FAMILLE DES ACANTHOPTÉRYGIENS À JOUES CUIRASSÉES
Cette famille correspond aux genres Trigla, cottus et Scorpæna de Linné. Quelques zoologistes ont voulu la désigner, comme M. Lowe, sous le nom de Triglidæ, qui n’exprime pas le caractère de la famille, parce que les Scorpènes et plus encore les Cottes sont d’un aspect trop différent des Trigles pour pouvoir être compris sous le même nom. Cependant les espèces de ces trois genres ne peuvent pas être séparées en différentes familles. Le caractère essentiel de ce groupe consiste dans la réunion d’un sous-orbitaire au moins avec le bord antérieur du limbe du préopercule. Quand le premier sous-orbitaire est très-grand et extérieur, il couvre alors toute la joue. Cest le cas des Trigles. Si los est petit, et ne touche au préopercule que par un prolongement styliforme, la joue paraît comme nue; mais la dissection fait aisément retrouver ce caractère. Les Cottes, les Scorpènes et les genres voisins offrent un exemple de cette disposition. On peut juger de l’heureuse application de ce caractère, quand on le voit lier à cette famille les Épinoches, et surtout les Chirus de Steller.
Nous avons à parler de Poissons voisins des Trigles et des Scorpènes.
GENuSs TRIGLA.
Corpus rolundatum, squamosum.
Capur breve subletragonum , ossibus suborbilarüs præoperculo coadunatis loricatum , posticé bispinosum.
DENTES minimi in mazillis ac in vomere, palatinis ossibus edentulis.
Pinnæ dorsales duæ distinciæ , pectoralis magna alæformis , radiis simplicibus distincts insirucla.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
LE TRIGLE CAMARD. — TRIGLA LINEATA. Lrxn. (1).
On trouve cette espèce dans toutes les îles Canaries, à Lancerotte, dans la rade Sainte-Croix de Ténériffe; elle s'y nomme Rubio.
LE TRIGLE ORGUE. — TRIGLA LUCERNA. Brunx, (2).
Celle-ci porte dans ces îles le nom de Rubilo.
(1) Cuv., Val., 1v, pag. 54.
(2) Id., id. pag. 27.
GENUS SCORPÆNA.
Corpus crassum, compressum, squamosum, lobulis cutaneis fimbrialum. CAPUT Magnum, Crassum, Compressum, Spinis horridum.
GENÆ el MAXILLÆ nudæ, alepidotæ.
OPERCULUM, PRÆOPERCULUM ef OS SUBORBITALE GCuleala.
DENTES selacei, numerosi, rigidi in maxillis , in palalo ac in vomere.
Pinna dorsalis unica. Pectoralis lala, radis inferis simplicibus brevioribus. MEmBranA branchiosiega radus sepiem.
Ces Poissons, à tête grosse et épineuse , d’un aspect hideux et souvent dégoûtant à cause des mucosités abondantes qui suintent de leur peau molle et couverte de lambeaux , sont redoutés des pêcheurs , que les Scorpènes blessent de leurs piquans. Sur toutes les côtes, l'horreur qu’elles inspirent a été exprimée par les dénominations de Scorpion , de Diable de mer, de Crapaud de mer ; le nom de Scorpène (Scorpæna) vient, sans aucun doute, de Zxéprouvx, qui paraît déjà dans Athénée, tantôt seul, tantôt avec celui de Scorpius. Il y a tout lieu de croire qu’il entendait parler des Scorpènes de nos mers, puisqu'il donne à l’une d'elles une couleur rouge et variée ; tandis qu'Hicesius distingue de la rouge une espèce noire.
LA SCORPÈNE ROUGE. — SCORPÆNA SCROFA. Lin.
Cette espèce était déjà comptée parmi les Poissons de l’Atlantique, et les nouveaux individus qui font partie des collections de MM. Webb et Berthelot confirment parfaitement que la Scorpæna patriarcha de Forster est de la même espèce que celle dont nous parlons ici.
C’est un Poisson de bon goût, qui a été donné aux naturalistes ci-dessus nommés sous les noms de Roncazio ou de Canterero (chanteur), ou de Rascazio colorado; cette dernière dénomination lui est sans doute imposée par opposition à celle de l'espèce suivante.
Cette espèce a été gravée dans notre atlas, mais nommée par erreur du nom de $ebastes Kuhli. (PI. 11, fig. 1.)
LA SCORPÈNE BRUNE. — SCORPÆNA PORCUS. Lin, (1).
Était déja connue comme une espèce des Canaries ; car elle a été rapportée de la rade de Ténériffe par M. Alcide d'Orbigny, et les auteurs qui ont parlé des Poissons de Madère l’ont aussi signalée sur cette île.
Elle porte aux Canaries le nom spécial de Rascazio, qui rappelle celui de Rascasse de nos pêcheurs provençaux.
(1) Cuv., Val., iv, pag. 72, fig. 72.
GENUS SEBASTES.
Corpus crassum, compressum, squamosum, lobulis cutaneis destitutum.
CAPUT Magnum , crassum , compressum , spinulis horridulum.
GENÆ MAXILLÆQUE SQUAMOS®.
OPERCULUM , PRÆOPERCULUM el OS SUBORBITALE aCuleala.
DENTES selacei, rigidi, numerosi in maxillis, rariores in palalo ac in vomere. Pix dorsalis unica. Pecloralis lata radis inferis simplicibus longioribus. NEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.
Les espèces du genre des Sébastes sont très-voisines de celles classées dans le genre des Scorpènes : elles s’en distinguent par les écailles qui recouvrent les mâchoires, parties toujours nues dans les Scorpènes ; leur tête est moins hérissée , et les deux dorsales sont plus égales. Les Sébastes ressemblent aussi tellement aux Perches, quand on ne tient pas compte de la forme des rayons inférieurs de la pectorale, que la plus grande et la première espèce de ce genre avait été décrite par Muller, sous le nom de Perca Norvegica. M. de La Roche a mieux saisi les rapports de ce Poisson, en indiquant l'espèce de la Méditerranée sous le nom de Scorpæna dactyloptera ; mais il s’en est trop exclusivement à la nature de la pectorale.