‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 40 sur 243 · LE BOGUE COMMUN. — BOX VULGARIS · texte numérisé non relu

LE BOGUE COMMUN. — BOX VULGARIS

sPARUS B00Ps. Linn.

Poisson abondant dans la Méditerranée , et qui se: trouve aussi à Madère ; il y est connu par son nom des côtes d’Espagne, Boga.

L'individu a 0”, 320.

(1) Cuv., Val., vi, pag. 200.

(2) Idem, ibid., pag. 548.

LE BOGUE CANARIEN. — BOOPS CANARIENSIS.

(PL x, fig. 1.)

A côté de ce Bogue vulgaire se trouve aussi, comme pour le Pagel, une variété qui me paraît assez grande pour devoir être distinguée spécifiquement. Ce qui d’ailleurs me semble justifier cette distinction, c'est que les pécheurs canariens donnent à cette espèce un nom particulier.

Je lui trouve la tête plus large, les yeux plus grands, les dents plus festonnées.

Sa couleur est d’un violet argenté sux le dos, blanc sous le ventre; les nageoires sont orangées : ces. nuances diffèrent de celles de notre Bogue commun.

L'individu est long de 0”, 028.

Ce Poisson se pêche au flambeau dans la rade de Sainte-Croix de Ténériffe. Il y est tres-commun. Selon M. Berthelot, les Canariens le nomment Chicharro.

LA SAUPE. — BOX SALPA (1).

Cette espèce, non moins commune dans la Méditerranée que le Bogue commun, se trouve de même à Madère ; il y porte seulement le nom de Salema, qui a été aussi donné, jusque sur les côtes espagnoles ou portugaises d'Amérique, à des poissons d’espèces et souvent de genres distincts. Aux Canaries, les pêcheurs lui donnent l’épithète de Machio salema ou Salema lachelé.

L'individu que j'ai sous les yeux a 0”, 325. Il n’est pas plus grand que ceux de la Méditerranée.

GENRE DENTÉ. — DENTEX.

CORPUS cOMpressum, SQUamosum.

DENTES anticè conici acuminali, remoti; molares parvi carminali. OSSA OPERCULARIA Squamosa, integra, lævia.

PINNÆ nude.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.

LE DENTÉ ORDINAIRE. — DENTEX VULGARIS (2).

C’est un bon Poisson qui se pêche dans tout l'archipel et le long de la côte : les Canariens le nomment Sama dorada ; pour le distinguer sans doute de leur Sama grande (Chrysophrys cœruleosticla).

M. Berthelot dit aussi ( loco cil., pag. 89) que c'est l'Aurada des pêcheurs TRiè çaux. En cela il se trompe, et il l’a confondu avec le Chrysophrys vulgaris, qui n’a point fait partie des collections faites aux Canaries, quoiqu'il affirme que la Daurade vulgaire habite aussi cet archipel.

(4) Cuv., Val., vi, pag. 557.

(2) Idem, ibid., pag. 220.

LE DENTÉ AUX GROS YEUX. — DENTEX MACROPHTHALMUS (1).

Cette autre espèce, plus rare que la précédente dans nos mers d'Europe, paraît descendre, aux Canaries, jusqu'à cinquante brasses et plus de profondeur. Elle se nomme Antone. Je n’en ai qu'un seul individu long de 0", 250. ;

Je ne trouve pas ces deux Poissons mentionnés dans le travail de M. Lowe, qui n’a pas connu non plus l'espèce suivante; laquelle est nouvelle, et devient plus grande que le Denté ordinaire.

DENTÉ A FILETS. — DENTEX FILOSUS. Nos.

(PI. vi.)

Ressemble assez au Denté de la Méditerranée par sa forme générale ; toutefois , la saillie de la crête sagittale moyenne, qui est plus avancée sur le front, lui donne une

physionomie différente.

La hauteur du corps est comprise trois fois et demie dans la longueur totale ; la tête, plus petite, y est quatre fois. La ligne du profil du dos va , par une courbe peu abaissée à cause de la saillie de La crête du crâne, jusqu’au-devant de l'œil, de là le profil descend en ligne droite et oblique jusqu’au bout du museau. Il est obtus ou tronqué carrément.

Le bord inférieur de l'orbite est au milieu de la hauteur de la tête, et le diamètre de l’œil fait le quart de cette même mesure. Le sous-orbitaire est une grande plaque sans écailles , un peu plus haute que l'œil n’est large et une fois et deux tiers aussi longue. Le préopercule est haut et étroit , son angle est fort arrondi ; le limbe est large et la joue est couverte de sept rangées d’écailles. L’opercule et le sousopercule sont confondus ensemble sous sept rangées d’écailles plus larges que celles du préopercule. L’'interopercule est en arc de cercle assez étroit. Il n’y a ni épines ni dentelures à ces pièces operculaires.

La mâchoire inférieure est assez haute et sans écailles.

Il y a, au milieu de chaque mâchoire, quatre dents en crochets très-fortes, et derrière elles une rangée de dents coniques et pointues en crochets un peu recourbés. D'ailleurs le palais est entièrement lisse.

La longueur de la pectorale fait le quart de celle du corps entier ; elle est très-pointue.

La dorsale commence un peu en avant de l'insertion de la nageoire de la poitrine.

Le premier rayon est de moitié plus court que le second , lequel est du cinquième de la longueur du troisième ; celui-ci , prolongé en fil, fait plus de la moitié ou près des cinq huitièmes de la hauteur du corps sous lui. Le quatrième rayon se prolonge aussi.

Le tronçon de queue laissé derrière cette dorsale a de longueur le cinquième de la distance du bout du museau à l’extrémité de la queue.

La caudale est légèrement échancrée.

Del 108 A0 CLP 14 VS

Les écailles sont assez faibles et on en compte cinquante-cinq entre l’ouïe et la caudale, La ligne latérale est presque droite et tracée par le quart de la hauteur du corps.

{1) Cuv., Val., vi, pag- 297.

La couleur paraît avoir été un rouge-argenté plus ou moins vif, relevé sur le dos par quatre ou cinq raies longitudinales rouges; sur les flancs il ÿ en a ‘dix ou douze pâles, et qui ne se voient plus que par reflet sous le ventre. Sur le dessus de la tête et sur le dos jusqu’au milieu de sa longueur, il ya des taches irrégulières bleu-foncé.

L'individu que j'ai sous les yeux est long de 0", 600 et sa hauteur de 0", 180. On le nomme aux Canaries Pargo , nom que je trouve appliqué, selon M. Lowe, au Sargus vulgaris.

J'observe dans les mêmes collections un second individu, long seulement de 0", 400, qui ressemble au grand individu par les formes et par les couleurs, mais dont les filaments des rayons dorsaux sont beaucoup plus longs ; car le troisième rayon égale la moitié de la longueur totale, ou est une fois et deux tiers aussi haut que le corps sous lui. Le quatrième, beaucoup plus court, égale la hauteur du tronc ; il est compris trois fois dans la longueur du corps. Les nageoires ventrales ont aussi leurs rayons externes prolongés en filets , et la longueur de la nageoire égale le cinquième de la distance du bout du museau au bord concave de la caudale.

Je crois que ce Poisson n'est que le jeune âge du précédent; c’est aux voyageurs à vérifier ce que ma conjecture a de vrai.

GENRE CANTHÈRE. — CANTHARUS.

CoRPUS compressum, SQUAMOsU M

Os parvum, haud protractile.

DEnes sefacei et carminali in maxillis. Palalum edentulum. OSSA OPERCULARIA lœvia, squamosa.

PINNZÆ nude.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radiis seplem.

LE CANTHÈRE COMMUN. — CANTHARUS VULGARIS (1).

SPARUS CANTHARUS. Linn.

Ce Canthère, que nous ne trouvons pas dans l'Océan septentrional de l’Europe, mais qui abonde dans la Méditerranée, s’avance jusqu'aux Canaries, car les individus y ont été pris à Lancerotte. On les y nomme Chupa. C’est sous cette dénomination que M. Lowe indique un Poisson de Madère, dans lequel il a cru reconnaître notre Cantharus griseus. Je ne vois pas cette espèce parmi les Poissons recueillis aux Canaries.

(4) Cuv., Val., vi, pag. 519.

FAMILLE DES SQUAMIPENNES.

Les Squamipennes sont peu nombreux aux Canaries. On n’y trouve pas de Chétodons, quoique l'on ait l'exemple que ces Poissons suivent les corps flottans sur la mer à une distance considérable des côtes et que , leur habitude les tenant pendant long-temps dans le sillage du navire, on en ait pris jusque dans la Tamise.

On trouve dans cette partie élevée de l’Atlantique deux nouveaux genres de Poissons : le Nemobrama et le Crius. On y prend aussi l'espèce américaine du Piméleptère des côtes du Brésil.

GENRE CASTAGNOLE. — BRAMA. BL. Scun.

Corus ovalum, compressum, squamosum.

ROSTRUM superne nudum

MaxiLzæ duæ squamis tecleæ.

Dentes exlùs longiores ac carminati , intàs ac in palatinis ossibus lantèm exigui; vomere edentulo.

Pixna dorsalis, caudalis analisque squamosæ , ventrales breviores.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis seplem.

LA CASTAGNOLE COMMUNE. — BRAMA RAII. Bz. (1).

Ce Poisson, que l’on retrouve à Madère et qui s’y nomme Freira, s'appelle aux Canaries Pampano moriseo, c'est-à-dire le Pampano nègre. Il vient de Lancerotte. Le Poisson que j'ai sous les yeux a 0", 340.

M. Berthelot dit que son poids moyen, aux Canaries, est de quatre kilogrammes, ce qui me paraît énorme ; il dit que sa chair est d’une extrême délicatesse.

(1) Cuv., Val., vn, pag. 281, et 190.

GENRE NÉMOBRÈME. — NEMOBRAMA. Nos.

Corpus oblongum, squamis asperrimis tectum.

CAPUT parvum, Squamosum ; rostrum ac mandibula superiora nuda.

MaxiLLA onferior squamosa. infrà ciRRis duobus longis symphysi afixis instrucla. DENTES in maxüllis, in palato, in vomere ac in lingud minuti, creberrimi, velutini. ” OSSA OPERCULARIA inermia, squamosa; præler interoperculum nudum, culaceum. Pinnæ dorsales coadnalæ , ventrales radiis ramosis seplem.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis qualuor.

- Quand M. Webb, à son retour des Canaries, me montra ses collections, je reconnus à l'instant même que le Poisson qui fait le sujet de cet article était le type d’un nouveau genre vuisin des Castagnoles (Brama).

Ce fut donc un des premiers Poissons que je fis dessiner et graver ; et je publiai déjà l'intention où j'étais d'établir ce genre, en désignant sur la planche le genre et l'espèce par la dénomination de Nemobrama Webbiüi ; le nom générique voulant rappeler, par sa terminaison, l’affinité de notre Poisson avec le Brama Rat ( Sparus

tai. Linn.), et les deux premières syllabes signalant le caractère le plus apparent de ce Poisson, tiré de ses longs barbillons ; il me parut naturel de dédier cette nouvelle espèce, constituant un genre très-remarquable, au savant naturaliste qui nous la faisait connaitre.

De son côté et dans le même temps, M. Lowe publiait son travail sur les Poissons de Madère; il y observait notre Nemobrama , et, reconnaissant qu’il devait être type d'un genre nouveau, voisin du Sparus Raï, il appela Polymixia Nobilis.

Je n'avais pas encore connaissance du second volume des Mémoires de la Sociélé de Cambridge, de sorte que je ne pus prendre le nom de l'observateur anglais. Les deux noms ont paru en même temps: il sera donc à fixer lequel des deux noms restera dans le système ichthyologique. Il est toutefois bien établi que le Polymixia Nobilis de M. Lowe est le même Poisson que notre Nemobrama Webbii.

C’est un des genres de Poissons les plus singuliers que je connaisse encore. En effet, la forme générale du corps, la disposition des écailles, la coupe des nageoires dorsales, la petitesse des rayons épineux lui donnent l’affinité que nous avons signalée avec les Castagnoles (Brama). Mais la dentition en est très-différente ; car toutes les dents sont en fin velours, et, outre celles des mâchoires et des palatins, il ÿ en a encore sur le vomer et sur la langue : circonstances qui rappellent plutôt la dentition des Pemphérides (Pempheris Molucca, etc.) que celle des Brama ; mais l'étendue de la dorsale s'oppose à regarder ce rapprochement comme plus intime que celui des Castagnoles.

Ce qui éloigne d’ailleurs notre Nemobrama de ces genres est le nombre des rayons de la membrane branchiostége , qui n’est que de qnatre : nombre petit et très-rare parmi les Acanthoptérygiens; mais encore plus singulier à cause de la composition des ventrales, car ces nageoires ont un rayon épineux comme tous les Acanthoptéry-

giens, suivi de sept rayons branchus. El n’y a que les Holocentrums et les Mirypristis qui nous aient offert ce nombre, supérieur à celui de cinq, qui est tellement général dans les Poissons acanthoptérygiens, que ceux des poissons qui ont un nombre de rayons différent de celui-ci semblent être anomaux dans ce grand groupe. Il faut encore remarquer que quand nous avons trouvé des Percoïdes à plus de cinq rayons mous aux ventrales, nous avons vu augmenter en même temps le nombre des rayons branchiostéges? Dans ce cas, au contraire, les ventrales ont plus de rayons qu'à l'ordinaire, et la membrane branchiostége en a moins.

Un autre caractère singulier consiste dans l'absence d’écailles sur la mâchoire supérieure , quand l’'inférieure en est toute couverte , alors que l’interopercule, qui la lie à l'appareil operculaire , est à son tour couvert d’une peau nue et sans écailles; les trois autres os de la joue, l’opercule, le sous-opercule et le préopercule sont entièrement écailleux.

Enfin ce qui achève de rendre ce genre important, c’est que l'espèce de Poissons qui le représente est de haute mer et qu'elle y occupe une immense étendue, puisqu'elle paraît se porter dans l'hémisphère austral jusqu’à l'île Bourbon. En effet, j'ai vu le Nemobrama Webbii dans une collection de Poissons faite à l’île Bourbon, et l’auteur affirmait n’en avoir recueilli nulle autre part.

Voici la description détaillée que j'ai faite de cet intéressant Poisson, que j'ai appelé

NÉMOBRÈME DE WEBB. — NEMOBRAMA WEBBII. Nos. (1). PL. 8.

La hauteur du corps surpasse un peu la hauteur de la tête, qui fait le quart de celle du corps. L’œil est grand, car l'orbite, dont les bords sont relevés par des crêtes saillantes, a un diamètre égal au tiers de la longueur de la tête. Le premier sous-orbitaire , un peu concave, est en arc de cercle étroit , et a le bord libre, mince et tranchant, Le préopercule est couvert d’écailles larges et ciliées sur la plus grande partie de sa surface. Il n’y a de limbe nu que vers l'angle et le long du bord inférieur ; celui-ci est légèrement festonné plutôt que dentelé. Le bord montant est lisse et tranchant. L’angle est arrondi. Je compteneuf rangées d’écailles ; il n’y en a que six sur l’opercule et le sous-opercule réunis en une seule pièce sous cette cuirasse écailleuse ; ils n’ont ni épines ni dentelures. L’interopercule est étroit, tranchant et sans écailles ; il est le seul os de l'appareil operculaire qui en soit dépourvu.

La bouche est grande , fendue jusque sous l'œil. L’intermaxillaire est très-mince , garni de lèvres peu épaisses ; le maxillaire est étroit en avant et très-élargi en arrière, sans écailles. La mâchoire inférieure ne dépasse pas la supérieure ; elle est garnie d’écailles. Les dents sont en gros velours ras sur les deux mâchoires, sur les palatines et sur une bande étroite, le long du chevron du vomer. La langue en porte aussi une petite plaque.

Les ouïes sont larges et bien fendues. La membrane branchiale , étroite , sans écailles , est soutenue par quatre gros rayons branchiostépes.

Au sommet du chevron de la réunion des deux membranes sont insérés deux longs barbillons charnus, bien distincts , et qui atteignent à l’aisselle des ventrales ; leur longueur égale la hauteur du corps.

L’ossature de l'épaule est étroite et en partie confondue avec les écailles du corps.

La pectorale est petite, triangulaire et insérée au tiers inférieur du corps. Sa longueur est à peu près du huitième de celle du corps.

(1) Polymixia nobilis. Low., Fish. of Mad., Trans. oft he Camb. phil. Soc., vol. vi, tab. 4. Ile 6

Les ventrales sont attachées en arrière de l’insertion des pectorales. Elles ont un nombre de rayons peu commun parmi les Poissons, car il y a sept rayons branchus. Ce nombre rappelle celui des Hotocentres. :

La dorsale commence fort en arrière des pectorales, presqu’à l’aplomb de leur extrémité, Elle a cinq petits rayons épineux courts , puis les premiers mous deviennent assez hauts, ce qui rend la nageoire pointue de l’avant. Les derniers n’ont que le tiers des premiers.

L’anale, de moitié plus courte que la dorsale, a la même forme, c’est-à-dire qu’elle est pointue en avant, basse en arrière; ses trois rayons épineux sont assez forts : le premier est très-court , le second

un peu mou et courbe.

La caudale est profondément fourchue.

Les écailles ont leur surface libre très-âpre, et elle est rendue telle par quatre ou cinq rangées de cils cornés parallèles au bord libre, qui est très-cilié. La surface radicale d’une écaille est très-étroite, trèsfinement striée verticalement, mais sans rayons apparens à l’éventail. Le bord radical a quatre ou cinq festons.

J'en compte cinquante à cinquante-quatre rangées entre l’ouïe et la caudale , et vingt-trois à vingtquatre dans la hauteur, en négligeant deux à trois rangées de plus petites qui sont de chaque côté de la base de la dorsale.

La ligne latérale est droite et parallèle au dos, par le tiers de la longueur du corps.

Ce Poisson parait verdâtre sur le dos, à reflets argentés qui donnent une couleur blanche au ventre. Des points bleus ou verdâtres paraissent quelquefois former dix ou douze raies longitudinales sur les flancs, plus visibles au-dessous de la ligne latérale.

Nos individus sont longs de 0", 35.

L'espèce , indiquée comme rare à Madère , le serait moins aux Canaries, quoique la grande profondeur à laquelle vit ce Poisson doive lui faire éviter aisément les piéges des pêcheurs. On le prend en effet par deux cent cinquante brasses de profondeur; et son nom rappelle cette habitude, puisque les Canariens le nomment Salmon de alto. Le premier nom lui est sans doute donné parce que sa chair est semblable à celle du saumon, et que , moelleuse et grasse , elle est d’un goüt exquis, ce qui rend ce Poisson fort estimé.

Le nom vulgaire qu’on lui donne aux Canaries est le même que celai du Bar comrun ( Labrax lupus), Poisson qui habite aussi les fonds les plus bas et dont la chair est recherchée. Il est cependant singulier que deux espèces aussi différentes soient confondues sous un même nom par des hommes qui, habitués à voir les Poissons, en distinguent les diverses espèces, souvent mieux que les naturalistes.

Genus CRIUS.

Corpus compressum anlicè carinalum , squamis deciduis lævibus omnind vestitum. CaruT parvum, truncalum, squamosum. |

PRÆOPERCULUM © limbo sulcatum ; ad marginem integrum., neque aculeatum. OPERCULUM, SUBOPERCULUM , INTEROPERCULUM , absque spinis aut serrulis, sed subciliala. DENTES selacei minimi in unicé serie.

PaLarTum glabrum , edentulum.

Pxxæ dorsalis, analis caudalisque squamosæ.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis sex.

Les espèces de ce genre ont été découvertes aux Canaries par MM. Webb et Berthelot, et à Madère par M. Lowe.

J'ai compris qu’elles devaient être type d’un genre distinct, tenant autant de la famille des Squamipennes que des Scombéroïdes , et j'ai fait graver une espèce de ce genre dans l'Atlas de l'Histoire des Canaries, en la dédiant à M. Berthelot, sous la dénomination de Crius Bertheloti. |

De son eôté, M. Lowe a reconnu que l'espèce qu’il trouvait à Madère était bien d’un genre nouveau en Ichthyologie , et, dans son travail sur les Poissons de cette mer, il a latinisé le nom portugais de ce Poisson à Madère , pour nommer le genre Leirus.Ila dédié l’espèce à M. Bennett, en la mentionnant d’abord dans les Proceedings de la zoological Society, et ensuite , en en publiant une figure dans le Recueil des mémoires de la Société de Cambridge, vol. vi, tab. 5.

J'ai retrouvé deux espèces de ce genre dans les collections faites aux Canaries, de sorte que, dans ce travail, je présente la monographie telle qu'elle est connue aujourd'hui, en donnant la description des deux espèces qui vivent dans cette mer.

Ayant fait graver l'espèce du Crius Bertheloli , je suis obligé d'admettre ce nom générique dans mon travail ; et j'appelle la première espèce

CRIUS DE BENNETT. — CRIUS BENNETTII (1).

LEIRUS BENNETTII.

C’est un Poisson à corps comprimé, haut de l’avant, atténué vers la caudale, car la hauteur du corps, mesurée sous la naissance de la dorsale, est à peu près du tiers de la distance du bout du museau à la fourche de la caudale, tandis qu’au tronçon de la queue cette hauteur ne fait plus que le dixième de cette même longueur. La hauteur de la tête, due à l'élévation de la crête interpariétale, est aussi assez considérable ; et elle égale presque la longueur de la tête, qui est contenue près de cinq fois dans la longueur totale. L’œil est grand ; il est placé à peu près au milieu de la hauteur de la joue, mais il est avancé sur

le museau. Le diamètre mesure le tiers de la longueur de la tête. Son sous-orbitaire est étroit et nu; il cache en partie le maxillaire. Les deux yeux sont séparés l’un de l’autre par la distance d’un diamètre, Le

(4) Low., Fish. of Mad.

profil, relevé sur la crête, s’abaisse un peu et devient concave entre les yeux. La fente de la bouche est oblique et dirigée vers le haut; et la mâchoire inférieure, qui devient horizontale quand elle s’abaisse pour ouvrir la bouche , est plus longue que la supérieure, Les deux mâchoires sont dépourvues d’écailles ; elles portent chacune une petite rangée de dents serrées et crochues. Le palais est lisse et sans aucunes dents. La joue est couverte par un grand préopercule remarquable par la largeur de son limbe à bord arrondi, et dont la surface est striée en rayons ; ce limbe n’a pas d’écailles, mais le reste de l’os est écailleux. Il ÿ en a sur le haut de l’opercule, et elles deviennent plus rares sur le bas du sous-opercule et sur l’interopercule. Les deux pièces sont striées plus finement mais de la même manière que le limbe du préopercule. Il n’y a d’ailleurs ni épines ni dentelures. Les ouïes sont largement fendues , et la membrane branchiostége a sept rayons dont les quatre externes sont grands et robustes.

La dorsale s’avance sur la nuque, jusqu’à la racine de la crête interpariétale, par conséquent au-devant de l’angle de l’opercule ; ses premiers rayons épineux sont bas, mais vers les premiers rayons mous elle s'élève un peu et garde à peu près une même hauteur jusque vers ses derniers rayons : de manière que sa hauteur est du cinquième de celle du corps sous elle; cependant le dernier rayon n’a que les deux tiers des premiers. Il y a d’abord sept rayons épineux suivis de deux simples mais articulés , puis viennent les rayons branchus.

L’anale répond au dix-neuvième rayon de la dorsale, Tout compté, ses premiers rayons mous égalent en hauteur les plus hauts de la dorsale. Elle se porte sous Le tronçon de la queue, un peu plus loin que ne va la dorsale. Son dernier rayon est de moitié plus court que le premier rayon mou.

La caudale est fourchue.

La pectorale est longue, droite et pointue ; son rayon le plus long est cinq fois plus allongé que le rayon inférieur, et il est contenu cinq fois dans la longueur totale.

La ventrale est courte; elle ne fait guère que la moitié de la distance entre son point d'insertion et l'anus.

Les trois nageoires verticales sont en partie recouvertes d’écailles.

Le dessus de la tête et la nuque sont dépourvus d’écailles; celles-ci s’étendent ensuite régulièrement sur le tronc, et j'en compte plus de quatre-vingts rangées entre l’ouie et la caudale. Chaque écaille est mince, lisse, à stries concentriques très-fines , et sans rayons ni éventail radical ; elles res semblent sous ce rapport à celles des Poissons malacoptérygiens , et non pas à celles des autres Coryphénoïdes,

La ligne latérale, tracée par les deux septièmes de la hauteur du tronc, est un peu arquée et suit parallèlement vers la courbe du profil jusque sur le tronçon de la queue, qu’elle traverse par le milieu. Elle est formée d’une série de petites tubulaires,

La couleur paraît avoir été un-vert-uniforme rembruni sur le dos et argenté sous le ventre.

L'individu que je décris est long de 0°,60. Il se nomme aux Canaries Pampano.

C’est, à n’en pas douter, le Leirus Bennelli de M. Lowe; le nom générique est la dénomination portugaise Leiro de ce Poisson, à Madère, qui a été latinisée. La figure que ce savant en a donnée, dans le volume vi des Transactions de la Société de Cambridge, est très-bonne; toutefois je ne crois pas la crête occipitale assez élevée. M. Lowe le donne comme rare à Madère, et comme un Poisson d’un goût excellent.

LE CRIUS DE BERTHELOT. — CRIUS BERTHELOTIL Nos. PI. 9, fig. 1.

Les naturalisies à qui nous sommes redevables de faire cette Ichthyologie des Canaries ont trouvé une seconde espèce de ce genre. Elle diffère de la précédente par un assez bon nombre de caractères , dont les plus saillants sont la brièveté de sa pectorale , l'allongement des ventrales , les écailles plus avancées sur la nuque , le nu des opercules , le peu d’échancrure de la caudale , et enfin des différences dans le nombre

des rayons.

Ce Poisson a le corps elliptique et haut de l’avant ; à peu près de même forme que le précédent, quoique plus trapu : car sa hauteur n’est que du tiers de la longueur totale, son épaisseur étant du cinquième de sa hauteur. La ligne du profil descend par une courbe assez soutenue jusqu’au-devant des yeux, où elle devient concave. La bouche a la fente dirigée vers le haut , la mâchoire inférieure dépasse la supérieure ; les dents sont petites, pointues et sur un seul rang : iln’y en a aucune au palais.

La longueur de la tête est comprise quatre fois et un quart dans celle du corps. L’œil, placé vers le milieu de la hauteur de la joue, a le diamètre contenu trois fois et un tiers dans la tête. La largeur du front égale ce diamètre. Le sous-orbitaire est un peu festonné et strié sans être dentelé.

L’opercule est assez large , triangulaire, distinct du sous-opercule ; sa surface est lisse, argentée et veinulée par des vestiges de vaisseaux qui la traversaient : elle n’était certainement pas couverte d’écaïlles. Il en est de même du sous-opercule, du limbe du préopercule et de l’interopercule (1).

Il n’y a ni épines ni dentelures au bord de l’opercule , et celui du sous-opercule a seulement trois ou quatre stries peu saillantes vers la partie antérieure, près de son articulation avec l’interopercule. Cet os a le bord festonné et un peu dentelé. Le limbe du préopercule , fortement strié , a aussi le bord dentelé, et les pointes saillent vers l’angle arrondi comme de véritables épines.

La joue est recouverte d’écailles sur le préopercule. J'en compte neuf ou dix rangées. Les ouïes sont largement fendues. La membrane branchiostége a sept rayons.

La dorsale s’élève derrière la nuque, et sa hauteur n’est qu’une fois et deux tiers dans celle du tronc. Les quatre premiers rayons sont simples et épineux ; les deux suivans simples mais articulés.

L’anale a ses rayons un peu moins hauts que ceux de la dorsale ; ses trois épines sont assez fortes.

La pectorale est courte et arrondie ; elle ne mesure que le sixième de la longueur totale.

La caudale n’a presque pas de fourches.

Les ventrales sont grandes et allongées ; elles atteignent à l’anus.

Les écailles sont striées concentriquement comme celles de l’espèce précédente , mais elles sont plus petites. J’en trouve cent quinze rangées au moins entre l’ouïe et la caudale. Celles de la ligne latérale sont un peu relevées en carène pour marquer le trajet de cette ligne.

La couleur est verdâtre glacé d’acier-bleuâtre à reflets argentés sur les flancs. La caudale et la pectorale ont du jaune-citron à leur base; le reste est brun ainsi que les autres nageoires, qui ont quelques reflets jaunâtres pâles.

L'examen des viscères confirme encore les différences spécifiques externes.

Le pharynx est garni d’un bourrelet de houppes papillaires qui s’étendent en diminuant dans les plis

(4) N. B. J'insiste là-dessus pour corriger une incorrection de la figure. Le dessinateur a pris ces veinules pour des traces des capsules membraneuses des écailles, et il les a dessinées alors comme si ces os en avaient été recouverts. Une autre incorrection de la figure est d’avoir dentelé tout le bord du sous-opercule,

de la veloutée de l’estomac, sac allongé, arrondi en cul-de-sac et d’un petit diamètre. La branche montante est renflée , arrondie comme un petit pois, et le pylore est muni de six appendices cœcales. Cinq de ces cæcums rayonnent en palmettes en recouvrant le côté gauche de l'intestin ; le sixième remonte vers le diaphragme : il est court et gros , et caché dans la concavité de la crosse que fait le duodénum.

Il se pourrait que ce sixième eût échappé aux recherches de M. Lowe , ce qui expliquerait comment il ne donne que cinq cœcums à son Leirus Bennetti.

Le duodénum , après avoir fait ce grand pli, descend jusqu’au fond de l’abdomen , remonte jusqu’à ce que l’intestin se plie de nouveau pour descendre aussi bas que la première fois, d’où il remonte pour se porter en dedans de cette portion de l'intestin, se plier de nouveau et se dilater alors pour devenir le gros intestin qui se rend droit à l'anus. La rate est petite, globuleuse , et cachée sur le duodénum. Le foie donne à gauche un lobe triangulaire , mince et échancré, et à droite un petit lobe plus épais auquel est suspendue une vésicule de fiel étroite et aussi longue qu’un pli de l'intestin, contre lequel elle adhère par un tissu cellulaire assez dense. La vessie aérienne est petite et simple. Les reins sont très-gros en avant ; ils donnent dans une vessie urinaire assez grande.

Cette espèce porte aux Canaries le nom de Pampanilo , ou petit Pampano. Je l'ai dédiée au collaborateur de M. Webb, M. Sabin Berthelot. Je n’en ai qu’un individu long de 0”, 17.

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