PL XXIV
Sa tête a le museau plus pointu que celui de la Raie aigle. Le voile des narines parait plus frangé. Je compte huit dents mitoyennes à la mâchoire supérieure, La largeur de chaque dent est huit fois plus grande que la hauteur. Dans le Myliobate aigle, la largeur de la dent n’est que trois fois plus forte que la hauteur. De chaque côté des dents élargies de l’Obispo des Canariens, il y a trois rangées de petites dents hexagonales, dont le diamètre transversal n’est guère plus grand que la hauteur de la dent du milieu.
Les dents de la mâchoire inférieure sont plus nombreuses:; j'en trouve onze moyennes, bordées de trois rangs de petites dents hexagonales ; mais les antérieures se détachent et tombent promptement de chaque côté des trois ou quatre premières dents, qui sont aussi plus étroites que les suivantes, La queue est plus de deux fois aussi longue que le corps. La nageoire qu’elle porte à sa base commence entre la racine des deux ventrales. Elle n’a guère que le quinzième de la longueur -du filet caudal, et elle est suivie d’un seul rayon dentelé des-deux côtés et um peu plus court: que la, base de la nageoire caudale.
La couleur du poisson est uniformément brune en dessus et blanche en dessous sans aucune tache.
M. Webb a appris des pêcheurs canariens que l'espèce est connue sous le nom d’Obispo, que j'ai employé comme dénomination spécifique.
Au moment de livrer ces pages à l’impression, j’observe un second individu de cette espèce, pris dans la Méditerranée, sur les côtes de PAlgérie; je ‘dois à la complaisance des naturalistes de l'expédition scientifique envoyée par le ministre de la guerre pour explorer cette nouvelle colonie française, le plaisir de citer cet exemplaire. |
GENRE PASTENAGUE. — TRYGON.
Corrus depressum, penlagonum, alis tetragonis dilatatum. Capur parvum, acutum. Oculi superti.
Os inferum. | DeNTEs minimi, quincunciales, tesselali, elliptict. PInNæ ample, in angulum parèm porrecle. Ventrales rotundatæ. Pinna dorsalis ad basim.
Cauda nulla. Pinna caudalis infrà supräque ad apicem caudeæ. Cauda conica, aculeo serralo armala.
Je trouve aux Canaries la Pastenague vulgaire; elle s’y nomme Chucho. Ge Poisson se trouve aussi à Madère.
Cette espèce , qui habite la Manche et nos mers plus septentrionales encore , occupe donc une assez grande étendue, puisque nous la voyons s’avancer dans l’Atlantique jusqu’auprès des tropiques. |
La longueur totale de l'individu que M. Webb m'a communiqué est de 0,56; celle du tronc est de 0",98 , et sa largeur est de 0",36.
GENRE PTÉROPLATÉE. — PTEROPLATEA.
Corpus valdè depressum, elliplicum, transversè valdé lalius quâm longum.
Os inferum.
DENTEs parvuli, quincunciales, acuti.
Pinnæ peclorales maximæ, ventrales parvæ; dorsalis nulla. Cauda brevissima, pinnis destitula, aculeo brevi deniuio armala.
Ce genre, établi aux dépens des Pastenagues par MM. Muller et Henle, ne se distingue de ces dernières que par des caractères de peu d’importance. La grande largeur transversale de animal lei donne une physionomie particulière, à laquelle il faut ajouter la brièveté de la queue sans'anale. Lesdents sont pointues, mais leur petitesse excessive fait qu’elles ne servent pas à l'animal autrement que celles des Pastenagues.
Ce genre ne comprend encore que peu d'espèces ; l’une, de la Méditerranée , déjà connue de Fabius Columna, qui avait signalé la grandeur des pectorales par la dénomination de Raia allavela, et deux autres de l’océan Atlantique et de la mer des Indes. Les collections du Muséum viennent de s’enrichir-de cette belle espèce, par les recherches des naturalistes de l'expédition scientifique d'Algérie. Ils en ont rapporté un fort bel exemplaire, et à en juger d’après lui, ainsi que d'après la figure donnée dans la Faune d'Italie par le prince Charles Bonaparte de Canino, je ne pense pas que le Poisson du Brésil, observé par M. Henle dans le Cabinet du Roi, soit de la même es-
( 100 } pèce que celui de la Méditerranée ; en effet, les longueurs proportionnelles du tronc et de la queue, de la distance entre les yeux et la largeur du corps, ne sont pas les mêmes. La Ptéroplatée que M. Webb a prise aux Canaries me paraît aussi d’une espèce distincte, surtout à cause de la longueur de sa queue.
LA PTÉROPLATÉE CANARIENNE. — PTEROPLATEA CANARIENSIS. Nos. (Au. PL XXIIE, fig. 1.)
Ce Poisson, de forme elliptique, me paraît avoir l'extrémité du museau perdue dans Le profil du corps, il ne fait pas même cette légère saillie indiquée sur le dessin du Pteroplatea altavela donné par le prince Charles de Canino.
La distance du bout du museau à la naissance des nageoires ventrales est comprise deux fois et demie dans la largeur du corps. La longueur de la queue , portée sur celle du tronc , y est contenue deux fois et un tiers, tandis que celle de la queue de l’espèce de la Méditerranée y est trois fois et un tiers. L’aiguillon dentelé de cette queue est grêle, à très-faibles dentelures. Cet aiguillon, plus gros sur l'espèce du Trygon altavela , est aussi plus long, la queue ne le comprendrait que deux fois. Ses dentelures sont plus grosses.
L’espace entre les yeux est six fois dans la longueur du tronc; il n’est que du cinquième de cette même longueur daus l’espèce à laquelle je compare celle des Canaries.
La couleur est brune, très-foncée en dessus et blanchâtre en dessous, avec quelques nuages bruns sur le bord de l'aile.
L’individu que je décris est un mâle large de 0,40 ; les ventrales ont 0",32 de longueur, et l’appendice mâle 0",20.
Je ne vois pas cette espèce indiquée par M. Lowe.
GENRE RAIE. — RAÏIA.
Corpus depressum , rhomboïdale.
Os inferum.
DENTES exigui, quincunciales.
PINNÆ pectorales ultrà medium rostri haud producteæ , nec sese invicem atlingentes ; ventrales bilobæ. Cauda pinnulaia.
L'espèce de Raie que j'ai à mentionner dans cet article me paraît celle décrite par M. Lowe sous le nom de
LA RAIE DE MADERE. — RAIA MADERENSIS.
(Ai. PL XXY.)
Toute la surface du corps est couverte de scabrosités fines et égales. Une rangée de petites épines court sur le milieu des scapulaires , et se prolonge sur le milieu du dos jusqu’à la base de la première nageoire de la fin de la queue. Il y a de plus deux épines entre les deux nageoires sur les côtés de la queue et plus près de sa base que de sa pointe. Il y a quatre épines assez fortes courbées ou crochues en arrière, à des distances inégales.
Je vois deux épines au-devant de l’œil et une derrière.
La longueur du tronc n’est pas tout à fait une fois et demie dans la largeur. La queue surpasse d’un huitième la longueur du tronc. La première nageoïre caudale est sur le troisième tiers de la queue, et la seconde est au milieu de ce troisième tiers.
(TO ) La couleur, rousse ou grisâtre en-dessous , est ornée de taches plus arrondies , disposées par lignes flexueuses irrégulières, ce qui s’accorde parfaitement avec ce que rapporte M. Lowe. : L'individu est un mâle dont la longueur totale est de 0,40, et la largeur de 0,26. On le nomme aux Canaries Raya (1).
GENRE TORPILLE. — TORPEDO.
Corpus depressum, subcompr'essum, rotundatum, anticè sublruncalum. DENTES parvi, acuti.
PINNæ dorsales duæ.
Ce genre, si remarquable par la puissance électrique dont ses espèces sont douées à différens degrés d'intensité, est réduit aujourd’hui aux espèces de cette famille ayant deux dorsales.
Je ne vois aucune espèce de ce genre dont on puisse dire que la bouche est grande (os amplum) , comme cela a été indiqué pour différencier les Narcine des Torpedo. Les dents du Torpedo marmorata que j'ai reçues de Naples sont pointues et dépassent évidemment le bord de la bouche.
Dans les collections faites aux Canaries, M. Webb a placé deux Torpilles. L’une est, ce me semble, sans aucun doute, une des espèces ou variétés de la Méditerranée, indiquée par Risso sous le nom de
TORPILLE MARBRÉE. — TORPEDO MARMORATA.
La largeur de son disque , la grosseur de la base de la queue , la forme des ventrales, la grandeur des organes génitaux qui accompagnent ces deux nageoires, la forme et la hauteur des deux dorsales et de la caudale ne laissent aucun doute à cet égard.
Il paraît que ce Poisson se trouve aussi à Madère ; du moins je le trouve cité dans le travail de M. Lowe.
Cet auteur à donné, sous le nom de Torpedo hebetans, une seconde espèce, que je ne retrouve pas avec un degré de certitude assez suffisant dans une seconde Torpille que M. Webb a mise sous mes yeux ; dans ce doute je crois qu'il vaut mieux la considérer comme d’une espèce distincte.
Je la trouve désignée sous le nom de Trembladora, ce qui me l'a fait appeler
TORPILLE TREMBLEUSE. — TORPEDO TREPIDANS.
(AU, PL XXII, fig. 2.)
Le disque est à peu près rond ; cependant le diamètre longitudinal, en le prenant jusqu’à la naissance de la ventrale , est plus court que le transversal. La queue mesure le tiers de la longueur totale; celle des ventrales fait le septième de cette même longueur totale. Les organes mâles sont courts et trèsétroits : ce caractère fait de suite reconnaître l’espèce dont il s’agit. Les deux dorsales sont aussi beaucoup plus petites et plus étroites que dans les autres Torpilles.
La couleur est rousse , semée de points noirs en dessus , plus petits et plus nombreux sur le devant
(1) C’est probablement cette espèce que M. Berthelot (Hist. des Péch.) indique sous le nom de Raia fullonica, Lin. Quant au Raia clavata cité dans la même note, je n’ai pas vu cette espèce dans les collections des Canaries,
( 102 ) du‘disque bordé denoir. On pourraitreconnaitre dans ce dernier trait le Torpedo ‘hebetans deM. Lowe, mais je crois qu’on peut dire lamême chose detoutes!les Torpilles’tachetées. L'individu décrit ici a 0,22 de longueur.
C’est très-probablement le Poisson que M. Berthelot (ist. des Péch.) a mdiqué sous le nom de Torpedo galvanii.Il a en effet de la ressemblance avec cette espèce.
GENRE SQUATINE. — SQUATINA.
Corpus depressum, oblongum.
CaPpuT magnum, rhomboidale.
Os lalum, lerminale.
DENTES acuti, numerosi. Oculi superi et laterales.
SPIRACULA aperta.
Pine pectorales ample jtetragonæ, anteriùs emarginatæ ad branchiorum fissuras; ventrales extensæ, oblongeæ, letragonæ; dorsales duæ remotæ; analis nulla; caudalis truncala. Cauda conica, ad basim crassa.
J'ai sous les yeux-deux petits-exemplaires de la Squatine commune, Squalina angelus,.que les Canariens nomment Pez angel.
Voilà encore un Poisson de nos mers les plus septentrionales que nous voyons s'avancer dans l’Atlantique, et celui-ci dépasse beaucoup les Canaries; car nous pouvons le suivre à travers l'Atlantique sur toutes les côtes de l'Amérique , depuis New-York ou Rhode -Island jusqu’à Rio-Janeiro. Je n’attribue ‘pas à la seule puissance de nager, que possèdent tous les grands Chondroptérygiens, cette propriété de notre espèce, d'occuper une si grande zone dans le sein des mers; car il ÿ a un plus grand nombre de Squales circonscrit dans leur patrie, qu’on n’en trouve de répandus sur un grand espace dans les mers. On voit que cette question touche au grand problème de géographie physique concernant la distribution des êtres sur la surface de Ia ‘terre.
Famize pes SQUALES.
GENRE REQUIN. — CARCHARIAS.
Corpus:elongalum, rotundatum; filiforme:
CaruT rostrum versûs depressum, ellipticum:
OS inferum.
DENTES numerosi, triangulares, aculi.
Pinnæ dorsales duæ :
ANALIS dorsali posteriori opposila ;
Caupauis falcala, ad apicem lobi superioribus majorisemarginaia ac lobulata. PECTORALES {riangulares, extensæ ; VENTRALES par vulæ.
BRANCHIÆ quinque.
SPIRAGULA null.
Ce genre des Requins , réduit à ces caractères dans la nombreuse famille des Squales, peut encore être subdivisé en plusieurs genres, comme MM. Müller et Henle l'ont présenté dans leur Histoire des Cartilagineux.
Tous les-Requins n’ont pas, comme l'espèce citée avec célébrité par les navigateurs de tous les temps et de toutes les nations, les dents en triangle isocèle régulier, avec les deux arêtes dentelées en scie. Des différences dans la forme du corps de la dent, dans celle du talon qui l’élargit souvent près de la gencive, et de l'obliquité du corps de la
dent sur la base, peuvent donner lieu à de bonnes coupes sous-génériques. Le Requin rapporté des Canaries par M. Webb appartient à la division des Prionodons de M. Müller, à cause de la dentelure de ses dents ; et il serait sans doute classé parmi tous les Poissons confondus sous le nom de Requins : ainsi que le font la plu- - part des auteurs, qui, voulant paraître plus instruits qu'ils ne le sont en effet de nos méthodes, désignent ces espèces sous le nom de Squalus carcharias.
L'espèce que j'ai sous les yeux est nouvelle; je ne la trouve ni dans l’onvrage de M. Müller, ni dans nos collections du Muséam.
Je la nomme
PRIONODON VOILÉ. — PRIONODON OBYVELATUS. Nos.. (PL. XXYL.)
Elle ressemble le plus au Prionodon Milberti; mais elle s’en distingue parce que ses dents sont plus petites, que l'œil est plus grand , que la dorsale antérieure est plus large, que les pectorales sont plus longues, que le lobe inférieur de la caudale est plus long et moins large.
La distance du bout du museau au bord antérieur de la bouche fait les deux tiers de l’intervalle entre les deux bords du museau, par le bord même de la mâchoire supéricure. Cette même largeur égale la distance du bout du museau au bord postérieur de l’œil, et c’est aussi la mesure de l’angle antérieur
de l’œil à la première fente branchiale. L'espace entre les cinq fentes des ouïes ne fait pas moitié de cette longueur.
L’épaisseur du tronc est le‘sixième de sa longueur; en n’y comprenant pas la caudale, qui est à peu de chose près du cinquième de la longueur totale. Son lobe inférieur ne mesure que le tiers du supérieur.
Du bout du museau au bord postérieur de la dorsale , on trouve une distance égale à celle comprise entre ce bord et celui de la caudale dans sa fourche. Le bord antérieur de la première nageoire du dos est au premier tiers , et celui de la seconde au troisième tiers de la longueur totale. La largeur de la pectorale fait la moitié de sa longueur, qui est moins de sept fois dans celle du corps. L’espace entre les pectorales et les ventrales est trois fois et demie dans la longueur totale.
Je compte vingt-huit dents à chaque mâchoire sur quatre rangs. Celles de la mâchoire supérieure ont un large talon et une pointe triangulaire assez étroite ; le tout est dentelé. Celles de la mâchoire inférieure sont plus étroites et leur dentelure est à peine sensible, même à la loupe.
La couleur, grise en dessus, est blanchâtre sous le ventre.
L’individu est long de 0%,80. On nomme l'espèce aux Canaries du nom générique espagnol des Squales, Tiburon.
C’est sans doute Le Squalus carcharias, désigné sous ce nom linnéen dans l'ouvrage de M. Berthelot. Cet auteur cite à la suite le Squalus calulus, vulgd Gato; le Squalus centrina, Linn.; le Squalus acanthias , Linn.; le Squalus Niceensis , Risso ; le Squalus zygæna, vulgù Martillo. Tous ces Squales sont devenus types de genre dans cette belle et nombreuse famille des Cartilagineux.
Ii faudrait voir les Poissons dont M. Berthelot a entendu parler pour assurer de cette synonymie, devenue trop vague aujourd’hui dans l’état actuel de l’Ichthyologie.