LA RÉGION pu PiINar ou des Pins des Canaries
Étendue : depuis 4,100 pieds jusqu’à 5,900.
Température moyenne : 8° R. (10° C.) Climat : analogue à celui du nord de la France, de l’Écosse et du nord de l’Allemagne.
5. La RÉGION DE LA Cumere ou celle des Retamas blancas. Étendue : depuis 5,900 pieds jusqu’à 10,380.
Température moyenne : à la hauteur de 7 à 8,000 pieds, 4° R. (5° C.) Climat : analogue à celui du nord de l'Écosse et du Dronthein. Quoiqu'au premier coup-d'œil cette distribution semble présenter la marche et les différens changemens de la végétation,
(1) Physical. Beschr. der Can. Insel. Berlin , 1825.
CA) en passant par des climats divers, sur une ligne de pente de 10,380 pieds d'étendue, une longue série d'observations nous a déterminés à la modifier dans son ensemble et à la reformer entièrement dans ses détails.
Nous ferons d'abord quelques remarques préalables.
1’. Les limites que M. de Buch a assignées à la PREMIÈRE ZONE sont trop restreints : il eût fallu les -porter au moins à 400 pieds plus haut, car il doit avoir vu, comme nous, les principales planles de la RÉGION SUBTROPICALE, telles que les Euphorbes et les Kleinies, croître à l'altitude de 1,600 pieds, en montant vers la Laguna, et ces mêmes espèces végéter encore plus haut sur la bande méridionale de l’île.
2’. La deuxième zone, quil indique sous le nom de RÉGION MÉ- DITERRANÉENNE OU DES CULTURES EUROPÉENNES, n'oCccupe pas, selon nous, un espace assez déterminé pour qu'on puisse en fixer les limites. Dans un pays aussi accidenté que les Canaries, le cultivateur a dû soumettre peu-à-peu à ses travaux les endroits qui lui offraient le plus d'avantages, sans chercher à lutter inutilement contre les obstacles que lui opposait la nature du sol. Il à défriché d'abord le fond des vallées côtières, et les grèves ou les falaises du rivage ont été les premières barrières de ses plantations; puis, évitant les escarpemens inaccessibles, les masses de rochers et tous ces espaces que les volcans ont frappés d'une longue stérilité, il a été s'établir sur les plateaux supérieurs. Ces sortes d'exploitations sont restées assujéties à la structure orographique de chaque île, leurs progrès ont été plus ou moins lents, et le système de labour à varié suivant les localités. Dès que les populations agricoles ont commencé à se réunir dans les vallées principales, les cultures, en s'étendant, se sont régularisées ; les vignobles ont garni les bases, et les céréales, s'emparant des terrains qu'avaient
occupés les bois vierges, ont souvent franchi cette zone pour s'a- 1. 6
vancer vers la haute région. Le bourg de Chasna, situé à 4,008 pieds au-dessus du niveau de la mer, s'est entouré de vergers où prospèrent nos arbres à fruit, et la charrue à converti en champs de blé les plateaux de Trebejo et d'Escalona. Sur les pentes rapides au contraire, les végétaux indigènes sont restés en dehors de ces envahissemens, tandis que le long des côtes moins abruptes, l'industrie des colons a encore su se créer de nouvelles ressources : des petits espaces ensemencés, et soutenus par des murs, se sont échelonés jusques sur la crète des collines; les ravins même ont été mis à profit toutes les fois que les rives rehaussées du torrent ont donné quelque espérance de récolte, et dans la région des bois, des clairières, toujours plus élargies, ont offert pendant les premières années une terre des plus productives. Si on fait exception de l'enceinte infertile et dévastée du centre de l'île, on peut dire quà Ténériffe les champs sont un peu partout. Il est des sites privilégiés qui présentent le tableau le plus pittoresque par l'abondance et la variété des productions; mais ailleurs ce ne sont que des Oasis au milieu de nappes de tuf et de lave, des petites propriélés que des sources cachées fertilisent, des fermes sans voisinage, des clos improvisés sur le penchant des mornes et qu'on voit souvent disparaître dans la saison hivernale sous des avalanches de pluie. Comment fixer les limites de la région des cultures dans un pareil pays?
3. Les RÉGIONS pes FoRèTSs, DU PINAR ET DE LA CUMBRE, qui forment les trois dernières divisions de M. de Buch, se trouvent comprises dans des espaces trop resserrés : les bois laurifères de sa troisième zone dépassent rarement, il est vrai, l'altitude de 4,100 pieds; mais dans bien des endroïts on commence à les rencontrer avant d'arriver à 2,000. Dans l'île de Canaria, par exemple, la partie la plus ombragée de la forêt de Doramas (las madres de Moya) n'est élevée que de 1,387 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Il en est de même des Pins qui affectent des stations différentes sur les deux versans de Ténériffe : du côté du nord, on les trouve jusquà environ 9,000 pieds le long du talus d'Icod et sur les premières pentes du Teyde; mais ils ne descendent rarement sur cette bande en dessous de 4,000. L'exposition du sud paraît leur être plus favorable, leur force expansive est plus prononcée et ils s'étendent de ce côté en plus grande masse; dans le district de Chasna, nous ne les avons vus qu'à 8,000 pieds d'élévation absolue, sur les dernières assises du Sombrerito (voy. Vues phyt. pl. 6.),et quoique maintenant ils ne descendent guère plus bas que sur la bande du nord, des renseignemens authentiques prouvent que ces forêts primitives couvrirent autrefois des terrains dont l'altitude n'excède pas 1,200 pieds.
Le terme que M. de Buch a assigné à la végétation de sa dernière zone, la région de la Cumbre, est à peu près celui que nous avons déjà indiqué; mais il serait difficile de déterminer d’une manière précise les limites inférieures de cette région, car la présence des plantes qui en font partie dépend aussi bien de l'altitude que de la nature du sol.
Les indications de M. de Buch sur les températures moyennes de ses diverses zones de végétation, et l'analogie qu'il en déduit avec les climats de plusieurs contrées d'Europe, ne peuvent donner une idée exacte de l'état de l'atmosphère de chaque région, attendu qu'il n'y a pas proportion de temps entre les mois de chaleur et ceux du froid. La température moyenne, quelle que soit la hauteur à laquelle on rapporte ces observations, ne saurait servir de point de comparaison entre l'atmosphère locale d'une des régions phytostatiques indiquées et celle d'un pays où les changemens climatériques sont très-tranchés et presque proportionnels entre les saisons. Ces considérations ne doivent pas être négligées,
et notre opinion à cet égard se trouve appuyée par celles de
Ramond (1) et de son digne émule M. Mirbel (2). Le professeur De Candolle, qui à traité aussi ce sujet (3), s'est exprimé en ces termes : « La température moyenne, qui, pendant long- » temps à été l'objet presque unique des physiciens, est en réalité » Ja donnée la moins importante pour la géographie des plantes : » à ne la considérer que comme une indication vague, elle est » d'un emploi assez commode; mais la même température moyenne » peut être déterminée par des circonstances tellement différentes, » que les conséquences et les analogies qu'on voudrait en déduire » sur la végétation seraient très-erronnées. » Cette judicieuse remarque l'a porté à conclure qu'on doit tirer des résultats plus exacts des points extrêmes de la température.
Aux Canaries l'hiver est presque nul sur la côte et dure peu dans les stations supérieures. Sur le littoral, le thermomètre monte de 26,6 à 31°,6 centigrade (4) dans le mois d'octobre qui est le plus chaud, et se soutient encore entre 16°,6 et 19,4 dans le mois de janvier qui est le plus froid. Aïnsi, il n'y a guère que 10 à 12° de différence entre le maximum et le minimum de la chaleur de l'année, et, depuis le mois de mars jusqu'au mois d'octobre, cette différence n'est guère plus de 6 à 8, (5). Sur les hauteurs moyennes, et dans la haute région, ces varia-
(1) « Des températures qui semblent pareilles, à ne considérer que leur terme moyen, sont loin » d’avoir la même marche et d’être pareillement graduées. On ne trouve au nombre de leurs élémens » ni le même ordre de saisons , ni une succession semblable des jours et des nuits. » Ramonp, État de la végét. au sommet du Pic du Midi. (Mém. du Mus., tom. xur, pag. 218.)
(2) « Les botanistes qui seraient tentés de croire que la température moyenne de l’année donne la » mesure de la force végétative , ne tarderont pas à reconnaître que c’est une erreur. » Minser, Essai sur la distrib. géog. des conif. (Mém. du Muséum, tom. xnr, p. 35.) Voy. ce que M. Mirbel dit encore sur le même sujet dans ses Recherches sur la dist. géog. des végét., etc. (Mém. du Muséum, tom. xIv, pag. 362.)
(3) Dict. des Scienc. nat. (Géog. bot., tom. xvur, pag. 366.)
(4) Toutes les températures dont nous faisons mention ont été ramenées par le calcul aux degrés du thermomètre centigrade.
(5) Voy. les notes à la fin de ce chapitre.
(45 ) tions sont plus sensibles; le froid que l'on ressent au milieu de l'atmosphère des bois provient moins pourtant du grand abaissement de température que du passage trop rapide d'un climat subtropical à une région toujours humectée par les nuages. La sensation du froid sur les sommets culminans est produite par une autre cause : cest la brusque transition de la température du jour à celle de la nuit ou des instants de la journée où le soleil cesse d'échauffer la terre, car, dans cette zone, l'intensité des rayons solaires a une action d'autant plus forte que l'air se trouve plus rarefié, et l'on doit plus avoir égard aux influences de la chaleur du jour et au refroidissement qui s'opère pendant la nuit qu'à celle des maxima et des minima de température des saisons opposées. Sur le Pic de Ténériffe, à l'altitude de /a Estancia (7,756 pieds). nous avons vu, le 4 juillet 1825, à 3 h. après midi, le mercure monter à 18,8 et baisser rapidement jusqu'à 10° dans la nuit. Des observations faites à la même station, le 23 février 1828,
par M. Alison, physicien anglais, ont donné les résultats suivants.
10° à 1 h. 15’ après midi.
1°,1 vers le soir.
3°,3 à minuit.
2°,2 le lendemain matin un peu avant le lever du soleil.
En comparant les observations des deux époques que nous venons de citer, nous trouvons que le 5 juillet le thermomètre indiquait une température de 9 à 5 h. 5’ du matin ä la pointe du pic (11,424 pieds), tandis qu'à la même station, le 24 février à 8 h. 45° du matin, il montait déjà à T', 4.
M. Alison, qui voulut bien nous communiquer ces notes, avait eu soin de placer le thermomètre au bout d'une perche, à 10 pieds d'élévation au-dessus du sol et de manière que le bois lui fit ombre; l'instrument ayant été posé sur un chapeau noir, une
(46) heure environ après cette première expérience, le mercure monta en peu dinstant à 37,7 (1).
D'après ces indications, on concevra que les plantes doivent peu redouter la rigueur du froid dans un pays où les gelées sont fort rares et où l'hiver n'empiète jamais sur les autres saisons. Aussi la végétation passe-t-elle par tous ses développemens annuels, sans éprouver de perturbations dans sa marche, et cet engourdissement hivernal dans lequel les plantes restent plongées et dont M. Mirbel a si bien démontré l'importance (2), n'a guère lieu aux Canaries qu'à l'époque des pluies. Alors cette terre volcanique reçoit son engrais le plus précieux; les graines, détachées de leur tige, pénètrent dans son sein pour y germer presque aussitôt; avant les premiers soleils de mars, la nature a recouvré toute son énergie, les espèces des rivages sont déjà en fleurs et celles de la haute région recommencent à pousser des feuilles.
Quelques exemples de températures, observées à différentes époques dans les principales stations, compléteront ces notions sur l'état de l'atmosphère des divers climats de ces îles.
À Ténériffle, dans la forêt d'Agua-Garcia et à l'altitude de 2,445 pieds, la température est de 24 à 26”, au mois d'août et a acquis déjà la même force au mois de mars. À cette époque (mars) le thermomètre se soutient à 166 dans l'endroit le plus ombragé et le plus humide de la forêt.
Au milieu des bois d'Ægua-Mansa, et à une élévation qui nexcède pas moins de 3,821 pieds, le thermomètre se soutient à 18 au mois d'octobre. Dans la journée, l'atmosphère reste chargée de brouillards qui se dissolvent en pluie, les nuages couvrent constamment les pentes de la montagne; mais, à la nuit, cette masse
(4) Voy. dans les notes à la fin de ce chapitre les observations de M. Alison sur la température du
pic, et celles que nous fimes nous-mêmes en 1825. (2) Recherches sur la distribut. géog. des végét. (Mém. du Muséum, tom. x1v, pag. 353 et suiv.)