‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 49 sur 243 · FAMILLE DES PLEURONECTES · texte numérisé non relu

FAMILLE DES PLEURONECTES

GENRE TURBOT. — RHOMBEUS.

Corpus compressum lalum , ovatum

Os mediocre. L

DENTESs parvi subselacei in utroque lalere.

Pinxna dorsalis, anticè suprà caput, poslicè usque caudam extensa.

M. Cuvier, en établissant le genre des Turbots , a employé , pour désigner ces Poissons , le nom sous lequel l’une des espèces était connue des anciens. Mais il n’a pas songé que le nom de Rhombus avait déjà été employé par M. de Lacépède, pour désigner un genre de Poissons de la famille des Zées.

C'est ce genre que M. Cuvier nommaït de son côté du nom de Peprilus, en le regardant comme nouveau et lui appartenant par sa nouveauté. Lorsque j'ai reconnu qu'il n’en était pas ainsi, j'ai cru ne pas devoir hésiter à laisser le genre et la nomenchature de M. de Lacépède tels que ce savant les avait faits ; et malgré l'adoption générale du nom de Rhombus pour désigner les Turbots , j’ai pensé qu’une très-légère modification à ce mot suffirait pour laisser subsister le travail de M. Cuvier. C’est pourquoi je propose de désigner sous le nom de Rhombeus le genre de la famille des Pleuronectes, en leur appliquant les caractères que lui a assignés M. Cuvier.

LE TURBOT A SCIE. — RHOMBEUS SERRATUS. Va.

(Atlas. PI. XVIII, fig. 1.)

Ce Turbot, dont les yeux sont à gauche comme ceux du PL. podas , a de l’affinité

avec cette espèce.

La plus grande hauteur du tronc fait la moitié de la longueur totale. L'espèce de trapèze ou pentagone irrégulier que fait le corps de ce Poisson est beaucoup plus large du côté de la tête que du côté de Ja queue, parce que, la bouche étant prise pour l’angle antérieur de cette figure, on voit d’abord le profil du front monter par une ligne concave jusqu’au droit de l’œil supérieur, ou droit où ce bord fait un premier angle obtus et arrondi, puis le profil monte très-doucement jusque vers le milieu de la longueur, d'où il s’abaisse rapidement jusqu’à la queue; en dessous la ligne du bord va , par une pente égale à celle de la portion postérieure du dos, jusqu’au milieu de la longueur, d’où elle remonte à la bouche. La hauteur de la queue, derrière la dorsale et l’anale , est comprise cinq fois et demie ou six fois dans la hauteur prise au milieu du corps.

La longueur de la tête est quatre fois et demie dans celle du corps entier.

La bouche est petite; ses dents sont fines et pointues. L’œil placé près d’elle; le gauche est bordé d’une crête surcilière élevée, carénée et dentelée. Cet œil, égal au supérieur, est éloigné de lui d’une fois son diamètre, qui fait le quart de la longueur de la tête. Les crêtes orbitaires de l’œil supérieur sont plus basses que celles de l’inférieur ; les deux bords antérieurs sont réunis par une petite carène osseuse

et saillante.

Le premier rayon de la pectorale se prolonge en un filet fin et très-court. La caudale est un peu pointue.

Les écailles sont fines et ciliées. J’en compte quatre-vingt-seize dans la: longueur. Celles qui sont au pied des rayons de la dorsale et de l’anale se prolongent en petites pointes dirigées vers la tête jusqu’à l’angle supérieur du trapèze du corps , et dirigées vers l’arrière depuis cet endroit jusqu’à la fin de la dorsale.

Celles de l’anale sont disposées de même : de la saillie du ventre à la fin de l’anale elles sont tournées vers la queue, et, de l’autre côté, la pointe regarde la tête.

C’est à cause de cette disposition que j’ai surnommé ce Turbot de l’épithète de serratus. L

La ligne latérale a une forte inflexion au-dessus de la pectorale, puis elle se rend droit à la caudale par le milieu de la hauteur. Du côté non coloré les écailles sont petites et lisses, et il n°y a pas d’épines à la base des rayons.

La couleur est brune et uniforme sans aucune tache du. côté gauche et blanche du côté droit.

Les deux individus ont de 0,14 à 0 ,15, de longueur. J'en ai un troisième que je crois encore de la même espèce, quoique

Les épines de la base de la dorsale me paraissent moins saillantes ; et que les yeux soient plus écartés, car ils sont distants de deux fois leur diamètre,

L’œil est aussi plus grand que celui des autres exemplaires.

Ces différences peuvent être sexuelles ; cependant il serait bon d’en avoir un plus grand nombre sous les yeux.

Ce n’est pas le Rhombus maderensis de M. Lowe ; il n’a pas connu notre espèce.

GENRE SOLE. — SOLEA.

Corpus oblongum linguforme anticè obtusum, posticè attenuatum. Os contorlum, dentibus parvulis in uno latere lantèm instructum.

Les Soles constituent un des genres de Pleuronectes le plus nombreux en espèces, mais elles sont encore fort mal déterminées. Je crois celle des Canaries distincte de toutes celles confondues sous le nom de Pleuronectes Solea; je n’ose affirmer cependant qu’elle ne soit pas aussi un des Poissons de la Méditerranée , comme l’est certainement la seconde espèce ici mentionnée.

LA SOLE ÉCRITURE. — SOLEA SCRIBA. No.

(PL XVII, fig. 3)

M. Webb a trouvé aux Canaries une Sole voisine de celles de nos côtes , mais qui est encore d’une espèce distincte.

Sa largeur aux pectorales est du cinquième de la longueur totale ; la tête en fait près du septième. ‘Le dessus du crâne fait une large saillie arrondie au-devant de la bouche , qui est assez arquée , et dont les mâchoires sont hérissées de petites dents. Les yeux sont petits et du côté droit. La dorsale égale en hauteur celle de l’anale , et est comprise trois fois et demie dans la re du

côté.

Les écailles sont petites, et j’en compte cent cinquante rangées au moins entre l’ouie et la caudale Le bord est finement cilié ; la portion nue est formée de séries concentriques , et la portion radicale a dixsept rayons à l'éventail.

LA SOLE OEILLÉE. — SOLEA OCULATA. Risso.

(PL XVIIL, fig. 2.)

On trouve aux Canaries cette Sole assez commune dans la Méditerranée, et si caractérisée par ses formes comme par ses couleurs.

Elles sont disposées par grandes marbrures jaunâtres et brunes avec quatre Due ocelles noirs , le cercle étant d’un beau jaune.

La rudesse des écailles de cette espèce est remarquable ; le bord est armé d’épines très-visibles.

L’écaille est oblongue et a treize rayons à l'éventail ; c’est une écaille de perche, et, cependant, les formes et les autres caractères du Poisson s’éloignent certainement du genre et de la famille. Elles sont représentées grossies, pl. xvin, fig. 3.

J'en compte soixante-dix rangées le long du flanc, et quarante-deux dans la hauteur. Les Canariens appellent cette Soie Soidado.

Famizze Des DISCOBOLES.

Les collections de MM.. Webb et Berthelot ne contiennent que des espèces du genre Lepadogasler. Les Cycloplerus n’y sont pas représentés ; et l’on pouvait le présumer, car ce sont des Poissons abondans jusque sur Le pôle. Quant aux Gobiesoces, c'est aux Antilles ou au Cap qu'on a trouvé jusqu'à présent les espèces peu nombreuses de ce genre.

M. Lowe ne cite , dans son Ichthyologie , qu’une seule espèce de Lepadogaster ; encore la donne-t-il comme très-rare : c’est, suivant lui, le Lepadogaster Decandolli , Risso.

Ce n'est pas l’espèce que j'ai vue représentée ici par un grand nombre d'individus, ce qui me fait croire que ce Poisson y est commun.

GENRE LÉPADOGASTRE. — LEPADOGASTER.

Corpus anticè depressum, acuminatum , posticè compressum ; læve squamis destilutum.

Capur magnum, in rostro elliplicum ac depresso-atienuatum.

Os inferum, amplum, dentibus minimis prædilum.

PinNæ peclorales magnæ cum radis anlicis ac inferis triglidinis, membrana pustulosa aculis colulam injferaim simulantibus coadunalcæ.

Pinvzæ ventrales in cotulam inferam elposticam conjuncteæ.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA Tadiis quinque.

LE LÉPADOGASTER DE WEBB. — LEPADOGASTER WEBBIANUS. Nos.

Ces petits Lépadogasières ont beaucoup de ressemblance avec les espèces dédiées soit à Gouan, soit à Decandolle, et nommées de leurs noms ; ils en ont aussi avec le Lépadogasière bicilié de M. Risso. Mais je ne trouve pas, soit dans les Poissons eux-mémes, soit dans les descriptions ou les figures qui sont données de ces petits Poissons, des ressemblances assez exactes pour les croire des variétés de la même espèce. Les

nombres sont ceux qui rapprochent le plus du Lepadogaster bilentaculatus de M. Risso.

Dans le Poisson que j'ai sous les yeux , la largeur, entre les pectorales , est quatre fois dans la longueur totale ; la hauteur est de la moitié ou des deux tiers de cette largeur du tronc.

La tête, mesurée du bout du museau à l'angle de l’opercule , surpasse le tiers de la longueur totale, Les yeux , au tiers de la tête, sont écartés l’un de l’autre de deux fois leur diamètre. Les narines sont percées tout près de l’angle interne de l’œil , et il y a devant chacune deux tentacules : l’antérieur est petit et grêle ; le postérieur, plus long et plus gros, est simple. Entre la base de ces deux cirrhes est l’ouverture antérieure de la narine ; la postérieure est bordée et surmontée en arrière d’une papille plate.

Les pectorales sont larges et unies à la seconde nageoire formée par quatre rayons plus gros que ceux de la pectorale , mais simples comme ceux de cette nageoïre et aussi bien articulés. Ces quatre rayons sont unis par une membrane qui forme la ventrale antérieure de la poitrine, Les rayons de la ventouse postérieure , formée par la réunion des deux ventrales, sont beaucoup plus grêles que ceux de la pectorale,

La dorsale, la caudale et l’anale ont les rayons séparés, mais une membrane courte et basse réunit encore les trois nageoires.

Ces Poissons étaient sans doute rougeâtres, d’une teinte uniforme, car je ne vois pas sur leur nuque les traces de ces taches rouges ou lie-de-vin dont la plupart de nos

espèces conservent l'empreinte, même après avoir été conservées fort long-temps dans l'alcool.

Les individus n’ont que six à sept centimètres.

M. Lowe ne cite qu’un seul Lépadogastère à Madère, et il le donne, mais avec doute, comme le Lepadogaster Decandolli.

11 observe qu’un appendice charnu , inséré derrière l’anus , rapproche ce Lépadogastère des Gadoïdes ; mais on ne peut rien conclure de ce caractère dans les Poissons, car ce petit organe est un de ceux dont les variations sont les plus grandes que la nature nous montre dans les animaux, soit dans les genres, soit aux ordres : ce qui est d'autant plus digne de fixer notre attention qu'elle a, au contraire, donné une grande fixité à la forme des organes reproducteurs dans les espèces de Mammifères; de telle sorte, par exemple, que la forme du gland du pénis chez les quadrumanes peut servir à distinguer les espèces les plus voisines de Singes. Il ne faut pas oublier que la grande variation de la forme de cet organe dans les Poissons, doit tenir à la reproduction ovipare de ces vertébrés; et voilà sans doute pourquoi il ne pourrait donner un caractère générique.

GENUS ECHENEIS.

Corpus elongatum , rotundatum , caudam versus gracillimum; squamis minimis membranaceis vestilum.

Capur nudum , depressum, suprà planum , e! laminis geminis, transversis, poslicè denticulats, in disco cute marginato coalitis instruclum.

Os mediocre , in maxillis ac in palato dentibus exiguis hirsutum.

Pinna dorsalis remola, longa anali opposita simillima.

MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radiis decem.

Le Poisson que J'ai sous les yeux a les vingt-quatre lames que Linné compte à son Echeneis Naucrales ; mais en ayant soin de faire entrer dans ce nombre la première pièce et la dernière du disque, lesquelles sont à demi ovales, non striées à leur bord supérieur, et différentes, par conséquent, des autres lames : voilà pourquoi M. Cuvier ne compte que vingt-deux lames au disque de l'Echeneis Naucrales , et je crois cette manière de compter préférable à toute autre.

La figure de Séba (IE, pl. xxxnr, fig. 2) est celle qui ressemble le plus à notre Poisson; mais Linné, qui cite cette planche sous son Echeneis Naucrates, ajoute la figure de Catesby, qui ne peut appartenir à la même espèce de Poisson qui a servi de modèle à la figure de Séba , d’où il résulte que l'espèce de l’Echeneis Naucrates , telle qu’on la trouve établie dans la douzième édition du Systema Naturæ , est un assemblage de deux êtres différens. Gmelin ensuite cite , sous Echeneis Naucrates , la figure de Bloch (pl. 171), laquelle est si mauvaise pour le trait, et plus encore pour la couleur, qu'elle ne peut être rapportée à aucune espèce du genre.

L’ÉCHÉNÉIS NAUCRATE.— ECHENEIS NAUCRATES. Lin.

Le Poisson recueilli par M. Webb est d’une couleur brune avec une bande longitudinale, assez large, plus foncée de chaque côté du corps, laquelle est bordée d’une bandelette plus étroite. Le bord de la dorsale, de l’anale et les angles de la caudale sont blancs. |

La longueur de l'individu est de 0,48.

Il est bien évident que l’espèce dont je parle ici est celle que M, Lowe a citée sous la dénomimation de Peixe pegador, et qu'il rapporte avec doute à l’Echeneis Naucrates de Linné. Il le donne comme très-rare à Madère.

Je n’ai vu que ce seul exemplaire dans les collections ichthyologiques des Canaries, et il ne paraît pas que les naturalistes qui les ont faites aient observé l’Echeneis Remora.

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