MALACOPTÉRYGIENS APODES
GENRE ANGUILLE. — ANGUILLA.
Corpus elongalum , cylindraceum caudam versus valdè compressum, cute crassà lævi veslilum ; squamis parvis mucosis obteclum.
Os parvum.
DenTes in maxillis el in vomere.
Pnnæ peclorales ad branchias. Dorsalis, caudalis el analis coadunaie.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis decem.
Avant nos recherches en Ichthyologie, on ne pensait pas qu'il y eût en Europe plu: sieurs espèces d’Anguilles. Les premiers résultats de nos études , publiés dans la seconde édition du Règne animal, ont fait connaître aux zoologistes que , dans les pro-
vinces de l’ouest de la France et sur les côtes de la Manche, on pouvait distinguer plusieurs espèces de ce genre. M. Yarell a suivi ces idées avec la sagacité qu'il a mise à écrire l'Histoire des Poissons d'Angleterre, et il a rapporté même une synonymie fort bonne des noms vulgaires des différentes Anguilles d'Angleterre avec celles de nos côtes.
Les distinctions des espèces du genre des Anguilles iront beaucoup plus loin. J'espère démontrer que l’Anguille de Naples, que l’Ichthyologie doit aux collections faites par M. Savigny, est d’une espèce particulière, caractérisée par des formes dentaires si bien déterminées, que le doute ne pourra être élevé sur ces distinctions.
L'espèce que je viens d'écrire dans cetarticle ressemble assez à celle que nos pêcheurs de Normandie nomment Anguille Pimperneaux, que ceux d'Angleterre désignent par le nom de Glut-Eel, et que M. Yarell a très-bien figurée sous Anguilla lalirostris.
L'espèce des Canaries que j'ai sous les yeux est distincte de toutes les autres, quoiqu’elle avoisine , par la grandeur de ses yeux et la forme élargie de sa tête, cette Anguilla lalirostris. . DS
Voici la description que j'en ai faite , d’après des individus contractés par l'alcool. Je la nomme
ANGUILLE DES CANARIES. — ANGUILLA CANARIENSIS.
La distance du bout du museau à la pectorale est du huitième de la longueur totale.
L'œil est assez grand ; son diamètre est compris deux fois et demie dans la distance du bout du museau au bord postérieur de la cornée transparente, ou neuf fois et demie jusqu’à la base de la pectorale. La bouche est bien fendue; l’angle va au delà du bord de l'œil. La mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure ; la langue est très-libre et pointue ; les dents sont coniques, égales, assez grosses, sur
une bande étroite ; aux deux mâchoires et sur le vomer, elles forment d’abord un premier rassemblement en ellipse allongé , suivi d’une bande linéaire en arrière.
La pectorale fait le tiers de l’espace entre sa base et l’extrémité du museau.
La dorsale et l’anale sont basses , à peine du dixième de la hauteur du tronc sous elles. Cette mesure est comprise vingt et une fois dans la longueur totale,
B 10 — P 18 — D A et C 460 — V 0.
La couleur est celle de nos Anguilles.
La grosseur des dents, la forme de la plaque dentée du vomer, la hauteur des nageoires impaires , la
longueur proportionnelle de la tête et du cou jusqu'aux pectorales , sont les caractères distinctifs entre le Poisson des Canaries et notre Pimperneaux.
La description est faite d’après un individu long de 0,50.
M. Webb m'a assuré qu’on trouve plus particulièrement ces Anguilles dans les mares d’eau laissées çà et là par les ruisseaux qui serpentent au fond des barrancos ou ravins profonds de Ténériffe. Ces ruisseaux, au temps des pluies, deviennent des torrents formidables, mais qui se dessèchent quand les eaux manquent dans les basfonds. Ces Anguilles restent alors à sec, et on peut les prendre en les piquant avec des dards. On en mange communément aux Canaries.
J'ai fait connaître avec soin cette Anguille, parce qu’en n’y regardant pas avec soin il est aisé de confondre cette espèce avec une des nôtres ; et l’établissement de cette espèce et de ses diagnoses est de la plus haute importance quand on veut traiter la question de la distribution des Poissons sur une île isolée au milieu de l'Océan et où l'eau douce n’est pas très-abondante.
Il n’était pas toutefois sans nécessité d’insister sur la ressemblance de l’Anguille des Canaries avec notre Pimperneaux, parce que M. Lowe a observé une Anguille à Madère, jusque par cinq cents pieds au-dessus du niveau de la mer, et qu'il la croit l’Anguilla lalirostris de Yarell ou, ce qui est la même chose, notre Pimperneaux. On peut donc se demander si l'Anguille de Madère ne serait pas la même que celle des Canaries. M. Lowe ajoute qu'il en a vu beaucoup de variétés, mais qu'il n’a pas pu encore se livrer à leur classification. Une collection abondante et bien faite des Poissons de ces deux îles serait d’une très-grande utilité pour l'histoire de la distribution géographique des espèces.
La présence d’une espèce du genre Anguille dans les îles Canaries, pourrait faire croire que l’on aurait pu retrouver dans ce Poisson les Siluri que Pline dit vivre dans les fleuves de cette île :
Papyrum quoque, et Sizuros in amnibus gigni. (Lib. VI, cap. XxXvIT, pagg. 349-6, édit. Hard.)
On pourrait admettre avec assez de vraisemblance cette version, si Pline n’employait pas dans d’autres endroits le nom de Silurus, pour traduire les passages d’Aristote où ce philosophe parle du wi; et, comme d’après le texte d’Aristote et d’Ælien, on ne peut douter que ces auteurs n'aient désigné sous ce nom notre Silure, il est aussi certain que, dans les passages de Pline empruntés à Aristote, ce naturaliste
a entendu parler de notre Silure et point de l’Anguille. Il, 12
( 90 ) On voit donc qu'il reste la plus grande incertitude pour l'application du Silurus des
Canaries à un des Poissons qui y vivent aujourd’hui , puisque le Glanis ou une espèce voisine de ce genre ne s’y trouve pas.
GENRE OPHISURE. — OPHISURUS.
Corpus elongatum , cylindraceum , caudam versàs conicum; cute nudd sine squanis veslilum..
Os mediocre.
DENTES compressi cullrati, vel rotundalo obtusi.
Pia dorsalis ab occipile usque ad caudam conicam ac nudam exlensa; analis, dorsali similis, brevior.
P. caudalis nulla.
P. peclorales plus minusve flabellatæ.
MEMBRANA BRANCHIOSTEGA radis triginia.
Les Ophisures sont jusqu’à présent des Anguilliformes à peau nue et sans écailles, dont l'extrémité de la queue est conique et libre ; la dorsale et l’anale s’arrêtant sur cet organe avant d’en atteindre le bout, qui ne porte ni caudale ni aucun autre rayon de nageoires.
On y distingue deux groupes; l’un comprend les espèces à longues pectorales et à dents tranchantes, et on réunit dans le second les Ophissures à dents obtuses et à pectorales rudimentaires.
L'espèce que je décris appartient à cette seconde division; je la nomme
OPHISURE PANTHÉRIN. — OPHISURUS PARDALIS.
(Atlas, pl. XVII, fig. 2.)
Son corps cylindrique devient régulièrement conique à l’extrémité. La hauteur moyenne du tronc est comprise trente-sept fois et demie dans la longueur totale; et dans cette même mesure, la distance du bout du museau à la base de la petite pectorale y est contenue douze foiset seulement cinq fois jusqu’à l’anus.
La tête a les joues assez renflées à cause de la grosseur des crotaphites. La bouche est fendue au-delà de l'œil , dont le diamètre est compris deux fois entre le bord antérieur et le bout du museau , quatre fois dans la longueur de la fente de la bouche, et deux fois et demie entre les deux yeux. La région des ouïes est assez enflée ; la fente en est petite. Les dents , obtuses , sont rangées sur deux séries le long de V'intermaxillaire, qui est articulé, comme dans les Anguilliformes , sur le bord postérieur du chevron du vomer , lequel fait saillie jusqu’au bout du museau. Toute cette extrémité du vomer et son corps sont couverts de dents obtuses sur plusieurs rangs ; elles sont petites. J’en vois aussi une bande sur la branche de la mâchoire inférieure. Les deux ouvertures de la narine sont tubuleuses et pratiquées sur le bord de la mâchoire : l’antérieure est près du bout du museau et son tube pend comme un petit barbillon de chaque côté du museau; la postérieure s'ouvre sous le milieu de l'œil dans le bord de la mâchoire, et sa fente est recouverte par la papille tubuleuse placée sur son bord externe. En soulevant la peau on voit que la fosse nasale est grande et qu’elle est recouverte par un grand os du nez , bombé
pour laisser de la place à la narine ; en dessous , le sous-orbitaire vient comme une lame mince la border le long de l’intermaxillaire : en écartant aussi la peau du palais , on trouve un palatin très-mince, suivi de petites ailes tout à fait rudimentaires, qui n’en constituent pas-moins l’arcade qui va rejoindre la branche de la mâchoire inférieure.
La dorsale commence sur la nuque, et il me paraît qu’elle s’abaisse et se relève plusieurs fois dans
sa longueur. L’anale est plus égale. Les pectorales sont très-petites; cependant on y voit encore les rayons qui la soutiennent.
Il n’y a d’autres traces de ligne latérale qu’une suite de pores espacés , ce qui la rend difficile à suivre. La couleur est un fond blanc parsemé de taches rondes brunes , fondues sur le bord , de grandeur
inégale, formant deux séries principales sur les flancs. Le ventre est plus blanc, les taches plus petites et plus effacées.
La longueur de l'individu placé dans la collection de M. Webb est de 0",70. Ce savant naturaliste a bien voulu me donner sur cette espèce la note suivante, par laquelle nous apprenons qu’il a pêché cette Ophisure dans un bassin large et profond laissé par la marée basse dans le port d’Arecife, à Lancerotte, lorsqu'il a trouvé dans ce même bassin la Caulerpa nouvelle à laquelle M. Montagne a donné son nom. Notre Poisson tâchait de se cacher parmi les tiges de cette algue; et, le bassin étant trèsprofond, M. Webb a été obligé de faire plonger un enfant pour avoir cette espèce, qu'il n’a jamais vue ailleurs.
M. Lowe, qui n’a décrit aucun Ophisure, ne me paraît pas l'avoir connu.
MURÈNES. MURÆNA.—Taus.
OÙ MURÆNOPHIS LAC.
Le genre des Murènes (Murænophis Lacep.) comprend les Anguilliformes sans pectorales. Les variations que l’on observe dans les dents des nombreuses espèces rapprochées aujourd’hui à ce genre, y feront établir de nouvelles coupes génériques, que M. Cuvier s’est contenté d'indiquer comme de simples questions en ce genre. La Méditerranée en nourrit plusieurs espèces qui serviront de termes de comparaison dans plusieurs des genres dont j indique l’établissement. Une des plus célèbres à cause de l'excellence de sa chair encore en honneur sur le littoral de l'Italie, et à cause aussi de la célébrité de son histoire chez les Romains, est la Murène, que Pline nommait Muræna. Nous ne voyons aucun des Poissons méditerranéens venir sur nos côtes baignées par l'Océan, mais toutes les mers intertropicales en nourrissent un grand nombre. — M. Lowe, qui n’a pas décrit d’Ophisure, cite, dans cette Faune, quatre espèces de Murænophis.
Je n’en vois qu’un seul petit exemplaire dans les collections de MM. Webb et Berthelot, et il me paraît être de l'espèce du Muræna unicolor de Laroche ; cependant je ne vois pas sur mon individu ces lignes flexueuses dont parle M. Lowe. Il se pourrait bien aussi que le Muræna unicolor de cet auteur ne fût pas le même que celui de la Méditerranée. Il faudra étudier avec soin la dentition de ces espèces pour bien fixer les caracières.