‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 69 sur 243 · PARTIE.) (MOLLUSQUES · texte numérisé non relu

PARTIE.) (MOLLUSQUES

Dimensions. Jeune, Adulte, Longueur des bras latéraux inférieurs. 28 50 millim. Longueur des bras inférieurs. . . . . . 28 40 millim. Longueur du tube anal. . . - . : . . . 7

Description, — Corps très-lisse, raccourci, épais, ovale, très-arrondi postérieurement, gibbeux en dessus, à sa partie supérieure , près de sa jonction à la tête , marqué latéralement d’une impression ou enfoncement très-visible , et d’une bordure transversale linéaire près de son bord. Ouverture trèslarge se prolongeant jusqu’au dessus des yeux. Appareil de résistance txès-prononcé , bouton de l’intérieur du sac très-saillant, boutonnière de la base du tube très-profonde et arrondie.

T'éte unie au corps par une courte membrane peu distincte des bras. En dessus la base de ceux-ci semble naître de l’extrémité même du corps, et occupe le dessus des yeux. Yeux ovales, fortement renflés en dehors, séparés en dessus des bras par une forte dépression ; ils sont quelquefois presqu’entièrement recouverts par une peau mince qui se contracte sur eux; nous n'avons pas aperçu d'autre paupière. Bouche pourvue d’une lèvre extérieure mince et entière , et d’une seconde interne fortement ciliée et épaisse. Bec cornu très-large , à pointe non saillante, presqu’entièrement brun-pâle , bordé de blanc, la mandibule inférieure et les ailes presqu’entièrement colorées, ainsi que l'expansion postérieure.

Ouvertures aquifères au nombre de deux, situées aux côtés postérieurs de l’angle supérieur de l'œil, au fond d’une cavité à cet effet, et communiquant avec un grand réservoir situé au-dessus des yeux.

Bras assez courts par rapport au corps, déliés à leur extrémité, peu inégaux, décroissant de la première paire à la dernière , dans l’ordre 1, 2, 3, 4, mais ayant quelquefois les paires 3° et 4° d’égale longueur. Les bras palmés courts et forts, larges à leur base , pourvus extérieurement d’une carène supérieure qui vient se réunir à la base de la palmure ; 2e et 3° paires fortement déprimées , arrondies extérieurement; la 4 moins comprimée et pourvue extérieurement d’une carène prononcée. Cupules en godets très-saillans et très-creux comme pédonculées , plus grandes aux bras supérieurs , assez rapprochées , êt toujours sur deux lignes très-distinctes ; celles des bras palmés se montrant jusque près de l'extrémité du retour de la membrane ; elles sont unies entre elles au côté externe des bras par une membrane qui s'étend de l’une à l’autre; sur la seconde paire, elles forment deux lignes très-séparées par un espace libre ; elles ne sont unies par aucune membrane. La 3° paire est en tout semblable; la 4° est moins déprimée , les deux lignes sont plus rapprochées, et présentent un indice de membrane sur la ligne interne à son côté intérieur. Nous avons , sur un individu encore jeune , compté quatre-vingts cupules aux bras latéraux supérieurs.

Membrane de l’ombrelle courte , mais unissant également l'intervalle de chaque bras.

Tube anal long , réuni à la tête sur le tiers inférieur de sa longueur, formant un cône régulier à base parfaitement horizontale , uni à la tête par deux petites brides médianes et non latérales.

Couleur à l’élat de vie, d’après ce que nous avons vu : blanc argenté, avec des taches chromophores rouge-brun , très-contractiles, variant à chaque instant de diamètre et de place , disparaissant quelquefois presqu’entièrement pour laisser à leur place un blanc bleuâtre ou rosé , ou se dilatant tellement , que l’animal paraît, en dessus surtout, d’une teinte rougeâtre presqu’uniforme. L'intérieur des cupules et l’intérieur des bras palmés sont exempts de ces taches ; les palmures sont d’un brun-roux au côté extérieur.

Conservé dans la liqueur, À est blanc rosé , marqué de taches brun-violet espacées , entre lesquelles on en remarque une multitude de petites ; l’intérieur des cupules , la base du tube anal et les bras inférieurs blancs ; tube anal tacheté à la partie qui sort de la coquille ; les bras palmés plus foncés , ainsi que l’intérieur de la membrane qui devient presque noire,

Rapports et différences. Nous avons examiné, de cette espèce, un grand nombre d'individus de tous âges, et nous avons été à portée de reconnaitre qu’il différait essentiellement de l’Argonauta Argo : 1° par un corps plus arrondi, plus court, ce qui correspond en tout à la coquille beaucoup plus large ; 2 par des bras beaucoup plus courts à proportion du corps; 3° par la longueur respective de ces mêmes bras, l'ordre étant 1,2, 3, 4; la 2° paire ou première paire non palmée la plus longue, tandis que, chez l4rgo, l’ordre est 1, 4, 2,3, et que le bras non palmé le plus long est invariablement celui de la 4° ou de la paire

inférieure; 4° parce que les membranes des cupules manquent entièrement aux deux paires de bras latéraux , la 2° et la 3° ; 5° par une ombrelle beaucoup plus prononcée. Son tube anal n’est pas non plus uni à la base du bras par une membrane latérale , mais bien par deux petites brides médianes.

Habitation , mœurs. Les individus conservés au Muséum d'histoire naturelle ont été recueillis aux environs de l’île Bourbon par MM. Quoy et Gaimard , à l’est des Maldives par M. Dussumier, à la Nouvelle-Guinée et à Amboine par MM. Quoy et Gaimard. Nous avons trouvé l’espèce à Ténériffe, près des côtes d’Afrique , sur les côtes d'Amérique, près de l'embouchure de la Plata , au 34° degré de latitude sud, au lieu même ou Pernetty (1) l’a rencontrée ; nous l’avons encore obtenue, à peu près par la même latitude , sur les côtes de l’océan Pacifique, aux environs de Valparaiso, où elle échoue quelquefois , et nous en avons pris de jeunes individus en pleine mer dans le grand Océan méridional, par 32° de latitude, et dans l’Océan atlantique, par 4° de latitude nord , et par 27° de longitude ouest de Paris, à plus de deux cents lieues des côtes. De tous ces faits, 1l est facile de conclure que cette espèce , sans jamais s’être rencontrée dans la Méditerranée , habite tout l’Océan atlantique, près de l'Amérique et de l'Afrique , et toutes les parties chaudes du grand Océan, près de l'Amérique , des îles océaniennes et de l'Inde; ainsi, elle serait beaucoup plus répandue que les autres, conséquence nécessaire de son genre de vie plus pélagien ; car c’est la seule espèce qu’on ait indiquée jusqu’à présent comme étant des hautes mers.

Les individus pris sur les côtes y avaient échoué par accident ; car les pêcheurs de Ténériffe nous ont assuré que l’espèce ne s’y pêche pas, et qu’elle s’échoue , quoique rarement, le plus souvent dans le mois de novembre , de même qu’au Chili et sur les côtes de la république orientale de l’Uruguay, ce qui viendrait appuyer ce que l’expérience nous a appris, qu’elle est pélagienne. Dans l'Océan atlantique, nous ne l’avons pêchée que par des temps calmes et seulement la nuit ; et nous en avons conclu qu’ainsi que beaucoup des animaux des hautes mers, elle est essentiellement nocturne. De plus, le fait que chaque fois que le filet de traîne nous en apportait , elle ne s’y trouvait jamais isolée, nous porte à supposer qu’elle y vit par troupes. Comme parmi ces individus il y en avait de très-jeunes , nous avons pu en tirer la conséquence qu’ils étaient nés dans ces parages, et bien loin des côtes, ce que l’étude des œufs contenus dans plusieurs des individus pêchés est venu nous confirmer; car, dans le nombre, il y en avait de très-près à éclore , et d’autres dont les jeunés venaient de sortir, l’enveloppe de l’œuf restant seule attachée à la grappe dont elle faisait partie. Cette circonstance n’est pas sans intérêt pour la question du parasitisme ; car elle prouverait que ces Argonautes, nées à deux cents lieues des côtes, auraient loin à nager pour aller chercher une coquille si celle-ci ne faisait pas partie intégrante de leur être. L’Argonaute bâillante , comme nos Philonexis Quoyanus et atlanticus, ne s’approcheraïent donc pas des côtes pour y frayer, et cet acte aurait lieu au sein des mers.

Une autre circonstance qui nous a frappé est celle d’avoir rencontré des œufs en des coquilles de quatorze millimètres seulement de longueur , la taille de l’espèce atteignant jusqu’à quatre-vingts millimètres ; cela prouverait tout au moins que des individus qui n’ont pas encore le quart de l’accroissement qu'ils peuvent atteindre sont déjà propres à la reproduction ; néanmoins l’examen des coquilles nous a donné la certitude que ces jeunes individus étaient bien de même espèce que les grands.

Comme nous nous sommes facilement assuré que les jeunes Argonautes que nous trouvions dans les œufs et prêts à éclore n’avaient pas de coquille, que les individus les plus petits que nous ayons rencontrés avec elle avaient près d’un demi-pouce de longueur, nous croyons pouvoir affirmer que la coquille se forme seulement quelque temps après que l'animal est sorti de son œuf. Cette coquille commence par un godet membraneux ridé , qui s’épaissit peu à peu, et perd avec le temps sa flexibilité. Les jeunes individus que nous ayons pris avec leur coquille la tenaient un peu encore avec leurs bras palmés ; ils firent quelques mouvemens; mais, sans doute , fatigués du contact des acalephes pourvus de facultés

(4) Pernetty, Joy. aux Malouines , t. 2, p. 514. C’est peut-être aussi cette espèce recueillie par Nicholson , Hist. nat. de Saint-Domingue.

malfaisantes, ils moururent presque aussitôt ; et la coquille, n’étant plus retenue par les animaux. sépara au même instant,

FAMILLE DES SÉPIDÉES. — SEPIDÆ, D'ORB.

GENRE SEICHE. — SEpia, Linn.

Nous possédons trois espèces de ce genre aux Canaries : l’une, la Sepia officinalis , également commune dans la Méditerranée et sur les côtes européennes de l'Océan atlantique ; parmi les deux autres, la Sepia hierredda est propre aux côtes d'Afrique seulement, et la Sepia Berthelot, plus spéciale encore dans son habitat, paraît ne se trouver que dans les îles Canaries.

N° 4. SeicHE vuLGaRE. — SEPIA orriciNaLIS, Linn.

Zn , Aristote, Lib. 1v, p. 1.

Sepia, Plinius, Æist. nat., lib. 9, cap. xxix, p. 645. Sepia, Rondelet, 1554, de Piscibus , lib. xvin, cap. 11. S'epia officinalis, TR 1767, Syst. nat., xn, p. 1095, n° 2. — RE 1822, An. sans vert., 2 éd., t. vu, p. 668, no 1 — Férussac et d'Orbigny, Monog. des Céph. acétab., Seiches, 1,n°2

S. Corpore ovato, depresso, lœvigato, pinnis lateralibus per totum corpus extensis ; brachiis crassis, inæqualibus pro longitudine 4, 3°, 2°, 1°. Test& ovali, compressé , antice et postice subrotundaté, rostratä; rostro reclo, supra Tugoso.

Distinguée des autres par ses nageoires occupant toute la longueur du corps, par l'inégalité des cupules de ses bras tentaculaires , cette espèce ne pourrait, par ses caractères, se confondre qu'avec la Sepia hierredda , à Varticle de laquelle nous établirons les différences qui les distinguent l’une de l’autre.

Nous avons observé cette Seiche sur Les côtes de l’Océan , en France et à Ténériffe. Nous en avons vu des exemplaires provenant de la Méditerranée, des côtes d’Espagne , de Portugal, de Hollande et d’Angleterre ; ainsi elle habiterait la Méditerranée et l'Océan , depuis le tropique du cancer jusqu’au 60° degré de latitude nord.

Les îles Canaries, où elle est connue sous le nom de Jibia, nous en ont présenté un grand nombre, dans le mois d’août , au marché de Santa-Cruz de Ténériffe , où elle paraît être estimée des habitans.

En France, sur les côtes de l’Océan, cette espèce, qu’on ne pêche jamais en hiver, se montre par troupes, dès Les premiers jours de printemps; elle y séjourne pendant quelques mois nécessaires à sa ponte et à la fécondation des œufs (1); puis elle disparaît pour ne revenir que l’année suivante, à la même époque. Elle se tient toujours près des côtes, et le plus souvent au fond des eaux, où elle est en butte à la poursuite des poissons, et surtout des Cétacés qui , à sa première arrivée , en font un grand carnage. Le grand nombre de corps sans tête, flottant alors sur les eaux ou jetés sur la côte , en est une preuve d'autant plus évidente, que l’osselet interne porte l’empreinte des dents des dauphins et des marsouins. C’est pour se soustraire à ces ennemis que, lançant dans l’eau sa liqueur noire , la Seiche s’entoure ainsi d’un nuage à la faveur duquel elle leur échappe souvent, particularités de mœurs connues des anciens poètes grecs et chantées par eux.

(4) Voyez, dans notre Monographie des acétabulifères, les détails dans lesquels nous sommes entré sur la ponte des Seiches communes.

N° 5. SeicHE HiEerREDDA. — SEPrA HiERREDDA, Rang.

Sepia hierredda , Rang, 1837, Magas. de zoologie, p. 75, pl. 100. — Férussac et d’Orbigny, 1, Seiches, pl. 13.

Corpore ovato, depresso, subtuberculato; pinnis lateralibus per totum corpore extensis ; brachüs crassis inæqualibus , ordo longitudinis parium brachiorum 4°, 1°, 30,2. Testé ovalé , compressä, supra rugosé , antice subacuminaté, postice rotundaté , rostro subelongalo, curvato.

Attachant peu d'importance aux couleurs comme caractères spécifiques , trouvant d’ailleurs uniformité de formes et de détails entre cette espèce et la Sepia officinalis, nous étions sur le point de les réunir sous un même nom, lorsqu'une comparaison plus minutieuse nous a fait apercevoir, au milieu de ces ressemblances , les caractères distinctifs suivans , qui n’avaient pas été observés avant nous : 10 les légers tubercules formés sur des taches latérales du corps dans celle-ci, manquant entièrement chez la Sepia officinalis ; 2° les petits tubercules autour des yeux, ceux-ci n’existant pas sur notre Seiche commune ; 3° les cercles cornés des cupules des bras sessiles armés de dents à leur bord supérieur, dans la Sepia hierredda, lisses dans l’autre ; 4° l’osselet plus acuminé en avant dans cette espèce, le rostre plus long , légèrement relevé en haut, au lieu d’être droit. Tous ces caractères nous porteraient à croire que la Sepia hierredda est spécifiquement distincte de la Sepia officinalis, avec laquelle il est très-facile de la confondre.

En 1826, nous avons vu cette espèce au marché de Santa-Cruz de Ténériffe , et nous l’avons regardée comme une variété de la Sepia officinalis ; mais M. Rang, l’ayant rencontrée à Gorée , la publia avec raison comme une espèce distincte à laquelle il a conservé le nom de Hierredda donné par les nègres du Dakand. Nous en avons vu plusieurs exemplaires rapportés du Sénégal par M. Robert, et du cap de Bonne-Espérance par M. Verraux ; ce qui nous ferait croire qu’elle habite toute la côte M aentaté d'Afrique.

No 6. Sricue De BErTHELOT. — SEria Berrmeron, d'Or. Sepia Bertheloti, d’Orbigny, 1835, Monog. des Céphal. acétab., pl, 11.

S. Corpore elongato, subcylindrico, levigato , pinnis angustis nec ad extremum corpus incipientibus ; brachiis gracilibus , inequalibus , pro longitudine parium brachiorum 4°, 2°, 10, 30. Testä elongai& , suprà tenuiter rugosä, antice acuminatä postice rostratä ; rostro elongato , acuto.

pimensions. Millimètres.

Consueuratotale nn... … RS. 515 Longueur du corps : . . . . . . . . . 4115 DiamétreAdUNCOTDS A TRE I 50 Longueur des bras tentaculaires. . . . 480 Longueur des bras supérieurs. . . . . 55 Longueur des bras latéraux supérieurs. 60 Longueur des bras latéraux inférieurs... 54 Longueur des bras inférieurs. . . . . 63 Largeur d’une des nageoires. . . . .. 7 LMSAMOCBIENENES MM 711)

Forme générale très-allongée , svelte. Corps oblong , déprimé , égal sur la longueur, acuminé en arrière, tronqué en avant; saillie supérieure du bord très-longue, anguleuse, à extrémité obtuse ; échancrure inférieure très-peu marquée.

Appareil de retenue comme chez la Sepia officinalis.

Nageotres amincies sur leurs bords, commençant à cinq millimètres du bord du sac, d’abord très-

étroites, elles vont en augmentant de largeur vers les parties postérieures, où elles forment con deux languettes de chaque côté de leur échancrure.

Tée assez courte, dans l’état frais, aussi large que l’ouverture du corps, lisse, déprimée. Feux trèssaillans, latéraux-supérieurs très-grands, pourvus d’une demi-paupière inférieure; cavité orbitaire énorme. Membrane buccale assez grande , découpée sur les bords , divisée en sept-lobes saillans, dont les deux inférieurs disparaissent souvent par un très-fort élargissement de cette partie. Lèvres et bec ordinaires. Oreille externe marquée par un très-petit orifice sans bourrelets.

Ouvertures aquifères comme chez la Sepia officinalis.

Bras sessiles longs, grêles, comme subulés, triangulaires ; les deux paires inférieures déprimées, la supérieure pourvue de crête natatoire externe. Ils sont très-inégaux en longueur et en grosseur ; les supérieurs les plus déliés grossissent de plus en plus jusqu'aux inférieurs. Leur ordre de longueur est différent ; la quatrième paire la plus longue, la deuxième , la première, puis la troisième la plus courte. Membrane protectrice des cupules assez large. Cupules déprimées, pédonculées, obliques, sur quatre rangées alternes, égales à chaque bras. Cercle corné en anneau peu large, inégal, lisse à son pourtour externe.

Bras tentaculaires très-longs , grêles, comprimés et même sub-carénés d’un de leurs côtés, peu élargis en palette ou fer de lance, obtus à leur extrémité, pourvus d’une large membrane natatoire et d’une autre latérale, protectrice des cupules. Cupules sur cinq lignes alternes, dont la médiane est composée de plus grosses , toutes peu obliques , déprimées. Cercle corné oblique, armé de dents à son pourtour interne.

Membrane de l’ombrelle nulle entre les bras inférieurs, assez courte entre les autres.

Tube anal court , assez gros , ne s’avançant pas jusqu’à la hauteur du dessus des yeux.

Osselet interne déprimé , arqué en arrière à sa partie inférieure , très-long , très-étroit, sa longueur étant plus de quatre fois sa largeur , très-allongé et fortement acuminé en avant, élargi au tiers supérieur, puis de là s’élargissant de plus en plus pour former les ailes latérales inférieures ; cette partie terminée par un rostre long, aigu , arrondi, incliné vers le haut ; dessus convexe , lisse sur les côtés, le milieu crétacé, très-finement rugueux, les lignes des locules toutes apparentes et régulières ; sur la ligne médiane une partie convexe circonscrite de deux dépressions latérales, augmentant de largeur de l’extrémité au sommet; dessous convexe au quart antérieur, concave à l’extrémité, bordure cartilagineuse très-marquée , mais étroite jusqu'au tiers antérieur ; de là vers le bas, très-large, puis diminuant ensuite en se réunissant sur le rostre; partie supérieure de la dernière loge occupant beaucoup moins du quart de la longueur totale ; sa superficie est vermiculée très-finement et concave sur la ligne médiane; lignes des locules légèrement ondulées formant en avant un angle à sommet arrondi ; leur ensemble est marqué de quelques indices de dépressions ra yonnantes de la base au sommet. Sa couleur légèrement rose en dessus , le reste blanc.

Couleurs sur le vivant. Le corps , à sa partie moyenne supérieure, est fortement teinté d’une couleur rougeâtre-violacée qui s’étend en diminuant d’intensité vers les bords. On remarque sur les côtés du dos une multitude de taches allongées , blanches, obliques, ne s’étendant pas au-delà d’une ligne jaune qui règne sur les côtés du corps , parallèlement aux nageoires. En dehors de cette ligne jaune est une série de petites taches rondes et blanches, suivant la direction de la ligne jaune. Le dessus des nageoires est légèrement rosé ; le dessous du corps est blanc, parsemé de petits points chromophores rouges , plus grands sur les côtés du corps ; le dessous des nageoires blanc; le dessous de la tête est comme le dessous du corps ; la tête en dessus et les bras sont d’un rougeâtre plus foncé autour des yeux ; sur le bord externe de chaque bras règne une ligne jaune-clair longitudinale en bordure. L’extrémité des massues est pointillée de rouge. Les yeux sont blanc argenté, l'iris noir oblong, doublement échancré en dessus ; toutes les autres parties blanches.

Couleurs dans l'alcool. Les taches blanches latérales du corps sont devenues violacé-foncé. On remarque en dehors de ceux-ci d’autres taches alternes , plus petites, placées très-régulièrement ; les parties supérieures du corps et de la tête sont d’un violet foncé ; néanmoins, en plus clair se distinguent encore

(23) les traces de la partie jaune des bras dans l’état frais ; en dessous une teinte violacée est répandue partout , avec les points chromophores. |

Rapports et différences. Par les cupules inégales aux bras tentaculaires, cette espèce appartient au même groupe que la Sepia officinalis ; mais elle se distingué nettement de toutes les autres espèces de cette série par sa forme très-allongée , par ses nageoires étroites , par ses teintes, et surtout par son osselet interne qui, quoique pourvu d’un rostre, est Le plus étroit de tous ceux que nous connaissons : cet osselet diffère encore des autres par le grand élargissement de ses ailes inférieures, ainsi que par la finesse des rugosités de ses parties supérieures.

Habitation, mœurs. Nous nous sommes procuré cette espèce, dans le mois d’août 1826, au marché aux poissons de Santa-Cruz de Ténériffe. IL paraît qu’elle est assez commune, puisque, dans une seule visite, nous en avons eu trois individus à la poissonnerie, où ils étaient confondus avec beaucoup de Sepia officinalis et S. hierredda. On les prend à la seine sur les plages, aux environs même de la ville. Les habitans les confondent avec les autres espèces sous le nom générique de Jibia, et les vendent de même à la livre, avec Le poisson.

Le noir qu’elle rend est beaucoup moins foncé que celui de la Sepra officinalis.

Histoire. Nous avons observé, dessiné et décrit cette espèce, en 1896, à notre passage à Ténériffe ; nous en ayons alors envoyé des individus dans la liqueur , au Muséum d’histoire naturelle ; mais nous ne l’avons figurée , pour la première fois, dans nos planches de Seiches , qu’au retour de notre voyage, en 1834. La description que nous en donnons a été faite de nouveau sur les individus rapportés, et complétée par nos observations sur le vivant. Nous sommes le seul qui ayons jusqu’à ce jour parlé de cette Seiche.

FAMILLE DES LOLIGIDÉES. — LOLIGIDÆ.

GENRE CALMAR. — LoLico, Lamarck.

Nous n'avons qu’une seule espèce de ce genre aux Canaries, le Loligo vulgaris.

N° 7. Cazmar commun. — Lozico vurcaris, Lam.

Tevdos , Aristote , de Anim., Gb. rv, 1.

Loligo, Plinius, ist. nat., Gb. 1x, cap. xxix, p. 645. Loligine magna, Rondelet , 1554, de Piscibus , Gb. xvir, cap. 1v, p. 506. Sepia loligo, Linné, 1767, Syst. nat., éd. xx, p. 1096, n° 4. Loligo vulgaris, Lamarck , 1799, Mém. de la Soc. d'Hist. nat. de Paris, t. 1, p. 2, et 1829, Anim. s. perteb., 2° éd., t. var, p. 662.

— Férussac et d’Orbigny , Monog. des Céph. acétab., Calmar , pl. 8, 9, 10.

L. Corpore elongato, subcylindrico, postice acuminalo, pinnis semirhomboïdalis; brachüs conico-subulatis , inæqualibus, pro longitudine parium brachiorum , 30, 45, 2, lo. Testé cartilaginosd, translucidé , penniformi, antice angustaté , postice dilatatà.

Cette espèce, la plus connue du genre , ne pourrait être confondue qu'avec le Loligo Pealei, des côtes de la Caroline du sud, dont elle a le corps et l’osselet ; mais elle s’en distingue, comme nous l’avons reconnu , par des nageoires moins rhomboïdales dans leur ensemble , par la presque égalité de longueur de la membrane buccale , par la couleur de son bec, par une moins grande longueur relative des bras relativement à l’ensemble, et enfin par les onze ou treize dents allongées du cercle corné des cupules des bras sessiles, tandis que l’autre n’en a que six à sept, toujours coupées carrément à leur extrémité.

Habitation, mœurs. Nous avons observé cette espèce sur tous les points de la côte de France et sur l'Océan , depuis la Manche jusqu’à la Gironde ; nous savons qu’elle est aussi commune sur les côtes du Portugal, de l'Espagne; on la rencontre encore dans la Méditerranée, où elle ne l’est pas moins;

elle se trouve dans les mers beaucoup plus froides de Hollande, de Danemark; tandis que, autre côté, nous l’avons encore trouvée, en grand nombre, jusqu'aux îles Canaries; ainsi, on peut lui assigner pour patrie, comme à la Sepia officinalis , la Méditerranée , l’Adriatique , et, dans l’Océa: atlantique , les côtes d'Europe et d'Afrique, situées en dehors des tropiques.

Les Calmars communs sont des animaux essentiellement voyageurs , formant des bandes nombreuses (1), qui parcourent les côtes pendant une partie de l’année. Sur le littoral de la France, dans le golfe de Gascogne, ces troupes arrivent au printemps, dès les mois de mars et d’avril; alors on n’en voit que de grands individus, venus pour la ponte. Dans l'été, ils disparaissent ou au moins sont très-rares sur la côte de France, tandis que nous les avons rencontrés en très-grand nombre dans l’île de Ténériffe, vers le mois de septembre; ce qui ferait croire qu’ils s’avancent vers le sud pour chercher des régions chaudes , afin d’y passer l'hiver, tandis qu’ils nous reviennent au printemps suivant ; alors ils auraient peut-être, comme beaucoup de poissons, des migrations périodiques et annuelles. Nous serions d'autant plus tenté d'admettre ces migrations , que c’est principalement au printemps et en automne qu'ils se montrent chez nous, à l’instant de leurs voyages , tandis qu’on n’en voit plus un seul en hiver.

A Ténériffe, on les pêche la nuit à la seine dans toutes les baies. Près de la Rochelle , les pêcheurs les prennent encore avec des filets traînés au fond des eaux. Les anciens Grecs se servaient d’une ligne à laquelle ils attachaient les uns près des autres de nombreux hameçons dont les pointes crochues se correspondaient ; ces hamecons apprêtés , le pêcheur tirait à lui la ligne ; le Calmar, en l’apercevant, s’élançait , saisissait l’appât , et se trouvait pris.

FAMILLE DES SPIRULIDÉES. — SPIRULIDÆ.

Cette famille ne contient encore qu'une seule espèce qui paraît être répandue sur une grande surface des mers.

GENRE SPIRULE. — SPIRULA, Lamarck.

N° 8. SprruLe DE PÉroN. — Spiruza PEroNtr, Lamarck.

Nautilus exiguus , Lister, 1685 , Historiæ sive sinopsis , caput 1, lib. iv. Nautilus spirula , Linné. Gmel, 1789, Syst. nat., éd. xm, p. 3371, n° 9. Spirula prototypus , Peron., Atlas.

Sptrula Peronü, Lamarck , 1822, Anim. sans vert., 2e éd., t. vu, p. 601.

S. Corpore rotundato , levigato. Test& tenui, pellucidé, alb&, subrugos@ , anfractibus tribus distantibus , apertur& orbicularr.

Depuis Péron , personne n’a encore retrouvé cet animal entier ; plusieurs voyageurs, de même que nous, en ont rencontré des restes du corps, sans la tête, flottant à la surface des eaux ; mais nous ne connaissons de bien positif, sur ce singulier Mollusque , que quelques mots donnés par Lamarck (2), et l’intéressant mémoire de M. de Blainville (3) sur la portion rapportée par M. Robert.

Lamarck indique la Spirule comme étant des mers des Moluques et de l’Océan austral. Nous ignorons si elle se trouve effectivement dans ces parages ; toutefois nous pouvons assurer qu’elle n’existe pas dans le

(4) Aristote, — Athénée, lib. vu, ch. xxx; Schweig, p. 499; Villebrune, ch. xxtr, p. 198; Oppiani, Halieut. lib. 4, vers 459 ; Schneid, p. 306; Limes., p. 185.

(2) Anim. sans vertèbres, t. VIT, p. 602.

(8) Annales d'Anatomie.

grand Océan, près des côtes de l'Amérique ; tandis qu’elle est on ne peut plus commune sur toute la côte d'Afrique, vers le tropique du cancer, et à quelques degrés en dehors, ainsi que sur celle des Antilles ; ce qui nous donne au moins la certitude qu’elle habite l'Océan atlantique , sur toute sa largeur en longitude, depuis le continent africain jusqu'au Nouveau-Monde. Les vents jetant la coquille en grand nombre sur toutes les côtes des Canaries, deux ou trois courses au bord de la mer, dans la seule petite baie de Santa-Cruz de Ténériffe, nous en ont procuré quelques milliers, dont quelques-unes avaient conservé des lambeaux de l’animal, Cette circonstance nous a donné la certitude que les coquilles n’avaient pas été apportées de loin par les courans et les vents ; mais avaient été, non loin de à, enlevées à l'animal par Les poissons. Il en est peut-être des Spirules comme des Seiches, devenant , lors de leur première arrivée, la proie des Cétacés qui dédaignent le corps où se trouve une coquille qu’ils ne peuvent pas avaler ; de là vient que cette partie seule couvre les plages de nos côtes ; tandis que l’animal avec la tête est très-rare.

Il est probable que la Spirule se tient toujours à de grandes profondeurs au sein des mers , qu’elle se montre à la surface dans une saison déterminée, et particulièrement la nuit, de même que les autres Céphalopodes , et qu’alors elle est victime des Bonites ou autres poissons se nourrissant plus particulièrement de Mollusques pélagiens. Nous ne doutons pas qu’on ne parvienne enfin à se procurer l’animal de la Spirule lorsqu'on voudra se servir de filets de traîne, pendant les nuits de calme , sur les attérages des côtes occidentales d'Afrique , et dans tout le trajet , entre les Canaries et les Antilles.

Indépendamment des huït espèces qu’on rencontre avec certitude aux îles Canaries, il en est encore huit qui, si l’on en juge par le lieu qu’elles habitent dans l'Océan atlantique, doivent, sans aucun doute, apparaître de temps à autre, sur les côtes de cestles, poussées par les courans et par les vents. Ces espèces sont : 1° le Philonexis allanticus , que nous avons pêché jusque par 23 degrés de latitude nord, dans l'Océan atlantique ; 2° le Philonexis microstomus, d'Orbigny (Octopus microstomus, de Reynaud), que ce voyageur a pêché jusqu’au 33° degré nord, non loin des côtes d’Afrique ; 3 le Philoneæis Eylas, d'Orb., pris jusqu'au 22° degré de latitude boréale ; 4° le Cranchia scabra, Leach, des mers voisines des Canaries; 8° le Loligopsis pavo, d'Orb. (Loligo pavo, Lesueur), pêché par M. Dussumier, en vue de l’île de Madère, et qui doit nécessairement être fréquemment porté jusque sur les attérages des Canaries; 6° l’Onychoteuthis Bergii, Lichteinstein, que nous avons recueilli jusque par 30 degrés de latitude nord, conséquemment dans une partie plus froide que les Canaries mêmes ; 7° l’Onychoteuthis cardioptera, d'Orb. (Loligo cardioptera, Péron, Cranchia cardioptera, Férussac), que nous avons retrouvé jusque près des Açores; et enfin 8° l'Ommastrephes Bartramü, d'Orb. (Loligo Bartramü , Lesueur), qui habite tout l'Océan atlantique , à trente degrés au nord et au sud de l'équateur, et la Méditerranée.

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