CLASSE
PTÉROPODES. PTEROPODA. Cur.
(APOROBRANCHES, BLAINVILLE.)
Bien que nous ne considérions pas cette série des Mollusques comme étant d’une valeur comparable à celle des Céphalopodes, et que nous inclinions à n’y voir qu'une transition aux Gastéropodes par les Hétéropodes, nous la plaçons ici comme série distincte, en attendant que nous puissions exposer les motifs de cette détermination.
Nous avons la certitude que douze espèces de Ptéropodes, appartenant aux genres Hyalæa , Cleodora et Cuvieria, se trouvent aux îles Canaries, puisque nous y avons pêché ou rencontré leurs coquilles dans les sables des mouillages ; mais nous croyons encore qu’un bien plus grand nombre doivent y être transportées de même par les courans.
Établissons comparativement à ce que nous avons dit des Céphalopodes la distribution géographique de ces espèces.
On ne peut placer parmi les espèces des Canaries, qui se trouveraient en même temps sur les côtes de France, que la seule Hyalæa tridentata, qu'on rencontre dans la Méditerranée.
Parmi celles qu'on n'aurait pas encore signalées comme appartenant soit à la Méditerranée, soit aux côtes de France, et qui, propres à la côte occidentale de l'Afrique, seraient aussi répandues au sein de l'Océan atlantique, dans ses parties chaudes et tempérées, viendraient se ranger toutes les autres espèces. Il ne se trouverait donc, parmi les Ptéropodes, aucune espèce exclusivement propre aux Canaries.
Notre famille des Hyalidées nous offre, dans ces mers, les trois genres Hyalæa, Cleodora et Cuvieria. Parmi les Hyales, nous en trouvons six, dont une est propre à la Méditerranée et cinq n'avaient été rencontrées jusqu'ici que sur la côte occidentale d'Afrique ou dans l'Océan. Cinq espèces de Cléodore propres à ces deux dernières localités viennent augmenter cette nomenclature, que termine une espèce de Cuvierie assez commune aussi dans les mêmes parages; ainsi, parmi les douze espèces de cette famille, rapportées des îles Canaries, une seule pourrait être mise en parallèle avec celles qui se rencontrent simultanément dans la Méditerranée, tandis que toutes les autres n’arriveraient aux Canaries que tout-à-fait accidentellement.
Voici, du reste, le résumé de nos observations actuelles relatives aux Ptéropodes.
FAMILLE DES HYALIDÉES. — HYALIDÆ, D'ORB.
Composée des espèces pourvues de coquilles non spirales parmi les Ptéropodes, cette famille est la seule que nous ayons rencontrée aux îles Canaries, où nous voyons des représentans de tous les genres connus.
Nous étant beaucoup occupé de cette série de Mollusques, dont nous avons eu le bonheur de recueillir dans nos voyages presque toutes les espèces connues, nous renvoyons, pour leur anatomie, pour leur distribution géographique générale ainsi que pour beaucoup de détails importans de leurs mœurs, au travail spécial qui fait partie de notre Voyage dans l'Amérique méridionale.
GENRE HYALE. — HyALÆA, Lamarck.
Anomia, Linn.; Clio, Brown ; Cavolina, Abildg.; Tricla, Oken.; Fissurella , Brug.; Hyalæa, Lam., Cuv., Lesueur, Blainv.
La coquille a la bouche rétrécie, toujours pourvue de bourrelets.
No 9. Hyate TRIDENTÉE. — HyALÆA TRIDENTATA.
Anomia tridentata, Gmel., 1789 , Syst. nat., éd. 13, n° 42.
Cavolina ratans , Abildgaard , Soc. d’hist. nat. de Copenhague , t. 1,2 part., t. x.
Hyalæa papilionacea, Bory de Saint-Vincent, Foy. V. 1, p. 137, pl. 5.
Hyalæa tridentata , Bosc., 1802, Coquilles , t. 2, p. 241, pl. 9, fig. 4.
Hyalæa cornea , Roissy, Buf. de Sonn., t. 5, p. 73.
Hyalea tridentata , Lamarck , 1822 , Anim. sans vert., 2° éd., 6, p. 286.
Hyalæa Forskalii , Lesueur, d’Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 89, pl. 1v, fig. 1-5.
H. Corpore magno, fuscente; pennis largis, crassis, æqualiter trilobatis, inferius fuscescente-albo lmbato , superius albo ; appendicibus lateralibus lanceolatis , elongatis , strictis albisque. — Testé globosé , anterius inflatä, inferius rubro-clare fuscescente, pallidiore superius; vaivul& inferiori, parte anteriori curvaté, antice striatä ; valpul& superiori plan&, costis tribus elevatis munit@ ; labro superiori elongato, inferiori stricto; fissur@ laterali elongalä; mucronibus lateralibus curvis obtusis; mucrone posteriori, elongato,
inferius recurpalo.
Nous avons rencontré cette espèce dans l'Océan atlantique du 24° degré de latitude sud au 32° degré de latitude nord. On la trouve fréquemment entre les îles Canaries, et elle habite aussi la Méditerranée. Elle aurait ainsi pour zone d’habitation tout l’Océan atlantique et la Méditerranée.
Nous avons remarqué que, de toutes les espèces, c’est la plus nocturne, ne l’ayant pêchée qu’à la nuit close, et jamais au commencement du crépuscule; encore n’apparaît-elle que dans les deux ou trois premières heures de la nuit, sans se remontrer ensuite. Placée dans un vase avec de Veau de mer, elle reste quelques instans entièrement contractée dans sa coquille; puis étend ses ailes, essaie peu à peu à nager, et s’éleve tout-à-coup dans le vase qu’elle parcourt avec vitesse au moyen des battemens des ailes. Ses chocs fréquens contre les parois du vase la fatiguent bientôt ; alors elle se laisse retomber au fond et recommence quelques instans après sa promenade.
N° 10. Hyare BossuE. — Hyazx4 çigsosa, Rang.
Hyalæa gibbosa, Rang, Mss.
— d'Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mérid., Mollusques , p. 95, pl. v, fig. 16 à 20.
H. Corpore albido, centro nigro; pinnis mediocribus , arcuatis , lobis tribus distinctis, quorum superior omnium minimus , abescentibus , medio nigricante ; appendicibus lateralibus curtis, obtusis , trilobatis. — Testé diaphand, lucidä , albidä, globulosé, ovali, gibbosé, antice truncatä; valvul& inferiore angulosé , antice truncatä; valoul& superiort concavd, costis septenis prominentibus disténct@, quarum media angusta ; labro superiori recurvalo, fere perpendiculari secante ; labro inferiori angusto, sinuoso ; mucrone lalerali obtuso, recto ; posteriori curlo , inferne recurvato.
Des plus facile à distinguer par sa troncature antérieure et sa grande hauteur, cette espèce habite l’Océan atlantique, sur quarante degrés de largeur au nord et au sud de l’équateur, dans toute son étendue, ou, pour mieux dire, sur une zone de latitude de 1,600 lieues marines ; mais elle ne paraît pas encore être entrée dans la Méditerranée. Nous en avons rencontré des fragmens dans le sable pris au mouillage même de Santa-Cruz de Ténériffe ; aussi ne doutons-nous pas de son apparition temporaire sur le littoral des Canaries , quoique nos observations étendues sur cette espèce nous aient donné la certitude qu’elle est des hautes mers plutôt que du littoral des continens.
Moins nocturne que la précédente, elle se montre dès la chute du jour, à l’instant du coucher du soleil et pendant tout le crépuscule, disparaissant ensuite peu à peu, dès que la nuit est entièrement close. Elle nage avec une grande vivacité.
N° 11. HYyaze À QUATRE DENTS. — Hyazæa QuaDriDENTATA, Lesueur.
Hyalæa quadridentata , Lesueur, Blainville, 1822, Dict. des Sc. nat., t. 22, p. 81. — d’'Orbigny, 1836, Joy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 98, pl. vr, fig. 1-5.
H. Corpore violaceo ; pinnis elongatis , violaceis , inæqualiter trilobatis. — Testé subrotundé , inflat&, globulosä , violaccä , lævigat& , lucidä ; valvul& superiori convexä, rotundé , antice striatä ; valvul& inferiori conpvexä, costis trinis largis elevatis munité ; ore angusto ; labro superiori lineari, crasso, rubro ; labro inferiori crasso ; mucronibus lateralibus arcuatis , extremé parte superne elevatä; mucrone posteriori truncato ; mucronibus duobus lateralibus armato.
Indépendamment de sa petite taille (2 millimètres), un caractère singulier distingue cette espèce des précédentes : c’est à la partie postérieure une troncature, analogue à celle du Cuvieria, parmi les Ptéropodes, et du Bulinus decollatus parmi les Pulmonés, de la Truncatella (Cyclotosma truncata, Drap.) parmi les Pectinibranches. Il paraît que, dès que l’animal est complet, il ferme en dedans la partie aiguë postérieure dont il n’a pas besoin, et qu’alors elle se rompt toujours , puisque nous ne l'avons jamais rencontrée chez les individus adultes, quoiqu'il fût toujours facile de reconnaître les bords de la cassure.
Nous l'avons pêchée dans l'Océan atlantique, sur 34 degrés au nord et au sud de la ligne, ou , pour mieux dire , sur une zone de latitude égale à 1,360 lieues marines de largeur dans l'Océan atlantique et dans le grand Océan austral ; ainsi elle serait des grands océans , sans avoir été observée dans la Méditerranée. Nous en avons vu des exemplaires dans les sables de l’île de T'énériffe.
Cette espèce, qui paraît volontiers à la surface des mers, lorsque le ciel est couvert de nuages, ne vient néanmoins en grand nombre qu'au crépuscule du soir ; aussi la croyons-nous plutôt crépusculaire que nocturne. Elle nage avec une extrême vivacité en papillonnant si vite, qu’on a de la peine à la suivre dans les courbes qu’elle décrit. C’est aussi l’espèce la plus commune dans les mers, puisqu'il nous est arrivé d’en prendre des centaines dans une heure, avec un filet d’un pied seulement de diamètre.
No 12. Hyaze LoncirostRe. — Hyazæa LONGrROSTRA, Lesueur.
Hyalæa longirostra , Lesueur ; Blainville , 1822, Dict. des Sc. nat., t. 22, p. 81. — D’Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll.; p. 100, pl. vr, fig. 6-10.
H. Corpore violaceo ; pinnis magnis , rotundis, roseis, æqualiter trilobalis. —Testä triangulari , convexé , translucidä, violaceä ; valvulé inferiori convex, rotund&, ubique percostat& ; valvul& superiori subconvexä , costis trinis radiatis perconvexis , æqualibus munitä ; labro inferiori largo , proeminente ; crasso , sinuoso ; labro superiori elongatissimo , limbis replicatis , rostro bilobato terminato ; mucronibus lateralibus , seclusis,
acutis , arcualis ; mucrone medio nullo.
Cette espèce est facile à distinguer de toutes les autres par la largeur de ses pointes latérales et par le prolongement de sa lèvre supérieure ; nous l’avons rencontrée entre les îles Canaries et dans tout l'Océan atlantique , sur 34 degrés au nord de l’équateur. Nous ne l’avons d’abord pèchée qu’en petit nombre au crépuscule ; mais, un peu avant la nuit close, elle devient très-commune pour disparaître ensuite. Elle nage avec vitesse , en tournoyant.
N° 13. Hyane LABIÉE. — Hyaræa LagiATA, d’Orbigny. Hyalæa labiata , d'Orbigny, 1836, 7’oy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 104, pl. vi, fig. 21-25.
H. Corpore albido vel subviolaceo ; pinnis mediocribus, albidis, obliquis, trilobatis.— Testä elongalä, arcuaté , & . gr « à Re ‘ À . : x LE
depressä, diaphanä , lœvigalé, albid@ ; valvulé inferiori levigatä, subconvexé , tenuiter transversaliterque
strial& , costis nullis , line medi@ aliquando subelevat&, antice depressä ; labro inferiori arcto, secante ;
mucronibus lateralibus disjunctis ; medio gracili, infernè recurvato.
On ne pourrait confondre cette espèce, par suite de son grand allongement , qu'avec l’Hyalæa inflexa, Lesueur, dont elle se distingue par un peu plus de largeur et par le manque de côtes distinctes à sa valve inférieure.
Nous l’avons trouvée dans les sables de Santa-Cruz de Ténériffe ; puis dans l’Atlantique et le grand Océan , du 30° degré de latitude sud, au 30° degré de latitude nord, sur 1,200 lieues marines de largeur dans ces deux océans. Tout-à-fait nocturne, elle ne s’est jamais montrée à nous, même au crépuscule. Elle est plus rare que les précédentes.
No 14. Hyare À Trois POINTES. — HyALÆA TrispiNosa, Lesueur.
Chemnitz, 1785, t. vur, p. 65, vignette, 13, fig. c. d. Hyalwa tridentata , Lesueur ; Blainville, 1822, Dict. des Se. nat., t. 2, p. 82. — Guérin , /conographie du Règne an. de Cuvier, Mollusques , pl. 1v. = D'Oxrbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 106, pl. vur, fig. 15, et pl. xx, fig. 1-2.
H. Corpore albido; pennis obliquis, trilobatis, centraliler violaceis.— Testé elongat&, depressä, diaphand, lævigatà , albidä vel rubescente; valyul& inferiori vix convexé , lævigat&, antice depressä ; valpul@ superiori parum convex@, lævigatä , costé largiore mediä, costis binis laleralibus munitä ; labro inferiort crasso , stricto, rubro-fuscescente ; superiori curto ; fissurd laterali non interruptä ; apperdicibus lateralibus elong'a-
tis , acutis, divergentibus ; mucrone medio limbato, depresso, recto.
Cette Hyale, distinguée de toutes les autres par son grand aplatissement, par sa fente latérale non interrompue en avant, nous offre le même caractère que nous avons observé dans l’Æyalæa quadridentata, c’est-à-dire que sa pointe postérieure médiane est, dans l’âge adulte, entièrement séparée du reste du corps par une cloison transversale qui laisse inutile cette partie , laquelle se tronque alors quelquefois , mais jamais aussi régulièrement que dans l’espèce que nous venons de citer.
Nous avons trouvé cette espèce au mouillage même de Santa-Cruz de Ténériffe aux Canaries, 0 elle est sans doute, apportée par Les courans , ayant pour habitation habituelle, comme nous nous en sommes assuré, tout l'Océan atlantique, sur une largeur de 34 degrés au nord et au sud de la ligne, zone de 1,360 lieues marines en latitude. Cette Hyale est tout-à-fait nocturne ; du moins ne l’avons-nous jamais rencontrée que lorsque le crépuscule était déjà fort obscur. Placée dans un vase , elle a beaucoup de peine à prendre son essor ; mais, une fois lancée, elle nage avec vitesse.
SOUS-GENRE CLÉODORE. — CLEODORA.
Distingué des Hyales par le manque d’appendice latéral, ce sous-genre s’en éloigne encore par la forme de la coquille, presque toujours conique, à bouche large, sans rétrécissement ni bourrelets , le plus souvent dépourvue de pointes latérales.
Des cinq espèces que nous allons décrire, aucune n’est spéciale aux Canaries, mais toutes y arrivent; ces îles se trouvant comprises dans les limites de latitude propres à chacune d'elles.
N° 15. CLÉoODoRE CusPinéEe. — CLEODORA cusPIDATA.
Hyaiœa cuspidata, Bosc, 1802, Mollusques, t. 2, p.238, pl. 9, f. 5-7. — Lamarck, 1822, An. sans vert., 2° éd., p. 286. Cleodora cuspidata , Quoy et Gaïmard, 1832, Zool. de l'Astrol., pl. 27, fig. 1-5. Hyalœa cuspidata , d'Orbigny, 1836, V’oy. dans l Am. mér., Moll., p. 112, pl. vir, £. 20-24,
H. Corpore fusco-violaceo; pennis sat magnis, rotundis, lobis trinis distinctis, quorum medius longissinus largissimusque ; ore cireum brunneo-violaceo.— Testä triangulari , depressä , arcuaté , diaphant , albidé ; medio sulcatä , transversaliter striatä ; subtus carinat& , lateribus oblique sulcaté , antice longiore ; mucrone terminatä, nec non longissimis binis lateralibus , antice obliquis.
Cette magnifique espèce, reconnaissable aux trois longues pointes aiguës dont elle est armée, se trouve répandue dans l’Océan atlantique, sur une largeur de 34 degrés en latitude de chaque côté de l'équateur, ou 1,360 lieues marines. Nous en avons aussi rencontré des débris dans les sables de Santa- Cruz (île Ténériffe), ce qui nous a donné la certitude qu’elle y était souvent jetée par les courans. C’est encore une espèce tout-à-fait crépusculaire où même nocturne.
No 16. CLÉODORE PYRAMIDALE. — CLEODORA PYRAMIDATA.
Clio pyramidata | Brown, 1756, Jamaïq., p. 386, t. 43, fig. 1.
Clio pyramidata , Gmel., 1789, Syst. nat., éd. 13, p. 3148, n° 2.
Hyalæa lanceolata , Lesueur, 1813, Nouv. bull. de la Soc. philom., t. 3, n° 69, pl. 5, £. 8. Cleodora lanceolata, Quoy et Gaim., 1832, for. de l'Astrol., pl. 27, f. 6-13.
Hyalæa pyramidata , d’'Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 113, pl. var, vu.
C. Corpore fusco-violaceo ; pennis magnis, obliquis , lobis binis distincio, quorum anterior maximus , longissunus ; ore cireum violaceo.—Testä pyramidali, conicä, depressé, rect@, triangulari diaphané , albidä ; sublus concavä , cum medio sulco lævigalo, superne carinatä , postice acuminatä , recté, aperturé triangulari , sinuosä.
Reconnaissable à sa forme triangulaire , à ses carènes latérales , cette Cléodore portait différens noms dans les auteurs , avant que nous eussions rétabli sa véritable synonymie dans notre voyage dans l’Amérique méridionale, et que nous lui eussions rendu la dénomination spécifique que Linné lui avait imposée.
Elle couvre de ses nombreux individus toute l’étendue de l'Océan atlantique comprise entre le 36° degré nord et Le 36° degré sud , sur 1,440 lieues marines de largeur en latitude dans cet Océan, depuis l'Amérique jusqu’à l'Afrique ; aussi fréquente-t-elle souvent les attérages des Canaries , où les restes de sa coquille sont en grand nombre dans les sables de Santa-Cruz de Ténériffe.
Toujours des plus nocturnes, elle nage avec lenteur.
N° 17. CLÉoDORE ALÈNE. — CLEonora suBuca, Quoy et Gaimard.
Cleodora subula , Quoy et Gaimard , Ann. des Sc. nat., t. 10, p. 233, pl. 8, fig. 1. Creseis spinifera , Rang, 1828, Ann. des Sc. nat., t. 13, pl. 18, f. 1. Hyalæa subula , d'Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 119, pl. vm, fig. 15, 19.
C. Corpore elongalo, violaceo; pennis magnis rotundis, bilobalis; lobo anteriore maximo, elongatissimo. — Testä elongalä, conicä, rotundä, rect&, lævigatä, diaphand, rose ; subtus profunde sulco-striaté ; apertur& obliquä , rotundä ; labro superiore, elongato, angulato ; apice recto , acuto.
Souvent jetée sur les côtes des îles Canaries, et couvrant les eaux jusque dans les ports de ces îles, cette espèce se rencontre encore sur une surface immense des océans. Nous l’avons pêchée dans l'Océan atlantique et dans le grand Océan, depuis le 36° degré de latitude sud, jusque par la même latitude boréale. Quelle idée peut-on se faire des myriades d’individus que cette espèce doit nourrir au sein des mers , quand on voit, par exemple, qu’un filet d’un pied et demi de diamètre n’est jamais jeté, dans toute la zone indiquée, sans en rapporter un nombre infini ?
Lorsque le temps est couvert, on en prend quelquefois des individus égarés ; mais, dès que le crépuscule commence, c’est la première espèce qui paraît à la surface, tandis qu’elle disparaît également la première dès que la nuit est très-obscure. Lorsqu'elle nage, sa coquille est dans une position oblique.
No 18. CLÉODORE vIRGULE. — CLEonorA vireura, d'Orb.
Creseis virgula , Rang, 1828, Ann. des Sc. nat., t. 13, p. 17, f. 2. Hyalæa virgula, d’'Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 121, pl. vur, f. 26, 28.
C. Corpore elongato, arcuato, albido ; pennis angustis, curtis, rotundis, trilobatis. — Testä elongatä, conicé, sub cylindraceä, inflexä, lœvigatä, diaphanä , lucidä , albidä, aperturé circulari; labro acuto, æqual ; apice inflexo , acuminato.
Facile à distinguer de la C{codora corniformus, d'Oïbigny, par son moins de flexion et une plus grande taille , cette espèce, que nous avons retrouvée dans les sables de fond des îles Canaries, habite encore une zone de 35 degrés au nord et au sud de l’équateur, où, ainsi que les précédentes, elle est crépusculaire, paraissant même pendant le jour lorsque le ciel est couvert.
No 19. CLÉODORE ACICULÉE. — CLEODORA ACICULATA.
Creseis aciculata, Rang, 1828, Ann. des Sc. nat., t. 13, pl. 17, £, 6. Hyalea aciculata , d’'Orbigny, 1836, Foy. dans l Amér. mér., Moll., pl. vi, Ê. 29, 31, p. 122.
C. Corpore aciculato, rosaceo ; pennis augustatis, trilobatis. — T'esiä elongatissimä, aciculatä , conicé , subreflexé , lævigatä, diaphané , lucidä ; albidé ; aperturä rotundé ; apice acuto.
Allongée, presque filiforme, cette espèce se distingue par ce caractère de toutes celles que nous venons de décrire. Elle est souvent portée par les courans au milieu des îles Canaries, ainsi que le démontre la présence de ses coquilles au fond des eaux ; mais son habitation ordinaire est le sein des mers , dans l’Océan atlantique et le grand Océan, sur une largeur de 34 degrés au nord et au sud de l’équateur, ou 1,360 lieues marines. Néanmoins elle y est peu commune. Ses mœurs sont crépusculaires, comme celles des autres espèces.
GENRE CUVIERIE. — CUVIERIA, Rang.
Ce genre, dont la coquille est, en tout, celle des Cléodores, s’en distingue néanmoins par l’appendice pédiforme, dont son animal est muni inférieurement. On n'en connaît qu'une seule espèce vivante, souvent apportée par les courans aux îles Canaries. ge
Nc 20. Cuvierte osruse. — Cuvierta osrusa, d’Orbigny.
Cleodora obtusa , Quoy et Gaimard , 7’oyage de l’'Uranie, pl. 6, f. 5. Cuvieria columella , Rang , 1828, Ann des Sc. nat., t. xu, pl. 45. La D'Orbigny, 1836, Foy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 125, pl. vin, f. 35, 30.
C. Corpore elongalo, violaceo; pennis trilobaus; lobis latitudine æqualibus, quorum anterior longissimus. — Tesiä elongatä , in juniori conicä, in adullo inferne truncat&, rotund& , rect@, lævigaté, diaphané, albidä ; aperturä ovali, obliqu&, depressä ; subtus depress.
Il est évident pour nous que la Clcodora obtusa de MM. Quoy et Gaimard n’est autre chose que la Cuvierta columella, Rang. Dès-lors nous avons dû prendre pour cette espèce le nom spécifique le plus ancien en la nommant Cuvieria obtusa. I] serait même possible que le genre Cuvierie fût le même que le Triptera de MM. Quoy et Gaimard.
La singularité de la troncature de la coquille , parmi les Ptéropodes, est à son plus haut degré dans cette espèce ; d’abord conique à extrémité aiguë dans le jeune âge, et ne pouvant plus occuper cette grande longueur de coquille lorsqu’elle est adulte, L'animal forme , vers la moitié de sa longueur, une cloison qui laisse vide toute la partie conique postérieure, et dès-lors cette partie, devenant plus fragile, se rompt et donne la coquille telle qu’elle à d’abord été décrite par MM. Quoy et Gaimard et Rang. Sur cent individus, nous n’en avons trouvé que deux ayant leur coquille avec la pointe terminale intacte.
Commune à l'Océan atlantique et au grand Océan , sur une largeur de 34 degrés au nord et au sud de l'équateur, cette espèce se trouve souvent jetée sur les côtes des Canaries, ce dont nous avons pu juger par les coquilles prises au fond des eaux. Partout elle se rencontre en grand nombre dès que la nuit est close. Sa manière de nager est semblable à celle de la CZeodora subula.
Indépendamment des douze espèces de Ptéropodes que nous connaissons aux îles Canaries, il en est six qui doivent y arriver accidentellement; mais nous n'en avons pas fait mention, ne les ayant pas rencontrées dans ces parages. Ces espèces sont : 1° l’Hyalæa uncinala, que nous avons trouvée jusqu’au 24° degré de latitude nord, dans l'Océan atlantique ; 2° l’Hyalæa limbata, d'Orb., qu’on voit jusqu'au 34° degré; 3° l'Hyalæa inflexa, commune au 32° degré nord ; # l’Hyalæa mucronala , rencontrée jusqu'au 34° degré nord; 5° la Cleodora corniformis, qui arrive au 24° degré boréal ; 6° la Cleodora striata, qui s'étend jusqu’au 34° degré de latitude nord, bien en deçà des Canaries.
MOLLUSQUES