LÉGUMINEUSES. — BOIS DE SANTAL ROUGE
poli. Lorsqu’il est récent, il est blanc à l’intérieur et ne devient rouge qu’au contact de l’air; môme dans des bûches assez anciennes, j’ai trouvé que l'intérieur était blanc, et que l’exlérieur seul élait devenu rouge jusqu’à une certaine profondeur; à l’air humide et probablement sous l’influence d’émanations ammoniacales, sa surface noircit, de môme que le fait le bois de Campôche et le caliatour. Ce bois, devenu rouge ou noir, ressemble tellement au caliatour, que je les ai longtemps confondus ensemble. Voici cependant à quels caractères on peut les distinguer : le bois de Cam est d’une structure encore plus fine que le caliatour; sa coupe transversale et polie est complètement privée de points blanchâtres indiquant l’extrémité de fibres ligneuses, et ne présente que d’innombrables lignes concentriques, régulièrement ondulées et très-rapprochées, que l’on dirait avoir été dessinées avec le tour à guillocher. C'est avec peine qu’on observe, à l’aide d’une trèsforte loupe, d’autres lignes radiaires droites, très-iines et très- serrées.
Le cam-wood fournit avec l’eau froide une teinture d’un rouge assez vif, tandis que le caliatour ne lui communique aucune couleur ; enfin le cam-wood exhale, lorsqu’on le râpe, une odeur qui se rapproche plus de celle de la violette ou du palissandre que de la rose, et cette odeur, qui est assez fugace, disparaît avec le temps.
[On doit rapprocher du Cam-wood des Anglais, un Baphia du Gabon nommé lautifolia par M. Bâillon (I), et qui fait l’objet d’un commerce assez considérable entre le cap des Palmes et le Grand-Bassara. C’est le m'pano des indigènes. Son bois est surtout employé dans la teinture.]
Bois de santal ronge.
Le genre Pterocarpus, auquel appartient le santal rouge, est pourvu d’une corolle papillonacée, de 10 étamines monadelphes ou diadelphes etd’un légume indéhiscent, sous-orbiculaire,plusou moins contourné, et entouré par une aile membraneuse ; il est souvent monosperme, mais il peut aussi contenir 2 ou 3 semences séparées par des replis du péricarpe. Les anciens botanistes se sont plu à voir une figure de dragon dans les veines proéminentes du péricarpe ou dans ses replis intérieurs, et ont pensé que c’était â cause de cette Qgure que l’on avait donné à la résine rouge de ces arbres le nom de sanydragon.
Le genre Pterocarpus ne contient guère qu une vingtaine d’espèces qui sont éparses dans les Iles Moluques, dans l’Inde, à Madagascar, sur les côtes de l’Afrique, tant du côté de l’orient que de l’occident, et dans l’Amérique iulertropicale. 11 se recommande à nous non-seulement par ses bois qui, sous les noms de santal rouge, de bar-wood, de calialour, de corail tendre, etc., sont usités dans la teinture et dans l’ébénistcrie ou la tabletterie, mais encore par ses sucs rouges et astringents qui constituent, soit une espèce fort rare et très-pure de sangdragon, soit le kino de l’Inde orientale et la gomme astringente de Gambie.
(1) Voir Bâillon, Études sur l’herbier du Galon du musée des colonies françaises. {Àdansonia, 1865.)
344 DICOTYLÉDONES CALICIFLORES.
Bols de aantal ronge. Ce bois est généralement attribué au Pterocarpus santalînus de Linné fils; mais il me paraît plus probable que cet arbre fournit le bois de caliatour qui a porté pendant longtemps le nom de santal rouge, et que notre santal rouge actuel est produit par le Pterocarpus indiens de Willdenow, que Rumphius a décrit sous le nom de Lingoum rubrum. En d’autres termes, le bois de caliatour, produit par le Pterocarpus santalinus, était nommé indifféremment, par Herbert de Jager et par Rumphius, caliatour ou santal rouge, et notre santal rouge actuel, inconnu à Herbert de Jager, est le Lingoum lubrum de Rumphius.
Le santal rouge arrive principalement de Calcutta, en bûches de 6 à 27 centimètres de diamètre, privées d’aubier, en racines ou en morceaux équarris. Les bûches sont souvent entaillées aux deux bouts, ou percées d’un trou pour y placer une corde, et usées extérieurement comme si elles avaient été traînées sur la terre (Holtzapffel). Ce bois est d’un brun noirâtre à l’extérieur, et d’un rouge de sang à l’intérieur. J’en ai vu une fois un morceau d’extraction récente, qui était presque blanc dans son intérieur et qui depuis est devenu complélementrouge, ce qui m’a confirmé dans l’opinion que j’avais émise anciennement et bien avant les recherches d’ailleurs très-belles et très-exactes de M. Preisser sur les matières colorantes organiques (1), que la couleur des bois de teinture était le résultat de l’oxygénation, par l’air, d’un principe primitivement incolore.
Le santal rouge présente une structure très-fibreuse, assez grossière, quoique souvent dissimulée par l’abondance de la matière résineuse dont il est imprégné, et très-remarquable. Ses fibres sont disposées par couches concentriques, dirigées ou inclinées alternativement en sens inverse ; de sorte que, lorsqu’on le fend dans le sens de son diamètre, il se sépare en deux morceaux, qui sont comme engrenés l’un dans l’autre, et que, lorsqu’on y passe le rabot, la surface est alternativement polie et déchirée (2). Les parties polies offrent un grand nombre de pores allongés remplis d’une résine rouge.
Le santal rouge est un peu plus léger que l’eau ; il est doué d’une odeur faible, mais agréable, analogue à celle de l’iris ou du bois de Campèche ; il n’a pas de saveur proprement dite, mais il parfume légèrement la bouche. Il est aujourd’hui plus employé dans la teinture et la tabletterie que dans la pharmacie.
M. Pelletier a fait des recherches sur le santal rouge et sa matière colorante. L’eau n’a que peu d’action sur ce bois ; l’alcool rectifié en a une beaucoup plus grande, et néanmoins ne le décolore pas entièrement. La matière dissoute a les propriétés générales des Résinoîdes. Elle est à peine soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante, très-soluble dans l’alcool, l’éther, l’acide acétique et les alcalis. Elle est presque insoluble dans les huiles fixes et volatiles, excepté
(1) Preisser, Journ. de Pharm. et de Chim,, t. V, p. 208.
(2) Cette structure se retrouvant dans un assez grand nombre de bois appartenant i la famille des Légumineuses et à quelques autres, je la désigne, pour abréger, sous la dénomination de structure santaline.