‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 11 sur 72 · VI. 131° cHarrTRe. De l’île de Ténérife · texte numérisé non relu

VI. 131° cHarrTRe. De l’île de Ténérife

Ce chapitre, un des plus remarquables de ceux dont nous donnons l'analyse, est écrit avec une grande simplicité de style. L'auteur assure ingénument « que les Guanches de Ténériffe proposèrent de se » soumettre au roi de Castille et d'embrasser le christianisme, mais » que ces propositions furent rejetées, 1° à cause des grandes dépenses » qu'on avaït déjà faites pour la conquête (Lo primero, por los grandes » gastos que ya estaban echos de la gente que sobre ellos wa); 2 parce » qu'ils auraient pu ensuite secouer le joug qu'on leur imposait, et » revendiquer leurs droïts comme possesseurs naturels du pays (Sendo » ellos naturales y señores de su tierra); 3° enfin pour plusieurs autres » raisons que leur donnèrent ceux qui , possédés de l'amour du gain, » avaient plutôt le désir de faire des esclaves et de profiter de leurs » dépouilles que de servir Dieu. »

Un autre fragment de l’histoire d'André Bernaldez, transcrit par le P. Quesada , a rapport à l'arbre de l’île de Fer. L'auteur donne son opinion sur la source qui fit regarder l'arbol santo comme une merveille ; il discute les circonstances atmosphériques qui produisaient autour du garoe (1) une plus grande masse de vapeurs, et explique le phénomène sans avoir recours au miracle.

Les Recueils des extraits de Muñoz de la collection de M. Ternaux nous ont fourni aussi plusieurs autres documens.

Feu Jean - Baptiste Muñoz, auteur d'une Æistoire du Nouveau-

(1) C’est le nom que les habitans de l’île de Fer avaient donné à l’Arbol santo, le Zaurus fœtens.

Monde, dont il na été publié qu'un volume , aïda le savant don F.-M. Navarrete dans ses recherches historiques pour la Collection des voyages et des découvertes des Espagnols. W fui chargé de procéder au dépouillement des archives des Indes de Séville, de celles de Simancas, de Madrid et des autres bibliothèques du royaume. Les annotations de Muñoz, classées par ordre chronologique, comprennent plusieurs recueils dont M. Ternaux a fait récemment l'acquisition. La vérification que nous avons faite sous sa direction de cette masse de manuscrits n'a pas été infructueuse pour l’histoire des Canaries.

Parmi les documens des archives de Séville qui contiennent les cédules royales de 1475 à 1480 , nous cilerons :

1° Celle de 1479, datée de Truxillo ( 15 févr.) et relative aux manœuvres ( inirigas y maniobras ) des Portugais pour soulever les insulaires de la grande Canarie contre les Espagnols qui occupaient alors plusieurs châteaux-forts construits sur certains points de la côte de l'île.

2° Par celle de Tolède (4 février 1480), la reine, au nom du roi mineur , fait armer à Séville 100 albalétriers de montagne, pour aider Pedro de Vera dans la conquête de Canaria.

3° Par celle de Medina del Campo (24 novembre 1480). elle renforce ce corps de troupe de 50 fantassins.

4° Enfin, par une autre cédule de Medina del Campo du 12 décembre de la même année, elle ordonne d'héberger à Séville le capitaine Pierre de Saint-Estevan , qui doit prendre part à l'entreprise avec une compagnie de gens à cheval (1).

Sous la date de Cardoue (30 août 1485 ), nous trouvons un ordre adressé à l'alcade mayor de Séville, qui vient confirmer le fait mentionné au chapitre 65 de l'histoire d'André Bernaldez. Le roi et la reine écrivent à ce magistrat, « qu'ayant été informés par Fernando

(1) Recueil des Ext. de Muñoz, f. 42, 93 et 96.

le Guanartème, que les Canariens résidant à Séville recevaient des insultes et des mauvais traïtemens de la part des habitans de cette ville, qui leur enlevaient leurs femmes et leurs enfants pour s'en servir comme des esclaves, sous le prétexte qu'ils n'étaient pas chrétiens, et, même alors qu ils avaient accepté le baptême, les traitaient comme des captifs et des prisonniers de guerre ; à ces causes, voulant remédier à ces plaintes et empêcher les Canariens de se réunir dans les maisons qu'on leur avait assignées d'abord pour l'exercice de leurs cérémonies païennes , leurs majestés enjoignent à Juan Guillen, alcade mayor de Séville, de veiller particulièrement sur le sort des Canariens, de les protéger contre toute insulte, de leur laisser. choisir ( conjointement mari et femme ) les maîtres qu'ils voudraient servir, de séparer de leurs femmes ceux qui ne voudraient pas se marier in Jacie ecclesiæ, de châtier avec prudence ceux qui se comporteraient mal, et de faire en sorte qu'on leur enseigne la doctrine chrétienne et les bonnes coutumes , etc. (1). »

Quelques autres renseignemens, extraits du recueil de Muñoz, nous font apprécier les ressources que l'Espagne retira des îles Canaries pour le succès de ses entreprises en Amérique. Déjà, en 1496, trois caravelles,expédiées pour les Indes occidentales, chargeaient dans l'île de Gomère une centaine de brebis et de chèvres, qui coûtaient 8,400 maravedis du pays, ou 6,548 mds de Castille (2).

(1) Texte original d’après les annotations de Muñoz « Por provision de Rey i Reyna. — Cordova, » 30 agosto 1485. À queja de Fernando Guardurteme hecha en Nuestro propio, i de los Canarios i Cana- » rias residentes en Sevilla, sobre agravios que les hacian tomandoles mugeres é hijos para servirse de » ellos so color de no ser cristianos, i aun siendolo de haber sido reducidos, despues de presosi cautivos » de buena guerra, sobre otros malos tratamientos, etc. Para remedio de eso, i tambien para que ellos » no sigan juntandose en las casas que les señalaron haciendo los actos é comunidades é gentilidad que » solian ; se dà comision à Juan Guillen Alcalde Mayor de Sevilla, para que privativamente entiende en » el regimen de dhos Canarios, les defienda de todo daño, obliga à buscar señores à quien servir, cada »-UnO con su amo, i juntos maridos i muger; à Los no casados separe de las mugeres à no casarse in facie » ecclesiæ ; à los que mal hicieren castigue prudentemente mientras no tuvieran dotrina 1 conocimiento » de leyes i pena; cuide se les de dotrina i costumbres cristianos, etc. »

(2) Ainsi le rapport entre le maravedis des îles et celui d’Espagne était comme 300 : 239.

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