‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 3)Chapitre 76 sur 243 · GENRE GLAUQUE. — GLAUCUS · texte numérisé non relu

GENRE GLAUQUE. — GLAUCUS

Dans lequel nous avons, aux Canaries, une seule espèce qui y apparaît accidentellement.

N°29. GLauqQuE RADIÉ. — Graucus raniarus , d’Orb.

Doris radiata, Gmelin , 1789, Syst. nat., éd. 13.

Glaucus atlanticus, Blumemb., 1800, 4bildung, n° 48 (figure fautive). S'cillée nacrée, Bosc, 1802, Vers.

Glaucus hexapterigius , Cuvier, 1805, Ann. du Mus., t. 6, p. 427. Glaucus austral, Péron, 1810, Ann. du Mus., 15, pl. 3, £. 9, p. 66.

Corpore elongato, supra cœruleo, subtus margaritaceo; pede elongato, acuminato, cœruleo ; branchüs ex utraque dorsi parte quadri-partito glomeratus.

Animal allongé , fortement acuminé postérieurement, assez coriace, opaque, lisse; tête à l’extrémité d’un cou large, moins élevé que Le corps, portant , à sa partie antéro-inférieure, une bouche arrondie , entourée de bourrelets épais ; appendices buccaux courts , obtus à leur extrémité, situés aux bords latéraux des bourrelets buccaux ; tentacules de la même forme que les appendices buccaux , pas plus longs, non contractiles et non divisés , placés aux côtés supérieurs, du cou; yeux non apparens ; branchies divisées en quatre paires de groupes de chaque côté du dos, savoir : Le premier antérieur, composé de vingt lobes très-longs, coniques et aigus, divisés, sur une seule ligne, en deux parties égales de dix chacune, et dont les lobes du centre sont les plus longs, et les latéraux les plus courts ; les lobes sont fixés à l’extrémité d’un long prolongement charnu du côté du corps; le second fixé sur une seule ligne, vers le milieu de la longueur de l’animal , sur une partie charnue bien moins saillante que celle du premier groupe; composé seulement de seize lobes non divisés en deux parties égales, les plus longs vers le neuvième ou le dixième postérieur, tous se dirigeant en arrière ; le troisième placé sur une seule ligne sur un léger renflement du corps, composé de dix à onze lobes, dont le sixième est le plus long; enfin le quatrième, qui n’est sur aucune saillie charnue , souvent composé , de chaque côté, d’un seul lobe long , ce qui a pu le faire confondre avec le troisième, et faire croire qu'il n’y en avait que trois ; mais il arrive aussi, chez tous les adultes, que ce quatrième groupe se compose de quatre lobes dont le deuxième antérieur est le plus long. Tous ces lobes branchiaux sont mutiques , et tombent facilement, quand on touche l’animal ; ils paraissent ne faire en dessus qu’un seul corps avec le prolongement charnu qui les supporte, tandis qu’en dessous leur attache est retrécie et comme étranglée; ceux qui sont situés de chaque côté des groupes sont très-courts et plus coniques. Orifice des organes de la génération placé entre le premier et le deuxième groupe branchial droit ; il est entouré de bourrelets saillans ; et l’on voit souvent l’organe mâle , de forme conique et aiguë, sortir du côté antérieur ; l'anus, petit et sans bourrelets saillans, est placé en arrière du deuxième groupe; lorifice du canal excréteur, à la base antérieure du deuxième groupe de lobes branchiaux. Pied élargi en avant, et ayant des indices d’appendices dans ses lobes latéraux antérieurs, se rétrécissant ensuite pour s’élargir de nouveau vis-à-vis chaque groupe branchial , et se terminant postérieurement en une longue pointe aiguë très-déliée ; 1l est peu distinct des parties supérieures du corps.

Couleur. Toutes les parties supérieures du corps , de la tête et des lobes branchiaux sont d’une belle couleur blanche, nacrée ou argentée; les extrémités des lobes passent de cette couleur au bleu foncé ; le dessous du corps est d’un beau bleu céleste argenté, marqué , vers le milieu de chaque prolongement charnu des branchies, d’une tache bleue plus foncée; les parties intérieures du cou sont. de cette même couleur ; les bourrelets de la bouche, les appendices buccaux , les orifices du cloaque des organes de la génération et de l'anus, sont d’un bleu indigo très-foncé ; le pied est d’une couleur indigo foncé, avec une ligne médiane longitudinale d’un bleu céleste argenté ; les branchies sont , en dessous, d’un beau bleu d’indigo foncé , avec une légère trace de nacre sur le milieu de chaque lobe branchial.

Dimensions. Les plus grands, cinq centimètres.

Il habite la surface des eaux dans toutes les parties de l'Océan atlantique, comprises entre les tropiques, en dehors desquels il est souvent transporté par les courans. On le rencontre fréquemment aux îles Canaries , jeté à la côte avec les Janthines et les Velleles.

Rien de plus brillant , de plus joli que cet animal ; il éblouit par ses teintes, il étonne par l'élégance de ses formes. Dans une de nos traversées, nous en avons conservé quelques-uns dans de l’eau de mer pour les étudier avec soin, et nous avons reconnu qu’ils rampent à la manière des Éolides à la surface de l’eau , où ils sont immobiles et ne font en rien agir leurs lobes branchiaux pour s’aider dans leur marche. Ils ont toujours le pied en dessus, de même que ceux qui sont libres dans la mer. Plusieurs d’entre eux s’approchèrent les uns des autres , s’accouplèrent en se plaçant en sens inverse, toujours fixes à la surface, et restèrent ainsi quelques minutes, tandis que d’autres s’approchèrent du corps interne corné des Velleles, et y déposèrent des œufs blancs, en chapelet, disposés en spirale; enfin d’autres individus mangèrent entièrement les tentacules de deux Porpites qui se trouvaient dans le même vase. Cette particularité nous a d’autant plus étonné que la plupart des Acalèphes ont plus ou moins une propriété malfaisante, dont la Porpite n’est sans doute pas exempte.

Cette espèce rampe avec une extrême lenteur ; il lui faut plus de cinq minutes pour franchir un espace d’un décimètre. Nous avons essayé de retourner des individus et de leur donner la position naturelle aux autres Mollusques nudibranches ; mais à peine avaient-ils le dos en l'air, qu’ils se gonflaient, et donnaient une forte secousse, afin de se retrouver le dos en dessous ; une fois dans leur première position , ils s’étendaient de nouveau et se mettaient à ramper sur l’air comme sur un point d'appui.

Troisième ordre.

TECTIBRANCHES. — TECTIBRANCHIA, Cuy.

TECTIBRANCHES , Cüv. Goldf. ; MONOPLEUROBRANCHES , Blainville ; BuLLEIN ET LAPLYSIEN, Lamarck ; POMATOBRANCHIA , Schweïg.

Nous n’avons que deux espèces de Tectibranches des îles Canaries appartenant à la famille des Aplysidées et des Bullidées. La première du genre Aplysia , la seconde

du genre Bulla. :

L'une d’elles, la Bulla ampulla , est commune aux côtes d'Afrique , à celles d’Amérique, à la mer Rouge ; tandis que l’autre , l’Aplysia ocellala , paraît, au contraire , propre aux Canaries.

FAMILLE DES APLYSIDÉES. — APLYSIDÆ, »’Ons.

Nous n’avons, dans cette famille , qu’un seul genre des Canaries.

GENRE APLYSIE. — APLYSIA, (mel.

Lepus marinus, Rondelet, Gesner, Aldrov. ; Laplysia, Linn., Brug., Bosc., Lam. ; Aplysia, Gmel., Cuv., Roissy, Blainv., Rang.

Nous n'avons qu'une seule espèce appartenant aux Aplysies proprement dites.

N° 30. APLYSIE OCELLÉE. — ApPLysIA OCELLATA, d'Orb.' PNA r OS

À. Corpore elevato, crasso, postice decurtato, luteo, violaceo-ocellato , radiato; lobis pedalibus dilataus , intus violaceis ; pede gracile sulcato. — Testé depressé , tenui, diaphanä , lœvigatä , luteolà , apice curvato , plcato.

Animal allongé, mollasse , très-charnu , épais , élargi postérieurement ; tête portée sur un cou assez long, diminuant graduellement vers les parties antérieures; bouche entourée de lèvres peu larges ; appendices buccaux grands, épais, déprimés et contournés à leur extrémité ; tentacules gros , courts, coniques , ouverts à leur extrémité par une fente extérieure de forme ovale ; ils sont placés latéralement sur la partie céphalique moyenne supérieure ; yeux petits, placés antérieurement sur la même ligne que les tentacules ; lobes du pied égaux, épais, grands et réunis postérieurement; manteau grand, sans ouverture supérieure , terminé postérieurement en une languette élargie, mince, qui prend quelquefois une grande extension; branchies foliacées en rameau régulier , se prolongeant quelquefois d’une manière extraordinaire ; pied étroit, plissé , fortement rétréci vers le cou , et acuminé postérieurement ; le sillon latéral qui conduit à l’orifice de l’organe mâle est fortement prononcé.

Couleur. Les côtés , le cou et la tête sont marqués de quelques ocellations d’un noir violet qui entourent une tache jaunâtre divisée par des lignes qui la rendent comme fendillée ; les intervalles des ocellations , sur les mêmes parties, sont jaunes , divisés de la même manière par des lignes d’un noir violet ; sur la tête, en avant des tentacules , sont deux ocellations plus régulières que les autres; les tentacules et les appendices buccaux sont comme zébrés de lignes transversales de la même couleur sur un fond jaunâtre, plus ou moins teinté de violet; les parties qui avoisinent le pied sont légèrement violettes ; le sillon latéral droit est noir ; la partie interne des lobes du manteau est violet clair, marquée de lignes longitudinales peu apparentes ; le manteau est violet avec des taches jaunes partagées par des lignes , il a une tache noire arrondie sur le côté , et est circonscrit par une large bande marginale d’une teinte violette très-foncée ; les branchies sont d’un rose violet clair ; le pied est rosé.

Coquille dans la forme ordinaire, très-mince, et munie, à son talon, d’une forte lame relevée en dessus qui ne se trouve qu’indiquée dans les espèces d'Europe.

Taille. Un pied métrique , ou 1,3 de mètre.

Habite entre les rochers voisins de Santa-Cruz , île de Ténériffe , où elle paraît peu rare ; les habitans la nomment Coño del mar.

Nous avons rencontré ce superbe animal , au mois d’août, au niveau des plus basses marées. Il rampait lentement , et paraissait beaucoup souffrir de la force avec laquelle la mer venait battre sur la côte. Il répand une odeur de musc bien plus forte que les espèces d'Europe, et sa liqueur violette est beaucoup moins foncée. Il se contracte au moindre attouchement , et change si souvent de forme, dans sa marche, qu'il est très-difficile de le dessiner.

Cette espèce diffère essentiellement par sa couleur et par sa taille de toutes les espèces de France. Elle paraît être voisine de l’Æplysia dactylomela, Rang (Monographie, pl. 1x), par ses ocellations ; mais la figure que ce naturaliste en a donnée diffère trop de notre espèce, par les appendices buccaux , les tentacules , la forme même du manteau , pour que nous puissions les réunir. |

FAMILLE DES BULLIDÉES. — BULLIDÆ.

La seule espèce que nous ayons appartient au

GENRE BULLE. — BuLLA, Linn.

Bozca, Linn., Brug., Lamarck, Oek., Blainv., etc.

Ce genre ne nous a offert aux Canaries qu’une seule espèce qui semble , en même temps, appartenir à beaucoup de lieux divers.

N° 34. Buize ampoure. — BuzLa ampuzra, Lin., Gmel.

Bulla ampulla, Gmel. , 1788, Syst nat., éd. 13, p. 3424, no 10. — Brug., Dict., no 9; Encycl. méth., pl. 358, £. 3 a, b. — Lamarck, 1822, An. s. pert., t. VI, p. 33, n° 2, etc.

Tesi& ovato-subglobosä , inflatä , lævigatä, violaceo-varie pictä ; postice umbilicatd.

Nous ne décrirons pas plus longuement cette espèce, si commune dans les collections, et sans doute l’une des plus répandues sur la surface du globe. Elle habite l'Océan indien et américain , puisque nous l'avons en grand nombre des mers des Antilles. La Bulla ampulla est commune sur toutes les côtes des îles Canaries, et sur toutes celles d'Afrique qui les avoisinent.

Les individus que nous avons rencontrés dans la baie de Santa-Cruz de Ténérifle, et ceux qui nous ont été communiqués par MM. Webb et Berthelot, sont remarquables par leurs belles couleurs violet-rougeâtre , et leurs taches violet sanguin , ornées toujours à gauche de taches blanches : tous ont la bouche bordée de rose. Cette espèce vivant au-dessous du niveau des plus basses marées , on ne peut l'obtenir qu’en faisant draguer, ou lorsqu'elle est ramenée avec la seine des pêcheurs.

Quatrième ordre.

GASTÉROPODES PULMONÉS. — PULMOBRANCHIA.

Pucmonés , Cuv., Fér.; PULMOBRANCHES , Blainv. ; PuzmoBraNCHIA , Gold.

Nous avons examiné cinquante-sepl espèces de Pulmonés des îles Canaries , chiffre qui, relativement au peu de superficie de ces iles, est réellement extraordinaire quand on le compare au nombre de ces animaux figurant dans telle autre partie du globe que ce puisse être. Si ce chiffre paraît énorme, on sera peut-être étonné d’abord de ne trouver, parmi ces cinquante-sept espèces , que rois Pulmonés aquatiques ; tout le reste se composant de Pulmonés terrestres ; mais l’étonnement cessera par l'examen de la nature même du sol des Canaries, dont les pentes sont tellement abruptes qu'il ne peut s’y trouver qu'un petit nombre de cours d’eau permanens et peu des eaux stagnantes nécessaires à la vie des Pulmonés aquatiques.

Si nous envisageons les espèces de Pulmonés canariennes sous le point de vue de leur distribution géographique, nous trouverons les résultats suivans, à comparer avec ce que nous avons dit des autres ordres.

Les espèces rencontrées aux Canaries, et qui habitent simultanément la France ou le littoral de la Méditerranée, sont au nombre de douze, sur lesquelles seps, la Testa-

(46) cella haliotidea, V'Helix lactea, VH. pisana, l'H. cellaria, la Physa acuta, la Ph. fontinalis, le Cyclosioma elegans, sont, en même temps, du voisinage de la Méditerranée et de l’Océan atlantique; tandis que cing, au contraire, l'Helix Roselti, V'H. tenticulata, le Bulimus ventricosus, le B. decollatus, le B. vitreus, n’ont été rencontrés que sur le littoral de la Méditerranée. |

Les espèces qui ne se trouveraient pas en Europe, et qu’on aurait recueillies sur d’autres points de la côte d'Afrique, ne sont qu'au nombre de trois : l'Helix cyclodon, le Bulimus Terverianus , le B. bamboucha, observées encore aux iles du Cap Vert.

Il reste alors, en espèces propres aux Canaries, ou qui du moins n’auraient jusqu'a ce jour été reconnues que à, le chiffre énorme de quarante-deux espèces , ce qui prouve combien la nature a favorisé ces terres nouvelles, qui, selon toute apparence , sont sorties des eaux.

En résumé, voici, dans l’état actuel de nos connaissances, la distribution comparative des espèces de Pulmonés des Canaries.

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| Pulmonés aquatiques | Lymneidæ.. . . Aneylus . : : 4 4 k , 1 5 | Pulmonés opercules. | Cyclostomidæ. . Cyclostoma . » » 4 » 1 2 2 | ——— | ——— | | ————— | © | » 5 7 5 22 57 57

Ce qui précède montre qu'aucune des espèces des Canaries n’est propre au littoral de l'Océan, en France ; que toutes celles qui s’y trouvent se rencontrent encore près de la Méditerranée ; tandis qu'au contraire plusieurs sont spéciales à ces derniers parages. Nous signalons ce fait qui se trouve en rapport direct avec tout ce que nous avons à dire sur les autres séries de Mollusques.

FAMILLE DES LIMACIDÉES. — LIMACIDÆ.

Nous avons, aux Canaries, cinq espèces de cette famille appartenant aux genres Limax , Testacella et Cryptella. De ces cinq espèces, quatre sont propres aux îles Canaries, et une seule, la Testacella haliotidea, se trouve, en même temps, dans la plus grande partie de l’Europe.

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