Le girofle de Cayenne, qui est grêle, aigu, sec, noirâtre, moins aromatique et moins estimé.
Le girofle fournit à la distillation une huile volatile plus pesante que l'eau (1), d’une consistance oléagineuse, d’une saveur caustique, incolore lorsqu’elle vient d’être préparée, mais se colorant fortement avec le temps, lorsqu’elle a le contact de l’air et de la lumière. Cette huile rougit instantanément par l’acide nitrique et jouit delà propriété de former des combinaisons cristalli^ables avec les alcalis (Bonastre). Pour l’extraire des girofles, on ajoute du sel marin à l’eau de l’alambic, dans le but d’élever la température à laquelle ce liquide entre en ébullition, et l’on recohobe plusieurs fois l’eau distillée sur les mêmes girofles, afin de les épuiser. L’huile de girofle du commerce se prépare en Hollande, où elle est très-souvent falsifiée; c’est un devoir pour les pharmaciens de préparer eux-mêmes celle qu’ils emploient.
11 résulte de l'analyse faite par Trommsdorff, que les girofles contiennent, sur 100 parties : huile volatile 18, matière extractive et astringente 18, gomme 13, résine 6, fibre végétale 28, eau 18 (2).
Lodibert a découvert dans le girofle des Moluques un principe peu soluble à froid dans l’alcool, et facile à faire cristalliser en aiguilles rayonnées, très-déliées. Ce principe, qui est sans saveur et sans odeur lorsqu’il est bien privé d’huile volatile, a reçu le nom de caryophylline. Le girofle de Bourbon a offert la même substance à M. Bonastre, mais en très-petite quantité, et le girofle de Cayenne ne lui en a pas donné du tout (3).
L’essence «le giroüe, d’après les recherches de M. Ettling, est un mélange de deux huiles dont l’une, peu abondante, est neutre
(1) L'essence de girofle pèse 1,0635, à la température de 50 degrés. Il arrive souvent, lorsqu’on la distille, qu une Imile plus légère s’en sépare et vient na ger à la surface de l’eau du récipient, tandis qu'elle est chaude. A froid, cette essence dite légèi-e est plus dense que l’eau : elle pèse 1.0035 à 50 d. c.
(2) Trommsdorff. Jour», de phattn., 1815, p. 301.
MYRTACÉES. — PIMENT DE LA JAMAÏQUE. iTA
€t formée de de même que les essences de térébenthine
et de Dryobalanops Camphora; l’autre essence, qui est acide, et qui forme des sels cristallisables avec les alcalis, ainsi que l’avait vu M. Bonastre, a reçu le nom û’acide eugénique. Pour l’obtenir, on combine l’essence de girofle avec la potasse; on traite par l’eau, qui ne dissout pas sensiblement l’huile neutre; on filtre et l’on fait bouillir pour chasser la portion d’essence dissoute. On décompose alors l’eugénate de potasse par un acide et l’on distille dans une cornue. L’acide eugénique est liquide; il rougit le tournesol, possède une saveur brûlante, pèse 1,079 et bout à 213 degrés. Il est formé, d’après M. Dumas, de et d’après
M. Ettling, de C2®H‘20‘ à l’état de combinaison avec les bases. La caryophylline est composée, suivant M. Dumas, de Elle
a la même composition que le camphre des laurinées et peut être considérée comme un oxyde de l’essence de girofle indifférente (C20J116).
On rencontre quelquefois dans le commerce le fruit du giroflier, provenant des fleurs qui ont été laissées sur l’arbre; on le nomme antofl« ou mferc de Krirofle, et on le trouve sous deux formes. Tantôt il a été récolté à une époque plus ou moins éloignée de sa maturité, et alors il est plus ou moins tubuleux, cylindrique, terminé par les quatre pointes du calice, et sans aucune apparence de la corolle et des étamines qui sont tombées. Il possède une très-forte odeur de girofle et contient d’autant plus dBuile volatile qu’il est plus jeune. D’autres fois il est complètement mûr : alors il est ovoïde, toujours terminé par les dents du calice qui se sont recourbées en dedans, formé d’une pulpe sèche à l’extérieur et d’une semence dure, marquée d'une rainure longitudinale, ondulée. Ce fruit mûr est beaucoup moins aromatique que le girofle et mérite peu d’être employé.
On a également introduit dans le commerce les pédoncules brisés du girofle, sous le nom de griffes de girofle. Cette substance est sous la forme de petites branches menues et grisâtres, d’un goût et d’une odeur assez marqués. Les distillateurs l’emploient en place de girofle.
On emploie au Brésil, sous le nom de Craveiro da terra, ou de qtrofle indigène, les boutons de fleurs du Calyptranthes arornatica, St.-Hil., et les jeunes fruits de \' Eugenia pseudocaryophyllus, DC,
Piment de la Jamaïque.
Dit aussi Amomt, Piment des Anglais, Toute-épice, Poivre de la Jamaïque. On a donné ces difl'érents noms aux fruits, desséchés avant leur maturité, d’un arbre nommé par Linné Myrtus Phnenta
CoiiooBT, Drogues, 7« édit. T. III. — 18
274 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
ifig. 661). Cet arbre est cultivé avec soin à la Jamaïque, où il forme des promenades agréables par son feuillage qui dure toute l’année. Toutes les parties en sont aromatiques, et sont usitées dans le pays; mais nous n’en recevons que le fruit. Ce fruit récent est une baie biloculaire : tel que nous l’avons, il est sec, gros comme un petit pois, presque rond, d’un gris rougeâtre, très-rugueux à sa surface, ou mieux tout couvert de petites glandes tuberculeuses, et couronné par le limbe du calice.
La couronne est petite et presque toujours réduite à l’état d’un simple bourrelet blanchâtre, par le frottement réciproque des fruits; mais, lorsqu’elle est entière, elle présente toujours un limbe à 4 parties recourbées en dedans. La baie sèche est formée d’une coque demi-ligneuse, partagée inlérieurement en 2 loges dont chacune -g. - renferme une semence noi-
râlre, à peu près hémisphé-
Fig. 661. — Piment de la Jamaïque. rique, c’est-à-dicc hombée du côté externe, et aplatie sur la face interne; mais en outre cette semence estréniforme et placée de manière que la convexité du rein regarde le bas de la loge, et la partie échancrée le haut; et c’est à cette partie échancrée que se trouve le point d’attache par lequel la semence est suspendue à la partie supérieure de la loge et de la cloison, ainsi que l’a décrit Gærtner. L’embryon est courbé en spirale et tout couvert de glandes oléifères; la radicule est ascendante ou supère, beaucoup plus grande que les cotylédons, qui sont petits, complètement soudés, figurant un seul cotylédon cylindrique.
Le piment de la Jamaïque possède, surtout dans son péricarpe, une odeur très-forte et très-agréable qui tient à la fois du giroQe et de la cannelle; aussi lui a-t-on donné le nom de toute-épice. 11 fournit, à la distillation, une huile pesante qui jouit des mômes propriétés que l’essence de girofle.
Observations. En attribuant le piment de la Jamaïque au Myrtus Pimenta, L., qui est le Myrtus arborea foliis laurinis, aromatica, de
MYRTACÉES. — PIMENT DE LA JAMAIQfE. 27Ii
Sloane (I), j'ai suivi le senliment de tous les botanistes, fondé sur l’autorité de Sloane, qui nomme cet arbre piment de la Jamaïque, Cependant Clusius (2) et Plukenet (3) ont décrit un autre arbre à feuilles elliptiques {Myrtus acris, AVild.), que Plukenet donne aussi comme étant celui qui produit le piment de la Jamaïque. Et il est vrai de dire que, si ces deux arbres diffèrent beaucoup quant à la forme de leurs feuilles, leurs fruits sont entièrement semblables : de sorte que l’un et l’autre peuvent en réalité fournir le piment de la Jamaïque. Cependant de Candolle (4) nomme le Myrtus pimenta, L., Eugenia pimenta, et Myrtus acris, Wild., Mynia acris, les séparant ainsi dans deux genres différents ; de plus il décrit le fruit du premier comme étant une baie monosperme, dont, suivant lui, l’embryon arrondi et à cotylédons soudés, non distincts, différerait complètement de la figure de Gærtner. On serait tenté de croire, d’après cela, que de Candolle a pris quelque autre fruit pour le piment de la Jamaïque ; car, indépendamment de l’exactitude de la figure et de la description de Gærtner, tous les botanistes, sans exception, ont décrit les fruits des deux piments comme formant également une baie à 2 loges, dont chacune contient une semence hémisphérique. J’ajoute qu’il m’a fallu ouvrir un très-grand nombre de fruits de piment de la Jamaïque pour en trouver un à une seule loge et un autre à trois loges monospermes.
■•imciit Tabago. Ce fruit est tout à fait semblable au piment de la Jamaïque, pour sa forme sphérique, son ombilic, ses 2 loges et ses 2 semences réniformes ; mais il est plus gros, d’une couleur grisâtre à l’extérieur et beaucoup moins rugueux, ce qui lient au peu de développement des glandes oléifères de la surface. Sa couronne est beaucoup plus petite, et c’est à peine si l'on peut y découvrir un vestige des lobes du calice ; mais, quand il en reste, ils paraissent être au nombre de quatre seulement, comme dans le piment de la Jamaïque. La substance du péricarpe est plus sèche et moins aromatique les semences et leur embryon sont entièrement semblables, sauf leur volume plus considérable.
Je ne saurais dire .si ce fruit est produit plus spécialement par le Myrtus acris ; dans tous les cas, il paraît avoir été cueilli dans un état de maturité complète, et cette circonstance suffirait pour expliquer son odeur plus faible. Enfin quelques auteurs un peu anciens font mention d’un piment de Tabasco au Mexique, et ne
(tab. CLV, flg. <) et le Piper jamaicense de Blackwell, tab. CCCLV.
(2) Clusius, Exot., p. lî.
(3) Plukenet, tab. CLV, flg. 3.
(4) De Candolle, Prodromus.
DICOTYLÉDONES CA.LICIFLORES.
parlent pas de piment tabngo: serait-ce donc par une fausse locution que le fruit actuel porterait ce dernier nom?
Piment couronné OU poirre de Xlienet. Ce fruit, mentionné par Pomet, Chomel et Murray, avait complètement disparu du commerce, lorsqu’il en est arrivé, il y a un certain nombre d’années, et depuis je ne l’ai plus revu. Il vient des Antilles et principalement de rile Saint-Vincent, où il est produit par le )Ii/rtus pimentoïJes de Nees d’Esenbeck [Myrcia pmentotdes, DC.). Cet arbre (fig. C6â) ressemble complètement au Myrtus acris, par ses feuilles ovales-oblusesou elliptiques, coriaces, fortement veinées, toutes couvertes de points glanduleux, et par la disposition de ses fleurs en panicules Irichotomes ; mais il en diffère par ses fruits, dont voici les caractères :
Baies sèches, ouafes, rougeâtres, tuberculeuses, très-aromatiques, terminées par une large couronne un peu évasée en entonnoir, et offrant les vestiges des 5 dents du calice. Intérieurement on y trouve le plus souvent 2 loges avec indice d’une 3” avortée; assez souvent 3 loges, très-rarement une seule, et chaque loge contient 2 semences brunes et luisantes (I), qui sont d’autant plus petites et plus irrégulières qu’elles sont plus nombreuses. Dans leur complet développement, elles sont un peu réniformes et offrent un embryon recourbé, qui m’a paru semblable à celui du Afyrtus Pimenta; de sorte que je partage l’avis de M. Th. Fr. L. Nees d’Esenbeck, qui réunit tous les piments aromatiques dans une section du genre Myrtm, nommée Pimenta, caractérisée par une radicule extérieure Irès-développée et roulée
(1) J'ai trouvé une seule fois 1 loge et 2 semences; très-souvent 2 loges avec i semences ; assez souvent 3 loges et 4 semences ; une fois 3 loges et 6 semences-, une fois 4 loges régulières et 6 semences; une autre fois 3 loges et 7 semences; une fois 2 loges et 4 semences, plus 2 vestiges de loges dont une complètement oblitérée, et dont l’autre présentait 2 semences atrophiées, fixées à la partie supérieure de l'angle interne des cloisons.
MVRTACÉES. — HUILE DE CAJEPÜT. 277
en spirale autour des deux cotylédons qui sont beaucoup plus courts, charnus et soudés en un petit corps cylindrique. Je pense que c’est la dernière espèce, le Myrtus pimentoides, qui a été désignée par Plukenet, sous le nom de Caryophyllus aromaticus amqrtcanus, folio et fruciu oblongo, polypyrene, acinis angulosis uvarum vinaceis similibus. Sweet bay barbadensis dicta ^2).
J’ai décrit précédemment (2) les piments non aromatiques, produits par le genre Capsicum, de la famille des Solanacées.
Huile de Cajepnt.
Celte huile volatile est extraite par la distillation des feuilles d’un arbuste des îles Moluques, nommé Caju-puti, c’est-à-dire arbre blanc : ce nom lui a été donné à cause de l’écorce blanche dont il est revêtu. Cet arbre appartient à la famille des Myrtacées, et Humphius l’a décrit sous le nom i’Arbor alba minor, pour le distinguer d’autres espèces voisines, nommées aussi Cajaputi,
niais qui ne paraissent pas servir à l’extraction de l’huile. Linné a réuni ces différents arbres en une seule espèce, sous le nom de Melaleuca Leucadendron ; mais aujourd’hui on les sépare de nou veau, et celui qui nous occupe porte, dans de Candolle (3), le nom de Melaleuca minor {fig. 663).
(I) Plukenet, Phylogr., tab. CLV.Tig. î.
(î) T. II, p. 5»3.
(3) De Candolle, Prodromus.
L’huile de cajepul, telle qu’on pourrait l’obtenir par la distillation des feuilles récentes de cet arbre doit être verte; car j’ai distillé anciennement les feuilles de plusieurs Melaleuca, Metrosideros et Eucalyptus, cultivés au Jardin des Plantes, et toutes m’ont fourni des huiles volatiles d’une belle couleur verte. Mais soit que cette couleur disparaisse avec le temps, ou qu’elle se trouve détruite par le mode vicieux de préparation décrit par Rumphius (par la distillation des feuilles fermentées, desséchées, puis macérées dans l’eau), il est certain que l’huile de cajepul du commerce doit souvent sa couleur verte à de l’oxyde de cuivre qu’elle tient en dissolution. J’ai déterminé la quantité de cct oxyde pour une huile très-verte, et je l’ai trouvée de 0*',t37 pour 500 grammes, ou de 0,00274 par gramme. La dose est ordinairement plus petite et ne nuit pas à l’administration de l’huile de cajeput. Il est d’ailleurs facile de l’en priver, soit en la distillant avec de l’eau, soit en l’agitant seulement avec un soluté de cyanure ferroso-potassique, qui en sépare il l’instant même le cuivre sous forme d’un précipité rouge (1).
L’huile de cajepul est liquide, très-mobile, verte, transparente et d’une odeur forte et très-agréable, qui tient à la fois de la térébenthine, du camphre, de la menthe poivrée et de la rose. C’est celte dernière odeur qui domine lorsque l’huile est en partie évaporée spontanément. Elle est entièrement soluble dans l’alcool ; sa pesanteur spécifique varie de 0,916 à 0,919. D’après -MM. Blanchet et Sell, sa composition répond à C*®H90.
[Sous le nom d’essence de Niauli, M. Garnault a signalé l’huile essentielle du Melaleuca viridiflora de la Nouvelle-Calédonie. Les produits de cette espèce ressemblent à ceux du cajeput (2).]
Feuilles d'EucaljptuB. ^
On a introduit depuis quelque temps dans la thérapeutique les feuilles de V Eucalyptus Globulus, Lab., arbre originaire de l’Australie, mais que la culture a transporté dans les parties chaudes de l’Ancien et du Nouveau Monde et qui réussit très-bien dans notre colonie d’Algérie et dans les parties abritées de la Provence. Cet arbre atteint en peu de temps des dimensions considérables, et son bois, malgré la rapidité avec laquelle il se forme, a une dureté qui permet de l’utiliser comme bois de construction.
Ses feuilles sont de deux formes très-distinctes suivant l’âge des rameaux qu’elles recouvrent. Sur lesparties jeunes, elles sont opposées, sessiles, larges à leur base ; sur les parties plus âgées de
GRANATÉES. — GRENADIER.
l’arbre elles deviennent alternes, longuement pétiolées, falciformes, beaucoup plus coriaces et pendantes. Ce sont ces feuilles qu’on utilise.
Celles delà première forme sont très-largement ovales, subcordiformes, éehancrées à labase, courtementacuminées au sommet, à bords entiers, recourbés en dessous de manière à former une bordure très-étroite, saillante. Les dimensions varient de 8 à 15 centimètres de long sur 4 à 8 de large. La couleur est d’un vert jaunâtre sur les feuilles âgées et déjà coriaces;' d’un vert blanchâtre avec des teints bleuâtres sur les feuilles plus jeunes. Elles sont penninerviées, et leur parenchyme est rempli de glandes à oléo-résine, qui rendent le tissu ponctué et qui donnent à la feuille une odeur balsamique et une saveur fortement aromatique et résineuse.
Les feuilles de la seconde forme ont un pétiole de 3 centimètres de long, et un limbe falciforme, oblique à la base, recourbé, long de tO à 15 centimètres, large de 4 centimètres environ. Elles sont ponctuées comme les précédentes.
Les feuilles d’Eucalyptus contiennent une huile essentielle, liquide, qu’on a nommée eucalyptol, du tannin, de la résine, etc., etc.
FAMILLE DES GRANATÉES.
La famille des Myrtacées comprenait d'abord un arbrisseau connu sous le nom de ^rcnaiiirr [Punica Gy'anatum, L.), qui s’en rapproche par son calice soudé avec l’ovaire, persistant et formant l’enveloppe extérieure du fruit, par ses étamines indéfinies et par sa forme générale. Mais, d’un autre côté, cet arbuste diffère des Myrtacées, et plus spécialement des leptospermées et des myrtées, par ses feuilles non ponctuées, par la structure interne de son fruit et par ses cotylédons foliacés qui se recouvrent un l’autre en se tournant en spirale : aussi la plupart des botauisles en forment-ils aujourd’hui une petite famille séparée, celle des granatées.
Le grenadier {fig. 664) est originaire d’Afrique, et principalernent des environs de Carthage, ce qui lui a fait donner le nom de Punka; et il a reçu celui de Gramtum, à cause de la grande quantité de semences ou de grains contenus dans son fruit. 11 croît très-bien en pleine terre dans tout le midi de l’Europe, et supporte même les hivers ordinaires de notre climat, étant mis en espaliers abrités du nord, et il y porte fruit. Il a les feuilles simples, oblongues, entières, caduques, le plus souvent opposées, mais quelquefois aussi ternées, verticillées ou éparses. Les fleurs
2S0 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
sont rassemblées en petit nombre vers l’extrémité des rameaux : le calice est turbiné, épais, charnu, lisse et d’une belle couleur rouge, partagé à son bord en 5 lobes. La corolle est à 5 pétales souvent doublés par la culture, et d’un rouge éclatant; les étamines sont très-nombreuses et libres; l’ovaire est infère , surmonté d’un style simple et d’un stigmate en tête. On nous apporte les fleurs de grenadier sèches du midi de la France, et l’on peut également faire sécher soi-même celles des arbustes cultivés à Paris. Elles doivent être d’un rouge vif et nullement noirâtre, et d’une saveur très-astringente; leur infusion précipite fortement le fer en bleu noirâtre. On les employait autrefois sous le nom de 6alaustes.
Le fruit du grenadier, que l’on nomme grenade, est une grosse baie sphérique, offrant souvent six angles saillants arrondis, et recouverte d’une écorce dure, coriace, rougeâtre à l’extérieur, d’un beau jaune à l’intérieur, très-astringente et propre â tanner le cuir. Celle écorce se nomme en latin Malicoiium {cuir de pomme), A l’intérieur, le fruit se trouve divisé en deux grandes cellules inégales par une membrane transversale. La cellule inférieure, plus petite, est elle-mêrne divisée en 4 ou S loges irrégulières, et la cellule supérieure, qui est plus grande, forme 6 loges régulières (quelquefois 7 ou 8). Vers la partie médiane de chaque loge, contre l’écorce, se trouve un placenta spongieux, jaune, ramifié, portant un grand nombre de grains qui remplissent entièrement la loge. Chaque grain est composé d’une vésicule mince, remplie d’un suc aqueux, aigrelet, sucré, rouge, et contient au centre une semence triangulaire allongée. Ce suc, qui contient de l’acide gallique, comme tout le reste de l’arbre, est Irès-rafraictiissant et antibilieux. On en fait un sirop jouissant des mêmes propriétés .
GRANATÉES. — GRENADIER.
La racine de grenadier, employée par les anciens pour détruire le ténia (I), était tombée dans un oubli total, lorsque de nouveaux essais faits dans l’Inde, firent retrouver dans celte substance un remède presque certain contre le plus dangereux parasite du corps humain (2),
La racine de grenadier est ligneuse, noueuse, dure, pesante, d’une couleur jaune, d’une saveur astringente. De même que dans le plus grand nombre de racines, l’écorce est plus active que le bois, et c’est elle exclusivement que l’on emploie en médecine; elle est d’un gris jaunâtre ou d'un gris cendré au dehors, jaune au dedans, cassante, non fibreuse, et d’une saveur astringente non amère, ce qui sert surtout à la distinguer de l’écorce du buis, qui est très-amère. Humectée avec un peu d’eau et passée sur un papier, elle y laisse une trace jaune qui devient d’un bleu foncé par le contact du sulfate de fer.
11 paraît que l'écorce de racine de grenadier est quelquefois falsifiée dans le commerce avec celle de la racine de berbéris ou d’épine-vinelte, que les maroquiniers de Paris tirent toute fraîche d’Alsace pour teindre les peaux en jaune. L’écorce d’épinevinette desséchée est très-mince, grise au dehors, d’un jaune trèsfoncé en dedans, formée de fibres très-courtes; elle colore trèsfortement la salive en jaune, développe une saveur amère, et offre une odeur de racine de patience.
Les deux écorces, traitées par l’eau, présentent les résultats suivants :