‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 74 sur 243 · SOUS-GENRE ATLANTE. — ATLANTA · texte numérisé non relu

SOUS-GENRE ATLANTE. — ATLANTA

Composé seulement des espèces dont la coquille est entièrement crétacée, commençant par une spire trochoïde, élevée, formée de plusieurs tours, dépourvue alors de carène, mais s’enroulant ensuite sur un même plan horizontal , toujours comprimé, à carène tranchante ; bouche ovale, fendue antérieurement; opercule suivant, dans son accroissement, les mêmes changemens que la coquille; spirale dans le jeune àge , elle s'accroît par lignes concentriques dans l’âge adulte.

N° 22. ArTLantTE DE PÉRON. — ATLanTaA PEronir, Lesueur.

Corne d’Ammon, Lamanon, 1790, Voy. de Lapeyr., Atlas, pl. 63, f. 1-4. Atlanta Peronit, Lesueur , Journ. de Phys. , t. 85, pl. 2, f. 1, p. 390. — D’Orbigny, 1836, Voyage dans l Amér. mér., Moll., p. 171, pl. xur, f. 1 à 15.

A. Corpore brevi, subfusco; oculis proeminentibus ; tentaculis elongatis; buccä elongat&; al& mediocri ; acelatulo grandi, pedunculato.— Testé suborbiculari, lœvigatä, vitre, tenui, diaphané, depressä, carinatä, umbilicatä ; spird conicé elevaté in juniore; anfractibus octo, vix contiguis in adulto ; aperturé ovali antice fissuralé ; operculo ovato, vitreo , strialo.

Les restes de la coquille, rencontrés abondamment dans les sables du mouillage de l’'Orotava, annoncent que cette espèce est souvent apportée par les courans sur les côtes des îles Canaries ; néanmoins. elle n’y vit pas exclusivement, puisque nous l’avons rencontrée successivement dans l’Océan atlantique et dans le grand Océan , du 35° degré nord au 35° degré de latitude sud , ou sur une zone de 1,400 lieues marines. Elle fourmille partout à la surface des eaux , dès que la nuit est arrivée; nos filets de traîne nous en apportaient toujours un grand nombre. Elle nageaït en tournoyant dans le vase où nous l’avions placée; mais dès qu’elle en touchait les parois , elle rentrait dans sa coquille et se laissait tomber au fond.

SOUS-GENRE HÉLICONOÏDE. — HELICONOÏDES, d’Orbigny.

Dont la coquille crétacée n’est pas sujette à un changement de forme selon l’âge; elle est toujours enroulée obliquement comme une hélice, sans carène. Bouche entière.

N° 23. HéLcicoNoïiDE RENFLÉE. — Hertconoïnes 1NrLaTA, d’Orb.

Atlanta inflata , d'Orbigny, 1836, Joy. dans l'Amér. mér., Moll., p. 174, pl. xx, f. 16, 19.

H. Testä inflat , rotundä, umbilicatä, lævigalà, tenui, albidä , sinistrorsum conversä ; spiré oblusé, concavä ;

anfractibus tribus ; apertur& sub ovali ; labro tenui , acuto; limbo exteriori perextenso.

Cette charmante petite coquille, d’un millimètre de diamètre , se rencontre fréquemment dans les sables de Santa-Cruz de Ténériffe, où, sans doute , les courans la portent. Elle a pour habitation plus

ordinaire les deux Océans, sur une zone de 1,440 lieues marines , comprise entre les 36° degrés nord et sud de latitude. Partout des plus commune, elle ne se montre à la surface des eaux que lors du crépuscule.

N° 24. HériconoïnE BuuMoine. — HELICONIDES BULIMOIDES, d’Orb. Allanta bulimoides | d'Orbigeny, 1836, Joy. dans l'Amér. mér., Moll., p.179, pl. xrr, £. 36, 38.

H. Testé oblongo-elongaté , imperforatä, tenut, diaphané , lævigatä, lucidä, albidä vel rose, sinistrorsum conversä; sptr@ elongaté , conicä , apice acuto , anfractibus quinis, suluris plants , roseis; aperturé oblongä,

angulos@ ; labro tenui, acuto; columell& elongatä , rectä , roseä.

Nous avons rencontré cette jolie espèce, nous représentant en petit (1 millimètre 172) la forme d’un bulime, dans les mêmes circonstances que l'espèce précédente , sur les côtes des Canaries, où sans doute encore elle est apportée par les courans, puisqu'elle habite l'Océan atlantique et le grand Océan du 34° degré nord au 34° degré sud ; c’est au moins sur cette zone de 1,280 lieues marines de largeur que nous l'avons pêchée au sein des mers. Elle est nocturne , mais paraît plus commune dans l'Atlantique que dans le grand Océan.

Il est encore trois espèces d'Hétéropodes qui, sans aucun doute, doivent être jetées quelquefois sur les côtes des Canaries, puisqu'elles habitent les mers voisines ; mais ne les ayant pas rencontrées, nous n'avons pas voulu les faire figurer parmi les coquilles canariennes. Ces espèces sont les suivantes : 1° l’Heliconoides Rangüi (Atlanta Rangii, d'Orb., Voy. dans lAm. mér.), que nous avons pêchée jusque par 31 degrés de latitude nord ; 2° l’Heliconoïdes Lesueurüi, d'Orb. (Atlanta Lesueurü , d'Orb., loc. cit.), rencontrée dans tout l'Océan atlantique, du 36° degré nord au 36° degré sud ; 3° l’Ieliconoides trochiformis, d'Orb. (Aflanta trochiformis, d'Orb., loc. cit.), qui s'étend au sein des mers aussi loin que l'espèce précédente.

Deuxième ordre.

NUDIBRANCHES. — NUDIBRANCHIA.

NUDIBRANCHES , CU. ; GASTÉROPODES DERMOBRANCHES , Dumer.; POLYBRANCHES CYCLO- BRANCHES , Bldinv.; GASTÉROPODES HYDROBRANCHES , TRITONIENS , Lam. ; GYMNOBRAN- CHIATA , Schweiger ; ANTHOBRANCHIA ; POLYBRANCHIA , GOÏdfUss.

Notre trop court séjour à Santa-Cruz de Ténériffe ne nous a permis de rechercher que pendant une seule marée basse les animaux mollusques qui peuvent exister sur la côte, et cette seule fois a suffi pour nous procurer deux belles espèces du genre Doris. Cette rencontre nous a donné la certitude que des recherches faites en diverses saisons et sur divers points des îles Canaries offriraient les récoltes les plus abondantes en Mollusques nus. Parmi les Mollusques rapportés par MM. Webb et Berthelot se trouve aussi une espèce de Doris. Une magnifique espèce de Polycère , pêchée à la grande Canarie , vient d’être envoyée de cette île par M. Despréaux, et le Glaucus radialus arrive souvent sur la côte. Nous ne doutons pas que, sous les

pierres détachées du sol, au niveau des basses marées, ou au milieu des fucus rapportés du fond par la drague, l'on n’en rencontre encore un grand nombre d’espèces.

Des cinq que nous décrivons, quatre sont toutes spéciales ‘aux îles Canaries, et n’ont pas encore été trouvées ailleurs : elles appartiennent à la famille suivante. La cinquième est de l'Océan.

FAMILLE DES DORIDÉES. — DORIDÆ (1), »'Onmenr.

Composée seulement des espèces déprimées ou comprimées dont les branchies rayonnent autour de l’anus, sur la partie postérieure du manteau. Nous divisons cette famille en plusieurs genres ou sous-genres , suivant la position et la forme de ces mêmes branchies et celles du corps. Les îles Canaries nous offrent trois de ces modifications.

Sous-GENRE Doris. — Doris, Linn.

Corps déprimé, coriace ; branchies contractiles dans une cavité spéciale, divisées en lobes branchiaux coniques, au nombre de six ou plus , ramifiés à l'infini; orifice des tentacules cilié, ou partagé en beaucoup de lobes.

Les espèces de ce groupe sont les plus communes et les plus anciennement connues sur nos côtes d'Europe. Néanmoins les deux espèces que nous avons aux Canaries se rapprochent plus qu'aucunes autres des Doris américaines que nous avons rencontrées sur les côtes du Chili, surtout de nos Doris puncluolata et Doris Peruviana.

No 25. Doris PONCTUÉE. — Doris PuNcTaTA (2), d'Orb. Mollusques , planche rv, fig. 1,2,3,4, 5.

Corpore oblongo , depresso, roseo; pallio granulato, maculis brunneis , rotundis , longitudinaliter instructis ornaio; nec non quatuor aliis mediis albidis. Tentaculis, protectis appendicibus octonis digitalis, curtis :

lobis branchialibus sex ramosis.

Corps fortement déprimé, ovale ou oblong, coriace ; manteau très-large à bords minces et tranchans, débordant de beaucoup le pied , couvert partout en dessus de très-petits tubercules arrondis , ESpacés et peu convexes , dessous lisse; pied oblong, étroit, tronqué en avant, acuminé postérieurement , à bords minces et ondulés ; bouche en forme de trompe, entourée de bourrelets épais et munie latéralement de deux tentacules buccaux , coniques et peu allongés ; tentacules en massue, médiocres , divisés en feuillets sur la moitié de leur longueur, contractiles, dans des cavités protectrices, dont l’orifice est saillant et découpé en huit à neuf digitations assez allongées ; branchies contractiles, dans une cavité protectrice, celles-ci divisées en six branches réunies à leur base et ramifiées à l'infini ; anus médian et saillant au milieu des branchies; orifice excréteur au côté antérieur droit de l’anus ; organe de la génération sous le bord droit du manteau, vers le tiers antérieur de sa longueur.

Couleurs. La teinte générale rosée; le manteau , en dessus, marqué , sur la ligne médiane, de trois

(4) Nous établirons nos nouvelles vues, relativement aux Doris, dans la Monographie des Nudibranches commencée il y a treize ans, et que nous comptons reprendre et achever sous peu. (2) Voyage dans l'Amér. mer., Mollusques , pl. 16, fig. 4, 5, 6, et pl. 46, f. 7, 8, 9, p. 487.

taches brun-violet, entre lesquelles s’en trouvent quatre blanches , au milieu de chacune desquelles est un point bistré; deux autres lignes de taches arrondies de la même couleur sont placées sur la moitié de l’intervalle compris entre le bord et le milieu du manteau ; celles-ci sont plus foncées que plusieurs autres lignes , qui faiblissent de teinte et diminuent de diamètre en approchant du bord.

Dimensions. Longueur de 16 à 18 millimètres.

Cette espèce a quelques rapports de formes avec la Doris maculosa, Guv. ; de même que, dans celle-ci, ses bords sont minces, ses lobes branchiaux au nombre de six; son manteau est tuberculé ; mais elle en diffère par son pied acuminé postérieurement, sa teinte uniforme, en dessous du manteau , et par les taches arrondies de sa partie supérieure. Du reste, elle doit être placée près de cette espèce et de nos Doris peruviana , et Doris chilensis (1).

Nous avons trouvé cette charmante espèce dans Le mois d’août, sous les pierres détachées du sol, non loin de la ville de Santa-Cruz de Ténériffe. Elle était au niveau des plus basses marées des syzygies.

Elle marche avec une rapidité étonnante pour le genre, les Doris allant ordinairement très-lentement ; elle parcourut plus de trois décimètres de longueur dans une minute, ce que nous n’avons jamais vu faire aux autres espèces. Dans la locomotion , elle n’a pas d’autres mouvemens que le balancement continuel des tentacules ou massues. IL paraîtrait que la saison où nous l’avons rencontrée est celle de sa ponte ; car nous avons remarqué sous les mêmes pierres beaucoup de rubans d'œufs.

Dans l’alcool , elle est devenue entièrement blanche, et s’est contractée de manière à n’être pas reconnaissable.

N° 26. Doris Des Canaries. — Doris Canartensis, d'Orbigny.i

Corpore depresso ; pallio dilatato, subtilissime papilloso ; oslio tentaculorum eminente , integro ; lobis branchialibus sex r'amosis.

Corps déprimé, oblong, coriace ; manteau très-dilaté, à bords amincis et tranchans, dépassant de beaucoup toutes les parties inférieures ; sa superficie paraît lisse ; mais, considérée à la loupe, elle est comme veloutée , formée d’une multitude de très-petites papilles égales en longueur, très-serrées les unes contre les autres; pied allongé, étroit, plus large en arrière qu’en avant, à bords minces et ondulés ; bouche médiocre, ornée de deux appendices buccaux coniques et courts; tentacules contractiles dans les cavités protectrices , dont l’orifice paraît entier et tubuleux ; branchies contractiles dans une cavité protectrice ; elles sont divisées en six lobes ramifiés.

Couleurs. Comme l'individu sur lequel nous avons fait cette description est desséché , nous ne saurions au juste affirmer la teinte; néanmoins, les restes conservés dans la dessication, nous portent à croire qu’elle est brune en dessus.

Dimensions de 4 à 5 centimètres de longueur totale.

Cette espèce a beaucoup de rapports de forme avec notre Doris punctata; mais elle en diffère par la superficie de son manteau, qui est comme veloutée, et non couverte de verrues ; du reste, ainsi que celle-ci , elle a six lobes branchiaux , et les orifices des tentacules tubulés.

Elle nous a été communiquée par MM. Webb et Berthelot, qui l’ont rencontrée à Ténériffe.

SOUS-GENRE DORIDIGITÉE. — DORIDIGITATA, d’Orb.

Corps peu déprimé , épais , branchies contractiles dans une cavité spéciale divisée en un grand nombre de lobes allongés, étroits, seulement digités sur leurs bords ;

(1) D'Orbigny, Voyage dans l'Amérique méridionale, Mollusques, pl 13 et 16.

orifice des tentacules protégés par deux appendices foliacés qui se referment l’un sur l'autre, lorsque le tentacule est contracté (1).

Dans ce groupe vient se placer la Doris verrucosa, Linn., qui, dès-lors, sera notre Doridigitala verrucosa. Des espèces de Doris des côtes de France, c’est de toutes la plus voisine de notre espèce canarienne , très-distincte, et propre seulement à ces iles.

N° 97. Dorinicirée DE BerrneLot. — Dortnicerrata BerTuecori, d'Orb, Mollusques , pl. 1v, fig. 6,7, 8.

Corpore crasso , oblongo , flavo; pallio supra tuberculis hinc conicis , illinc pedunculatis , infra striato. Tentaculis bino sarcomate lanceolato protectis ; lobis branchialibus quatuordecim digitatis, ciliatis.

Corps oblong , fortement élevé, coriace ; manteau très-large, à bords épais, tranchans , débordant partout le pied, couvert, sur sa partie supérieure médiane , de pointes allongées coniques , à extrémité obtuse , plantées verticalement , entre lesquelles sont des tubercules arrondis, pédonculés ; les mêmes tubercules , inégaux en grosseur, couvrent toutes les autres parties du dessus du manteau ; le dessous du manteau est strié ou ridé transversalement, ou mieux en lignes convergentes ; bouche munie de lèvres épaisses et de deux tentacules buccaux coniques et aigus; pied lisse, oblong, tronqué et élargi en avant, arrondi en arrière ; tentacules en massue , aigus à leur extrémité , divisés en feuillets sur leur moitié supérieure , contractiles en des cavités protectrices, dont l’orifice est muni de deux feuillets aplatis , lancéolés, qui, lorsque les tentacules sont rentrés, se rapprochent l’un sur l’autre de manière à en fermer entièrement l’entrée ; branchies contractiles , divisées en quatorze rameaux allongés, garnis , sur leur longueur, de petits appendices digités assez courts ; ces rameaux s'élèvent perpendiculairement au lieu de s’étendre sur le manteau , se réunissent à leur base ; et de là au centre, sont marqués par une ligne qui converge vers l’anus , saïllant au centre de la rosace branchiale. Orifice excréteur à droite de l’anus ; organes de la génération placés vers le tiers antérieur du côté droit.

Couleurs d’une belle teinte générale orangée foncée , plus pâle sur le pied , la tête, les branchies. Le dessus du dos est brun surtout entre les tubercules.

Dimensions. Cinq centimètres de longueur totale sur 32 millimètres de largeur.

L'espèce avec laquelle notre animal a le plus de rapport est, sans contredit, la Doris verrucosa, Linn. (2), dont elle a les branchies, les appendices lancéolés des orifices des tentacules , les tubercules pédonculés ; il n’est pas même jusqu’à sa couleur jaune qui ne l’en rapproche; mais elle diffère essentiellement de celle-ci en ce que les tubercules de son manteau ne sont pas arrondis, et qu'iln’ya pas de petits sillons entre les bases des tubercules comme dans la Doris verrucosa. Par ses branchies exceptionnelles , elle doit former un petit groupe , dans lequel serait également placée la Doris verrucosa ; et par les appendices protecteurs des tentacules , elle viendrait aussi près de la Doris Elfortiana , Blainv.

Nous l’avons observée, au mois d’août, à l’île de Ténériffe , sous les pierres détachées du sol de la baie voisine de la ville de Santa-Cruz, au niveau des plus basses mers des syzygies. Elle était entourée d’œufs en rubans, semblables à ceux de la Doris verrucosa. Nous l’avons conservée vivante pendant plusieurs jours avec l'espèce précédente, et nous avons reconnu que sa marche est des plus lentes ; à peine, dans une minute, parcourait-elle un espace de cinq à six centimètres.

(4) Nous formons un troisième sous-genre sous le nom de Doriprismatica pour les espèces prismatiques, mollasses, dont le bord du manteau est court ; dans ce groupe, bien caractérisé , viennent se placer la Doris atromarginata sous le nom de Doriprismatica atromarginata , la Doriprismatica marginata , la D. purpurea, la D. Villafranca,

(2) Linn., Syst. nat., xu, p. 1055.

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