‹ Histoire naturelle des Iles Canaries (volume 4)Chapitre 55 sur 72 · IMARAGO: CRE CR id · texte numérisé non relu

IMARAGO: CRE CR id

MARAVAS COURS." CONTENT. Rec AA: NAT MARAV AOL. QUES id.

BEN-MARAGO Ou VEN-MARAGO. Gal.

HA ALINT-MARAGO. 20000 OR id.

SMATTA-MARAVA . . . . . . . Rec.

RO EARPIA GO: Ne TRE Gal.

SOLPDANSAGOM MNT RU... OR id.

Wax, en berbère, d’après Venture ; OuAËT, à Syouûh ; Iuon ou Voun, en mozabi et en schiläh ; Tan, selon Chenier. ( Singulière ressemblance avec #c ëvoc en grec, unus en latin, un en français, ein en allem.., et one en angl.)

SEN ou SIN, à Ghadämes, à Syouàk et en schiläh.

Couz, en berb., d'ap. Vent.; Cos, d’ap. Alybey ; AQuOZ, en mozabi.

ARBAH, en arabe.

KHAMSEH, (4.

Souumous , en berb., d'ap. Venf.; Sams, à Ghadämes.

Sepis , en berb., d’après Vent.; SEz ou SEDs, à Ghadâmes; SeTTA, d’ap. Chenier ; SE- DisE, en schil.; SÉTIT, à Syouäh.

SETTEH, en arabe.

SET, en berb., d’ap. Vent.; SA, à Ghadämes et en schil., d'ap. Chenier; ZA, d’ap. Alybey.

SABAH , en arabe.

Ten, en berb., d’ap. J’ent.; Tuam , à Ghadämes ; TEMENIA, en schil., d’ap. Chenier.

TAMAN1, en arabe.

MeraweD, en berb., d'ap. Veni.; MaRAoù , à Ghadämes et à Syouàh ; MeraAouD, en schil., d’ap. Chenier.

JAN DEMRAU, en berb., d'ap. Vent.

JAN DE MARAOU, d’ap. 4/y-bey.

SIN DE MARAOU, en berb., d'ap. Aly-bey.

ARBA’YN, en arabe.

KHAMSYN, 24.

Ainsi, en exceptant les nombres 3 et 9, dont l'expression cana-

( 227 ) rienne ne peut se rapporter à aucune des deux langues avec lesquelles nous avons établi nos comparaisons , tous les autres trouvent leurs analogues dans l'arabe ou dans différens dialectes berbères.

Parmi les noms de lieux, nous avons déjà observé que la plupart de ceux qui commencent par {a ou {ha, the ou le, li, to, tau ou tu, parais saient d'origine berbère, et ce sont Îles plus nombreux. Il en est de même pour les noms propres d'hommes ou de femmes.

On peut encore assigner la même origine à ceux des deux catégories qui commencent par cha, che, chi, eic.; par gua, guay, go ou gho, gui, elc.; par ac, ar, az, ag, atch, ay où a’yts.

Les noms propres d'hommes ou de femmes et les noms de lieux précédés des syllabes mas et mes, tels que Masaga, Masdache, Mesquesegue, Masca, Mesequere, Mesquire, etc., qui ont tous une forme numide, pourraient se rapporter aussi à la langue berbère. Nous citerons à ce sujet la judicieuse observation de M. Quatremère: « La lan- » gue berbère (dit-il) n'a été importée dans l'Afrique septentrionale » par aucun des peuples qui en ont fait ou tenté la conquête. On peut » donc croire, avec toute apparence de vérité, que cette langue était » parlée, dès les temps les plus anciens, par les peuples nomades » répandus sur cette partie du continent de l'Afrique. Cette langue » est la même que celle parlée aujourd'hui et probablement la même » que parlaient aussi les Numides , c'est-à-dire les Massyliens et les » Massessyliens.. En effet, un grand nombre de noms numides com- » mencent par la syllabe mas, qui se change quelquefois en mis : les » Massyliens, les Massessyliens, Massinissa, Massiva, Massugrada, etc. » Or, dans la langue berbère, le mot Mes signifie fils (1). »

Les noms propres ou de lieux de notre catalogue pour lesquels on doit admettre l'origine arabe , ou qui nous paraissent avoir emprunté

quelque chose des formes de cette langue, sont :

(1) Voy. Journal des Savans, juillet 1838, Obsere, sur les Numides.

Abentahar, Achen, Alcoïdan, Alguabozeque , Almabice , Alsagay, Amalahuyje , Abby, et peut-être encore Arabisenenque, ainsi que Beneharo, Benrimon, Bentenuya, Beniaguayre, Beniaor, Bentejui, etc., pour les noms propres d'hommes ou de femmes.

Abenguareme, Almaïida, Almerchiga, Albarada, Beniché, Benijo, Benlayga, Bentotey, Benbolan, Benchihigua, Beninarfaou, Beniamana, etc., pour les noms de lieux.

Tarajal est encore un nom de lieu d'origine arabe (Tahäral) qui a élé adopté par les Espagnols, et qui sert à désigner un endroit planté de tamaris. Le lieu appelé du nom corrompu de Tarajal, dans l’île de Fortaventure, est en effet tout couvert de ces arbustes. On ne saurait supposer d'aucune manière que ce nom ait été imposé par les Espagnols, car il figure déjà dans l’histoire de la conquête des trois premières îles, écrite par Bontier et Le Verrier en 1402, c'est-à-dire bien avant l'arrivée des conquérans espagnols. Les chapelains de Béthencourt, qui ne savaient ni l'arabe ni le castillan, appellent ce lieu, d'après les naturels, Tarhays ou Val Tarhais. « On y trouve (disent-ils) de » grands bocages de bois qui s'appellent Tarhaïs, qui portent gomme de » sel bel et blanc; mais ce n’est mie bois de quoy on peut faire bonne » ousraige, car til est tordu et semble bruyère de la feuille (1). » Cette simple description , bien ‘qu'en vieux langage, ne saurait être plus exacte.

Les ravins de Hinamar, Heniche ou Feneché, que parcourent de petits torrens, sont désignés par des noms canariens dans lesquels on retrouve le radical de Fenezar, qui, en langue chouñh, signifie rivière ou ruisseau. — Le mot Thaouwent (fontaine), de la même langue, peut servir à expliquer celui de Tabouventa, par lequel les Haouârythes de l'ile de Palma désignaient cette partie du vallon de la Caldera, qui donne naissance à plusieurs sources.

Mais on doit plutôt rapporter à l'arabe les noms des ravins à orands cours d'eau pendant l'hiver, et qui commencent par guad,

() Bont. et Le Verr., op. cut, ch. 1xx, pag. 129,

tels que Guadalique, Guadaya, Guadayedre, Guadamoëte , et même

Giniguada, Inaguad, Yniguaden, qui rappellent les noms de Gua-

diana, Guadalquivir, etc. C’est le wad (ouad) des Arabes que les Espa-

gnols ont transformé en gvad, et dont les Mozabytes ont fait leur

luad (la rivière).

Il est en outre beaucoup d'anciennes dénominations topographi-

ques canariennes, qui sont représentées par des noms de lieux du

Maroc occidental (1) analogues, et souvent presque identiques. Nous

citerons les suivantes :

ADEXE OU ADEJE, vallée, district et petite ville de Ténériffe.

AGACEME , ravin de l’île de Palma.

AGuLo, bourg de la Gomère, situé sur une côte tres-élevée et boisée.

FATAGA , hameau de la Grande-Canarie.

TABORNO, vallée et village de Ténériffe, dans la chaîne N.-E., où les paysans portent plus particulièrement la ManTA, espèce de manteau de laine imitant le tamarck des Guanches , et dont ils se servent pour se garantir du froid et de l'humidité de la montagne.

TAGARAGRE, district de l'ile de Palma, très-montueux et coupé par des ravins profonds.

TAMARASAYTE, village de l'île de la Grande- Canarie , autour duquel abondaient jadis les oliviers sauvages et où l’on voit encore beaucoup de palmiers.

HEDEJAD, tribu berbère du Maroc.

AGarsir, village du Maroc, par 34° 50 lat. N., et 4° 40° 24” long. O.

AGULU, cap et village du Maroc, par 29° 49 lat. N., et 12° 8 24” long. O., dans une contrée couverte de végétations.

Fag’asan, ville du Maroc, par 35° 20 lat. N., et7 16’ long. O.

TABORNOST, village du Maroc, par 30° 0’et 8° 35° 24” long. O. Le nom de Ta- BORNOST signifie le village des burnous ou des manteaux.

FAGGARAYIN, montagne du Maroc, par 31° 20° lat. N., et 9° 40° long. O.

On peut trouver à la fois plusieurs étymologies pour ce nom canarien, savoir : 1° BENI-TAMARAR, tribu berbère qui récolte beaucoup de dattes. 2° Ta- MARAH (daites), et EzzEYTOuN (olive), en arabe, (ACEYTUNA, olive, et ACEYTE, huile en espagnol). 3° Tamazrreur, les libres ou les nobles, en berbère.

f1) Voy. ’ocab. of names of places in Moghribu-l- Aksa, cic., par Grab. de Hemso.

Taso, montagne de l’île de Gomère.

TeGuise, petite ville de l’île de Lanceroîtte.

TemisA, village de la Grande-Canarie.

TEMECEN, plaine aride et village de Fortaventure.

TESEQUITE, hameau de l’île de Lancerotte.

Ten, ville de la Grande-Canarie, et jadis capitale de la partie la plus fertile de l'ile.

TiNAMALA , montagne et hameau de Lancerotte.

TisaLaya, montagne de l’île de Lancerotte.

Toro, village situé au milieu d’une plaine aride de Fortaventure , où l’on trouve de l’eau.

Tasa, village des Berbers, dans le Maroc.

TeGnasan, village du Maroc, par 33° 30° et 5 5’ 0.

TÉMSENA, tribu et province du Maroc.

THEMSNA, expression du dialecte de Ghadâmes , par laquelle on désigne les lieux arides et déserts.

TESEGDELT, ville du Maroc, par 31° 0’ lat. N., et 11° 50° O.

TEpLan, province du Maroc, située dans une riche contrée.

TnamaL, village du Maroc.

TEsELEGT, village élevé du Maroc, par 29° 30’ lat. N., et 11° 20° long. O.

Tara, station du Maroc sur la frontière du Sahàra, ou l’on trouve un puits. Il est à remarquer que ToïTE, dans le dialecte de Syouàh, signifie

source (Tir, en schilàh ).

Ajoutons, pour complément de ces comparaisons et de ces rapprochemens, que le nom de Habiba, appliqué à un ravin de Ténérifle , se retrouve dans celui de Æàbibàh, petites îles situées sur la côte de l'Algérie.

Tarifa et Tafra désignent un village et un ravin de la Grande- Canarie et rappellent, l'un et l'autre, le nom berbère de l'île de Tarifa (1), située sur la côte de l'Andalousie, dans le détroit de Gibraltar

Le nom de Agaete, village de Canarie, se retrouve aussi dans celui de Aigaïte (agneau), du dialecte de Syouàh , dont un grand nombre d'expressions sont empreintes des formes de l'ancienne langue canarienne , et s'assimilent aux noms de choses ou de lieux de ses différens dialectes.

(1) Voy. dans les Cronicas de España, les invasions des Arabes et des Berbers en Andalousie.

Geria où J'eria, hameau situé dans une vallée agricole de Lancerotte, une des plus fertiles de l’île avant la terrible éruption volcanique de 1730, pourrait trouver sa dérivation dans le mot Feria, qui signifie grain, en langue berbère.

Enfin, le territoire de Beninarfau, dans l’île de Palma, dont Viera à traduit le nom par leu rempli d’absinthe, en le faisant dériver de Anaferque (absinthe), dans le même dialecte de Palma, nous semble une appellation qu'on devrait plutôt rapporter à Benou-larnäten, nom d'une tribu berbère (1).

Nous terminerons ces recherches étymologiques par quelques observations sur les noms des îles Canaries et des anciens peuples qui les habitaient à l'époque de la. conquête.

Viera fait dériver le mot Guanche de Guan (homme) dans le dialecte de Ténérifte; mais nous ne trouvons rien dans les vocabulaires berbères qui puisse garantir cette signification. Il était dû à M. d'Avezac, déjà si recommandabie par ses études sur l'ethnographie africaine, de nous signaler la synonymie d'un mot dont les historiens ont fait une dénomination nationale, et qui, par cela même, est devenu des plus importans. C'est d’après ses judicieuses remarques et la note qu'il a bien voulu nous transmettre à ce sujet, que nous avons reconnu l'homophonie du mot Guanches avec celui de Guanscheris où Guanseris, par lequel on désigne une tribu berbère qui habite les montaones du même nom (Djebel ouanseris) , à vingt lieues environ au sud du cap Tenez, de l'autre côté du Cheliff. On sait que, dans la Barbarie, les montagnes tirent en général leur dénomination des tribus qui les peuplent : l'Edrisi les appelle W'anschrys, et dans le nombre des tribus de ce territoire ou de cette filiation , il nomme les Haouarythes (2).

(1) Voy., dans les Nouc. et extr. des mss. de la Bib. du roi, t, xn, p. 593, la Notice d'un manusc. arabe de El-Bekri, trad. de M. Quatremère.

(2) Edrisi, t. 1 (v° des Mém. de la Soc. de géog.), p. 231.

On trouve aussi dans Léon Africain plusieurs renseignemens sur le pays des Guanscheris et sur leur histoire. « Les tribus guerrières qui occupent cette haute montagne ( Guanseris monte), dit-il, ont soutenu la guerre contre le roi de Tlemcen pendant plus de soixante ans... Elles comptent vingt mille combattans, dont deux mille cinq cents cavaliers (1) » Marmol, qui cite les Guanscheris (Guanazxeris) comme une population berbère du désert de Luenziga , ne porte leur nombre qu'à cinq mille guerriers (2) ,et Schaw indique la véritable position de leurs montagnes (3).

Le même auteur a dérivé le nom de Ténériffe de Tener (montagne) et de 1f (blanc), du dialecte de la Palma, c'est-à-dire Montagne blanche, par allusion à la neige qui couvre souvent le pic de Teyde.

Galindo nous apprend au contraire que l'île de Ténériffe s'appelait Aichinetche, et que ses habïtans avaient reçu le nom de Yincheni. Tâchons de donner l'explication la plus plausible de ces deux noms :

D'abord, dans Æ{chinetche, nous retrouvons l'alliance de l'ay’t berbère, comme désignation de la tribu. Ainsi, Aichinetche où Æ’yt- Chinetche serait la tribu de Chinetche, dont, peut-être, les Espagnols ont fait Tinerfe ou Chinerfe, comme on le trouve inscrit sur des cartes du moyen âge. Mais 4'y#, dans la langue schih , est un analogue du préfixe Aichi des Guanches, employé devant les noms propres pour marquer la filiation : or, d'après nos vocabulaires, Afchi-netche n'est lui-même qu'un synonyme du mot Guan-netche, dans lequel nous retrouvons les Wénschrys ou les Guanscheris de l'Edrisi.

Quant à J’incheni, nous rappellerons que les Espagnols emploient assez indistinctement le 7” pour le B; or, le nom de Y’incheni nous

(1) Léon Afric., fol. 68.

2) Marmol, liv. vi. ch. 5.

(3) Le mont Wan-nasch-reese (le Guanseris de Samson et le Ganser de Duval) est à huit lieues au

SE. de Sinaab. Il sert de direction aux matelots , et s'élève beaucoup au-dessus des montagnes du

pays. Schaw, Voyage en Barbarie, t, 1, p. 74.

semble, dans ce sens, une corruption de celui de Beny’ Cheni où de Beny’ Chenerfe, c'està-dire la tribu de Chenerfe ou les fils de Tinerfe, d'après les historiens de la conquête. On reconnaît, dans cette expression de /’inchini pour Beny* cheni, l'alliance des deux élémens linguistiques que nous avons déjà signalés (l'arabe et le berber). L'homophonie de Beny’ cheni, de Atchinetche, de Guantcheni où de Guanchtinerfe, nous semble assez démontrée, et, en dernier résultat, ce sera encore aux anciens Guanscheris qu'il faudra rapporter les 7’inchini de Galindo et les Guanchineses de Viera. Toutefois Georges Glar, ayant égard à un certain rapport de son entre le Z et le CA espagnols, fait dériver ce nom de l’incheni des Zeneti ou Zenetàk, une des cinq grandes tribus berbères; mais peut-être aurait-il été plus naturel de retrouver les Zenetàh dans le nom de Æeneta, imposé par les anciens habitans de l'île à un village guanche dépendant du menceyat de Guimar. Quoi qu'il en soit, si la première interprétation est admissible, ne pourraiton pas voir dans la Tenerife où la Chenerife des Espagnols, la réunion de deux noms dont le premier n'est qu'une corruption de celui qu'il représente : Chenetàh pour Zenetàh joint au mot Z&7f, de là Zenet’ rif, c'est-à-dire le rivage ou le pays des Zenetàh?

Nous avons déjà donné l'explication du nom de l'île de Palma, déformé par Galindo sous celui de Benhoavé, cest-à-dire Beny- Haouéràh, ou la tribu de Haouârytes.

Le rapport de Gomère et de Ghomeràh où Ghoméràh est déjà indiqué : c'est bien l'île où l'on retrouva, à l'époque de la conquête, un démembrement de l’ancienne tribu des Ghomérytes.

Quant à Canaria,son nom doit provenir de ces peuples canariens (Canarü) que Pline plaçait non loin de l'Atlas : Canarü Africæ populi sunt circa Atlantem, habitantes in saltibus plenis elephantorum ,

ferarum et serpentum ; üà dicti, quèd canum victus ipsis promiscuus sil (1).

(4) Vid. Pän., lib. 5, t. 1.

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