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Tous ces mémoires font partie des archives de l'Académie d'histoire de Madrid.
Toutefois, à défaut des textes originaux, nous avons profité des remarques du commentateur, et c'est ici le cas de rendre hommage à lillustre Viera lui-même, celui des auteurs canariens qui nous a fourni le plus de renseignemens ; car nous avons trouvé dans ses intéressantes Notices les principaux élémens de l’histoire que nous écrivons.
Don Joseph de Viera y Clavijo, archidiacre de Fortaventure et dignitaire de la cathédrale de Canaria, joïgnait à une vaste érudition une grande aptitude au travail. Il consacra une partie de son existence à l'accomplissement de l'œuvre qui fit le plus solide fondement de sa réputation, et lui valut l'honorable titre de membre de l'Académie d'histoire de Madrid. Il prit à cœur de vérifier les anciens documens relatifs à l'histoire de sa patrie. Le gouvernement des îles, jaloux de protéger son entreprise littéraire, mit à sa disposition toutes les archives des municipalités ; les familles les plus puissantes de Ténériffe, de Canaria et de la Palma, les nobles descendans des Herrera, des Peraza, des Lugo et des Saavedra, voulurent contribuer à ses succès en lui fournissant de précieux matériaux, et Viera sut faire un bon choix au milieu de ce pêle-mêle de livres, d'actes, de registres, de manuscrits et de vieux parchemins. Historien fidèle, il remplit sa tâche avec conscience et talent, montrant les hommes sous leur véritable jour, mettant chacun à sa place, racontant les choses telles qu'elles furent, sans chercher à les décrire comme elles auraïent dû se passer.
Il ne dissimula rien en présence de l’histoire; les succès de la conquête ne l'exaltèrent pas au point de lui faire méconnaître tout ce que cette guerre eut d'injuste et de barbare dans son principe et dans ses résultats ; il blâma ces conquérans fanatiques qui violèrent toutes les lois humaines sous le prétexte de servir Dieu (servir a Dios). Loin de cacher ses sympathies pour les malheureux Guanches, il fit appel à leur bon droit. En matière religieuse, l'illustre chanoïne écrivit avec
(75) indépendance, sagesse et modération ; son esprit tolérant s'éclaira au flambeau de la raison et de la saine philosophie ; il se plaça à la hauteur de son siècle, et ne craignit pas de combattre les superstitions et les contes populaires qu'Espinosa, Viana et Nuñez de la Peña avaient pris au sérieux.
En présentant au public les quatre volumes de l'Æistoire générale des îles Canaries sous le modeste titre de Notices (), l'auteur s'était réservé la faculté de pouvoir insérer tous les renseignemens qu'il réunirait dans le cours de sa rédaction. L'ordre de la narration a dû nécessairement se ressentir de cette marche. Il est facile de s’apercevoir, en effet , que bien des choses ont été intercalées après coup, et ce n'est pas sans peine quon peut suivre le fil des événemens, trop souvent interrompus par de nombreuses digressions. Malgré ces imperfections, l'œuvre de Viera se recommandera de tout temps à la gratitude des isleños : le style en est élégant et noble, parfois empreint de poésie, mais toujours en harmonie avec le sujet. Historien scrupuleux sur la précision des dates et des citations, Viera a relevé des erreurs importantes: bien que réservé dans ses éloges, il a rendu hommage à ses devanciers, et a commenté leurs travaux par une savante critique : 4 nadie se elogia con mentira, ni se critica sin verdad, dit-il lui-même dans un de ses prologues; et cet esprit de justice a constamment guidé sa plume dans le cours de sa rédaction. La plupart des écrivains canariens, qui l'avaient précédé, n'étaient pas sans reproches : injustes les uns envers les autres, Nuñez de la Peña avait douté de la véracité de Viana tout en le copiant presque mot à mot, et Viana , qui prit à tâche de réfuter Espinosa, redit en vers ce que le moine historien avait écrit si modestement dans sa vieille prose; mais: Viera fut juste envers tous, et presque toujours impartial. ‘
(1) Noticias de la historia general de las islas de Canaria, etc., 4 vol. in-4°, esp. Madrid, imp. de Blas Roman. MDCCLX XIII.
Aux renseignemens puisés dans les divers ouvrages imprimés ou manuscrits que nous venons de passer en revue, nous avons ajouté d'autres notions non moins importantes, et dont nous Sommes redevables au zèle d'un des plus savans bibliophiles de notre époque. Nous voulons parler de celles que nous avons tirées de la belle bibliothèque de M. Ternaux-Compans, si riche en documens relatifs aux anciennes possessions de l'Espagne et du Portugal. Nous sommes heureux de pouvoir donner ici un témoignage de notre gratitude à celui qui a bien voulu nous aider dans cette partie de nos travaux. Grâce à l'érudition de M. Ternaux, à ce jugement presque infaillible qui le guide comme par instinct dans les recherches bibliographiques , nous avons trouvé, parmi le grand nombre de documens qu'il a mis sous nos yeux, plusieurs renseignemens d'un haut intérêt.
Pour continuer l'ordre chronologique que nous avons suivi dans nos annotations, nous citerons d'abord Divers fragmens pour servir à l’histoire des îles Canaries, recueillis par Fray Pedro de Quesada , religieux carmelite (1).
Ces documens manuscrits sont sans contredit les plus importans de tous ceux que nous avons vérifiés. Fray Pedro Quesada de Molina, que Gerardo Franckenau appelle, dans sa THEMiS HISPANA , Sumo varon y jurisconsulto de gran nombre, était originaire des îles Canaries (Ténériffe ). Viera , qui le cite dans son catalogue des auteurs isleños (2), donne les titres des ouvrages qu'il composa sur les institutions canoniques et sur la biographie sacrée ; mais l'auteur des Notices paraît avoir entièrement ignoré les annotations curieuses dues aux recherches historiques de son compatriote, durant sa résidence en Andalousie dans le couvent de Saint-Albert de Séville, où il mourut l'an
(1) Diversos fragmentos para la historia de las islas de Canaria, etc. La copie que nous avons eue sous les yeux est en entier de la main de Muñoz.
(2) Viera, Op. cit., tom. IV, p. 570.