ÉRUPTIONS DE GUIMAR , EN 1704 ET
Plus de deux siècles s'étaient écoulés depuis la conquête de Ténériffe par Alonzo de Lugo,en 1493, et rien ne décélait encore aux colons européens le feu qui couvait sous leurs pieds, lorsque dans la nuit du 24 décembre 1704 (la nochebuena, comme l'observe Viera) un épouvantable tremblement de terre vint tout-à-coup jeter la terreur parmi les habitans. En moins de trois heures, les districts les plus voisins du volcan qui allait faire éruption comptèrent jusqu'à vingttrois secousses. Le lendemain ces mouvemens convulsifs redoublèrent de violence et continuèrent par intermittence pendant trois mois, en se répétant jusqu à dix ou douze fois par jour. Le 31 décembre on aperçut un grand embrasement sur le plateau de los Infantes, au-dessus d'Icore: le sol se crevassa, et la lave qui en sortit parcourut environ un tiers de mille. Cette coulée se voit encore sur le revers oriental des Cañadas, dans l'endroit appelé Za Cumbre de Fasnea, au sud-ouest de la Ladera de Guimar. Le terraïn offre une large crevasse qui part de la base d'un cône de scorie. Une seconde éruption s'opéra le 5 janvier (1705), à une lieue de la première, près de la Cañada ou gorge d’A/merchiga : plus de trente bouches s’ouvrirent sur un espace d'un demimille. La lave forma un torrent qui combla le grand ravin d’Arezaou de Fasnea, depuis son point de départ jusqu'à plus d’une lieue en dessous. Ce volcan, qui s'éteignit le 13 du même mois (1), est situé aussi
(1) Le récit qu'a fait Glas de ces éruptions est extrêmement confus et inexact. Il parle du Zlano de Manja et de la montaña Blanca qui sont de l’autre côté de la chaîne, puis d’un volcan qui éclata près de l’église de Guimar, etc. La relation de Viera, au contraire, se rapporte exactement aux lieux volcanisés, et a été faite sur des documens authentiques.
sur le versant oriental dela chaîne, à l’ouest de la Ladera, et au sudouest du premier. Les cônes de scories qu'il a formés paraïssent encore très-récents. |
Le 2 février la terre s'ébranla de nouveau avec une telle force (1) que les habitans des districts de Guimar et de l'Orotava abandonnèrent leurs maisons pour aller camper au milieu des champs (2). L'éruption eut lieu cette fois à deux lieues des premières, à l'est de la Ladera et à la. base de los Roques, sur les pentes orientales de la chaîne qui sépare les vallées (3) de l'Orotava et de Guimar (Voy. Part. hist. pl. 10). La lave se divisa d'abord en deux torrens: l'un déborda par le ravin d'Arafo, et s'arrêta près du rivage ; l'autre descendit par le coteau du Melosar , où il se divisa en deux branches, dont l’une faillit envahir le bourg de Guimar.Un lichen blanchâtre (stereocaulon botryosum),qu on prendrait de loin pour des flocons de neige, est la seule végétation qu'on observe encore sur ces laves noires, vers le haut de la vallée; mais près de la côte, les euphorbes, les prænanthes et les kleinies ont déjà commencé à se développer. Le volcan est situé dans la gorge de Zos Roques, qui forme, vers la Cumbre, le col de la vallée de Guimar. Un cône composé de scories noires et de masses de lave s'élève à l'entrée de ce passage. La coulée s'est échappée de plusieurs crevasses qu’on ne peut guère distinguer aujourd'hui. Ce ne sont plus que des amas informes de roches entassées les unes sur les autres, et des talus de scories oxydées à l'extérieur. Les torrens de lave ont rempli tout l’espace entre
(1) « Efecto sin duda, dit Viera, de que irritados los azufres, sales, aguas, y fuegos subterraneos, de que las Canarias Fee , por hallar el paso cerrado a la ordinaria respiracion del antiguo volcan del Teyde ; se daben prisa a reventar por sus faldas. » (Notic., tom. nr, pag. 351.)
« Sans doute les matières sulfureuses, salines, aqueuses et ignées, entrant en grande fermentation (ürritées), et ne trouvant pas le passage libre par les soupiraux habituels du pic de Teyde, se hâtaient de se faire jour par les bases de l’ancien volcan. »
(2) L’évêque don Bernardo Sanzo de Vicuña, qui a. Ft avec le clergé de lOrotava , mourut de peur dans une chaumière où on l'avait accueilli.
(3) Les commotions étaient si fortes dans le district de l’Orotava : RQ on craignit un instant, à la ville, que le volcan ne fit explosion de ce côté. ;
( 340 ) l'escarpement occidental de la vallée et le cône principal. Les produits de cette éruption, comme ceux de Montaña Grande et des anciennes coulées de la vallée de Guimar, sont des basanites très-chargés de péridot et de pyroxène. [ls présentent aussi une ressemblance remarquable avec ceux du volcan de la Fuente de Malabrigo.