‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 54 sur 243 · CARTILAGINEUX · texte numérisé non relu

CARTILAGINEUX

Les Poissons cartilagineux de la famille des Raïies ou des Squales sont représentés aux Canaries par un assez grand nombre d'espèces appartenant à des genres variés de cette famille.

M. Webb en a rapporté plusieurs intéressans pour l’Ichthyologie; telles sont les nouvelles espèces de Myliobates ou de Ptéroplatées parmi les Raïes, et la nouvelle espèce de Requins du sous-genre Prionodon parmi les Squales: Voici d’ailleurs la description systématique de ces espèces.

GENRE CÉPHALOPTÈRE. — CEPHALOPTERA. Du.

Corpus depressum, læve alis extensis acutis dilatatum.

CapuT lalum, transversum , depressum , lanquäm bicorne. Oculi lalerales nec non superi.

Nares ad marginam maxillæ superioris.

Os inferum.

DenTes Ainuli granulosi in utrâque maxilld.

Pnnæ peclorales maximæ alæferaces, ad capitis latera et infrà oculos pinnulæ oblongæ anticè porreciæ el corniformes.

Ventrales parvæ, ad basin cauda pinnulæ dorsalis ante aculeum serratum caudalem.

Le genre des Céphaloptères, ainsi nommés par M. Duméril , comprend des espèces de Raies dont les dents ressemblent assez à celles des Pastenagues, qui ont comme elles la queue armée, derrière la petite dorsale élevée sur sa base, d’un petit aiguillon dentelé.

Il parait que les plus grandes espèces de Cartilagineux de la famille des Raïes appartiennent à ce genre, dont MM. Muller et Henle viennent de préciser les caractères en retirant de ce groupe, sous le nom de Cératoptères les espèces qui n’ont pas de dents. à la mâchoire supérieure.

- Les Poissons de ces deux groupes habitent les bassins des vastes mers, et principalement l'océan Atlantique équatorial ; ils entrent dans la Méditerranée , mais ils y sont encore peu connus. Leur capture est regardée par les hommes soumis à l'influence des préjugés qui naissent de l'ignorance comme un sinistre présage. Leur éloignement, le peu d'observations directes et comparatives que l’on en à faites rendent encore obscure la distinction de ces grandes espèces.

M. Webb a rapporté des Canaries celle qui est connue sous la dénomination de

CÉPHALOPTÈRE GIORNA. — CEPHALOPTERA GIORNA. Risso. (AU. PL XXII.)

L’individu que j'ai sous les yeux a 0",52 de largeur de la pointe d’une aile à l’autre ; 0" ,22 du bord de la tête à la base de la dorsale. L’épaisseur n’est que de 0",05. La longueur de la corne est de 0,95 ; celle de la dorsale de 0,35. La largeur de la bouche est de 0",60, et la distance du bord de la tête entre les deux cornes à la mâchoire supérieure a 0",15,

Le profil antérieur de l'aile suit une courbe concave à partir de l’œil jusqu’à son milieu , d’où il se relève pour se soutenir légèrement convexe. Le postérieur est concave et régulier.

L’aiguillon de la queue a 0",25 de longueur. Je ne puis donner la dimension de la queue elle-même, elle était cassée. La couleur, brune en dessus, est blanche sous Le ventre,

Cest, comme je l’ai dit, le Cartilagineux décrit par Giorna, et dont Lacépède a fait son Raia Giorna. Risso, en adoptant le genre établi par M. Duméril, a inscrit l’espèce dans son Histoire des Poissons de Nice sous le nom de Cephaloptera Giorna ; mais on ne peut douter aussi que ce ne soit la Raie Mobular de Duhamel. Quelque défectueuse que soit sa figure, le Poisson dont il a reçu le dessin avait été pris dans la madrague de Montredon , près de Marseille. Il est difficile de concevoir par quelle confusion cet auteur, après avoir été si positif sur l’origine du Poisson , a été lui appliquer un nom qu'il tirait du langage des Caraïbes ; on peut supposer qu'il avait reçu un autre dessin de Céphaloptère dessiné dans la mer des Antilles , et peut-être même que le dessin avait été fait sur le pont du navire pendant que l'animal nageaït près du bord, comme cela n'arrive que trop souvent aux navigateurs.

Je possède plusieurs de ces dessins, parmi lesquels se trouvent les originaux que Lacépède a fait graver en les réduisant et en les copiant avec inexactitude. Ils serviront à la discussion que je donnerai sur ces espèces, dans les derniers volumes de l'Ichthyologie générale.

Il faut préférer le nom de Cephaloptera Giorna à celui de Duhamel , quoique antérieur, parce que celui-ci repose sur un document trop imparfait pour le conserver dans nos catalogues scientifiques tandis que le premier est authentique.

GENRE MYLIOBATIS. Du.

Corpus depressum, læve, alis exlensis dilalalum.

Capur triangulare, anticè aculum.

Ocuxx superi lalerales. Nares velo fimbrialo iniegro labrum simulante oblectæ.

Os inferum.

Dentes complanali, tesselati, mediani majores lransversi, lalerales hexagoni parvi. Caupa longissima , gracillima, aculeala pone pinnulam.

Les Myliobates comprenaient, à l’époque de l'établissement de ce genre, toutes ces grandes Raies à dents en payés, élargies et aplaties, dont les latérales sont de petits hexagones, tandis que les mitoyennes sont élargies en bandes osseuses transversales.

On a distingué avec raison des Myliobates les espèces qui se reconnaissent aux petits ailerons repliés sous la partie avancée du museau, lequel est coupé carrément

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(98 ) tout en étant creusé par une petite échancrure sous la ligne médiane; ce sont les RuinoPTÈREs de Kuhl. Bien que M. Geoffroy Saint-Hilaire ait observé depuis bien des années une espèce de ce genre dans la Méditerranée , et dont on voit la figure dans les planches de l’ouvrage d'Égypte (Raiïa marginata, Geoff., Egyp:, pl: xxxv, fig. 2), je ne l’ai pas trouvée dans les collections des Canaries ; M. Lowe ne le cite pas non plus dans son Prodrome de l’Ichthyologie de Madère.

Le genre des. Myliobates ainsi modifié ne comprend plus que les espèces à museau avancé et sans ailerons.

Nous voyons. le Raïa aquila où la Myliobate aigle de la Méditerranée jusque. dans l'Atlantique; M. Webb a rapporté cette Raïe des Canaries, et le révérendR. ©. Lowe l'avait déjà trouvée à Madère.

L’individu que M. Webb a mis sous mes yeux est parfaitement semblable à la figure que le prince Charles Bonaparte de Canino a donnée de la Mourine aigle , dans la Faune italienne.Ce savant zoologiste a fait aussi connaître, dans le même ouvrage, une seconde espèce de Myliobates, sous le nom de Myliobatis noctula , que la brièveté de son museau presque arrondi distingue très-bien de l'espèce précédente. Je rapporte à ce Myliobatis noctula la figure publiée dans l’atlas du Dictionnaire des Sciences nalurelles , sous le nom de Myliobatis aquila , quoique les dents mitoyennes transversales paraissent un peu plus étroites que le prince de Canino ne les a données.

* Il faut joindre encore à ces deux espèces un: troisième Myliobate découvert par les naturalistes explorateurs des Canaries, mais qui se trouve aussi dans la Méditerranée, et que je regarde comme d’une espèce nouvelle, car je ne le trouve mentionné ni par M. Lowe, ni par aucun auteur qui ait traité des Poissons de la Méditerranée.

Ce poisson paraît confondu par les pêcheurs insulaires, sous le nom d’Obispo (évêque), avec la Mourine commune ({/. aquila), qui porte le même nom sur les côtes de cet archipel; cependant cette espèce nouvelle est facile à distinguer du Myliobalis aquila, par la forme de ses dents et par celle de sa queue.

Je la nomme

MYLIOBATE ÉVÊQUE. — MYLIOBATES EPISCOPUS.

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