‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 53 sur 72 · I. — (1 PARTIE.) (ETHNOGRAPH · texte numérisé non relu

I. — (1 PARTIE.) (ETHNOGRAPH

plus communément, quelle que soit l’origine que leur supposent les hisloriens,nous ne devons pas moins reconnaître chez cette nation, qui, la première, dressa ses tentes dans les vallées de l'Atlas, la priorilé incontestable de la possession du sol. Cette terre, habitée primitivement, selon Salluste, par les Gétuleset les Libyens (1), où les hordes dispersées de l'armée d'Hercule vinrent s'établir (2);cescoteaux maritimes, ces montagnes, ces vallées, ces oases où les émigrations des peuples de l'Arabie, Chananéens ou Palestins , Amalécites ou Ismaélites, se fixèrent sans retour (3), ont été plusieurs fois convoités par d'autres nations puissantes, à partir de cette époque où l'opulente Tyr vint fonder des colonies sur le littoral des deux mers. Les Carthaginois continuèrent l'œuvre phénicienne et portérent leur commerce avec le génie de la navigation jusqu'aux limites du monde connu. Les Romains envahirent à leur tour la terre des Numides depuis la Cyrénaïque ou la Tripolitaine jusqu'à la Mauritanie Tingitane, mais leur puissance n'acquit jamais, dans cette dernière contrée, la force et la stabilité de leurs autres conquêtes. Les Vandales leur succédèrent; toutefois, leur domination fut passagère et ne put s'affermir, en présence de ces populations indomptables dont les Phéniciens et les Carthaginoïis avaient respecté l’indépendance, et que les Romains eux-mêmes ne soumirent jamais

complétement (4. Bientôt apparurent les Arabes qui, dans leurs

Perse ; d’autres les font remonter à Goliath (Dyabout). Suivant Tabari , ils sont formés d’un mélange de Cananéens et d’Amalécites , qui se dispersèrent après la mort de Goliath, D’autres encore les font descendre de Cham, par Berber, fils de Tamil, fils de Mazigh , fils de Canaan, fils de Cham. Une autre opinion les veut de race sémitique. Mais la version authentique , c’est que les Berbers descendent de Canaan, fils de Cham, fils de Noé. ( Voy. Schulz., op. cit.) (1) Africam initio habuére Gætuli et Lybies… Bell. Jugurth., xxr. (2) Te id.

(3) Voy. dans l’Encyclopédie nouvelle, t. 1, p. 605, l’excellent article Berbers de M. d’Avezac ; etila note 2 de la page antérieure.

(4) « Dès les premiers pas qu’au temps des guerres de Carthage les Romains firent sur la terre d’A- » frique; ils y trouvèrent ces dangereux rivaux, et, huit siècles plus tard, alors qu’ils venaient d’anéan- » tir la puissance des Vandales, ils devaient songer à se défendre contre ces mêmes ennemis dont l’

au- » dace était quelquefois réprimée, jamais abattue. » C’est ainsi que s'exprime M. Noel des Vergers,

dans sa belle Zatroduction à l'Histoire de l'Afrique sous la dynastie des Aghlabites , d’après le texte arabe

( 211 ) rapides conquêtes, eurent à eux seuls plus de chance que tous les autres conquérans (1). Les différens états berbers s'étaient fortifiés des dissensions de leurs ennemis, à cette époque de décadence où le peuple-roi achevait son règne, où le sénat de Rome ne dictait plus de lois, alors que la réforme religieuse avait divisé les Romains en deux camps. L'empire grec était frappé au cœur, et les Arabes, en arrivant sur la terre d'Afrique, trouvèrent les provinces romaines abandonnées de la métropole, leurs gouverneurs divisés d'intérêt et prêts à recevoir le joug. Mais les Berbers leur restaient à combattre, et ceux-là étaient plus difficiles à dompter. Dans cette lutte sanglante, qui dut décider la querelle entre les deux peuples rivaux, « les » armes étaient égales (dit M. Noel des Vergers), le courage l'était » aussi; un puissant mobile donnait l'avantage aux Arabes: c'était » l'enthousiasme religieux, l'ardeur du prosélytisme. Leur foi est si » forte, leur volonté si ferme, que, tout d’abord, les populations » entières viennent à eux. Fascinés par le triomphe des Musulmans » sur les nombreuses armées de Constantinople, les Berbers croient à » la puissance du Dieu qui a guidé les vainqueurs. En peu d'années, » l'Afrique se soumet à l'islamisme. Mais le prestige disparaît avec » le souvenir de la victoire; bientôt s'organisent cette résistance » partielle, ces révoltes, ces schismes fréquens, dont la succession et » les phases diverses constituent dès lors l'histoire de ces contrées

d’Ebn-Khaldoun , ouvrage dans lequel notre savant confrère vient de déployer à la fois l’érudition la plus profonde et la plus brillante.

(1) « Plus heureux que les Romains, les Arabes firent adopter leur croyance aux peuplades errantes, dont les habitudes , les besoins , la physionomie se rapprochaïent des leurs ; et bien que cet avantage décisif n’ait pas toujours suffi à les garantir de leurs attaques , ils se trouvèrent , dès les premiers progrès de leurs armes, au centre d’une contrée d’où ils ne devaient plus sortir. Placée entre l'Asie à qui elle appartient par le nom, et l’Afrique dont elle offre les principaux caractères , l’Arabie est la

terre de transition entre ces deux continens. L’habitant des plateaux élevés du Nedjd, comme celui des montagnes du Hedjaz, retrouvait dans l’Atlas les souvenirs de sa patrie; le cheval, le chameau, la datte lui offraient , dans Les deux contrées , Les ressources nécessaires à ses habitudes frugales , et cette similitude eut probablement une grande influence sur les rapides conquêtes qui enlevèrent le

pays aux Romains. » Noel des Vergers , op. cit. (Introd.), p. 13.

» Ce fut surtout dans ces premiers temps de l'occupation musul-

LD

» mane que les luttes entre les indigènes et les conquérans furent » plus acharnées, plus fréquentes. On vit alors une reine des Berbers, » juive d'origine, et qui devait le surnom de Kahina au pouvoir » surnaturel dont les peuples de l'Atlas la croyaient douée, obliger » les Arabes à céder à ses efforts... (1). » Aïnsi, comme l'observe ailleurs l'habile historien auquel nous nous plaisons à emprunter ces citations , « Rome dans ses premières luttes avec Carthage, Constan- » tinople sous Justinien, les Arabes sous les premiers khalifes, ont » trouvé chez les habitans de l'Atlas ce que nous y rencontrons

» aujourd'hui : courage personnel, mépris de la vie, patience dans les

or

» fatigues, tempérance extrême; qualités qui les rendraïent invin- » cibles, si l'esprit de rivalité qui règne de tribu à tribu ne permettait » souvent de les désunir pour en triompher (2). » Les Romains surent les premiers employer cette politique à l'avantage de leur domination, dividere ad imperandum ; maïs les astucieux Arabes, bien mieux encore que leurs devanciers, mirent en œuvre cet élément puissant de succès. Des relations plus intimes, une connaissance plus exacte dé l'esprit des populations berbères, certains rapports d’origine , des sympathies de caractère, de mœurs et de coutumes, leur apprirent de bonne heure à mieux juger de leurs ennemis; ils comprirent de suite tout le partiqu'ils pouvaient tirer de ces tribus aguerries en les associant à leurs victoires. Aidés bientôt par ces hordes belliqueuses, actives, agiles, infatigables, ils franchirent le détroit de Gibraltar, et la conquête de l'Andalousie, qui préluda à celle de presque toute l'Espagne, leur devint plus facile. Les Arabes, qui avaient étendu leur puissance jusque dans les plaines du Sousel-Acsà et dont rien n'arrêtait le désir

insatiable de domination, penétrèrent peut-être à cette époque

(1) Noel des Vergers, op. cit. (Introd.), p. 13 et suiv (2) Id, le LCD 0:

( 213 ) jusqu à cet archipel fameux qui continue, par ses ramifications sousmarines, le prolongement de l'Atlas vers l'occident.

Telle est, en abrégé, l'histoire politique de la partie de l'Afrique où dominent encore aujourd'hui ces deux peuples dont les tribus éparses, nomades ou sédentaires , conservent religieusement toutes les traditions de leur origine. Peuples presque semblables par les mœurs et la physionomie, du moins dans certaines lignées (1), bien que différens par le langage, mais qu'un sentiment commun de nationalité et l'amour de l'indépendance unissent aujourd'hui d'intérêts pour combattre une domination nouvelle. |

Le premier de ces deux peuples, c'est le Berber, dont le type de race, formé tantôt par simple agrégation, tantôt par croisement et amalgame, se compose (suivant l'observation de M. d'Avezac) de tous les peuples autochtones ou advènes qu'a portés la terre d'Afrique, Gétules noirs et Gétules blancs où Mazikes, Libyens, Mèdes ou Persans, Kouschytes, Amalécites, Cananéens et Vandales (2) : races mélangées, chez lesquelles on reconnaît plusieurs types qui, à partir de la souche originaire, se sont conservés sans altération, en se transmettant par hérédité, dans les filiations des nombreuses tribus de la grande famille berbère. Aïnsi, « l’homme au teint blanc, au front large, à la figure carrée, aux traits saillans, aux yeux bleus, à la blonde chevelure (3), » se fait remarquer dans certaines hordes de Schellouks ou Berbers occidentaux, et chez la plupart des habitans des montagnes d'Er Rif (les Rifins), ainsi que parmi les tribus des Zenethàh, des Ghomeràh et des Haouâràh, et même dans certains groupes isolés

- des Kabayles de l'Algérie, vers la partie orientale.

(1) Ebn-Khaldoun , d’après le généalogiste AI-Kalbi, fait descendre certaines tribus réputées berbères des peuples de Yemen , qu'Afrikis laissa en Afrique , avec les gens de la postérité de Cham qu'il y vint établir. « Les S'andädyàh et les Ketämäh, dit-il, doivent étre regardés comme parens et alliés des Arabes, maïs Dieu le sait! » (Noy. Ext. d’Ebn-Khald., par Schulz., Journ. astat., t. 11, p. 121 et 124.)

(2) Voy. l’article Berbers, de M. d’Avezac. Op. cüt.,t. 11, p. 606. ‘

(3) Id., ae ul,

A côté de ces populations, dont la physionomie semblerait nous retracer quelque chose des anciens Vandales, se présente « l’homme au teint olivätre, au front étroit, à la figure ovale , aux traits arrondis, aux yeux foncés et cruels, aux cheveux notrs et rudes (1). » Tel est, en général, le Berber, plus particulièrement connu sous le nom de Kabayle (pluriel de Kabyleh, tribu), et qu'on rencontre depuis le désert de Barkàh jusqu'au delà de la Mulvia, ou bien encore désigné sous celui de Schellouhs, depuis Maroc jusqu'au midi, en s'avancant vers lé Saharà : type national, très-répandu dans l'Afrique septentrionale , et que, de prime abord , on pourrait confondre avec l’Arabe bedouin. Puis, derrière la ligne des oases, où vivent ces races d'anciens Gétules plus où moins blanches ou brunes, se montrent les Toudreks (pluriel de Terka, tribu), « au langage berbère, les uns presque blancs, les autres au teint hälé, la plupart olivétres ou presque noirs (2) »

Le second peuple est l’astucieux Arabe, au sourire trompeur, aux manières nobles et affectueuses , au maintien grave, à la physionomie plus uniforme, plus régulière et plus sévère, aux formes mieux arrêtées , plus saillantes et anguleuses , aux lèvres moïns épaisses , aux yeux noirs et fendus , aux sourcils arqués, au regard tantôt pénétrant et scrutateur, souvent perfide et ombrageux, parfois humble et suppliant, suivant l'intérêt qui le touche au cœur. Physionomie vraiment belle, quand l'irascibilité des passions n'en vient pas altérer l'expression noble et franche. C'est alors le type sémitique dans sa purété primitive; c'est une figure dont le crayon le moins habile peut saisir le galbe du premier coup, mais qui, sous l'influence locale, s'est empreint de la teinte moresque et de la sécheresse da désert, car, depuis son invasion en Afrique, l'Arabe s'y est, pour ainsi dire, ber-

bérisé.

(1) Voy. l’article Berbers, de M. d’Avezac. Op. cit., t. x, p. 606. (2) Id., id. id.

De ces deux peuples dont nous venons de tracer l'esquisse ethnographique, le Berber est celui sur lequel nous rapporterons presque toutes nos observations, dans l'étude comparative que nous allons entreprendre. Nous l'avons montré tel qu'il apparaît dans l'histoire et qu'il est encore de nos jours, dans sa résistance obstinée, avec son caractère énergique, réunissant toutes les qualités qui font le soldat, sobriété, courage et patience, puisant dans le seul amour de l'indépendance les forces nécessaires pour combattre les nations les plus aguerries. C'est ce même peuple que nous allons retrouver aux iles Fortunées, dans cet archipel d'Afrique encore tout empreint de sa nomenclature nationale. Là, malgré son isolement et la pénurie de ses ressources , il n'a pas montré moins de valeur; sa résistance contre les envahisseurs n'a pas été moins opinitre, son patriotisme moins ardent et moins dévoué. Là aussi, à la fois pasteur el guerrier, il était divisé en tribus souvent en querelles; là encore, les conquérans mirent à profit son instinct guerroyeur et le firent concourir à leur triomphe. Ainsi, sous quelque rapport que nous l'envisagions, nous le retrouverons avec les mêmes mœurs, les mêmes coutumes, le même langage et la même physionomie.

L'idiome qui sert de lien commun à toutes les populations berbères n'est peut-être qu'une modification de l’ancienne langue libyenne. Cet idiome eut probablement ses caractères graphiques, mais les différens dialectes qui en dérivent s'écrivent aujourd'hui d'après l'alphabet arabe, sauf l'addition des trois lettres {chym, je et gaf pour exprimer des sons particuliers. La langue berbère est tout-à-fait sui generts, comme on l'a observé avec raison (1); elle a fait de nombreux emprunts

aux langues sémitiques et plus particulièrement à l'arabe lui-même,

(1) Voy. Venture, Grammaire et Vocabulaire de la langue berbère. Mss. de la Bibl. roy., et l’article Bensers, de M. d'Avezac, Encycl. nouv., t. 11, pag. 605.

pour beaucoup d'expressions qui lui manquaient; maïs la plupart de ces emprunts se trouvent déguisés sous des formes grammaticales qui lui sont propres. Les Berbers lui donnent la dénomination de langue noble (aguël amazig) (1), ou de la langue des libres (aotal ‘en temaztrgh), selon Venture (2)

Si l'on examine les fragmens que nous avons rassemblés du langage des anciennes populations canariennes, et qu'on les compare avec ce que l'on connoît jusqu'ici des divers dialectes berbères, d'après les catalogues des auteurs, il est facile de s'apercevoir que le même génie a présidé à la formation des deux idiomes. C'est en effet de part et d'autre une prononciation dure et fortement gutturale, une phraséologie très-coupée par l'absence totale de copulatives. À ces caractères généraux viennent sen joindre d'autres qui ressortent de la nature des

mots, et dont nous donnons une indication en note (3).

(1) Léon Africain, I, 11.

(2) Op. cit.

(3) Sur 700 mots de notre catalogue , nous en trouvons 208 qui commencent par la lettre T, c’est-àdire, dont la première syllabe est £a, te, the, ti ou tou, et auxquels on pourrait encore en joindre 35 autres de la lettre C, tels que Chamato, Chajora, Chinguaro, Chehelae, etc., qu’on devrait peut-être mieux écrire par Tchamato, Tchajora, Tchinguaro, ete., ce qui porterait le nombre à 243.

Parmi les autres mots, 159 correspondent à la lettre À , et sont formés des premières syllabes &4, ad, ach, ag, al, ar, et ay.

71 se forment avec la syllabe gua.

Enfin, 38 commencent par #5, it, iou, etc.

11 suit de là que, sur 700 mots environ, l'emploi de la lettre T, en tête du mot et déterminant la consonnance de la première syllabe, entre à peu près pour 1/3 dans leur composition.

Celui de la lettre À pour 1/5.

Celui de la lettre G pour 1/10.

Celui de la lettre I pour 1/20. ,

Les mêmes rapports se font remarquer dans les catalogues que nous possédons des divers dialectes berbères: sur 300 mots du catalogue de Delaporte , nous en trouvons 100 qui commencent par T, et dont les premières syllabes sont ta, tea, tef, tif, tei, tou, etc. 75 commencent par À (ab, ac, af, ai, am, aou, ar, as). 110 commencent par I (ëm, tou, ir, il) ; ainsi la proportion serait à peu près d’un tiers pour T et pour I, et d’un quart pour A.

Dans le catalogue de noms de lieux de M. Hodgson, que la Société de géographie possède en manuscrit, la lettre À sert de première syllabe à 85 mots sur 320, et le T à 48. Il en est de même de celui de M. Graberg de Hemso, publié par la Société géographique de Londres (voy. Focab. of names of places

D'après ces observations comparatives, on peut reconnaître tout d'abord de grandes affinités entre la langue que parlaient les anciennes populations canariennes et celle des habitans de l'Atlas; mais c'est de la comparaison des mots entre eux que nous devons tirer une preuve plus concluante de l'analogie des deux idiomes, et déterminer celui des dialectes berbères avec lequel le langage des Guanches s’assi milait le plus. |

Bergeron, se fondant sur les renseignemens fournis par les chapelains de Béthencourt et sur la relation de Scory, fit observer le premier que le langage des Guanches ressemblait beaucoup à celui des Maures de Barbarie (1).

Parmi les auteurs canariens, Galindo avait remarqué que les mots Ilfe (blanc), Æho (laït) et Tamosen (orge), étaient identiques dans la

in Moghribu-l- Aksà). Ge sont toujours l’A , le T ou l’E qui se présentent au commencement des noms de lieux.

Dans le vocabulaire chouïah de Shaw, c’est encore la lettre À qui domine; le T, l’I et l'E sont employés ensuite dans une plus petite proportion.

Sur 43 mots du petit catalogue érebe de Chénier, le plus grand nombre commence par A, I et T; celui qu’il a donné de la langue schiläh nous a offert la même remarque.

Il en est encore ainsi pour le catalogue de Hornemann de la langue siouàh. Sur 26 mots, 18 commencent par T, I ou A. \

Les catalogues des dialectes brebes et mozabites d’Aly bey, de Schultz, de Bezamon et de Bacri (voy. la traduction de l’Esquisse de l Etat d’ Alger de Shaler, par Bian: hi), présentent des résultats analogues , avec cette différence pourtant que c’est toujours le T et l’A qu' dominent ; l’I et l'E tiennent ensuite le second rang.

Le catalogue de la langue parlée à Syouäh (voy. Voyage à Méroé, au Fleuve Blanc, ete., par F. Caillaud. Paris, 1826, t. 1, pag. 409 et suiv.) ; sur 300 mots de ce dialecte libyen , nous en avons trouvé 87 commençant par T, 78 par À et 35 par E, de manière que ces trois lettres forment à elles seules la première syllabe des deux tiers des mots du catalogue.

Le vocabulaire de la langue amazirgh, dressé par M. Graberg de Hemso et publié dans le Journal de la Société asiatique de Londres, n° v, mars 1836 (voy. Remarks on the language of the Amazirghs, ete. p. 106), nous a donné 112 mots commençant par À, 68 par T, 52 par E, et 24 par I ; en tout 255, pour ces quatre lettres, sur 400 mots.

Enfin des rapports de nombre , analogues à ceux que nous venons de signaler, se font remarquer encore dans le vocabulaire de la langue des Kabayles, publié dans les Nouv. Annales des voyages, t. xvu de la 2° série, 1830, ainsi que dans celui de Venture, qui existe en manuscrit à la Bibl. roy.

(1) « Le langage des vieux Guanches , qui demeurent encore entre eux jusqu’à cejourd’huy en ceste isle { Ténériffe) , en leur ville de Candelaria, approche fort de celuy des Mores de Barbarie ( Berg. Traicté des Navig., p. 248, éd. 8 faisant suite à l’Æist. de la première desc. et conquest. des Can..).

1,—(1"€ PARTIE.) (ETHNOGRAPH, }— 28

langue des anciennes populations canariennes et dans celles des tribus africaines de l'Atlas, et que les noms de Telde et de Tegueste, par lesquels on désigne une ville de Canaria et une vallée de Ténériffe, se retrouvaient dans le Maroc.

Georges Glas, s'aidant des manuscrits de Galindo et des connaissances qu il avaït acquises de la langue berbère, durant ses voyages dans l'Afrique Septentrionale , poussa beaucoup plus loin les recherches de son devancier. En supprimant les mots du dialecte des Guanches de Ténériffe, qui lui parurent s'écarter davantage des langues libyennes, il en trouva, pour les autres îles, 22 sur 80 qui se rapportaient presque tous identiquement ou radicalement à des dialectes berbères, mais plus particulièrement au schilàh. Ce sont les suivants :

ACHORMASE , figues vertes. C. ARKARMUSE, en schilàh. ACORAN, Dieu. C. AMOUKRAN, id.

ADEYHAMEN, lieu submergé. P. DOUWAMEN, id.

AHEMON, eau. L. H. Amon, id.

AHO, lait. L. C. AGcxo ou AGno, id.

ALMOGAREN, la maison sainte. (C. TALMOGAREN, id. ATAYCATE, le brave. C. TARKISTE, id.

ATISTIRMA, cri de dévouement. C. | Av-DpyriM, le sommet de l'Atlas des Ber- AYA DIRMA, | nom du pic. T bères.

BENEHOARE, nom de l’île de ..… P. BENI HAOUARAR, tribu berbère.

CARIANA, corbeille. C. CARIAN, en schilàh.

FAYcAG, le sacerdote. C. FAQUAR, en bebe GAyRE (Gayr), noble ou chef. C. MRGAR ou AMGR, en schilàh. GOMERA, nom de l’île de .… G. GHoMERAK, tribu berbère.

IRvENE (Irben?), apparition. P. RIBEN, en berbère. TAGINASTE, un arbre. C. TAcImosr, une branche de palmier. en schil. TAHUYEN, jupe. G. TAHUYOT, couverture ou manteau. id. TAMOGANTIN, maison. C. TIGAMIN, id.

TEMASEN , orge. L. TomzEn, id.

TEZZESES, bâton. L. TEZEZREAT, une branche. id. TiGoT, ciel. P. Ticor, id.

TIGOTAN, les cieux. P. TiIGoTANn, id.

Observation. — Parmi ces 22 mots, recueillis par Glas, plusieurs ne

se rapportent pas exclusivement au schilàh ; ainsi :

Ligot, ciel, est représenté par Tiguenau dans le dialecte des Kabayles (1), par Tigenouie en Chouiah , et par Tighnooa (les cieux), d'après le Vocab. berb. ou des Chleux de Delaporte.

Irvene ou Irben , le diable ou une apparition surnaturelle , que Glas assimile au mot Riben (manifestation divine) des Schellouks, peut être aussi rapporté à leneme, par lequel les Kabayles désignent l’enfer.

Adeyamen , sous l’eau, trouve aussi bien son analogue dans Douwamen que dans Agademin, ruisseau, du Voc. kabay.

Ahemon, eau, se dit Emen ou Amann dans le même dialecte kabayle (2), et dans l’oasis de Syouah , habité par un peuple de race libyenne (3).

Aho, lait, Agho en schilàh, d’après Glas, se retrouve dans Acki à Syouàh, et dans Aiki ou Aiefki chez les Kabayles , Ashfai à Ghadâmes et quelques autres lieux de la régence de Tripoli (4), Ifke ou Ohski dans la langue chouiàh, d'après Shaw (5).

Temazen , orge, qui a la même signification dans le dialecte des Schellouks et dans celui qu'on parle à Syouàh, se traduit par Themrit dans le dialecte de Ghadâmes , par Thimzin ou Toumsin selon Venture, par Tçamzin d’après le Vocabulaire kab. de Delaporte, par Themzi en Chouiàh d’après Shaw, et par Tiemzin en Mozabi (6).

L'expression berbère Hrgar, que Glas désigne comme synonyme de grand ou noble, correspond au mot Amrgar de la langue amazirgh parlée à Ghadämes, et ces deux mots peuvent, tant l’un que l’autre , donner le radical de Gayre ou Gayr, qui avait la même acception dans le dialecte de Canaria et dans celui des Haouarythes de

‘île de Palma.

- Mais de tous les rapports que Glas à fait remarquer entre le langage des Guanches et celui des Schellouks, le plus important sans doute se manifeste clairement dans une phrase que les traditions de l'histoire nous ont transmise. Malgré les altérations qu'a souffertes son orthographe sous la plume des auteurs qui tâchèrent d'en transcrire les mots, le navigateur Écossais put reconnaître son origine berbère et

son identité. Nous la reproduisons ici :

(1) Voy. le Voc. kabayle dans les Nouv. Ann. des voyag., t.xvu, 2° sér., 1830, p. 367.

(2) Voy. Z’oc. Berbère-Cabile, par Delaporte. Journ. asiat., 3° série.

(3) Voy. oyage à Méroé et au Fleuve Blanc, par Gaïlliaud, t.r, p. 412.

(4) Focabul. of the Adems, or amazirgh dialect, spoken at Ghedämis, and other inland provinces of the bas hàlih of Tripoli , à la suite des remarques de M. G. de Hemso sur la langue berbère (JourNaL or THE ror. ASIAT, SOC., no V, mars 1836, p. 118).

(5) Voy. ’ocab. des langues africaines. Dans V’Esquisse de l'état d'Alger de Schaler, trad. de Bianchi, pag. 308.

(6) Voy. ut suprà.

Y 1GUIDA Y IGUAN IDAFE? P. Tomberas-lu, Idafe ? Y'OUANT Y DIR InAFE, en Schilàh. GUERYERTE Y GUANTARO. P. Donne-lui,ilnetomberapas. IrkAST oREYDER, id.

Glas explique, de la manière suivante, les probabilités de l’analogie:

Y iguida y iguan doit se prononcer comme Y iwid y tan (I iouid y iouan), et en supposant qu'il y à eu transposition de mots et que la phrase était ainsi posée dans son origine « liouan à iouid, » nous y trouverons alors une grande ressemblance avec celle qui a la même signification dans un des dialectes de la langue libyenne : « 1 ouant à dir Idafe? (Tomberas tu, Idafe ?) (1) »

Quant à la seconde phrase, sur laquelle Glas ne donne aucune explication, nous ferons remarquer que le mot Gueryerte pourrait bien être une corruption du mot schilàh Oreyder, car en supprimant le G, Ueryerte et Oreyder ont à peu près le même son. Il est probable que la phrase canarienne n'a pas été transmise fidèlement aux écrivains qui ont tâché de la reproduire. La tradition en aura retenu le sens plutôt que l'expression. Toutefois, ce n'est qu'avec beaucoup de réserve que nous hasardons cette opinion.

À ces données, déjà très-importantes dans la question qui nous occupe, nous ajouterons celles que nous ont fournies les recherches de Ritter (2). Le tableau comparatif que ce savant géographe a reproduit des mots guanches et des mots berbères correspondans, comprend quelques-uns de ceux de Glas que nous avons déjà mentionnés, et plusieurs autres qu'avaient signalés Jackson (3) et Vater (4), et que nous

indiquons 1CI :

TAGOROR , place du conseil. © T. TAGARER, place du supplice, en berbère. KEBEHIERA, SG Seigneurie. T. KaBrma, capitaine, id. AHOREN, farine d'orge. T. AHOREN, farine d'orge, id. AZAMOTAN, Orge pétri. L. AZAMITAN, . orge pélri, id.

(1) Glas, op. cit., p. 178 et 179.

(@) Voy. Géographie générale comparée ou étude de la Terre, dans ses rapports avec la nature et avec l'hist. de l'homme, etc., par K. Ritter, trad. de Duret et Desor., t. ur, p. 188.

(3) Account of Marocco. 2e éd., p. 232.

(4) Mithridates, ve theil, 1° Abtheil, p. 59.

ARA, chèvre. T. ArA, chèvre, en berbère.

TIHAXAN, moulon. C. THirRHSI, moulon, id.

TAMACEN, cochon. C. TAMOUREN, cochon, id.

Nous ferons encore observer que plusieurs des mots indiqués se retrouvent avec certaines modifications dans plusieurs dialectes ber-

bères. Ainsi :

Tagoror, la place du conseil, où l’on rendait aussi la justice , qu'on a assimilé à Tagarer, peut se rapporter également à Tegruat, qui signifie le Divan, dans la langue des Kabayles (1).

* Tihaxan , mouton, qui a quelque ressemblance avec Thikhsi, du dialecte des Schellouks, reparaît sous le nom de Tigsi, dans la langue mozabite (2).

Enfin Ahoren ( Aouren d'après Venture ) trouve son synonyme dans le mot Arrenne; par lequel on désigne aussi une farine dans l’oasis de Syouàh.

L'examen comparatif que nous avons fait nous-mêmes de notre catalogue des dialectes canariens avec les vocabulaires berbères dressés par différens auteurs, nous à fourni de nouveaux rapports. Ce

sont les suivans :

Agora, Dieu. P. Art, Dieu (Vocab. kabayle).

Arcui ou ACHic, fils. T. C. Arcuim, enfant ( Vocab. kab.). Aocniou, petit (Vocab. de Delaporte). Arc, enfant (en schilàh).

Apaar, falaise escarpée. T. Anar, rocher où montagne (à Syouàh). EbReR (Vocab. kab.). Aprourar (à Ghadämes). Aprar (en mozabite). Arurarr (en chouiah, d’après Schaw.). Inrar (d’après Delaporte).

.Aw1co, chemise de peau. T. F.TAHAYCR, manteau où couverture (en schilàh).

AGUAMEME, suçoir de racine de mauve. H. AJARMEGE, racine de mauve (Vocab. kab.)

AmopaGA, bâton. T. AMOUTE, bdion (à Syouàh).

ANEpa (agnepa), bannière ou bâton de commandement. T. Acnès, béton (à Syouàh).

AysuRAGAN , la grotte où l’on gèle. P., de Azumen, froid (Vocab. kayb, d'Aly-Bey) et de Azraou, rocher (Vocab. de Delaporte).

AZuQuARÉ, noir. P. (Asar10), noir (à Ghadames). AZETAFFE et AZOTAFFE, noir et nègre (à Syouah) et Asukan (en mozabite).

(1) Voy., op. cit.

(2) Voy. Voc. chouiah de F, Schultze et J. Benzamon, dans l'Esquisse de l’état d'Alger de Schaler trad. de Bianchi, p. 325. k

CHAMATO Ou TGHAMATOUTH, a femme. T. THamATOUTH, la femme (en chouiah).

FaRuTE, ambassadeur. C: EbxFEROUA, ambassadeur (Vocab. kab.)

Gua où GuAN (Ouad où Ouan , d’après Glas), fils ou homme. T. C. P. Ouanyip , homme ( à Ghadames). Acnar (d’après Venture).

Harguy, sac de peau. L. ERBER, chemise de peau (en syouan, d’après Schalz.).

IFe, blanc. P. Ar, blanc (à Ghadâmes).

IGuipA, il tombera. P. Oupa, tomber (à Ghadèmes).

IRIGHEN, /roment. T. IRDEN, blé (Vocab. kab.). IRDEN et IRDSEN (à Ghadâmes). EARDEN (en chouiah, d’après Schaw.). IRDEN (en mozabi.).

Ocur, beurre. T. Ouné, beurre (Vocab. kab.).

TABONA, couleau. P. C. T.

TAFRIGUE, id.

TAmARAGUA , bonjour ! C. TABARARSER, adieu! (Vocab. kab.). TAMASARGOULT, soyez le bien-venu ! (à Ghadâmes).

TaruA, marque pour les souvenirs. C. Tina, écriture (Vocab. de Delap.).

TiBICEN, fantôme sous forme d’un chien. C. XB1, chien (à Ghadàmes).

VACAGUARE, Je veux mourir. P. ARG’RAS, luer (à Ghadames).

XERCO, soulier. T. ZERGOST, soulier (à Ghadâmes)

TAMAZANONA, viande frile, C., d'après la version de Galindo, et orge pélri, d'après Glas, pourrait donner lieu à un autre rapprochement. En effet, Glas fait dériver ce mot canarien de Aramatanoque, Azamotan et Tamozen, variantes d’une même expression qui servait à désigner l’orge à la Grande-Canarie et à Lancerotte. Or, Tamazanona nous semble avoir quelque rapport avec Taminina , mot berbère qui , d’après Venture, désigne la farine de blé torréfé , pétrie avec du miel et du beurre , et qui sert de provision de voyage dans toute la Barbarie. Il est à remarquer qu’on fait aussi usage aux îles Canaries de ces sortes de gâteaux , imités des Guanches , et connus généralement sous le nom arabe de Al/ajores (A fakjor).

Tarouza, couteau (à Ghadâmes).

Si nous recherchons encore d'autres analogies avec cette langue berbère, qui a pénétré jusqu'aux dernières limites du désert, et même au-delà de Ten-Boktoue, nous devons espérer en retrouver quelques-unes chez ces peuplades de la Nigritie où la race amzygh à porté souvent ses excursions, et qui ont dû emprunter quelques mots de son langage. En partant de ces données, nous arriverons à des résultats ethnologiques d'autant plus probables qu'ils se trouveront circonscrits dans des faits linguistiques corrélatifs. Ainsi, par exemple:

MENCEY, seigneur, prince ou roi, T., est un mot qui nous semble d’origine africaine,

car il nous rappelle celui de Mensa, qui a la même acception dans le dialecte de Bambara, parlé par les Nègres mandingues.

SABOR, le lieu du conseil, C., est encore un autre mot canarien qu'on peut assimiler à Cabosir, expression par laquelle les nègres de la Sénégambie désignent la réunion de leurs chefs. Faisons remarquer, en passant, que les Guanches de Ténériffe appelaient Cabuco l'endroit où ils rassemblaient leurs troupeaux de chèvres.

Les rapports que nous venons de signaler, Joints à l'indication des différentes îles dans lesquelles étaient usités les mots qui ont donné lieu à des analogies avec le berbère, prouvent de la manière la plus évidente que cette langue, modifiée par des dialectes particuliers plus ou moins rapprochés du schilàh, était parlée dans tout l'archipel canarien, sans en excepter l'île de Ténériffe où Georges Glas ne

reconnaissait aucune trace du langage amazigh (1). Nos recherches

(1) Georges Glas ne trouve que trois mots, dans le dialecte de Ténériffe, qui aient quelques rapports avec des langues africaines ; ce sont Æhico et Mensey, qu’il assimile à Tahyck et à Mensa, et Arguihon (voir les navires), qu’il dérive d’Arghin, parage de la côte occidentale du Sahàra, que fréquentèrent autrefois en très-grand nombre les navires européens , à l’époque du commerce des esclaves. Le navigateur écossais reconnaît, au contraire, dans ce même dialecte des Guanches de Ténériffe, certaines analogies avec le péruvien et d’autres langues américaines (voy. The Hist. Can. isl., pag. 180 , note). Sans discuter ici jusqu’à quel point peut être fondée l'opinion de Glas , ni chercher à faire ressortir les conséquences qu’on pourrait en déduire , nous ferons remarquer nous-mêmes plusieurs rapprochemens qui nous ont frappés entre certains mots des dialectes canariens et quelques autres de la langue caraïbe, bien que leur signification correspondante ne s'applique pas souvent aux mêmes choses.

N. B. Les mots caraïbes sont tirés des indications du colonel Codazzi (voy. Resumen de la geog. de

Venezuela. Paris, 1841).

Aux Canaries. Au Venezuela.

Argonez, nom de lieu. Araguanez, nom de plante. Arucas, td, Aruacas, nom de lieu.

Aragigual, id. Aragua, id.

ANSee f | Atisacaymo, id.

Acaymo, nom d'homme. | Arabisenenque, (le sauvage. Cherevichenes, nom de tribu. Chinguaro, nom d'homme. Cuneguaros, id.

Cherepin. nom de lieu. Cherecheres, id, Chichimane, id. Chichiriviche, nom de lieu.

Chinamada, id. Chinacota, id.

Chahoro, id. Chanaro, id.

Chaco, id. Chacao, id.

Chacabona, id. Chacopata, id.

et nos observations démontrent, au contraire, que le dialecte des Guanches de Ténériffe, de même que celui des habitans des autres îles du groupe, se rapporte aussi à cette langue qui, malgré ses nombreuses variantes, servait de lien commun à toutes les populations de la grande famille berbère (libyennes ou gétules), et dont les ramifications, comme on l'a observé avant nous, se sont étendues depuis les déserts de l'Égypte jusqu’à la mer Atlantique, et des bords de la Méditerranée jusque vers le Sud, au-delà du grand Sahàra.

Mais on remarque aussi dans les différens dialectes canariens un assez bon nombre de mots arabes. Quelques-uns d'entre eux sont faciles à reconnaître, car ils paraissent avoir été admis et s'être conser-

Aux Canaries. Au Venezuela,

Ce me nne Guarionez, nom d'homme.

Garagonache, nom de lieu.

Guama, id. Guama, nom de tribu.

Guaycos, vêtement. Gaicos, id.

Guirre, vautour. Guires, id.

Guayro, raÿin. Guayre, ripière.

Guayonje, id. Guayona, id.

Guanamene, nom d'homme. Guainimanos, nom de tribu. Guadalique, nom de leu. Guasdalite, nom de lieu. Guayre, titre d'honneur. Guaire, rivière.

Guaracosa, nom de lieu. Guaracima, nom de lieu. Guacimara, nom de femme. Guaymacuare, nom d'homme. Guayacen, | Guaicaipuro, Guayahun, noms de chefs. Guaypata, noms de caciques. Guayadaque, | Guayquiro, Guariguache, id. Paraguache, id.

Harimaguadas, vestales. Arimagua, montagnes. Maninidra, nom d’homme. Maninivitanos, nom de tribu. Moya, nom de lieu. Maya, nom de lieu.

Quiquira, id. Quiriquires, nom de tribu.

Tariguo, id. Tacarigua, nom de lieu.

Toya, id. Tuy, id.

- A ces noms, nous pourrions encore en adjoindre plusieurs autres d’origine caraïbe , qui se rapportent à des tribus ou à des localités du Vénézuela, et dont la construction tient également aux formes de l’ancienne langue canarienne. Tels sont : Chaguaramas , Chamaira , Charaima , Guaraima , Guara-

guaraima, Guirigueripos, Guariman, Guanare, Guarapiche, Guachamaca, Guainia, Tocoyo , Terepaima , Tucutunemo, Teques, etc.

( 225) vés presque sans altération. Plusieurs autres, au contraire, se trouvent déguisés sous des formes particulières à la langue berbère, ou défigurés par la transcription.

Nous citerons les suivans, qui appartiennent à l’une ou à l’autre de ces deux catégories :

ADAAR, falaise escarpée. T. Anrar, montagne (en arabe). Mot que les Berbers ont adopté.

ERAOHANHAN , le Dieu des hommes, H., paraît une modification de l'expression arabe er Rahhman ou er Rahhim (le miséricordieux ou le compatissant) (1).

Ecueypey, l'enfer des Guanches, T., et EcueiTHAN , le Satan des Arabes, sont presque identiques.

Faycan ou Faycac, grand-prétre , C., est probablement le représentant de Fakyhh (docteur ou savant), expression adoptée par les Berbers.

GuanIL , éroupeau sauvage, L. F., provient évidemment de al-Ghanam (troupeau de brebis, en arabe), dont les Espagnols ont fait e/ Ganado (le troupeau en général). Queseni, sa grandeur ou sa majesté, T., employé par les Guanches de Ténériffe comme

titre honorifique, paraît dérivé de Kebir (grand en arabe).

TEHABUNEMEN , C., que Galindo a traduit par figues sèches , semble se rapporter à Tazerl-troumin, qui signifie figues raqueltes, en arabe.

AMENACORAN, Dieu, ayez pitié! T. (suivant la version de Viana), nous paraît une expression que les Guanches auraient empruntée en partie de l'arabe , et qui nous rappelle un mot hébreu dont l'emploi et la signification ont varié dans plusieurs lan gues.

Bornons-nous, pour le moment, à ces premières indications, auxquelles nos remarques sur les noms de nombre, les noms propres d'hommes ou de femmes et les dénominations topographiques, vont donner plus de valeur.

Parmi les noms de nombre que nous avons donnés d’après les listes de Nicoloso da Recco et de Galindo (voy. page 190), la plupart, quoi-

qu'altérés dans leur forme ou par une orthographe vicieuse, se rap-

(1) Nous avons déjà donné une autre interprétation à l'expression Eraohanhan (voy. pag. 205). Celle que nous hasardons ici nous à été indiquée plus tard par M. d’Avezac, un de nos collègues de la Société ethnologique,

1,—(1"e PARTIE.) (ETHNOGRAPH, ) — 29

portent à des dialectes berbères, mais quelques-uns aussi dérivent

évidemment de l'arabe. Voici leur relation :

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